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jeudi 24 février 2022

Le Fétichisme de l'Ego (1)

L'égo est la racine de toute souffrance. Chogyam Trungpa

Avant de se plonger dans la lecture de ce billet et pour en profiter complètement, nous conseillons aux lecteurs qui ne l’auraient pas fait de lire le précédent intitulé Le saut évolutif : un nouveau récit d’émancipation. Ce texte présente le contexte à partir duquel nous développerons dans ce billet-ci et dans les prochains une réflexion autour du "fétichisme de l’égo". Ce contexte est celui d’un monde où il devient urgent de développer une approche intégrale permettant une réflexion à la fois globale et dynamique dans un monde intégré en transformation continue. 

Il s'agit de penser la synergie des courants évolutifs qui permettrait un saut qualitatif vers un nouveau stade du développement humain mais aussi celle des courants régressifs qui s’y opposent, tout en rendant compte de la polarisation existant entre les uns et les autres. Obstacles à la participation intime et intuitive à la dynamique d’une spirale évolutive, les dynamiques régressives d’une spirale involutive sont l’expression de processus archaïques et fétichistes dont nous avons évoqué l’origine et l’emprise dans notre dernier billet. 

Les trois grands fétiches qui font obstacle à une dynamique évolutive sont l'Egomanie, la Technolâtrie et la Marchandise. Soit le fétichisme de l’égo dans le champ de la conscience (Je, le lien à soi), le fétichisme de l’abstraction dans le champ de l’intersubjectivité culturelle (Tu, le lien à l’autre) et le fétichisme de la marchandise dans le champ social immergé dans un écosystème (Il, le lien au milieu de vie). Dans Le Journal Intégral, nous avons déjà évoqué à de nombreuses reprises les fétichismes de l'abstraction et de la marchandise. 

Dans ce billet et dans les prochains, nous évoquerons le "fétichisme de l’égo" en faisant notamment référence aux enseignements et aux pratiques bouddhistes ayant développées au cours des millénaire une phénoménologie à la fois complexe et subtile qui permet de comprendre et de se libérer des pièges tendus par cette illusion qu’est l’égo. Nous proposerons donc ci-dessous un texte de Matthieu Ricard intitulé L’illusion de l’ego qui pose les bases de ces enseignements traditionnels et à partir duquel, en un second temps, nous réfléchirons dans une perspective intégrale, aux influences mortifères exercées par l’égo dans les relations systémiques entre conscience, culture et société. 

L'illusion de l'ego. Matthieu Ricard 

Dès ma première rencontre avec des sages de la tradition du Bouddhisme tibétain, j’ai été frappé par le fait qu’ils manifestaient d’une part une grande force intérieure, une bienveillance sans faille et une sagesse à toute épreuve, et d’autre part une complète absence du sentiment de l’importance de soi. 

J’ai moi-même observé à quel point l’identification à un « moi » qui siégerait au cœur de mon être est une source de vulnérabilité constante, et que la liberté intérieure qui naît d’un amenuisement de cette identification est une source de plénitude et de confiance sans égale. Comprendre la nature de l’ego et son mode de fonctionnement est donc d’une importance vitale si l’on souhaite se libérer des causes intérieures du mal-être et de la souffrance. L’idée de se dégager de l’emprise de l’ego peut nous laisser perplexe, sans doute parce que nous touchons à ce que nous croyons être notre identité fondamentale. 

Nous imaginons qu’au plus profond de nous-mêmes siège une entité durable qui confère une identité et une continuité à notre personne. Cela nous semble si évident que nous ne jugeons pas nécessaire d’examiner plus attentivement cette intuition. Pourtant, dès que l’on analyse sérieusement la nature du « moi », l’on s’aperçoit qu’il est impossible d’identifier une entité distincte qui puisse y correspondre. En fin de compte, il s’avère que l’ego n’est qu’un concept que nous associons au continuum d’expériences qu’est notre conscience. 

Nous pourrions penser qu’en consacrant la majeure partie de notre temps à satisfaire et à renforcer cet ego, nous adoptons la meilleure stratégie pour atteindre le bonheur. Mais c’est faire ainsi un mauvais pari, car c’est tout le contraire qui se produit. L’ego ne peut procurer qu’une confiance factice, construite sur des attributs précaires – le pouvoir, le succès, la beauté et la force physiques, le brio intellectuel et l’opinion d’autrui – et sur tout ce qui constitue notre image. 

Une confiance en soi digne de ce nom est tout autre. C’est paradoxalement une qualité naturelle de l’absence d’ego. La confiance en soi qui ne repose pas sur l’ego est une liberté fondamentale qui n’est plus soumise aux contingences émotionnelles, une invulnérabilité face aux jugements d’autrui, une profonde acceptation intérieure des circonstances, quelles qu’elles soient. 

Cette liberté se traduit par un sentiment d’ouverture à tout ce qui se présente. Il ne s’agit pas d’une distante froideur ni d’un détachement sec, comme on l’imagine parfois lorsque l’on parle du détachement bouddhiste, mais d’un rayonnement altruiste qui s’étend à tous les êtres. 

Lorsque l’ego ne se repaît pas de ses triomphes, il se nourrit de ses échecs en s’érigeant en victime. Entretenu par ses constantes ruminations, sa souffrance lui confirme son existence autant que son euphorie. Qu’il se sente porté au pinacle, diminué, offensé, ou ignoré, l’ego se consolide en n’accordant d’attention qu’à lui-même. 

L’attachement à l’existence de l’ego considéré comme une entité unique et autonome est fondamentalement dysfonctionnel, car il est en porte-à-faux avec la réalité. Fondé sur une erreur, il est constamment menacé par la réalité, ce qui entretient en nous un profond sentiment d’insécurité. Conscient de sa vulnérabilité, l’ego tente par tous les moyens de se protéger et de se renforcer, éprouvant de l’aversion pour tout ce qui le menace et de l’attirance pour tout ce qui le sustente. De ces pulsions d’attraction et de répulsion naissent une foule d’émotions conflictuelles. 

En vérité, nous ne sommes pas cet ego, nous ne sommes pas cette colère, nous ne sommes pas ce désespoir. Notre niveau d’expérience le plus fondamental est celui de la conscience pure, cette qualité première de la conscience et qui est le fondement de toute expérience, de toute émotion, de tout raisonnement, de tout concept, et de toute construction mentale, l’ego y compris. 

Pour démasquer l’imposture du moi, il faut ainsi mener l’enquête jusqu’au bout. Quelqu’un qui soupçonne la présence d’un voleur dans sa maison doit inspecter chaque pièce, chaque recoin, chaque cachette possible, jusqu’à être sûr qu’il n’y a vraiment personne. Alors seulement peut-il avoir l’esprit en paix. 

Si l’ego constituait vraiment notre essence profonde, on comprendrait notre inquiétude à l’idée de s’en débarrasser. Mais s’il n’est qu’une illusion, s’en affranchir ne revient pas à extirper le cœur de notre être, mais simplement à ouvrir les yeux, à dissiper une erreur. L’erreur n’offre aucune résistance à la connaissance, comme l’obscurité n’offre aucune résistance à la lumière. Des millions d’années de ténèbres peuvent être dissipées instantanément lorsqu’une lumière est allumée. (Fin du texte de Matthieu Ricard) 

Une "vision intégrale" de l’égo 

Si les enseignements du bouddhisme sur l’égo, issues d’observations et de pratiques millénaires, jettent une lumière crue sur les jeux illusoires propres à la conscience humaine, ils rejoignent ceux de nombreuses autres traditions qui ont exprimé les mêmes vérités dans le contexte culturel, temporel et géographique, où chacune d’entre elles s’est développée. Nous partirons de l’état de fait décrit par Matthieu Ricard pour rendre compte, dans une perspective intégrale, de l’influence de l’égo dans les relations systémiques qu’entretiennent la conscience (intrastructure), la culture (superstructure) et la société (infrastructure). 

L’égo est animé par une volonté de maîtrise et de contrôle qui, en voulant renforcer un sentiment illusoire de sécurité, ne fait que fixer et réifier dans une attitude de saisie conceptuelle le flux impermanent et évolutionnaire de la vie/esprit. L’emprise mortifère de l’ego est non seulement un obstacle à une expérience libératrice dont témoignent sages et méditants depuis des millénaires, mais de nos jours elle induit dans le champ culturel une volonté de domination qui se manifeste par l’hégémonie de la rationalité instrumentale. Cette visée instrumentale a pour mission de rendre l'égo "comme maître et possesseur de la nature", selon la célèbre formulation de Descartes, pour s'assurer de son existence et de sa perdurance.

L’égo est bien donc à l’origine de ce "fétichisme de l’abstraction" qui se manifeste de nos jours dans le champ culturel à travers une technolâtrie et une idéologie transhumaniste visant à congédier une sensibilité humaine perçue comme une fragilité dont il faut s’abstraire par le calcul, l’objectivation, la pensée analytique et disciplinaire à l'origine de progrès technologiques spectaculaires. Cette hégémonie de l’abstraction se produit au détriment d’une raison sensible et concrète éclairée par la force motrice de l’intuition et de l’imaginaire. Comme l’écrivent Serge Quadruppani & Jérôme Floch dans Lundi Matin : « C’est justement la mise en mesure du monde, sa compartimentation proprement scientifique, son objectivation de chaque élément du monde qui a fini par faire de nous des choses, disposées à la gestion. » (Sur la catastrophe en cours et comment s'en sortir in Lundi Matin)

L’emprise de l’égo dans le champ de la conscience a pour conséquence celle de l’abstraction dans le champ de la culture et celle de l’économie dans le champ social. C’est par la suprématie de la valeur marchande que la vision économique, à la fois abstraite et quantitative, remplace les valeurs qualitatives – éthiques, esthétiques et transcendantes - qui furent au cœur des communautés traditionnelles. Egomanie, Technolâtrie, Marchandise : tels sont bien les trois fétiches qui ne sont en fait que trois avatars d’une même abstraction totalitaire destinée à donner à l’égo un sentiment illusoire de sécurité. 

On connaît la célèbre formule de Karl Marx : « La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité traditionnelle, dans les eaux glacées du calcul égoïste. » En évoquant ainsi "les eaux glacées du calcul égoïste", l’intuition synthétique de Marx met à jour la triangulation existant entre l'égo, le calcul technocratique et le processus de réification qui en est la conséquence. En effet, la volonté de contrôle de l’égo a pour conséquence l’hégémonie de la raison instrumentale (identifiée au calcul) et de celle-ci découle naturellement un processus de chosification qui transforme l'eau en glace c'est à dire la fluidité de la vie en matière solide. C'est ainsi que l'être humain se métamorphose en créature soumise au fétichisme de la marchandise, identifiée à son rôle économique de producteur/consommateur et obsédée par la maximisation de ses intérêts égoïstes.

Sous l'emprise mentale de l'égo, la fluidité d'une relation organique avec le milieu humain et naturel dégénère en enfermant l'être humain dans la fameuse "cage d'acier" évoquée par sociologue Max Weber. Cette métaphore de la "cage d'acier" sert à illustrer un monde matérialiste et désenchanté fondé sur la domination de la rationalité abstraite dans le champ culturel et sur celle des rapports marchands dans le champ social. Ce monde glacé de la modernité a été identifié par René Guénon comme Le règne de la quantité c'est à dire le règne totalitaire de l'abstraction, au détriment de la vie, de la sensibilité et de l'esprit.

Ego et Méditation 

Les enseignements bouddhistes identifient l’emprise de la saisie conceptuelle propre à l’égo comme le principal obstacle au développement de la conscience et de la bienveillance nécessaires à l’harmonisation des relations tant interpersonnelles que sociales. Les observations phénoménologiques effectuées au cours des siècles sont à l’origine à la fois d’un corpus d’enseignements très riche et de diverses pratiques comme la médiation dont le but est une "désaisie" qui nous libère progressivement de l’emprise des représentations conceptuelles par un recours et un retour aux sources vivifiantes de la présence. 

Dans Quel Bouddhisme pour l’occident ?, un ouvrage important que je recommande, le philosophe et enseignant de méditation Fabrice Midal écrit ceci : « Le bouddha n’a pas vécu pour présenter un moyen d’aider chacun à être calme et à l’abri des soucis. Il s’est engagé dans le monde pour dénoncer ce qui entrave la possibilité pour les êtres humains de laisser fleurir leur propre humanité. En effet, très vite, il a dénoncé les castes et a permis aux femmes de pratiquer la méditation – autrement dit, il a mis à mal l’équilibre social et politique de l’Inde. 

Si le Bouddha vivait aujourd’hui, que dénoncerait-il ? La dictature de la rentabilité, c’est-à-dire la manière dont toute chose n’existe que dans l’ordre d’un calcul qui fait du fleuve une réserve d’énergie, d’une vache une réserve de calories, d’un être humain une ressource à gérer au mieux. La méditation nous libère de cette emprise dévastatrice qui explique pourquoi le taux de dépression dans les sociétés occidentales est devenu endémique… Ma conviction est que la pratique de la méditation reste encore aujourd’hui une chance unique pour l’Occident, la possibilité d’une véritable révolution en nous délivrant de cette dictature actuelle de la rentabilité et en restaurant le sens de la présence. » 

La dernière chance ?

 
Dans cette perspective, la méditation n’est plus réduite à une pratique de gestion du stress pour s’adapter à la guerre économique ou supporter l’effondrement en cours, tel que la présente un certain nombre de "marchands de sagesse". En nous permettant de cheminer sur une voie d’élucidation et de libération des voiles illusoires de l’égo, elle opère aussi une transformation à la fois culturelle et sociale comme le souligne Fabrice Midal dans un entretien au site Inexploré : 

« Mon engagement dans la méditation, je le pense comme un engagement politique. Je crois que la méditation est aujourd’hui la dernière grande chance révolutionnaire pour notre temps. Parce qu’il s’agit en méditant de cesser l’attitude de vouloir tout contrôler et tout dominer. C’est le problème majeur de notre monde ! Il ne faut pas croire que l’engagement spirituel qu’implique la méditation soit un désengagement du terrestre, au contraire… C’est une célébration du terrestre. La spiritualité est peut-être aujourd’hui seule à même de sauvegarder un rapport au terrestre. Et le rapport au terrestre dont je parle n’est pas un rapport de gestion du terrestre, c’est un rapport d’appréciation du terrestre ! » 

Comme nous l’écrivions dans Abécédaire de la méditation (2) Une révolution silencieuse : « La méditation trace un chemin d’évolution qui, en relativisant et en dépassant la pensée abstraite, permet de développer une conscience plus large, plus unifiée et plus intégrée. Ce faisant, elle peut devenir un levier politique capable de subvertir l'hégémonie de la pensée technocratique en ouvrant l'intelligence collective à une nouvelle vision du monde et à des manières de vivre ensemble différentes de l'économisme dominant. » 

En développant une "vision intégrale" de l’égo, on perçoit l'influence profonde et systémique que celui-ci peut avoir dans les champs de la conscience, de la culture et de la société. Cette perspective intégrale réévalue le rôle - fondamental - des enseignements traditionnels sur l’égo et sur l’obstacle que représente son emprise non seulement pour le développement de la conscience mais aussi sur l'évolution de la culture et de la société. Un telle prise de conscience ouvre sur un autre imaginaire politique qui s'exprime à travers un nouveau récit d'émancipation.

C'est ainsi que les pratiques méditatives et contemplatives sont au cœur d’une stratégie de transformation globale élaborée au sein de certaines minorités créatrices et cognitives comme le sont, par exemple, les créatifs culturels, les "sorcières éco-féministes", les "méditants/militants" ou les écologistes qui, à travers la "collapsosophie" cherchent à penser l'effondrement des écosystèmes en s'ouvrant "aux questions éthiques, émotionnelles, imaginaires, spirituelles et métaphysiques". 

Tous ces mouvements contemporains ne sont pas le fruit du hasard : ils annoncent l'émergence de nouvelles formes collectives de pensée et de sensibilité qui transcendent l'égo en affirmant la nécessité d'une approche intuitive et spirituelle niée par la modernité. Comprendre comment fonctionne le "fétichisme de l'égo" est une étape fondamentale pour ceux qui désirent participer à la dynamique créatrice d'une spirale évolutive en s'arrachant au vortex d'une spirale infernale qui génère l'effondrement en cours. Cette réflexion sur l'égo et sur son emprise participe à l’émergence de ces formes culturelles et politiques novatrices qui préparent un saut évolutif en élaborant un nouveau récit d'émancipation.

Ressources 

L’illusion de l’égo Matthieu Ricard - Site officiel de Matthieu Ricard

Quel Bouddhisme pour l’Occident ?  Fabrice Midal - Éditions Points (Poche)

Démystifier la méditation  Entretien avec Fabrice Midal - Site Inexploré 

Sur la catastrophe en cours et comment s'en sortir ?  Serge Quadruppani & Jérôme Floch dans Lundi Matin 

Dans Le Journal Intégral : 

Le saut évolutif : un nouveau récit d’émancipation (dans la rubrique Ressources de ce billet nous proposons de nombreux liens concernant le Fétichisme de l'abstraction, le Fétichisme de la marchandise et les Méditants/Militants).

Abécédaire de la Méditation (1) - Abécédaire de la Méditation (2) Une révolution silencieuse

Sur les sorcières écoféministes : Femmes, magie et politique - Le retour des sorcières - Magie et Imaginaire


mercredi 29 septembre 2021

La Désaisie

Il faut toujours dire ce que l'on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. Paul Valéry

Voilà quatre mois que je n’ai pas posté de billet sur ce blog parce que, durant cette période estivale, j'aspirais à une vacance qui ne soit ni loisir, ni repos, ni divertissement mais Vacuité. Dans un billet intitulé Vacance et/ou Vacuité, posté l'été dernier, je proposais un certain nombre de liens pour mieux appréhender cette notion fondamentale de Vacuité, au cœur d’une spiritualité plurimillénaire. Durant ce temps, loin, bien loin de ce retour aux sources de l’esprit, l’ambiance générale était à la polémique où, sur fond de pandémie, d’angoisse et d’ignorance, chacun était sommé de choisir son camp, quitte à transformer l’autre en ennemi. Loin, bien loin de cette approche synthétique, novatrice et apaisée dont nous nous sommes faits l’écho dans un récent billet intitulé Vers une Santé Intégrale

Dans ce contexte de guerre sociale et culturelle où les mots perdent leur sens pour devenir des armes et où les idées perdent leur cohérence pour être réduites à des slogans, on enrôle la pensée en abandonnant la profondeur et la nuance, l’esprit de synthèse et la complexité. A vrai dire j’ai l’impression qu’une pensée exigeante et novatrice est inaudible dans le climat d’hystérie qui règne aujourd’hui sur les réseaux sociaux où, bien trop souvent, l’insulte, l'agressivité et l’anathème remplacent la rigueur et l'analyse, la vision et le débat. 

Dans cet océan de confusion, le silence devient alors une île et un refuge, une nécessité et une ressource qui ouvre la porte sur une perspective méditative fondée sur une "désaisie" qui consiste à lâcher la crispation du mental pour se détendre et s'ouvrir, notamment grâce à la méditation, à une présence d'esprit qui est non duelle, immédiate et naturelle. Et pour évoquer ce processus de "désaisie", rien de mieux qu’une fable qui, plus qu’à une analyse discursive, fait appel à l’intuition et à l’imaginaire. Comme chacun interprète une fable selon sa propre subjectivité, nous proposerons ensuite une interprétation originale, inspirée par notre réflexion au long cours sur ce blog.

L’Âne, le Tigre et le Lion 

Un tigre et un âne se croisent sur une prairie. 

L’âne dit au tigre : 

- L'herbe est bleue. 

Le tigre rétorque : 

- Non, l'herbe est verte. 

La dispute s'envenime et tous deux décident de la soumettre à l'arbitrage du lion, le "roi de la jungle". Bien avant d'atteindre la clairière où le lion se reposait, l’âne se met à crier : 

- Votre Altesse, n'est-ce pas que l'herbe est bleue ? 

Le lion lui répond : 

- Effectivement, l'herbe est bleue. 

L’âne se précipite et insiste : 

- Le tigre n'est pas d'accord avec moi, il me contredit et cela m'ennuie. S'il vous plaît, punissez-le ! 

Le lion déclare alors : 

- Le tigre sera puni de 5 ans de silence. 

L’âne se met à sauter joyeusement et continue son chemin, heureux et répétant : 

- L'herbe est bleue... l'herbe est bleue... 

Le tigre accepte sa punition, mais demande une explication au lion : 

- Votre Altesse, pourquoi m'avoir puni ? Après tout, l'herbe n'est-elle pas verte ? 

Le lion lui dit : 

- En effet, l'herbe est verte. 

Le tigre, surpris, lui demande : 

- Alors pourquoi me punissez-vous ??? 

Le lion lui explique : 

- Cela n'a rien à voir avec la question de savoir si l'herbe est bleue ou verte. Ta punition vient du fait qu'il n'est pas possible qu'une créature courageuse et intelligente comme toi ait pu perdre son temps à discuter avec un fou et un fanatique qui ne se soucie pas de la vérité ou de la réalité, mais seulement de la victoire de ses croyances et de ses illusions. 

Ne perds jamais de temps avec des arguments qui n'ont aucun sens... Il y a des gens qui, quelles que soient les preuves qu'on leur présente, ne sont pas en mesure de comprendre. Et d'autres, aveuglés par leur ego, leur haine et leur ressentiment, ne souhaiteront jamais qu'une seule chose : avoir raison même s'ils ont tort. 

Or quand l'ignorance crie, l'intelligence se tait. 

Ta paix et ta tranquillité n'ont pas de prix... 

(Auteur inconnu) 

Eros et Thanatos

Dynamiques Évolutives et Régressives*

Si cette fable d’un auteur inconnu circule beaucoup sur internet ces derniers temps c’est, me semble -t-il, qu’elle véhicule un message destiné à notre époque et que l'on peut lire à plusieurs niveaux. Nous proposerons pour notre part un interprétation qui s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion synthétique développée au fil des années dans Le Journal Intégral.

Dans notre dernier billet intitulé Effondrements auquel les lecteurs pourront se référer, nous évoquions la tension évolutive qui existe entre, d’une part, une "spirale évolutive" qui tend vers un champ supérieur de synthèse et de complexité et, d’autre part, la "spirale infernale" de l’entropie qui tend vers la désorganisation et la destruction. En un mot : Éros, représentant les forces créatrices de la vie et de l’esprit, et Thanatos, représentant les forces entropiques du désordre et de la mort.  Ces deux faces, créatrices et destructrices, d'un même processus évolutif sont liées de manière inextricable parce qu'elles se répartissent les tâches :  à Thanatos la destruction des formes devenues inadaptées et à Éros l'émergence de forme novatrices dont la plus grande complexité correspond à l'évolution du milieu.

Il existe des carrefours temporels, comme celui où nous vivons, où cette tension entre les courants créateurs et destructeurs est d’autant plus importante que l’humanité aborde un nouveau stade de son développement qui nécessite un saut qualitatif. A l'émergence créatrice et évolutive de nouvelles formes de vie et de pensée correspond, comme exact anti-pôle, un courant régressif qui se manifeste à travers des phénomènes d''ensauvagement, une ambiance paranoïde et complotiste, des vagues de confusion intellectuelle et de dépression, dues à un profond vide existentiel, dont les conséquences psychiatriques sont alarmantes, notamment pour les jeunes générations. Une crise de civilisation déstabilise les institutions et les modes de pensée qui doivent se transformer alors même que des minorités créatrices et cognitives cheminent discrètement sur la voie escarpée d'un saut évolutif.

Comment, en ces temps troublés, entretenir une sérénité intérieure et une créativité inspirée qui permettent de se connecter à cette spirale évolutive sans se faire envahir par l’ambiance délétère générée par la dynamique d’une spirale régressive ? That is THE question. Il me semble que cette fable illustre assez bien l’attitude sereine à développer pour participer à la spirale évolutive sans se faire dévier par les multiples manifestations de confusion et de violence propres au déchaînement de Thanatos.

* Ni descriptif, ni explicatif, ce schéma permet simplement de visualiser les courants ascendants (Éros) et descendants (Thanatos) qui polarisent l'être humain entre transcendance spirituelle et ancrage matériel. Pour plus de précisions, voir le précédent billet intitulé Effondrements.

Une perspective méditative 

Cette fable rend compte, de manière symbolique, du calme, de la distance et de la maîtrise nécessaires pour ne pas se faire emporter par une forme d'affolement généralisé qui tend à nous absorber dans son vortex régressif. Plutôt que de répondre aux âneries proférées par ceux qui affirment violemment que l'herbe est bleue et que l'on ne parviendra jamais à convaincre, aveuglés qu'ils sont par leur illusions et leurs préjugés, il est essentiel de développer une attitude méditative qui est celle de la désaisie. Cette attitude de retrait actif et créatif privilégie la présence intérieure aux débordements du mental pris au « je » de l’égo.

Comme l’écrit Fabrice Midal au sujet de la méditation dans "Quel bouddhisme pour l'occident" : « Ce geste de simplement s’asseoir, sans projet délibéré, est en lui-même d’une radicalité qui explique le séisme qu’il a généré dans la vie de tant d’êtres – pour autant qu’ils aient trouvé un authentique instructeur et ne soit pas une simple gymnastique. La radicalité de ce projet est d’autant plus aigüe que notre temps est marqué par un écrasement, un effacement de toute confrontation directe à ce qui est. Le bombardement d’informations aussitôt dépassées qu’elles apparaissent, cette rotation incessante de nouveautés, détournent de soi

"L’attitude abstraite que Heidegger et Merleau-Ponty attribuent à la science et à la philosophie est en fait – le méditant le découvre à présent –, l’attitude quotidienne quand l’individu n’est pas attentif, explique Francisco Varela. Cette attitude abstraite est le scaphandre, le rembourrage d’habitudes et de préjugés, l’armure avec laquelle il se met habituellement à distance de ce qu’il vit". Par la pratique de la méditation assise se déploie une plus grande présence et attention qui sont propagées dans toutes les dimensions de l’existence ». 

Pleine Présence
 

Dans Le Grand Livre de la pleine présence, Denys Rincpoché évoque la voie libératrice de la désaisie qui, à travers la méditation, ouvre sur la pleine présence. Ce terme de pleine présence est une traduction de l’anglais "mindfulness" plus adéquate que "pleine conscience" car celle-ci renvoie en français à une réflexivité conceptuelle qu’il s’agit justement de dépasser par un présence attentive, ouverte et bienveillante :

 « A l’origine des crises écologiques, économiques, sociétales, humaines, se trouve une crise cognitive, une crise de la conscience qui a son origine dans la saisie cognitive qui la constitue. Le problème est que nous sommes exilés de notre nature, en un monde de représentation, rien que mental, dans une bulle de conscience mentale qui nous coupe de la nature, la nature que nous sommes. Notre hypertrophie mentale nous fait vivre dans un monde virtuel, clos. Cette hypertrophie du mental va largement de pair avec une hypertrophie de l’ego : plus il est de saisie cognitive, plus il est d’égo. Nous souffrons en quelques sorte d’une « égoïte aigüe» dont les manifestations sont notre individualisme et notre matérialisme égoïste..

L’égo est le sentiment ou l’impression d’être un moi-sujet autonome et indépendant. L’égo n’est pas une entité, une chose mais le résultat d’une opération de saisies cognitives qui génère cette impression d’un moi, d’un sujet expérimentateur qui vit un monde de choses expérimentées. L’égo se structure dans la conscience habituelle, son impression est à l’origine de nos tendances égoïstes… 

La désaisie est le lâcher prise dans lequel on abandonne, on lâche ses saisies et ses fixations. La désaisie opère une dépolarisation de la conscience duelle dans l’ouverture relaxée de la présence ouverte. La pratique et l’expérience de la désaisie constituent le cœur de la pratique de la pleine présence… La voie de la désaisie part de la conscience duelle, habituelle, pour nous conduire à l’expérience première, non-duelle, immédiate et naturelle. Ce cheminement de la conscience habituelle à l’expérience première résume toute la voie, de la dualité à la non-dualité. L’expérience première est nue, sans voile. Elle n’est pas fabriquée et subsiste en soi avant que le mental ne fabrique quoi que ce soit, avant que la conception ne la voile. » 

Dans la perspective développementale propre à une vision intégrale, la désaisie ne consiste pas à régresser vers un stade archaïque - pré-rationnel et pré-personnel - de fusion et de confusion dans un Tout indifférencié, au prétexte qu'il faudrait se libérer du mental.  Bien au contraire, la désaisie permet de dépasser l'abstraction conceptuelle, propre au mental et nécessaire à notre adaptation au milieu, pour faire de celle-ci un outil au service d'une présence qui la constitue et la transcende.

Voir ce que l'on voit

Méditer c’est en fait opérer une "déprise de conscience" qui permet de dépasser l’emprise réflexive du mental pour accueillir la pleine présence où s’origine la pensée. Cette perspective de la désaisie cognitive permet de proposer une interprétation originale de notre fable : ce qui semble bleu aux préjugés de l'ego se révèle être vert quand on se libère des projections mentales.

L’âne pourrait représenter l’égo qui, soumis à ses pulsions et fantasmes, fasciné par ses représentations, s’identifie à des âneries c’est-à-dire à des préjugés et croyances qu’il érige en vérité (l’herbe est bleue !...). Rivé à des certitudes qui ne sont, en fait que des projections mentales et des constructions sociales, cet égo fera tout pour conserver son emprise et défendre son territoire jusqu'à se perdre dans la tourmente d’une spirale régressive où règnent la haine et le ressentiment. 

Le tigre représente la présence d’esprit qui, libérée des préjugés et des illusions de l'égo, peut s’accorder à la plénitude d’une conscience non-duelle. Face aux âneries du mental, non seulement il dira ce qu'il voit (l'herbe est vraiment verte !...) mais, plus difficile, grâce à l'entraînement de l'esprit, il verra ce qu'il voit, selon la belle formule de Paul Valéry proposée en exergue. Voir ce que l'on voit : tel pourrait être la morale de cette fable et la définition même d'une sagesse immémoriale

Quant à la figure royale du lion, elle représente cette nature primordiale de l’esprit que chacun nomme à sa façon selon ses croyances et les traditions culturelles et spirituelles auxquelles il se réfère. Ainsi chacun de nous est polarisé entre un égo qui vit sous l’emprise de préjugés (personnels et/ou culturels) et une présence qui les transcende en s’accordant à une plénitude intérieure. Développer cette présence c’est prendre ses distances avec le champ passionnel et confusionnel de l’égo, soumis à l’influence de la spirale régressive, pour s’accorder à une inspiration créatrice qui participe à la spirale évolutive. Et le silence auquel le Lion "condamne" le Tigre pour le soustraire aux discours obsessionnels de l’Âne est la matrice même où peut éclore cette inspiration méditative. Dès lors que l'on peut saisir toute sa profondeur  cette fable révèle un enseignement important dans une époque troublée comme celle que nous vivons.

Voir ce que l'on voit c'est se libérer de l'emprise des représentations mentales et des constructions sociales pour voir les choses telles qu'elles sont à travers ce "retour aux choses mêmes" promu une phénoménologie qui met la description de l'expérience vécue au centre de sa méthode. Cette voie tracée par les phénoménologues retrouve celle des sagesses traditionnelles qui ont élaboré au cours des siècles une connaissance complexe et sophistiquée des phénomènes de conscience. 

Au regard des sciences contemplatives en train de se développer, ces enseignements traditionnels dessinent la voie d'une véritable phénoménologie libératrice. Nous aurons l'occasion de revenir plus en détail dans un prochain billet sur cette phénoménologie libératrice qui accompagne l'émergence d'une "Cosmodernité" succédant à la modernité. La où cette dernière était fondée sur le règne sans partage de l’abstraction rationnelle, la cosmodernité est fondée sur une raison sensible, concrètement enracinée dans l'expérience vécue.

L'Affolement

Les phénomènes d'ensauvagement, de confusion et de complotisme auxquels nous assistons ces temps-ci ne sont que les premières vagues d'un affolement généralisé qui va s'intensifier au fur et à à mesure qu'un effondrement global va s'amplifier, notamment à travers le dérèglement climatique, en se manifestant à travers les multiples dimensions - intérieures et extérieures, individuelles et collectives - où évolue l'être humain. 

Dans un prochain billet, nous analyserons plus en détail la mécanique de cet affolement qui se produit en quatre phases : l'effroi et le déni, le repli et la conjuration. L'effroi devant l'effondrement de tous les repères habituels suscite un déni du réel et de sa complexité ainsi qu'un repli à la fois narcissique sur le plan individuel et identitaire sur le plan collectif. Ce déni et ce repli s'accompagnent d'un processus de conjuration des peurs à travers l'émergence et la prolifération d'imaginaires paranoïdes et de récits complotistes. Dans une telle crise cathartique, on projette son anxiété profonde sur des bouc-émissaires à travers une floraison de récits plus ou moins délirants qui, en se diffusant par contagion mimétique, peuvent parfois prendre la forme d'une psychose collective. 

Ce processus de conjuration collective, qui relève de la pensée magique, s'accompagne d'un "fantasme d'élection" qui fait de celui qui y adhère le membre privilégié d'une communauté d'élus, seuls à même de comprendre des réalités secrètes, cachées à tous les autres, perçus comme des "moutons". C'est ainsi qu'un tel dispositif magique de conjuration permet de passer d'un statut de victime, hantée par la peur et l'incertitude, à un statut d'élu qui dénie cette angoisse et la compense par un sentiment de supériorité vis à vis de ces moutons asservis que sont le troupeau des personnes non averties. Et la boucle est ainsi bouclée... sur une violence symbolique, parfois physique, qui prend pour cible des bouc-émissaires chargés d'expier une angoisse que des limites individuelles et collectives empêchent d'accueillir, d'analyser et de transformer en créativité.

Prendre du recul en développant une attitude de désaisie permet  de percevoir avec précision ces processus de conjuration magique avec toutes les stratégies inconscientes et manipulatrices qui les sous-tendent. En ces temps troublés, se laisser bercer par le rythme aveuglant des habitudes, c'est prendre le risque de se faire emporter par des vagues de confusion, destructrices du sens et des liens sociaux, dont la pression est  telle qu'elles s'engouffrent dans les failles personnelles les plus secrètes. Untel, qui nous apparaissait jusque là comme une personne à peu près équilibrée, peut soudain basculer dans un autre continuum en devenant le vecteur passionné de délires complotistes. On a vu opérer cette contagion mimétique à de nombreuses reprises dans l'histoire humaine et récemment, par exemple, de manière spectaculaire, lors des dernières élections américaines. Un tel basculement a des conséquences profondes et dangereuses pour les individus comme pour les sociétés.

Stratégies

Si la clarté de la vision issue d'un retrait méditatif permet d'effectuer un diagnostic global sur la situation actuelle, elle permet aussi d'élaborer des stratégies pour affronter les diverses expressions de cet affolement général. Face à des vagues d’obscurantisme, de dépression et d'ensauvagement liés à la régression vers des stades archaïques du développement humain, mieux vaut avancer en silence sur la voie intérieure d’une spirale évolutive que de chercher à convaincre des individus soumis à un vortex mortifère qui les enferme dans leurs croyances et préjugés, leurs fantasmes d'élection et leurs délires complotistes. Comme autant de bunkers, ces constructions psycho-mentales protègent de l’angoisse et des incertitudes ceux qui n’ont pas les moyens de comprendre et encore moins d'accompagner l'évolution de leur environnement.

Face à l'effondrement et à l'affolement qui en est la conséquence, il ne s'agit pas de battre en retraite mais d’adopter une attitude de retrait actif et créatif pour mieux affronter le désordre ambiant en gardant la précision et l’inspiration qui, au cœur de la spirale évolutive, naissent d’une présence immédiate. Si on n’entretient pas le lien qualitatif avec cette présence intérieure, on risque de se perdre dans les jeux dialectiques de l’ego et du mental en succombant aux chants des sirènes qui, une fois leurs masques retirés, apparaîtront pour ce qu'elles sont : des vampires avides d'une énergie vitale et créatrice dont ils ont absolument besoin pour ne pas mourir définitivement.

Ceux qui sont perdus dans les rets de la spirale thanatologique voudront toujours attirer à eux, pour se nourrir de leur lumière et de leur énergie, ceux qui participent de manière discrète et créatrice à la spirale évolutive. Ces derniers, connectés à leur regard intérieur, ne chercheront jamais à occuper le devant d'une scène déjà rongée par les vers, ils ne voudront pas avoir raison à tout prix ou prononcer le dernier mot pour alimenter leur égo, conscients qu'ils sont des jeux qui se jouent derrière les apparences. Dans la profondeur d'un silence inspiré, ils seront les gardiens vigilants d'une résonance avec l’essentiel qui les anime et qui les guide. 

Compassion

Le retrait méditatif permet de percevoir les constructions mentales et émotionnelles de l'égo qui conduisent les individus à se faire aspirer par une spirale régressive. Mais le recul n'est pas la séparation, le retrait n'est pas le rejet : loin de conduire à la stigmatisation et au mépris, l'expérience méditative ouvre sur la compassion. Plus on se libère de l'emprise de l'égo et plus s'éveille en nous un sixième sens : celui d'une interdépendance universelle qui s'exprime notamment à travers un sentiment de fraternité humaine et de communion avec le vivant. La compassion devient une ressources essentielle en ces temps de crise où, en plus de l'individualisme et de la loi de la jungle propres au capitalisme prédateur, la haine et l'agressivité avivées par Thanatos tendent à séparer les individus et à les diviser en clans opposés.

Selon Denys Rinpoché : " La compassion est l'état en lequel on compatit, c'est à dire en lequel on participe à la souffrance d'autrui, animé par un profonde sentiment de bienveillance ou d'amour altruiste qui entraîne une réaction de solidarité active, voire engagée. La compassion est une amplification de l'empathie dans une motivation de bienveillance. Elle peut se décliner en trois niveaux : le premier consiste en la capacité de voir l'autre comme un "autre soi-même". La deuxième dans la capacité d'échanger "moi" et "l'autre", se mettant à la place de l'autre pour mieux comprendre la réalité de ses difficultés. La troisième est l'altruisme qui dépasse ses blocages égoïstes pour donner la priorité à l'autre et à l'altérité du bien commun. Compassion et altruisme peuvent être considérés comme synonymes.»

La compassion n'inspire pas forcément une action spectaculaire. Dans toutes les traditions spirituelles, des pratiques méditatives consistent à envoyer ce que l'on pourrait appeler trivialement des "ondes positives" ou des "bonnes vibrations" pour aider les individus à surmonter leur souffrance et à dépasser leurs limitations. Mais le développement de la compassion peut aussi ouvrir sur un engagement social, politique ou interpersonnel. Un engagement non prosélyte qui vise à aider concrètement des personnes en difficulté comme à proposer des pratiques pour éveiller la conscience et à transmettre des informations sur le développement humain et le sens de la vie. 

Sage et Guerrier

Si, loin de toute forme de prosélytisme, la compassion peut être à l'origine d'un soutien pour ceux qui sont soumis à l'emprise d'une dynamique régressive, elle ne consiste pas à les déresponsabiliser en les infantilisant et en les empêchant d'affronter les épreuves qui leur permettront de se développer. Chacun, d'une manière ou d'une autre, est appelé à faire face au conséquence d'un "karma" qui est le résultat de ses expériences passées. Empêcher quelqu'un de faire face à ses responsabilités c'est ne pas lui permettre de se libérer d'un "karma" ou d'un passé qui le détermine inconsciemment. En dépassant l'infantilisme et le nombrilisme ambiant, la compassion développe un sens des responsabilités qui dépasse notre personne pour embrasser l'humanité et le vivant.

Ce qui ne tue pas rend plus fort. Au fur et à mesure que montent en pression les vagues d'un affolement généralisé, on voit des individus inspirés par de nouvelles visions du monde se réunir et se regrouper pour participer ensemble à un saut évolutif devenu absolument vital. Ils se forment aux pratiques méditatives et développent leur sensibilité énergétique tout en inventant, au sein de minorités cognitives et créatives, de nouvelles formes de vie et de sensibilité, de conscience et d'organisation. Souvenons-nous de la célèbre formule de l'anthropologue Margaret Mead : " Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés puisse changer le monde. D'ailleurs rien d'autre n'y est jamais parvenu."

Participer à un saut évolutif nécessite d’être à la fois sage et guerrier, méditant et militant, c'est à dire en fait un tigre : une énergie au service d'un instinct connecté à son milieu de vie. "Intelligent et courageux" comme le dit la fable, ce tigre est à la fois un sage qui participe de manière intuitive à la dynamique créatrice d’Éros et un guerrier capable d'affronter, à partir de cet axe intérieur, les forces de confusion et de désorganisation propres à Thanatos. Comme l'illustrent les art martiaux traditionnels, la puissance du guerrier trouve sa source dans cette présence et cette attention qui lui permettent de focaliser son énergie pour utiliser à son profit la force de l’adversaire. Mais ceci est une autre histoire… transmise dans les cercles formés par les guerriers de sagesse qui ont fait leurs preuves en surmontant les épreuves et les obstacles dressés sur leurs chemins de vérité. 

Ressources 

Le Grand Livre de la pleine présence  - Denys Rinpoché. Albin Michel.

Crée par Denys Rinpoché, la Buddha University propose de nombreux enseignements en présentiel et en virtuel. On trouvera sur le site une somme d'informations passionnantes aussi bien sur la pleine conscience que sur le dharma (la voie universelle du Bouddha).

Shambhala, la voie sacrée du guerrier  Chogyam Trungpa. La voie du guerrier au carrefour de la méditation et de l'engagement. 

Le Centre Shambhala paris propose de nombreux ateliers en présentiel et en virtuel pour approfondir la voie du guerrier spirituel.

Quel Bouddhisme pour l'Occident ? Fabrice Midal. Éditions Points.  Un ouvrage d'un philosophe et enseignant de méditation dont la lecture m'est apparue fondamentale pour penser les relations entre pensée occidentale et spiritualité orientale.

Conférences de Tokyo. Martin Heidegger et la pensée bouddhiste. Fabrice Midal. Une réflexion passionnante sur les liens entre phénoménologie et méditation.

A l'épreuve de l'expérience. Pour une pratique phénoménologique. Francisco Varela, Nathalie Depraz et Pierre Vermersch. Ed. Zeta - Réflexions sur une approche méthodique de la conscience.

Plaidoyer pour l'altruisme Matthieu Ricard. Ed. Pocket. Une réflexion fondamentale pour penser ensemble l'éveil de la conscience, le développement des cultures et les transformations sociales.

Dans Le Journal Intégral : Vers une Santé Intégrale - EffondrementsMéditer et Militer (2 billets) - Vacance et/ou Vacuité - Abécédaire de la méditation (1) - Abécédaire de la méditation (2) une révolution silencieuse - La Cosmodernité - Une régression anthropologique  -

vendredi 30 avril 2021

Méditer et Militer (2)

Nous faisons notre chemin comme le feu ses étincelles. René Char 

Elena Ray
 
Ce billet est la suite du précédent. 
 
« Nous avons institué en Occident une séparation préjudiciable entre l’inspiration du cœur et l’inspiration de la raison. Comme si la raison était autosuffisante et que l’inspiration du cœur ne valait rien ! Étant donné la gravité de la situation, nous avons besoin de toutes les puissances de notre être. 
 
On ne peut plus se mobiliser à moitié. On a besoin de notre cœur, de notre raison, on a besoin de savoir méditer, de savoir s’engager et d’œuvrer en permanence sur deux plans : le plan spirituel et le plan politique. Ce serait là une vraie sortie de la modernité, mais une sortie par le haut – et non plus une modernité hémiplégique ou unijambiste, ne marchant que sur la jambe de la raison et de l’action. 
 
Cette voie d’avenir n’a rien à voir avec ce qu’on appelle aujourd’hui paresseusement "postmodernité", alors qu’il ne s’agit que d’une continuation désenchantée de la modernité. Nous atteindrions une autre ère de l’histoire de notre espèce : ce moment où l’on est aussi rationnel et politique que les modernes, tout en ayant autant de cœur et de puissance spirituelle que les anciens ». Abdennour Bidar 
 
Elena Ray
 
Méditer et Militer
 c'est opérer la synthèse 
Orient/Occident
entre 
le cœur et la raison
la sagesse et l'énergie
l'inspiration et l'expression
la présence d'esprit
et la puissance d'action
le développement
de la conscience
et l'engagement 
social
 
Méditez
 
La Présence 
est la clé 
qui ouvre 
le portail 
somptueux 
des origines 
 
Être là 
Tout simplement 
 
Vivant 
Vibrant 
Vaillant 
Valeureux 
Éveillé
Bienveillant 
 
Incarné 
dans
 l’instant 
au rythme 
du souffle 
 
Plus 
d’identité 
 
Plus
de repères 
 
Plus 
de territoire 
 
Plus 
de sol 
sous
les
pieds 
 
De
 simples 
traces 
dans 
l’espace 
 
Habiter 
l’Ouvert 
comme 
une 
Terre 
d’élection 
 
Aucun 
but 
à atteindre 
 
Aucune 
libération 
à attendre 
 
L’espoir 
est 
l’autre 
visage 
souriant 
de la peur 

Rien 
à perdre
c'est déjà
être
victorieux
 
Rien 
à comprendre 
 
Rien 
à espérer 
 
Rien 
à expliquer 
 
Non-Agir
c'est s'impliquer
tout simplement
dans la
Non-Pensée 
 
Non penser
c'est se libérer
de la confusion
pour accueillir
l'Immédiat
 
N’être 
rien 
pour 
naître 
au Tout
 
Tout est là
C’est à cela 
qu’on le reconnaît
 
Tout est 
son contraire
C’est à cela 
qu’on le méconnait
 
 
 
Militez 
 
La 
Présence
est
source
d'éveil
comme
l'éveil 
est 
source
de
Vaillance
 
Le 
Méditant
est
Militant
de la 
non-dualité
 
Soyez 
invincible 
en devenant 
indivisible
par delà
la dualité
du visible
et de l'invisible, 
ces deux faces
d'une même
illusion 
formelle

Corps,
cœur
et esprit
synchronisés
 
Prenez 
conscience 
et rendez-là 
au cœur/esprit 
dont elle est 
l’épiphanie
 
N’attendez 
rien 
d'un 
monde
à l'agonie
 
N’ayez
aucun
compte
à lui rendre
 
Il vous le 
ferait payer 
au prix fort
de votre 
liberté
 
Méfiez-vous : 
les barreaux 
du langage 
vous 
enferment 
dans la cage 
des abstractions 
 
Derrière
ces barreaux
des singes
jouent
aux sages
en imitant 
leurs
paroles
et leur
comportements
 
Les 
concepts 
sont 
des
 putains 
qui donnent 
du plaisir
à ceux qui 
se paient 
de mots 
 
Que 
de livres 
inutiles,
écrits 
par des 
sourds 
pour être 
lus 
par des 
muets
 
Sachez-le : 
"le livre 
qui dit la vérité"
ne contient 
que des 
pages blanches 
 
Les gardiens 
du songe
montent
 la garde 
autour de 
la Présence 
parce qu’elle 
est subversion 
de tous les savoirs 
et de tous 
les pouvoirs. 
 
Démunis, 
ces garde-fous
s’appuient
sur des idées 
abstraites 
comme 
l’aveugle 
sur sa canne 
blanche 
conduisant
à l’abîme 
ceux qui 
le suivent
 
En ces temps 
désenchantés, 
l’imprécation 
est le seul chant
dont l’écho 
peut encore 
émouvoir 
les aveugles
et bouleverser
les sourds-muets
 
Posez 
les questions 
puis laissez-les 
sur la table

Le mental, 
ce vampire 
avide de sens, 
les volera
pour nourrir
votre égo
 
Embrassez
l’angoisse 
du vide
 
Traversez la
avec courage
 
Transformez la
en grâce
pour accéder 
à la plénitude 
de la Vacuité
 
Telle est 
la quête
du Vaillant
dans un 
monde 
en voie 
d'effondrement
 
Le Vaillant
parle
au somnolent
le langage
vivifiant
de l'éveil :
 
" Être
aujourd'hui
un guerrier
du cœur/esprit
c'est oser
le grand saut
dans le vide
du nihilisme
contemporain
pour s'ouvrir
à l’expérience 
ineffable 
de la Vacuité

Comprenne 
qui pourra 
pourvu 
qu’on prenne 
les mots 
pour ce qu’ils sont : 
messagers secrets 
d’une indicible 
vibration. 
 
"Ceux qui croient 
en la substantialité 
ne sont que 
des vaches ; 
ceux qui croient 
en la Vacuité 
sont pires. "
Saraha (IXe siècle)
 
La Vacuité 
n’est ni une thèse, 
ni une croyance, 
mais l’expérience même 
au cœur de l’expérience

Ressources 

Dans Le Journal Intégral : Méditez et Militez  Dans ce précédent billet, nous avons proposé différents liens qui peuvent être des sources d'inspiration sur la connexion entre méditation et action. 

Une Révolution spirituelle (Une réflexion autour du dernier ouvrage d'Abdennour Bidar, suivie d'un entretien avec lui)

Vers une Synthèse évolutionnaire (entre une critique sociale radicale et un développement intégral de la conscience) -  Un Projet Éditorial - Vacance et/ou Vacuité - Abécédaire de la Méditation (1) - Abécédaire de la méditation (2) Une révolution silencieuse -

Buddha Wiki : une source d'information indispensable pour l'étude et la transmission du Dharma  

Vacuité dans le Buddha Wiki

La Voie du Chevalier de Fabrice Midal. Un ouvrage inspirant sur les relations entre spiritualité et engagement qui, à partir d'un point de vue européen, fait écho à l'ouvrage de son maître, Chogyam Trumpa : Shambhala, la voie sacrée du guerrier.


vendredi 16 avril 2021

Méditer et Militer

L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant. René Char

Anna Guegan pour la revue Troisième Millénaire

En mémoire d'Odette,
ma mère
née un 16 Avril.
 
« J’appelle deux grandes familles à se réunir : la famille spirituelle et la famille politique – autrement dit, celle des méditants et celle des militants. Je les appelle à s’inspirer mutuellement d’abord, pour s’élancer ensemble dans l’action. 
 
Je dis donc aux méditants qu’il ne suffit pas de rester assis sur son coussin de méditation, qu’il va aussi falloir aller dans le monde – ce qu’exprimait Martin Buber : « Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se préoccuper de soi. » Le but du travail sur soi est de se mettre au service de la transformation du monde à partir de la plus puissante énergie qu’on aura su libérer en soi. 
 
Mais de manière complémentaire, je dis à ceux qui ont déjà cet habitus de se lancer dans l’action : « N’oubliez pas votre âme ! Essayez de creuser en vous jusqu’à trouver la source de votre élan vital. » Abdennour Bidar 
 
 

 
Méditer 
comme un sage 
pour re-connaître 
la présence d’esprit 
et combattre 
comme un guerrier 
au service de celle-ci 
avec les armes
de la non-violence
contre l'ignorance
et l'aliénation
 
L'ignorance
c'est une science
sans conscience
et  l'aliénation
une conscience
sans vision
 
L'une
et l'autre
ont pour 
conséquence
une société
du spectral
hantée par
l'effondrement

 Méditer et Militer
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise
de l'égomanie
dans le champ
de la conscience
 
L'égomanie
c'est l'illusion
 que je suis
quand j'oublie
qui je suis

Méditer et Militer
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise 
de l'abstraction
dans le champ
de la culture
 
L'abstraction
c'est l'empire
conceptuel
de la séparation
 
Méditer et Militer 
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise
de l'économie
sur l'écosystème
social et naturel

L'économie
c'est la réduction
de toutes les
valeurs 
qualitatives
à une quantité 
de valeur
mesurée par
cet équivalent
général 
abstrait
qu'est
l'argent.

Que faire
face à cette
spirale infernale ?
 
Être là 
Tout simplement 
 
Présence 
Nue 
Attentive 
Ouverte 
Rayonnante 
 
Tout simplement 
Être là 
 
Intègre 
Inspiré
Intrépide
Imprévisible 
Irréductible 
Irremplaçable 
Insaisissable 
 
Telles sont les qualités 
du Guerrier Spirituel 
pour lequel
Méditer c’est Militer 
Militer c’est Méditer 
 
Méditer
c’est cheminer 
sur la voie royale 
du Non Agir
 
Le Non Agir
c'est  l’action 
libérée de l’ego 
de sa volonté 
et de ses intentions 
 
Militer 
c’est déconstruire 
ce qui fait 
obstruction
à la Non Pensée
 
La Non Pensée
c'est  l’esprit 
libéré de la saisie 
et de l’agitation 
mentale 
 
S’abandonner 
à la Vacuité, 
cet autre nom 
de la plénitude
 
Voguer 
sur la vague 
de l’impermanence 
 
Chevaucher 
le tigre 
de la confusion 
 
Effleurer 
les lèvres 
de la compassion 
 
Aborder
aux rives 
sacrées 
du poème
 
Participer
au flux 
magnétique
de l’intuition 
 
Rentrer 
dans le vif 
du sujet 
pour faire
la paix
avec
soi-même
 
Explorer 
le silence 
comme 
un puits 
de science
 
Ouvrir 
la porte 
à l’Un 
Connu
 
Ne pas 
se contenter 
de connaître 
mais reconnaître 
le cœur/esprit 
comme
source 
de toute 
connaissance
 
Embrasser 
le mystère 
comme le fait 
le fils prodigue 
qui revient 
chez lui 
après un 
long voyage 
au pays 
illusoire 
de la séparation 
 
Partir
en quête
du Chevalier
en nous
qui se met
au service
de ce qui est
 
Faire l’amour 
à la peur 
pour enfanter 
le courage, 
cette puissance 
du cœur 

Prêcher 
dans le désert
en transformant
chaque grain 
de sable
en graines 
de sagesse
ineffable
 
Distinguer 
les domaines 
du relatif 
et de l’absolu
 
Le domaine 
du relatif
propre 
au militant : 
celui du devenir 
et de la dualité
 
Le domaine 
de l’absolu
propre 
au méditant : 
celui de l’instant 
et de la non-dualité. 
 
Reconnaître 
la dualité 
comme une 
manifestation 
de l’unité : 
telle est la voie 
de la non-dualité
 
Avec l'arme
de l'attention
déconstruire 
toutes les formes, 
toutes les perceptions 
et toutes les représentations 
qui font obstacle
au rendez-vous
 
Rendez vous 
Tout simplement 
à l’intensité 
de la Présence
 
Quand 
la représentation 
touche à sa fin
elle entre en extase
 
Le Méditant
et le Militant 
accèdent alors
à la synthèse
du Mutant, 
ce chevalier 
du temps
acteur et vecteur 
de la dynamique
évolutionnaire.
 
Ressources
 
Dans Le Journal Intégral : Révolution Spirituelle (une réflexion autour de la pensée d'Abdennour Bidar, suivie d'un entretien avec lui) - L'Art de la Conversion - Les Deux Couronnes - René Char. Une poétique intégrale(1) - René Char. Une poétique intégrale (2) - Vers une Synthèse évolutionnaire (entre une critique sociale radicale et un développement intégral de la conscience) -
 
Blog d’Anna Guegan, dessinatrice inspirée.
 
Revue Troisième Millénaire  Dernier numéro : Pour une médecine holistique
 
Deux sites pour explorer la voie du Guerrier Spirituel: Shambhala (enseignements de Chogyam Trungpa, auteur de Shambhala, la voie sacré du guerrier) - Buddha University (enseignements francophones autour de Denys Rinpoche) -