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mercredi 23 novembre 2016

La Twittérature d'Edgar Morin


Le temps est venu de changer de civilisation. Edgar Morin 

Edgar Morin

Dans nos précédents billets, nous évoquions le modèle développemental de la Spirale Dynamique fondé sur les notions d’évolution et de complexité. Étymologiquement, la notion de complexité renvoie à ce qui est « ce qui est tissé ensemble (cum-plexus) ». Penser la complexité c’est dépasser le processus de domination abstraite - fragmentant et compartimentant le réel - afin d’envisager toutes situations en terme de relations, de dynamique et de globalité. Penser de manière complexe c’est rétablir de la vie et du mouvement, de l'interaction et l'interconnexion, de l'émergence et de l'innovation créatrice là où les séparations abstraites tendent à réduire la profondeur et la diversité multidimensionnelle du réel à un champ unidimensionnel de déterminations causales et mécanistes.

Âgé de 94 ans, Edgar Morin est connu, en France et dans le monde, comme un des grands penseurs de la complexité. Une majeure partie de son œuvre, dont nous avons rendu compte à plusieurs reprises dans Le Journal Intégral, tend à préciser et à développer ce nouveau paradigme, notamment dans les six tomes de La Méthode. Sur son compte Twitter, Edgar Morin exprime cette pensée en réagissant à l’actualité dans le format des 140 caractères maximum proposé par ce site de micro-blogging. Le succès de cet outil numérique est tel qu'il est à l’origine d’une nouvelle forme littéraire : la Twittérature définie comme l’ensemble des textes littéraires publiés dans Twitter sous forme de "gazouillis" (tweets). 

Dans un long entretien au journal La Tribune publié en Février 2016 et intitulé Le temps est venu de changer de civilisation, Edgar Morin évoque « la seule transformation véritable et durable qui soit : celle des mentalités… Seule une prise de conscience fondamentale sur ce que nous sommes et voulons devenir peut permettre de changer de civilisation… Et d'ailleurs, c'est aussi parce que nous manquons de spiritualité, d'intériorité, de méditation, de réflexion et de pensée que nous échouons à révolutionner nos consciences.»

Tout au long de l’année 2016, face à la montée d’une barbarie aux deux visages, celui du fanatisme religieux et du fondamentalisme marchand, Edgar Morin va évoquer dans ses tweets ce changement de civilisation qui passe par une véritable transformation des mentalités vers une pensée systémique et intégrative au cœur de la complexité. Ceux qui ont lu les billets précédents reconnaîtront parfaitement dans cette transformation le passage à la Seconde Phase de la Spirale Dynamique.

Barbarie versus Complexité


Edgar Morin a inauguré l’année 2016 par un tweet où il citait une phrase du philosophe Michel Henry qui pouvait déconcerter dans son contenu comme dans sa forme : « La nouvelle barbarie est de connaître de façon géométrico-mathématique un univers réduit à des phénomènes matériels objectifs. » Ce tweet a été à l’origine du second billet du Journal Intégral en 2016, intitulé Penser la Barbarie. L’occasion pour nous d’évoquer l’œuvre de Michel Henry et en particulier son ouvrage La Barbarie, paru en 1987, dans lequel il analyse l'hégémonie mortifère d’une techno-science qui déshumanise le monde en faisant abstraction de la vie, de ses propriétés sensibles et affectives. Pour Michel Henry, les conséquences de cette barbarie sont effrayantes : « En aucun temps, en aucun lieu, l’aliénation de l’être humain n’a été aussi complète, si être aliéné c’est être devenu étranger à soi-même. » 

Dans son entretien à la Tribune, Edgar Morin évoque deux types de barbarie qui coexistent et parfois se combattent : « Le premier est cette barbarie de masse aujourd'hui de Daech, hier du nazisme, du stalinisme ou du maoïsme. Cette barbarie, récurrente dans l'histoire, renaît à chaque conflit, et chaque conflit la fait renaître… Ce qui distingue la première des quatre autres qui l'ont précédée dans l'histoire, c'est simplement la racine du fanatisme religieux. Le second type de barbarie, de plus en plus hégémonique dans la civilisation contemporaine, est celui du calcul et du chiffre. Non seulement tout est calcul et chiffre (profit, bénéfices, PIB, croissance, chômage, sondages...), non seulement même les volets humains de la société sont calcul et chiffre, mais désormais tout ce qui est économie est circonscrit au calcul et au chiffre… Cette vision unilatérale et réductrice favorise la tyrannie du profit, de la spéculation internationale, de la concurrence sauvage. 


La connaissance est aveugle quand elle est réduite à sa seule dimension quantitative et quand l'économie comme l'entreprise sont envisagées dans une appréhension compartimentée. Or les cloisonnements imperméables les uns aux autres se sont imposés. La logique dominante étant utilitariste et court-termiste, on ne se ressource plus dans l'exploration de domaines, d'activités, de spécialités, de manières de penser autres que les siens, parce qu'a priori ils ne servent pas directement et immédiatement l'accomplissement de nos tâches alors qu'ils pourraient l'enrichir… On croit que la seule connaissance "valable" est celle de sa discipline, on pense que la notion de complexité, synonyme d'interactions et de rétroactions, n'est que bavardage. Faut-il s'étonner alors de la situation humaine et civilisationnelle de la planète ? Refuser les lucidités de la complexité, c'est s'exposer à la cécité face à la réalité

Le seul véritable antidote à la tentation barbare, qu'elle soit individuelle et collective, a pour nom humanisme. Ce principe fondamental doit être enraciné en soi, chevillé au fond de soi, car grâce à lui on reconnaît la qualité humaine chez autrui quel qu'il soit, on reconnaît tout autre comme être humain. Sans cette reconnaissance d'autrui chère à Hegel, sans ce sens de l'autre que Montaigne a si bien exprimé en affirmant "voir en tout homme un compatriote", nous sommes tous de potentiels barbares... Partout, des formations convivialistes assainissant et "réhumanisant" les rapports humains, irriguent le territoire, revivifient responsabilités individuelles et démocratie collective. Réforme personnelle et réforme sociétale - c'est-à-dire politique, sociale, économique - s'entendent de concert, elles doivent être menées de front et se nourrissent réciproquement. Les signaux sont faibles et disséminés, mais ils existent, et c'est sur eux que l'espoir doit être fondé. » 

Une pensée intégrative et systémique

Cette transformation des mentalités évoquée par Edgar Morin évoque, pour qui en est informé, le passage à la Seconde Phase de la Spirale Dynamique que nous venons d’aborder dans un précédent billet. Dans "Le monde change… et nous ?" Jacques Ferber et Véronique Guérin définissent ainsi le mème Jaune de la Spirale Dynamique comme le domaine d’une pensée intégrative-systémique dont Edgar Morin est un des porte-paroles : « Le stade Jaune, adaptatif-intégrateur, constitue le premier niveau du second cycle. Il invite à sortir de l’opposition pour mettre en relation les différents apports des courants. Sur le plan cognitif, ce stade introduit la pensée des cycles et des processus, là où le premier niveau portait essentiellement sur une pensée causale. C’est la pensée systémique qui est en œuvre, au sens où l’entendent les théoriciens de la complexité… 

Le modèle développemental de la Spirale Dynamique

Le monde, dans sa complexité, requiert une prise en compte adaptée que les premiers niveaux de la spirale ne peuvent lui fournir. C’est le domaine de la pensée intégrative-systémique. Cette intégration, E. Morin l’appelle « pensée dialogique » : elle articule les aspects logiques et objectifs de l’Orange avec la pensée pluraliste et subjectiviste du niveau Vert et relie des domaines auparavant distincts, voire opposés : science et spiritualité, technologie et écologie, vécu individuel et savoir universitaire, morale et expression corporelle, etc… Sur le plan de la pensée, ce passage au niveau intégrateur constitue une forme de Renaissance, comme ont pu l’incarner en leur temps G. Bruno, L. de Vinci ou Pic de la Mirandole, c’est-à-dire des artistes et des penseurs développant une pensée à la fois scientifique et spirituelle. » 

Nous vous proposons ci-dessous une sélection des "gazouillis" dans lesquels Edgar Morin commente l’actualité et partage ses réflexions sous forme d’aphorismes et de formules synthétiques qui permettent d’appréhender sa vision du monde d’une manière plus directe et immédiate que dans ses livres ou ses livres. 

Edgar Morin. Twittérature 2016 


L'humanité est comme un kamikaze qui court vers sa perte avec une ceinture d'explosifs. 

Le trou noir par lequel notre civilisation pourrait s'effondrer est l'absence de pensée. 

Ils ont admirablement analysé l'accessoire, ils sont assez lucides sur tout ce qui est secondaire, ils sont aveugles sur le principal. 

Jusqu'où iront les révoltes aveugles contre les élites aveugles ?

La carence de la pensée qui compartimente les savoirs sans pouvoir affronter les problèmes globaux et fondamentaux, stérilise la politique. 

Il y a une forte croissance, c'est vrai, mais seulement du crétinisme. 

La régression progresse...


Nous avons déconstruit l’être humain, Il faut à présent déconstruire la déconstruction et retrouver l’être humain dans sa complexité. 

Comment concerter progrès technologique et progrès humain tant que les dynamiques de l'un et de l'autre sont de plus en plus dissociées? 
 
Notre logique ne fonctionne que pour des bouts de réalité que nous avons découpés et compartimentés. 

Le oui ou non est bon pour la décision et l'action. Le oui et non est pour la connaissance et la pensée.

La spécialisation doit-elle se payer par une parcellisation absurde où la connaissance se disloque en mille savoirs clos? 

Ma raison m’enseigne que la raison ne peut tout comprendre : ma raison me conduit à ses limites, c’est à dire aux bords du mystère. 

Comprenons enfin que nous sommes confrontés à l'incompréhensible.

Deux ennemis de la pensée: la disjonction qui sépare l'inséparé; la réduction qui croit connaitre un tout complexe à partir d'un élément. 


L'important n'est pas le tout, ni les parties, c'est les relations entre le tout et les parties. 

La connaissance ne peut être complète, mais elle peut être complexe. 

La rationalisation de la vie humaine est une des formes contemporaines de la folie.

Dès qu'un sujet humain est vu à travers des chiffres, il devient objet. 

La sociologie est un art qui se voudrait science.

L'ennemi intérieur de la rationalité est la rationalisation dont la cohérence logique manque de base dans la réalité. 

La mètrise conduit à la maitrise (Michel Serres), ce à quoi il faut ajouter qu'elle conduit aussi à la méprise et au mépris du non mesurable. 

Plus je sais plus je m'étonne... 

Les sciences, en cherchant à tout élucider, nous ont montré que nous vivions au sein d'un mystère gigantesque. 

L’allumette qu’on allume dans le noir ne fait pas qu’éclairer un petit espace, cet éclairage révèle l’énorme obscurité qui nous entoure. 

Ce qui m'étonne c'est qu'on s'étonne si peu de notre cerveau, de notre vie, de notre univers.

La philosophie nait de l'étonnement mais ne doit pas supprimer l'étonnement.

Tout est étonnant, à commencer par l'étonnement. 

N'est-ce pas étonnant que les esprits humains aient secrété des Dieux qui les asservissent? 


Les idéologies d’émancipation ont été souvent d’excellents instruments d’oppression. 

Nous pouvons parfois libérer autrui de ce ou ceux qui l'oppriment, mais nous ne pouvons le libérer de lui-même. 

Les aspirations sont là, la révolte est là, mais la pensée pas encore (Nuits Debout).

Les Nuits Debout pourraient être enceintes d'un jour nouveau. 

C'est dans les périodes de désespérance que surgissent les espérances les plus folles. 

Les fainéants de l'esprit et les drogués du conformisme ne voient dans Nuit Debout que fainéants et drogués. 

La plupart des esprits sont pré-coperniciens, se situent au centre du monde et le soleil tourne autour d'eux. 

La mondialisation, loin de créer l'humanisme planétaire, favorise le cosmopolitisme du business et les retours aux particularismes clos. 

L'humanisme régénéré comporte la conscience que chacun n'est qu’une infime parcelle d’un gigantesque continuum qui a pour nom humanité. 

Chacun oublie sans cesse qu'il n'est qu'un moment fugitif et fragile dans l'incroyable aventure de l'humanité. 

L'évolution : « une création continue d'imprévisible nouveauté » (Bergson) C'est notre espoir pour l'avenir de l'humanité. 

Le métanthrope ou cosmopithèque est-il désormais l’avenir de l’homme ? 

A travers quelques-uns l'humanité se tient éveillée. 

C'est en ressuscitant nos ascendants en nous-mêmes que nous vivons nos propres vies. 


En période de crise, les humains révèlent soit le meilleur, soit le pire d'eux-mêmes. 

Certains qu'on perçoit orgueilleux, hautains, méprisants sont en fait de grands timides. Un des ravages de l'incompréhension humaine.

Quand nous pensons à ce que l'argent a fait pour nous, pensons à ce que l'argent a fait de nous. 

Les esprits vils attribuent des pensées viles à autrui. 

Ce que j'ai fait de bien m'a fait beaucoup de tort.

La haine, en supprimant toute humanité à celui qui est haï, enlève toute humanité à celui qui hait.

Aujourd’hui bien des possibles sont impossibles, demain bien des impossibles deviendront possibles.

Le vrai réalisme n'est pas la soumission à ce qui est, il tient compte du changeant et du possible. 

Ressources



La pensée complexe Wikipédia 

Dialogique  Réseau Intelligence de la Complexité

Twittérature  Institut de Twittérature comparée

" Le monde change... et nous ? " de Jacques Ferber et Véronique Guérin (1) et (2



jeudi 10 novembre 2016

Psychologie Evolutionnaire


L’avenir est un présent que nous fait le passé. André Malraux 

 Photo Juan Asensio - Blog Stalker

Dans notre précédente série de quatre billets sur La Spirale Dynamique, nous avons évoqué ce modèle théorique qui décrit les systèmes de valeurs et les visions du monde associés aux divers stades du développement humain au cours de l'évolution. Après une recherche approfondie, Clare Graves, l'inspirateur de ce modèle, a conclu que chaque individu traverse au cours de son développement les principales étapes évolutives des sociétés humaine. Selon lui, il existe un rapport précis entre la sociogenèse - l'évolution socio-culturelle des sociétés à travers les âges - et la psychogenèse, le développement psychologique des individus.

Contrairement à une psychologie pseudo-scientifique et réductionniste qui réifie la psyché en considérant l’identité et la maturité psychique comme des entités abstraites et statiques, cette psychologie "évolutionnaire" considère la vie – et la psyché qui en est l’expression – comme un processus en développement continu qui se manifeste à travers une série de stades évolutifs de plus en plus complexes et intégrés. Pour Clare Graves, la maturité psychique n'est pas un état  mais une dynamique sans fin : " En résumé, je propose que la psychologie de l'être humain mature soir un processus émergent et oscillant, qui se déploie en spirale, et qui est caractérisé par la subordination progressive des systèmes de comportement plus anciens d'ordre inférieur par des systèmes plus complexes d'ordre supérieur, au fur et à mesure que les problèmes existentiels de l'être humain changent." 

Dans la perspective de ce changement de paradigme, notre identité profonde... c’est la métamorphose. Acteur de ce Grand Récit qu'est l'évolution, l'individu co-évolue en interdépendance avec un milieu naturel et cosmique, technique et culturel, social et familial. Inscrit dans la profondeur temporelle d'une mémoire généalogique, il peut s'y adosser pour participer de manière créatrice à la dynamique de l'évolution dans un contexte historique donné. Polarisée entre mémoire et développement, cette situation évolutive est ainsi résumée par Malraux : "L'avenir est un présent que nous fait le passé". 

Pour mieux saisir la relation fondamentale et fondatrice entre sociogenèse et psychogenèse, nous vous proposons un texte où Sonia Fath décrit les divers stades du développement individuel à partir de la Spirale Dynamique. Sonia Fath est l'auteur d'un blog de formation à la Spirale Dynamique intitulé Cercle Jaune Plus où l'on peut lire de nombreux textes intéressants à ce sujet. Dans celui que nous vous proposons, elle montre comment chaque individu rejoue au cours de son développement les grandes étapes traversées par les sociétés humaines au cours de l'évolution. 

P.S : Ceux qui ne connaitraient pas le modèle de la Spirale Dynamique et ses différents systèmes de valeurs identifiés par un code couleur peuvent notamment se référer à nos quatre derniers billet et notamment à celui intitulé La Spirale Dynamique : un modèle évolutionnaire.

Psychogenèse et Sociogenèse 


Dans leur ouvrage de référence La Spirale Dynamique. Comment les hommes s’organisent et pourquoi ils changent. Fabien et Patricia Chabreuil éclairent ainsi le rapport entre sociogenèse et psychogenèse : « En 1806, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel (1834-1919) formulait une loi biologique selon laquelle l’ontogenèse récapitulait la phylogenèse. En observant les étapes du développement de l’embryon humain (l’ontogenèse), il avait eu l’impression qu’il reproduisait dans le même ordre les stades de l’évolution des espèces. Par exemple, il existe un moment où l’embryon possède un système ressemblant aux branchies de nos lointains ancêtres, même s’il n’a pas la même fonction. On sait aujourd’hui que la théorie de la récapitulation n’est pas à prendre au sens strict et qu’il n’y a pas de correspondance littérale entre les deux phénomènes, ce qui n’empêche pas cette théorie d’être au moins partiellement fructueuse. 

On peut la considérer comme une conséquence indirecte de la notion d’holarchie. Dans la mesure où n’importe quel niveau transcende et inclut tous les niveaux précédents, il se construit à partir d’éléments existants qu’il conserve au moins en partie. La Spirale Dynamique étant aussi une holarchie, il n’est pas étonnant d’y retrouver un principe similaire. On pourra dire, avec les mêmes précautions qu’en biologie, que la psychogenèse récapitule la sociogenèse, c’est-à-dire que, d’une certaine manière, le développement d’un individu reprend les différentes phases de développement des sociétés humaines. Là aussi, il ne s’agit pas d’une équivalence absolue, mais de la mise en place de mécanismes de base permettant l’émergence de structures plus complexes, s’appuyant sur eux. Les valeurs de base sont les mêmes, mais les valeurs de surface sont bien différentes. » 

Notre vie sur la spirale. Sonia Path


Note du Journal Intégral : Dans leur ouvrage Spiral Dynamics, Don Beck et Christopher Cowan utilisent le terme vMème avec un petit 'v' en exposant. Comme se petit 'v' signifie valeur, soit value en anglais, Sonia Path a crée le terme "valmème" qui équivaut au terme "mème" utilisé dans nos précédents billets sur la Spirale Dynamique. L'auteure a traduit le terme anglais Purple par Pourpre alors qu'il est traduit par Violet dans les billets précédents du Journal Intégral.

Beige

Quand nous sommes nés, BEIGE domine la vie du nouveau-né à un moment où ses seules préoccupations semblent être de dormir, de profiter de la douceur du sein maternel et d’absorber la quantité nécessaire de lait. Cette phase est brève et on n’a que très peu d’informations sur elle autres que biologiques. 

Pourpre

Dès l’âge d’un mois, le bébé quitte le statut de nouveau-né pour celui de nourrisson. C’est dès ce moment que POURPRE commence à apparaître. Peu à peu, il devient conscient de la présence ou de l’absence de sa mère, et il se met en place des premières relations de cause à effet : tel comportement provoque son retour et de la nourriture, de l’attention ou de l’affection. La coupure, même très temporaire, de ce lien est une source forte d’anxiété et généralement vers quatre mois, le bébé commence à utiliser un objet transitionnel, le fameux doudou ou la peluche qui l’accompagnera pendant une bonne partie de son enfance et jouera des rôles divers selon les niveaux de la Spirale Dynamique. L’objet transitionnel est investi d’un pouvoir symbolique et magique permettant d’assurer la sécurité.

 Plus tard, vers douze ou quinze mois, le langage fait son apparition et au début, les termes employés sont souvent liés aux deux premiers niveaux d’existence et concernent le bien-être physique et la famille : dans toutes les cultures, « maman » est un des premiers mots dits par l’enfant. POURPRE joue un rôle majeur dans toute la petite enfance où le nourrisson vit dans un monde magique. Les animaux parlent, et on peut échanger avec eux. Les contes dits le soir avant le sommeil sont un plaisir inépuisable, et peu importe si la même histoire est racontée des dizaines de fois.


Le sentiment de sécurité ou d’insécurité que l’enfant développe pendant cette phase POURPRE l’accompagne pendant toute sa vie. Selon les cas, il conserve les aspects positifs de ce valmème que sont le partage et l’attachement aux liens familiaux ou il en garde des aspects plus négatifs comme une certaine forme de crainte ou de superstition. En mettant l’enfant très jeune en crèche ou en nourrice et en multipliant les familles monoparentales ou recomposées, notre culture ORANGE crée souvent une perturbation de la mise en place de POURPRE malgré les efforts et les soins des parents : il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’en compensation, c’est en ORANGE que sont apparus à la fois la thérapie, le coaching ou le développement personnel qui aident à corriger le problème, et de grandes industries de réactivation de POURPRE dont les productions Walt Disney sont sans doute le meilleur exemple. 

Rouge

Vers l’âge de deux ans, parfois plus tôt, le caractère de l’enfant change brusquement. Le plus doux des bambins devient un petit démon qui s’oppose à sa famille de toute son énergie. C’est la première grande crise de l’éducation que certains ont appelé la « petite adolescence ». L’enfant découvre le mot « non » et l’emploie dans toutes les situations et dans toutes les variantes : non au bain, non au repas, non au coucher, etc. Quand il veut quelque chose, il l’exige, quitte à le réclamer cinquante fois de suite et à se rouler par terre en hurlant dans une immense colère si les parents osent résister. Ce genre de crise est encore meilleure en public ; car elle est une démonstration de force pour l’enfant et qu’elle active bien souvent chez les parents la honte qui est un des moteurs de ROUGE. Quant aux règles familiales ou sociales existantes, elles sont faites pour être transgressées, et jeter des aliments, dessiner sur les murs et renverser l’eau du bain, en regardant les parents bien droit dans les yeux pour qu’ils comprennent bien la provocation, fait partie des joies de l’existence ! 


Le psychanalyste américain d’origine hongroise, René A. Spitz (1887-1974), a appelé cette période le stade du non et la considère comme le troisième indicateur du développement psychique de l’enfant (1). Il estime que la capacité de s’obstiner que l’enfant développe alors est le fondement de la communication humaine. En disant non, l’enfant apprend à juger, à exercer sa volonté et s’affirmer en tant que personne. Étape cruciale du développement de l’enfant nécessitant, de la part des parents, un subtil sens de l’équilibre, ROUGE est le moment où se bâtissent confiance en soi et assertivité. Si l’enfant est laissé trop libre d’exprimer le valmème, il risque de conserver une agressivité excessive et un sentiment que tout lui est dû. Inversement, s’il est trop contraint, il peut manquer durablement de capacité de décider, de s’affirmer et de maintenir une frontière psychologique et/ou physique saine entre lui et les autres. 

Bleu

A partir de l’âge de trois ans au plus tôt, plus fréquemment vers cinq ou six ans, commence une nouvelle phase du développement de l’enfant caractérisé par l’intégration de règles et la définition de limites. Les psychanalystes parlent de définition du Surmoi. Cette étape est celle de l’élaboration d’une structure morale de la psyché avec la découverte des concepts de bien et de mal ; parallèlement, l’enfant accepte les notions de récompense et de punition. Un ensemble de lois idéalisées est assimilé à partir des modèles que constituent les parents et des structures sociales comme la crèche ou l’école et en fonction de leur efficacité à provoquer un satisfecit et à éviter un châtiment de la part d’autrui. Fautes de capacités cognitives suffisantes, jusqu’à l’âge d’environ neuf ou dix ans, les règles sont considérées comme intangibles. Elles ne peuvent être modifiées et s’appliquent à tous. C’est la période où l’enfant fait la morale à ses parents et leur reproche leur façon de se conduire, les pousse à cesser de fumer, etc. Il respecte l’autorité, parfois plus celle de la télévision ou de l’instituteur que celle des parents.


Cette phase est un des grands derniers moments délicats pour les parents (2). Elle comporte trois pièges principaux. D’abord, BLEU ne doit pas démarrer trop tôt. Cela empêcherait la mise en place saine du niveau ROUGE et de l’indispensable sens de soi qu’il apporte. Ensuite, il s’agit de trouver un équilibre entre le trop et le trop peu. Trop de règles trop rigides, c’est le sacrifice exagéré du soi. L’enfant est obligé à l’excès de refouler ou de dissimuler certaines attitudes et d’en forcer ou amplifier d’autres. Il en résulte des souffrances psychologiques personnelles et un faux respect d’autrui générateur de problèmes de communication. A l’inverse, une absence d’interdits ne construirait pas un être libre, mais un adulte esclave de ses pulsions et durablement coincé en ROUGE avec tous les risques personnels et sociaux que cela implique. Enfin, les parents peuvent accompagner la sortie de BLEU afin de permettre la meilleure individuation possible de l’enfant. Trop tôt, cela le déstabiliserait inutilement par manque des repères nécessaires à l’équilibre de la personnalité ; trop tard, cela ne ferait que produire un manque de valorisation de soi et/ou créer des frustrations qui aggraveraient la crise de l’adolescence et son retour temporaire en ROUGE. 

Orange 

Dans nos cultures occidentales, les valmèmes précédents se mettent en place à des âges semblables chez la plupart des enfants. Sans doute parce qu’il est très récent, ce n’est pas le cas pour ORANGE. Certes, celui-ci imprègne tellement nos sociétés que toute personne en a au moins des traces, mais il existe un nombre non négligeable d’individus qui ne culminent jamais à ce niveau et se stabilisent en BLEU, voire en ROUGE. 

Le plus souvent, ORANGE commence à s’installer à partir de la crise de l’adolescence qui a été une contestation des règles familiales et sociales centrées en BLEU ou du premier job d’été qui apporte un peu d’autonomie ; il devient le niveau d’existence dominant au début de la vie active. Pour certaines personnes, c’est plus tard qu’a lieu ce changement. La difficulté potentielle liée à ORANGE est de vouloir qu’il démarre trop tôt. La plupart des parents sont conscients de l’extrême compétition qui existe dans nos sociétés ORANGE, et ils souhaitent que leurs enfants y réussissent le mieux possible. Cela conduit certains d’entre eux à les pousser dans une série d’activités qui n’est pas compatible avec leur développement cognitif et psychologique. 


Si en Chine, l’enseignement est gratuit et obligatoire, il existe, dès le primaire, des écoles privées fort coûteuses où l’enfant est assuré d’avoir les meilleurs professeurs, et d’être en relation avec les futurs dirigeants politiques et économiques du pays. Pour accéder à ces écoles, il faut réussir un concours d’entrée. Voici un exemple de question posée à des enfants de six ans : vue dans un miroir votre montre indique 1h15 ; quelle heure sera-t-il dans une heure trente ? Les enfants suivent donc des cours particuliers intensifs avant d’entrer au primaire, comme ils continueront à en suivre les années suivantes en plus des cours et pendant les vacances. 

La Fastrackids Academy propose encore mieux : un ‘MBA précoce’ pour enfants de trois à six ans ! A raison de deux heures de cours chaque jour, samedis et dimanches inclus, les bambins participent à des enquêtes de marketing fictives et élaborent des stratégies publicitaires « afin de mieux comprendre leur impact économique au quotidien ». Ils utilisent une simulation informatique pour gérer une ferme de manière à rendre l’élevage des moutons le plus rentable possible. Il existe déjà cinq écoles de ce type en Chine, et neuf autres devraient ouvrir prochainement. Les parents sont nombreux à vouloir une place pour leurs enfants : 60% des Chinois des grandes villes dépensent un tiers de leurs revenus pour l’éducation de leurs enfants. Ils espèrent que de telles écoles permettront à leur progéniture de sortir du lot quand il s’agit de trouver un emploi. 

Si on ne laisse pas chez un enfant le temps à BLEU de s’installer et de maîtriser les excès de ROUGE, il est illusoire de croire qu’il peut développer ORANGE. On n’obtient en fait chez lui qu’une variante de ROUGE et on le prépare à de graves difficultés d’intégration sociale. 

Vert 

Dans les pays dans lesquels VERT est fort, le valmème commence à émerger dès le début de l’âge adulte. Il faut dire que l’environnement social et notamment le système scolaire y prépare les jeunes dès l’enfance. Dans les pays culminant en ORANGE ou avant sur la Spirale Dynamique, il n’y a pas de constante sur les éléments qui font basculer une personne vers VERT, ni sur l’âge auquel cela se produit. Chaque individu peut voir ses conditions de vie évoluer d’une manière particulière et réagit en conséquence. 


Cependant, la multiplication du discours médiatique sur les problèmes environnementaux et sur l’accroissement des inégalités fait que ce changement a lieu de plus en plus tôt. Les cas les plus fréquents sont toutefois le passage vers la quarantaine, la fameuse crise de la « middlescence », ou au jeune âge adulte comme dans les pays centrés sur VERT : les jeunes diplômés sont de plus en plus nombreux à chercher à travailler dans des ONG. « A peine sortis de Polytechnique, d’HEC, de Sciences PO, de l’Essec, ou après quelques années en entreprise, ils frappent à la porte des associations caritatives. Renonçant à des carrières prometteuses et des salaires élevés, cette « génération humanitaire » se met au service des déshérités ou de la planète en danger. » 

Ce mouvement est de grande ampleur. Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs France qui sort d’ailleurs de Science Po et de l’ENA, se dit « submergé » par les candidatures. Philippe Lévêque, directeur général de Care France et ancien d’HEC, a dans son équipe un tiers de diplômés de grandes écoles de commerce. Ceux qui ont tenté cette aventure sont ravis : « Aujourd’hui j’aide les gens en difficulté, une vraie motivation. Je ne travaille plus pour renforcer la rentabilité d’un groupe. » Ces jeunes sont informés des problèmes du monde. Ils veulent agir pour réduire les inégalités et sont prêts à s’engager dans des parcours atypiques.

 Jaune et Turquoise 

Aujourd’hui, les individus ayant atteint le niveau JAUNE l’ont forcément fait au cours de leur âge adulte, dans des conditions de vie très particulières : il faut qu’ils aient rejeté ORANGE, puis qu’ils aient adhéré à VERT et l’aient expérimenté et rejeté à son tour, enfin qu’ils aient acquis les modes de pensée et de fonctionnement de JAUNE ! C’est relativement rare et lié à une histoire de vie particulière. Rien ne permet donc aujourd’hui d’imaginer quand et comment se mettra en place JAUNE dans le développement psychologique des individus lorsque ce valmème sera répandu et concernera une part significative de la société. 


La situation est ici la même que celle que nous avons décrite pour JAUNE, mais en pire. Pour qu’un individu atteigne TURQUOISE dans un monde qui est encore dominé par BLEU et ORANGE, il faut qu’il ait vécu et rejeté ORANGE, puis qu’il ait traversé une phase en VERT, avant de la quitter pour découvrir et expérimenter JAUNE, et enfin qu’il ait perçu les limites de ce dernier pour passer au suivant ! Avec de telles conditions, ce qui est étonnant c’est que Graves en ait rencontré six. 

(1) Les deux autres sont l’apparition du sourire à la vue d’un être humain vers deux mois (correspondant au début de la sortie de BEIGE), et l’anxiété et le repli en présence d’une personne inconnue vers huit mois (correspondant à POURPRE) 

(2) Une fois passé BLEU, l’éducation des enfants est plus faite par leurs pairs, l’école ou la société que par les parents eux-mêmes. 

Ressources 

Notre Vie sur la Spirale  Sonia Path. Blog Cercle Jaune Plus

Cercle Jaune Plus Blog de formation en Spirale Dynamique et laboratoire d'idées alternatives écrit par  Sonia Path 

Spiral Dynamics : Mastering values, leadership and change. Don Beck et Christopher Cowan


Dans Le Journal Intégral : Psychothérapie intégrative (1) et (2) - De la Chenille au Papillon

La Spirale Dynamique (1) - La SD (2) Évolution et Complexité - La SD (3) Un modèle évolutionnaire - La SD (4) Vers la Seconde Phase

La Spirale Dynamique à la première personne -

mardi 22 septembre 2015

La Philosophie comme Voie Initiatique


La philosophie antique n’était pas un ensemble de connaissances à assimiler, mais une pratique de transformation de soi-même, une initiation. Pierre Hadot 

L’École d'Athènes selon Raphaël avec, au centre, Platon et Aristote

Dans notre précédent billet nous évoquions le programme du quatrième forum international de l’évolution de la conscience qui aura lieu à Paris le 10 octobre sur le thème Vivre son utopie. L’intervention de Jean-Yves Lung, professeur à Auroville, aura pour titre : « Réinventer l’éducation ». Il y sera question d’éducation intégrale et de la pédagogie du Libre progrès promue par Sri Aurobindo. A cette occasion, nous aimerions proposer aux lecteurs du Journal Intégral les réflexions de Serge Durand sur la philosophie comme voie initiatique et conception d’un idéal éducatif inspiré notamment par la pensée évolutionnaire du même Aurobindo. 

Professeur de philosophie dans un lycée français, fin connaisseur du mouvement intégral, observateur des mutations culturelles, Serge Durand est le co-auteur du Guide Almora de la Spiritualité, un ouvrage de référence qui présente aussi bien les grandes traditions spirituelles que les principaux mouvements contemporains. Nous avons évoqué ici quelques travaux de Serge Durand qui transmet certains éléments de sa réflexion à travers ses blogs Carnet philosophique et Foudre Évolutive

A l'heure d'un saut évolutif rendu nécessaire pour dépasser la crise systémique que nous affrontons, les autorités cherchent tout naturellement à refonder l’éducation. Mais parce qu'il leur manque la vision du nouveau paradigme en train d'émerger, elles le font - hélas - à partir d'un ancien modèle, devenu totalement inadapté, qui les enferme dans un laïcisme d'un autre temps. C’est pourquoi il est bon d’être à l’écoute de ceux qui, comme Serge Durand, sont à la fois des éducateurs en contact direct avec les élèves et des penseurs nourris d’une profonde culture philosophique et spirituelle. Son texte est, dans un premier temps, un commentaire et une réponse au billet de Anne Leguy intitulé « Proposer la philo en maternelle, pas au bac ! ». 

Il est, dans un second temps, une réflexion sur le but d’une éducation authentique : libérer l’influence de l’âme, ce principe d'individualisation qui commande le devenir d'un individu quand celui-ci est uni intuitivement, mentalement, émotionnellement à son intériorité. Ce processus d’individualisation est initiatique quand il permet de dépasser la conscience de séparation où l'égo nous enferme dans la mécanique régressive de l'individualisme. Alors que le sujet individualiste est autocentré, le sujet individué se décentre au-delà de l'égo pour participer de manière sensible à un milieu d'évolution qui est à la fois humain, naturel, culturel et spirituel. Cette pratique d'ouverture et d'éveil qui fut celle de la grande tradition philosophique doit aujourd'hui inspirer des formes d'éducation intégrale qui considèrent l'être humain comme une entité globale en développement au sein d'un monde qui est lui-même en évolution constante. 

La philosophie comme voie initiatique et conception d’un idéal éducatif. Serge Durand 

Dans son blog Heureux à l'école!, Anne Leguy écrit le billet suivant intitulé « Proposer la philo en maternelle, pas au bac ! » : "  Prenez des ados bien mûrs, vérifiez qu’ils n’ont jamais trempé dans le moindre exercice de questionnement et placez-les sur le grill stressant de la terminale pour découvrir d’un seul coup : les philosophes Grecs et Romains, (pas les Indiens, ni les Arabes ou les Chinois, pas les autres, pas le temps), les concepts énoncés au fil des siècles (à raison d’une séance par semaine sur moins de 6 mois, on survole). Sans oublier quelques astuces de rhétorique, thèse, anti-thèse, synthèse pour avoir au moins 10. 

Ce n’est pas de la philosophie mais du gavage. Le but étant d’apprendre par cœur des tonnes de trucs, sans formation initiale, sans imprégnation de l’expression, sans incorporation lente de l’exercice de philosopher. Sans aucun goût découvert au fil du temps pour le débat, l’écoute, l’art du contre-pied ou celui de l’élaboration. C’est tout simplement idiot et parfois néfaste. La plupart des adultes qui découvrent les sujets du bac philo de l’année le confessent : rien qu’un énoncé leur rappelle le haut-le-cœur de leur jeunesse à l’idée de plancher sur de telles phrases complexes. 

Les futurs bacheliers et les jeunes diplômés ont un challenge de taille dans leur viseur : leur capacité d’adaptation à la vie réelle qui les attend. La philo en conserve de leur terminale ne leur sera d’aucun secours, en imaginant même qu’ils en retiennent une seule once. Si l’éducation nationale investissait tout de suite et dès la seconde dans des modules pratiques prodigués sur 3 ans, tels que : prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle… Les jeunes seraient plus efficaces, moins perdus pour entamer leur premier job, ou tout simplement pour communiquer et prendre leur place. 


Ce sont nos amis québécois qui ont inauguré cette démarche et elle contient une puissance insoupçonnée, tant pour les individus que pour les communautés où ils progressent. Commencer la philosophie dès la maternelle, c’est possible, si les enseignants sont un peu formés. Et ça marche ! Car tout petit déjà, on s’en pose des questions ! La justice (« C’est pas juste !»), la liberté, la propriété (« C’est à moi ! »), le temps, qu’est-ce qui est bien ou mal ? Et puis peut-être aussi apprendre à écouter d’autres points de vue, douter, remettre en cause. Au fil des années, s’ajoutent la citoyenneté, plus tard l’éthique. 

Mais ce travail est l’œuvre d’une enfance, d’une adolescence, d’années de pratique. Pas d’une logique de presse-purée avec de jeunes adultes stressés par une note finale. Dans les quartiers difficiles, entamer un dialogue pourrait reprendre sens. En général, il y aurait peut-être enfin une autre perspective que de réduire nos enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons. C’est une invitation aux débats, à la rhétorique, à la palabre qui crée du lien. La philo au bac, oui mais pas comme ça ! La philo au bac à sable, là… vraiment oui ! " (Fin de l'article d'Anne Leguy)

Une expérience d’ouverture déterminante 

Ma réponse en l’état : cet article est assez provocant mais il pointe certains défauts de l'enseignement actuel de la philosophie que je reconnais. A) Il y a encore un risque de gavage malgré, il faut le préciser, la baisse de niveau de l'épreuve depuis une dizaine d'années qui favorise une approche plus fondée sur l'essentiel. B) Il demeure un stress de l'évaluation qui précipite nombre d'élèves du côté d'une philosophie scolaire. On échoue à les faire philosopher. Mais étant professeur de philosophie en terminale, je puis contester certaines des affirmations de l'article et en tant que philosophe, je me permettrais de critiquer fortement certaines conceptions et plus précisément la conception ici présentées "des atouts pour un adolescent". 

Baruch Spinoza
1 - Je garde un excellent souvenir de mon professeur de terminale C, Gilles Susong, qui nous offrait un autre monde culturel que le nôtre. Car c'est bien là un enjeu décisif, les adolescents ont un monde qui souvent est en train de se clôturer. Car ils pensent malheureusement assez pour ce faire. Le cours de philosophie est une chance d'apprendre à penser de manière plus ouverte. Savoir soutenir simultanément une thèse et une antithèse est une méthode sure pour ne pas s'endormir dans un sommeil dogmatique. Dans mon expérience je n'ai pas eu l'impression alors d'un survol de quoi que ce soit. Au contraire j'ai connu une expérience d'ouverture déterminante. 

2 - "Prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle…" sont aussi des techniques de base de tout "marchand de soupe" comme le dirait un Stephen Jourdain. Si vraiment on veut éviter de réduire "les enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons", il faudrait éviter de former les meilleurs à convaincre les autres de le devenir !.. Éduquer est-ce préparer nos enfants à reproduire un système ou à le faire évoluer ? 

Henri Bergson
Un des seuls atouts alors est bien la pensée philosophique qui reste le seul mode de pensée critique encore enseigné aujourd'hui capable de pointer les incohérences d'un discours et aussi de reconnaître les siennes (ce qui est plus enrichissant encore). La philosophie n'est pas seulement une façon de dialoguer : la Communication Non Violente est meilleure si le dialogue est le but… car ne confondons pas dialogue et dialectique difficile relationnellement tant qu'on défend un ego au lieu de chercher une vérité. 

La philosophie ne consiste pas seulement à se poser des questions comme le font les enfants, elle est aussi un art d'accéder à l'intuition surmentale (qui n'aurait rien d'un pressentiment) (au moins au double sens de Bergson et Spinoza si je puis me permettre d'indiquer des pistes pour entendre le signifié que ce concept pointe dans ma vision philosophique) car c'est aussi et avant tout un mode d'exploration spirituel. Ce que je lis concernant la philosophie pour les petits ignore dramatiquement cette dimension que seul notre XXème siècle occidental en philosophie a su complètement oublié ou presque. 

Un usage spirituel de la philosophie 

3 - Personnellement usant de ma liberté professorale, j'initie mes élèves à la pensée occidentale la plus spirituelle au programme mais aussi à la pensée non-dualiste (Douglas Harding, Stephen Jourdain), à la philosophie chinoise, hindoue, islamique ou encore à la philosophie intégrale (Sri Aurobindo - Ken Wilber) et à partir de là on peut d'ailleurs constater qu'il ne manque pas grand-chose à la tradition occidentale qui s'en trouve revigorée. 

A vrai dire, seuls quelques auteurs au programme négligent toute dimension spirituelle propre à la démarche philosophique. Or c'est bien l'usage spirituel de la philosophie, le Jnana Yoga comme disent les hindous, qui devrait être revigorée vu le genre de difficultés que nos sociétés vont devoir affronter. En fait les jeunes enfants ne pensent pas assez rigoureusement pour jouir pleinement de la philosophie comme phénoménologie herméneutique spiritualiste à la recherche d'une vision du monde adaptée aux défis non de la vie socio-économique actuelle mais des cinquante prochaines années. 


La spiritualité des enfants peut être soutenue par la poésie ou par des récits mais ils ne peuvent pas vraiment manipuler des concepts rigoureux et ils glissent facilement vers la croyance à partir de ce que dit un adulte. Certes en ces domaines mêmes, nous adultes manipulons des signifiants sans voir toujours le signifié et je me souviens que croyant faire de la phénoménologie j'étais encore en train de croire en pensant voir au lieu de percevoir. 

Mais quoi qu'il en soit, de nombreux adolescents aujourd'hui sont capables, comme je le constate, de percevoir au moins en partie ce que des concepts de philosophie spiritualiste pointent alors que des adultes s'y refusent : ils seront prêts à une évolution de la conscience quand le moment l'exigera et d'autres sans aucun doute y contribueront fortement. Car les adolescents d'aujourd'hui peuvent être des êtres engagés et authentiques à condition qu'on leur donne les moyens de penser. Souvent on rencontre aussi des adolescents qui ont une expérience spirituelle mais qui n'ayant pas de concepts sont en but à leur entourage ou restent incapables de s'y repérer. 

Une qualité d’être 

4) Plus le temps passe, plus je pense que la qualité d'être du professeur est déterminante pour rendre capable un élève de ce dont il ne croyait pas l'être. Les techniques pédagogiques sont très secondaires : la qualité d'être d'un enseignant est intimement liée au fait d'aider inconditionnellement l'enseigné à être plus authentiquement ce qu'il est en profondeur avant même de lui transmettre un savoir sur sa matière. En philosophie quand la dimension spiritualiste est retrouvée, le paradoxe est que la matière veut qu'on enseigne et questionne aussi ce qu'est la qualité d'être individuelle et collective. 

Le philosophe donnera donc forcément à ses élèves de quoi penser une éducation. Qui aujourd'hui donne aux futurs adultes des notions concernant la juste éducation des enfants ? N'est-ce pas à cet âge où un recul par rapport à l'éducation parental peut être envisagé surtout si cette éducation ignore ses maladresses (qui souvent vont tout de même jusqu'à justifier une certaine violence physique) ? 

Robin Williams dans Le Cercle des Poètes Disparus

5) Le baccalauréat garde un sens initiatique, peut-être faudrait-il un autre type d'épreuve ou bien l'envisager seulement quand on est prêt. Mais si l'élève n'était orienté en dépit du bon sens (partant de seconde 70% au moins des élèves doivent entrer en classe de première quel que soit leur niveau intellectuel, le niveau de leur classe et donc de l'établissement !..) et aujourd'hui on envisage de supprimer le redoublement sans même utiliser les évaluations par compétences pour remédier aux compétences déficientes. 

Si les classes n'étaient pas surchargées et si les professeurs avaient une assez bonne qualité d'être alors le défi pourrait être relevé, donnant à l’élève une estime de soi, une confiance dans ses capacités d'auto-dépassement... Imaginons un tournant spiritualiste de la philosophie, alors l'initiation aurait tout son sens. 

Quel est mon idéal éducatif ? 

J'adhère à l'évidence qu’un monde vivant pousse en ce moment même aux milieux des décombres du vieux monde dominé encore, quoi qu'il en pense, par la bestialité. Plus le temps passe, plus je sais que je vois ce Monde nouveau si et seulement si j'y participe. L'évidence de l'horreur du vieux monde fait partie des ruines. C'est même une impression de grisaille interne dépressive qui participe de l'auto-destruction du vieux monde. Le monde nouveau n'est vu qu'à partir d'une certitude de Joie sans objet qui accueille une force créatrice et transformatrice


Un deuxième point me saute aux yeux : l'éducation n'est plus une sortie (ducere) hors de soi (e-) mais une initiation à soi c'est-à-dire une intégration de puissance de pensées, d'émotions (voire de sentiments) ou encore de capacités physiques répondant aux besoins d'une âme. Ici je croise les valeurs chrétiennes selon lesquelles nous avons à rendre compte du développement de nos talents. La société du vieux monde ne connaît que des égos manipulables par leurs désirs égocentriques puisque foncièrement mimétiques et qui donc suscitent de la concurrence. Même la bonne conscience de ce vieux monde a cette mécanique. La société du vieux monde ignore tout de l'âme. 

L'éducation véritable consiste certainement à permettre à une âme de ne pas se perdre dans les mécaniques des pensées, des désirs et des pulsions. Aujourd'hui la paresse, l'inertie l'emporte souvent faute de souligner un idéal d'évolution et de création. La spiritualité contemporaine avec la non-dualité nous donne d'échapper peu à peu à la mécanique. Mais quid du mouvement de transformation du monde ? L'ego n'est que le visage défiguré de notre âme quand, pire malheur, il n'en est pas la tombe où elle se tient étouffée dans le silence. 

Le rôle de l’âme

L'éducation authentique est au service d'un principe d'individualisation. Celui qui aime ses enfants ou le professeur qui se soucie de ses élèves travaille pour leur proposer ce qui leur facilitera de devenir ce qu'ils sont : il leur donne de quoi s'individualiser. Un tel parent ou un tel professeur lutte parfois contre l'ego de l'enfant ou de l'enseigné pour en libérer l'influence de son âme, le principe d'individualisation qui au cœur de la conscience pure commande le devenir d'un individu quand il est uni intuitivement, mentalement, émotionnellement à cette conscience pure. 

Ceci commande même la manière dont parfois on peut introduire auprès d'un enfant ou d'un enseigné une manière de voir, y compris par exemple la non dualité : il s'agit juste d'une boîte à outils ou de moyens de partager une sensibilité (poétique) dont l'enfant peut user s'il le désire pour ne pas se faire engrener dans la mécanique ; il ne s'agit pas encore une fois de s'enfermer dans telle croyance mentale en niant telle possibilité ou au contraire en affirmant telle réalité sans en faire du tout aucune expérience. L'éducation ainsi entendue est clairement en opposition avec n'importe quelle attitude religieuse. 

Sri Aurobindo
Plus on s'approche du continent perdu de l'âme, plus on peut aider les plus jeunes âmes à se trouver au cœur de l'humanité. Il ne s'agit pas d'une manière de penser mais d'une aspiration au cœur de la conscience pure. C'est un monde paradoxal où la plénitude de la conscience se découvre un besoin d'être, une soif de conscience encore plus ample. Le monde de l'âme, le monde psychique vraiment libre du monde psychologique qui ne trouvera jamais de solution en lui-même, est une dimension spirituelle que l'éducation de demain devra sans aucun doute découvrir si elle veut s'accomplir. 

Pour l'instant à ma connaissance la tentative qu'est L'école du progrès telle qu'elle a été développée autour de Mère et Sri Aurobindo reste l'une des rares après certainement l'Académie platonicienne à souligner le rôle central de l'âme (principe d'individualisation au cœur de la conscience pure) qui donnerait tout son sens à une éducation de la pensée, de l'intelligence émotionnelle et de la maîtrise d'un corps en vue ensuite de lui offrir la capacité d'une évolution de la conscience par-delà les limites de la conscience ordinaire humaine. 

Ressources 

Les Blogs de Serge Durand : Carnet Philosophique et Foudre Évolutive

Le Principe de tout enseignement intégral  Serge Durand. Blog Carnet Philosophique

Le Guide Almora de la Spiritualité  par Serge Durand et David Dubois

Le But (3) Commentaires dans Le Journal Intégral. Sur les travaux de Serge Durand 

Proposer la philo en maternelle, pas au bac ! Billet de Anne Leguy dans son blog "Heureux à l'école ! " 

Les Goûters Philo de Brigitte Labbé et  Michel Puech. Une collection de livres de philosophie pour les enfants

Proposé en accès libre par la revue Troisième Millénaire : L’école du Libre Progrès de l'Ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry. Gabriel Monod-Herzen, Jacqueline Benezech. Plon 1972. 70 pages 

La méthode du libre progrès.  Blog Éduquer à la Joie. 



A lire dans le libellé Éducation du Journal Intégral, 22 billets consacrés à ce thème essentiel et dans le libellé Sri Aurobindo, 7 billets à son sujet.

vendredi 20 septembre 2013

Deuxième Forum International de l'évolution de la consience


L'utopie n'est pas la chimère mais le "non-lieu" de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d'existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C'est dans les utopies d'aujourd'hui que sont les solutions de demain. Pierre Rabhi 


Le premier forum international de l’évolution de la conscience a eu lieu à Paris le 13 octobre 2012 autour du thème : L’évolution de la conscience, clé de notre devenir. Le succès public de cette première édition qui a rassemblé 500 personnes enthousiastes est une très bonne nouvelle. C’est le signe qu’en France, une partie de la conscience collective est en train de dépasser les limites du formalisme abstrait propre à l’exception française pour participer au courant évolutionnaire déjà initié dans d’autres pays. 

La seconde édition du forum aura lieu le 12 octobre 2013 à Paris, autour du thème : Croire au Futur. Grâce à un format original et participatif en atelier, avec l’aide de visionnaires et d’acteurs du changement dans les domaines de l’écologie et de l’éducation, de la spiritualité et de l’engagement citoyen, le Forum 2013 permettra de mieux comprendre comment évoluer en conscience. 

Le saut évolutif vers un nouveau stade de conscience s’opère de manière systémique en concernant à la fois les modes de vie et de pensée, les modèles de la culture et de la connaissance ainsi que les modalités de l’action et de l’organisation sociale. C’est pourquoi le changement de paradigme en cours doit être accompagné par une refondation réelle de l’éducation qui ne soit pas une énième réforme de circonstance. C’est dans cet esprit que la seconde édition du forum s’intéressera à l’émergence de nouveaux modèles socio-éducatifs qui participent à la dynamique de l’évolution culturelle. 

Croire au Futur 


Aujourd'hui nous sommes confrontés à des problèmes globaux et à des revendications contradictoires qui, combinés à une complexité et à une vitesse de changement accrues, nous rendent impuissants face aux enjeux du XXI ème siècle, individuellement et collectivement. Alors, plutôt que de sombrer dans le cynisme, la dépression ou le repliement sur soi, il est important de réaliser que, comme le disait Einstein en son temps, nous ne trouverons la solution qu'en changeant notre manière de penser et notre vision du monde. 

C'est cela l'évolution de la conscience. C'est développer une perspective et des valeurs plus grandes et plus inclusives, davantage capables de répondre aux problématiques personnelles et professionnelles auxquelles nous sommes confrontés. Devenir plus conscient, c’est apprendre le discernement en faisant des choix justes, c’est oser dépasser ce que l’on sait déjà pour découvrir ce que l'on ne sait pas encore, c’est laisser émerger la créativité et la positivité qui résident en nous, c’est se connecter au sens même de la Vie, à cette force qui a créé l’univers tout entier et qui évolue perpétuellement. 

Etre  un(e) évolutionnaire c'est réaliser que le futur n'est pas écrit et que nous pouvons forger notre destin en influençant le cours de l'histoire par nos choix individuels et collectifs. Cette perspective évolutionnaire redéfinit ainsi l’éducation au 21ème siècle comme un processus d'individuation où chaque être humain apprend à se questionner et à se développer tout au long de la vie en créant un futur où chacun peut exprimer son potentiel en coopération avec les autres.

Programme 
 
8h15 – 9h30 : Accueil 

9h30 – 9h45 : Introduction et Ouverture du Forum par Jean-Louis Servan-Schreiber (vidéo enregistrée). 

Pourquoi l’évolution de la conscience est-elle devenue une nécessité dans notre époque complexe et troublée, et peut-on encore aimer notre 21ème siècle ? 

Jean-Louis Servan-Schreiber (JLSS) est patron de presse, journaliste et écrivain. En 1997, il rachète le magazine Psychologies magazine et en fait, en dix ans, le second mensuel féminin haut de gamme français en diffusion. En 2010, il reprend le magazine Nouvelles Clés devenu depuis Clés pour en faire une revue centrée autour de deux thèmes majeurs : trouver du sens et retrouver du temps. En 2010, il publie Trop Vite ! où il passe en revue les effets du court-termisme et en 2012, Aimer, quand même, le xxie siècle (2012) où il traite du manque de visibilité sur l’avenir et liste les raisons d’être d’optimiste en comparant ce siècle encore jeune à une nouvelle « Renaissance ». 

9h45 – 10h25 : La source de la positivité par Pierre Rabhi 

Aujourd’hui, l’humanité est surinformée sur les transgressions qu’elle a faites et les malheurs qu’elle cause sur notre planète. C’est à elle à être intelligente, sinon, elle disparaîtra. L’hypothèse négative, c’est que l’humanité ne prendra pas conscience et s’éradiquera elle-même. Et l’hypothèse positive, c’est qu’il y aura un sursaut de conscience pour comprendre que nous n’avons plus le choix de changer. (Pierre Rabhi) 

Initiateur du Mouvement Colibris, reconnu expert international pour la lutte contre la désertification, Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Auteur, philosophe et conférencier, il appelle à "l'insurrection des consciences" pour fédérer ce que l'humanité a de meilleur. Devant l'échec de la condition générale de l'humanité et les dommages considérables infligés à la Nature, il nous invite à sortir du mythe de la croissance indéfinie, à réaliser l'importance vitale de notre terre nourricière et à inaugurer une nouvelle éthique de vie vers une "sobriété heureuse". 

10h25 – 11h05 : L’évolution consciente par Barbara Marx Hubbard (interview par Gyorgyi Szabo)

Au cours des cinquante dernières années, nous avons acquis la capacité scientifique et technologique de détruire ou d’affecter positivement la planète. Notre génération se trouve placée devant un choix crucial : abuser de ce pouvoir ou l’utiliser à bon escient, c’est-à-dire agir en notre qualité de co-créateurs. L’évolution consciente décrit la voie du co-créateur qui devient conscient des nouveaux outils et des autres possibilités qui lui sont offerts afin de participer pleinement à cette étape fascinante de notre histoire collective. 

Appelée « la voix de l’évolution consciente » par Deepak Chopra, Barbara Marx Hubbard est la source d’inspiration du livre de Neale Donald Walsch intitulé « La mère de l’invention ». Futuriste et visionnaire de renommée mondiale, formatrice et conférencière de l’évolution, Barbara est l’auteur de six livres qui communiquent la nouvelle vision du monde de l’évolution consciente. Elle est co-fondatrice et présidente de la Fondation pour l’Evolution Consciente, et a co-fondé plusieurs organisations progressistes, dont l’Association pour la Nouvelle Pensée globale. 

11h05 – 11h25 : Table ronde avec Pierre Rahbi et Barbara Marx Hubbard. Dialogues avec le public 

11h25 – 11h35 : Présentation du format des Ateliers évolutionnaires 

11h35 – 12h05 : Pause 

12h05 – 13h15 : Ateliers évolutionnaires avec l’ensemble des participants.

Six ateliers de 80 personnes se tiendront simultanément dans l’enceinte de la Sorbonne. Ils concerneront l’ensemble des participants et consisteront, en intelligence collective sous un format World Café, à explorer ce que cela signifie d’être un(e) évolutionnaire, de prendre conscience des freins et des leviers pour le devenir, et de voir comment, ensemble, nous pouvons façonner le futur. 

Ces ateliers feront l’objet de mesures par l’équipe du Global Consciousness Project de l’université de Princeton pour examiner l’existence et l’influence du champ de conscience (éventuel) généré par les ateliers. 

13h15 – 14h30 : Déjeuner 

14h30 – 15h : Rapports des Ateliers évolutionnaires 

Les porte-paroles des six ateliers partageront en session plénière les résultats de leurs ateliers respectifs. 

15h - 17h15 : Témoignages d’évolutionnaires dans le domaine de l’éducation 

Ces témoignages seront l’occasion de partager l’expérience de visionnaires et de pionniers qui, chacun dans leurs domaines, contribuent à l’évolution de la culture et à l’émergence de nouvelles valeurs, dans le domaine socio-éducatif. 

15h – 15h15 : Initiatives actuelles sur le renouveau éducatif par Antonella Verdiani

Antonella Verdiani a été spécialiste de programme dans le secteur de l’éducation à l’UNESCO de 1987 à 2005, d’abord en Afrique et après à Paris, avec une attention particulière aux méthodes innovantes. En 2006, elle se consacre à son doctorat sur l’éducation intégrale à Auroville, en Inde (Université de Paris 8). Actuellement consultante et formatrice, elle est co-fondatrice de l’Alliance Printemps de l’éducation, projet réunissant des associations, institutions et individus qui militent pour un changement de l’éducation et de l’école, centré sur le bien-être l’épanouissement des enfants (et des enseignants!). En 2012, elle publie un livre “Eduquer à la joie. Ces écoles qui rendent les enfants heureux”, aux Editions Actes Sud. 


15h15 – 15h50 : La nouvelle éducation des adolescents par Gopal Krishnamurthy 

Gopal Krishnamurthy est co-directeur de l’école Brockwood Park qui propose un programme éducatif de secondaire très original. Il est titulaire d’un doctorat en éducation, d’une maitrise en Education et Philosophie, d’une licence de physique, et il a enseigné pendant plus de 18 ans au niveau secondaire et universitaire. Il est également passionné par la formation des enseignants et la vision éducative de Krishnamurti. 



15h50 – 16h30 : La nouvelle éducation des adultes par Mary Adams (interview par Christine Guinebretière) 

Mary Adams est directrice de l’éducation chez EnlightenNext. Elle enseigne au niveau international et a élaboré des programmes d’éducation novateurs pour les adultes qui catalysent le développement – au niveau personnel et collectif – de nouvelles capacités de conscience, de relationnel et de créativité. Son engagement pour l’éveil des femmes et le leadership authentique lui a permis de forger une nouvelle voie de développement pour les femmes sur la base des principes de l’éveil évolutionnaire d’Andrew Cohen. Elle co-écrit actuellement, avec le professeur Elizabeth Debold, un ouvrage basé sur leurs découvertes communes issues du programme « Les dix défis de la femme évolutionnaire ». 

16h30 – 17h : Pause 

17h – 17h15 : Campagne “Révolutionner l’éducation, on le fait !” par Cyril Dion

De 2007 à 2013, Cyril Dion a été l’animateur du mouvement Colibris qui a initié entre 2009 et 2010 en France, plus de 200 projets. Ce mouvement, fondé par Pierre Rabhi en 2006, est une plateforme de rencontre ou d’échange pour tous ceux qui veulent agir pour une société plus juste en développant des solutions alternatives. En 2011, Cyril a créé avec Actes Sud la collection “Domaine du Possible” et est le directeur de la rédaction du magazine Kaizen

17h15 – 18h : Table ronde avec Antonella Verdiani, Cyril Dion, Gopal Krishnamurty, Barbara Marx Hubbard et Mary Adams. 

18h – Clôture du Forum 

Ressources

Sur le site du Forum international de l’évolution de la conscience, vous trouverez de nombreuses informations concernant cette seconde édition mais aussi tous les détails pratiques au sujet de l’inscription à cette manifestation.

Dans Integral Leadership Review, les anglophones pourront lire le compte rendu du premier Forum International de la Conscience par Brian Van der Horst dans un article intitulé The Integral Year in Review.


Le Plan des Colibris Des propositions pour une société écologique et humaine.


Le 30 Novembre 2012, l’Université Intégrale a organisé une journée autour du thème Education et co-évolution avec notamment Antonella Verdiani. Sur le site Viméo de l’Université Intégrale, on peut suivre ici, à travers une vingtaine de vidéos, toutes les interventions et tous les débats qui ont eu lieu durant cette journée. 

Dans Le Journal Intégral : Université Intégrale (14) Education et co-évolution

Eduquer au XXI ème siècle (1) (2) (3


Education + Initiation : Développement intégral 

Education intégrale (1) (2) Le Nouvel Esprit Pédagogique (3) (4) (5)