mercredi 19 juin 2013

Vers un Changement de Culture


Le nouveau commence toujours à l'intérieur, pas à l'extérieur. Du mouvement intérieur émerge le mouvement extérieur. Gitta Mallasz (Dialogues avec l'Ange) 


Le 28 Juin aura lieu à Paris un « Atelier évolutionnaire » qui s’inscrit dans la dynamique d’intelligence collective animant le Forum International de l’Evolution de la Conscience dont la seconde édition se tiendra le 12 octobre 2013 à Paris autour du thème : Croire au Futur. Les organisateurs ont souhaité donner à ce forum un format original et participatif, non seulement le jour du Forum par la tenue d’ateliers collectifs, mais aussi dans les mois qui précèdent afin de découvrir, en intelligence collective, ce que cela signifie d’être un(e) évolutionnaire et de créer consciemment le futur. 

Ce Forum s’inscrit dans une série d’évènements qui prouve que quelque chose est en train de se passer sur une scène culturelle française longtemps figée dans les glaces d’un formalisme aussi abstrait que désespérant. Parmi ces évènements, la parution chez l’Harmattan de La nouvelle Avant-garde – Vers un changement de culture, un ouvrage collectif passionnant, coordonné par la présidente du Club de Budapest Carine Dartiguepeyrou et dans lequel plusieurs chercheurs de haut niveau analysent l’évolution culturelle actuelle dans la perspective d’un profond changement de paradigme. 

On sait depuis Nietzsche que "Les pensées qui mènent le monde arrivent sur des pattes de colombes". Indétectable par les radars de la pensée dominante qui restent fixés sur les références abstraites du passé, ce changement de culture fait émerger la figure de l’évolutionnaire qui incarne et cristallise une nouvelle vision du monde à la fois dynamique et systémique. Agent conscient de l’évolution, il est animé par une dynamique intérieure qui le rend acteur du développement humain au-delà des limites de l’égo. 

Une série d’évènements

Pour l’observateur impliqué qui s’intéresse à l’évolution culturelle, chaque évènement peut représenter un indice et une illustration d’une transformation des sensibilités et mentalités. Et ce d’autant plus quand une série d’évènements, issus de sources diverses, participe d’une même inspiration. 

Le 11 Avril nous évoquions la parution du dernier ouvrage d’Andrew Cohen : L’éveil évolutionnaire dont Ken Wilber assurait qu’il est « l'un des livres sur la spiritualité les plus importants du monde postmoderne ». Le 22 Mai nous présentions la session exceptionnelle de l’Université Intégrale intitulé Le nouveau paradigme de la co-évolution et organisé à l’occasion des vingt ans du Club de Budapest. 

Né de la convergence entre spiritualité non-duelle, pensée évolutionniste, philosophie de l'histoire, étude du développement humain en sciences sociales et découvertes en sciences exactes (dans le domaine de la physique quantique et des sciences intégratives notamment), un modèle dynamique fondé sur la co-évolution de l’être humain et de son milieu - social, culturel et naturel - remplace progressivement le paradigme abstrait de la modernité et son avatar, Homo Œconomicus. 

Dans notre précédent billet nous présentions la rencontre avec Alain Gauthier qui aura lieu Lundi prochain à l'occasion de la parution de son dernier livre : Le Co-leadership évolutionnaire, pour une société co-créatrice en émergence. Selon Alain Gauthier, faire preuve de leadership aujourd’hui, c’est participer à la profonde mutation vécue par l’humanité en étant capable de franchir un seuil ouvrant sur l’inconnu et en donnant l’exemple à travers la découverte et l’invention de nouvelles possibilités à explorer et réaliser. 

La nouvelle Avant-garde 

Alain Gauthier est justement l’un des contributeurs de La nouvelle Avant-garde – Vers un changement de culture, l’ouvrage collectif coordonné par Carine Dartiguepeyrou, présidente du Club de Budapest, avec des contributions de Steeve Mac Intosh, Riane Eisler, Jennifer Gidley, Gyorgi Szabo, Ervin Laszlo et Michel Saloff-Coste. 

Dans un texte inspiré, ce dernier évoque la synchronisation entre la profondeur de la crise systémique que nous vivons et l’émergence de nouvelles perspectives : « A mesure que la crise s’amplifie, on voit apparaître aussi des réflexions de plus en plus hétérodoxes, ambitieuses et créatives. Comme dans les grandes évolutions et transformations humaines du passé, la transition que nous vivons s’élabore d’abord à travers la critique épistémologique des cadres de référence du passé. Face à des équations apparemment impossibles à résoudre et à des catastrophes apparemment irrémédiables, les solutions ne peuvent être trouvées qu’en changeant d’échiquier et en questionnant nos a priori. De nouvelles approches philosophique, artistiques et scientifiques sont en train d’émerger et de se préciser.» 

Portée par la dynamique de l’évolution culturelle, une avant-garde intellectuelle et artistique, scientifique et spirituelle, est précisément le vecteur de ces nouvelles approches en inventant dès aujourd’hui et simultanément dans de nombreux pays, les formes de pensée, de sensibilité et d’organisation de demain : 

« La vision du monde postmoderne a beaucoup apporté en déconstruisant la modernité et en proposant d’autres valeurs notamment post-matérialistes et l’émergence d’une « société plurielle ». De nos jours, d’autres approches telles que la philosophie intégrale, l’approche post-postmoderne ou le mouvement évolutionnaire mettent l’emphase sur la nécessité d’intégrer les différentes strates de la complexité pour aller plus loin que la seule déconstruction de la postmodernité en reliant les différentes visions du monde. 

L’idée n’est plus seulement de déconstruire une réalité dominante voire asphyxiante mais d’offrir une philosophie constructive au tournant paradigmatique. Nous l’avons appelé la « nouvelle Avant-garde ». La nouvelle Avant-garde n'est pas seulement une pensée : c'est une culture, une communauté de valeurs et de quête, le fruit d'une intuition collective qui rassemble des personnes de tous horizons autour d'un respect profond pour le vivant, de la conscience que nous ne connaissons qu'une part infime de l'univers. C’est avant tout une vision poétique du monde et un espoir en la capacité humaine à évoluer. » (Quatrième de couverture) 

Croire au Futur

E. Morin, P. Van Eersel, A. Cohen au Premier Forum International de l'évolution de la Conscience

C’est une même inspiration qui anime les créateurs du Forum international de l’évolution de la conscience dont nous avons évoqué ici et la première édition. La vocation de ce forum est de réunir des visionnaires du monde entier pour partager avec eux des découvertes inspirantes, des paradigmes émergents ou de nouvelles perspectives susceptibles de catalyser l’évolution de la Conscience et la transformation de la Culture. Le 12 Octobre 2013 aura lieu la deuxième de ce Forum autour du thème : Croire au Futur. Une occasion de rencontrer nombre d’intervenants dont J.L Servan-Shreiber, Pierre Rabhi, Andrew Cohen, Barbara Marx Hubbard, Cyril Dion etc… La forme participative du Forum impliquera les 500 participants au travers de 6 ateliers évolutionnaires simultanés. 

« Etre un(e) évolutionnaire c’est réaliser que le futur n’est pas écrit, que nous sommes libres du passé, et que nous pouvons forger notre destin et influencer le cours de l’histoire par nos choix individuels et collectifs. Mais quelle est véritablement notre relation à l’évolution, au futur et à la vie ? Sommes-nous fondamentalement persuadés que la vie est positive et que le futur peut-être bon malgré notre lot quotidien de défis et de mauvaises nouvelles ? S’il est exact que nous créons le monde à notre image, alors il est primordial d’être clair avec de telles questions. 

Le Forum 2013 apportera des réponses et nous offrira l’opportunité d’étudier le lien entre l’évolution de la Conscience, le cynisme qui caractérise souvent notre culture française et le potentiel qui réside en nous. Grâce à un format original et participatif, et avec l’aide de personnalités évolutionnaires qui déploient leurs visions dans les domaines écologiques, sociétaux ou spirituels, nous découvrirons comment évoluer en conscience pour développer de nouvelles perspectives et une confiance capables de répondre aux grands enjeux de notre temps. » A la rentrée, nous aurons l’occasion de présenter plus précisément le programme du Forum dont les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes. 

La figure de l’évolutionnaire

L’évolutionnaire est la figure qui incarne la nouvelle avant-garde au cœur du changement culturel. Alain Gauthier en dresse ainsi le portrait : « La quête du bonheur ou de l’accomplissement individuel devient insuffisante ou trop étroite aujourd’hui pour un nombre croissant de personnes qui veulent donner un sens à leur vie. Il leur faut pour cela reconnaître et transcender les limites de leur ego et choisir de donner toute sa place à l’impulsion évolutionnaire qu’ils sentent au fond d’eux-mêmes. En se reconnectant à leur Humanité profonde et en manifestant une conscience planétaire, ils deviennent alors des agents conscients de l’évolution… 

Les « évolutionnistes » sont fortement influencés par la théorie scientifique de l’évolution qui, à la suite de Darwin, se limite à ses aspects observables et extérieurs. Les « évolutionnaires » apprécient eux aussi tout ce que les sciences de l’évolution nous apportent, mais ils ne sont pas les simples témoins du processus évolutionnaire. Ce sont des acteurs engagés – et souvent passionnés – qui sont convaincus que l’évolution implique l’individu, sa capacité de choix et sa responsabilité. Ils ont intériorisé l’évolution et en font l’expérience viscérale et émotionnelle autant qu’intellectuelle. Ils éprouvent un sentiment d’urgence que notre culture évolue au-delà de son stade actuel et que chacun d’entre nous joue un rôle positif dans la co-création du futur. »  (La Nouvelle Avant-Garde)

L’homme moderne ne pourra se libérer de l’impasse narcissique dans lequel l’a plongé l’individualisme qu’en retrouvant la dynamique d’une individuation au cœur du développement humain. Ce faisant il découvre que ce développement humain est la manifestation la plus récente d’une évolution dont l’origine remonte à quatorze milliards d’années. Prenant conscience du processus évolutif dans lequel il s’inscrit, l’être humain peut se projeter dans le futur, au-delà des limites de l’ego et du mental, afin de réaliser ses potentialités créatrices et transcendantes. 

 Un Atelier évolutionnaire 


Les personnes désirant mieux comprendre ce que ce que signifie être un(e) évolutionnaire et créer consciemment le futur pourront donc participer le 28 Juin à l’ « Atelier évolutionnaire » qui aura lieu de 18h30 à 22h au Forum 104 à Paris. L’atelier évolutionnaire est une méthode d’intelligence collective inspirée du concept de World Café, un concept facile à utiliser et pratique pour créer un réseau vivant de dialogues collaboratifs autour d’un thème important pour un collectif.

L’atelier est construit sur l’hypothèse que les personnes possèdent, individuellement et surtout collectivement, la sagesse et la créativité nécessaires pour faire face à des situations complexes… à condition d’interagir au-delà de l’ego. En combinant une atmosphère informelle avec une étiquette formelle, on peut créer un focus d’attention qui donne accès à une connaissance partagée plus profonde qu’il est possible d’utiliser pour répondre à des questions importantes. 

Les participants sont répartis en groupes de 3-4 personnes qui se réunissent autour de tables type « table de bar » dans une atmosphère conviviale et décontractée. Chaque groupe discute du thème pendant 10 à 15 minutes puis les membres des groupes vont rejoindre des tables différentes pour les « polyniser ». Un membre du groupe restera à chaque table et servira d’hôte pour accueillir les nouveaux membres et leur résumer les idées majeures des conversations précédentes. Cette « polynisation » se répète quelques tours pendant lesquels les membres peuvent noter ou dessiner leurs idées sur une nappe ou un post-it, avant que tous les participants ne se retrouvent en session plénière pour partager leurs découvertes. 

Ce type de rencontre est l’illustration d’un phénomène culturel en train d’émerger. Si les pattes des colombes chères à Nietzsche ne font pas de bruit, elles laissent dans l’invisible une empreinte qui permet de suivre l’Esprit aux traces qu’il laisse dans la conscience collective sous forme de visions partagées. Se reconnaissant dans ces visions et inspirée par elles, une intelligence connective est aujourd’hui en train d'imaginer et de créer les formes novatrices correspondant au stade évolutif abordé aujourd'hui par l'humanité. 

Ressources 



Dans Integral Leadeship Review, les anglophones pourront lire le compte rendu du premier Forum International de la conscience par Brian van der Horst. Dans un article intitulé France - The Integral Year in Review, l’auteur recense les principales manifestations organisées en 2012 par le mouvement intégral en France

mercredi 12 juin 2013

Le Leadership Evolutionnaire


Vous ne pourrez évoluer à moins d’essayer d’accomplir quelque chose au-delà de ce que vous avez déjà réalisé. Ralph Waldo Emerson 


Lundi 24 juin de 18h30 à 21h30 au Forum 104 aura lieu une rencontre avec Alain Gauthier à l'occasion de la parution de son dernier livre : Le Co-leadership évolutionnaire, pour une société co-créatrice en émergence. Chercheur, auteur et coach international, Alain Gauthier nous ouvre des voies nouvelles qu'il a déjà parcourues en éclaireur, fort de sa longue expérience de praticien et de pionnier de l'intelligence collective, sur plusieurs continents, au plus près de l'évolution des organisations et des entreprises. 

Son parcours international l’a mené d’HEC, Stanford et McKinsey à la co-fondation avec Peter Senge de la Society for Organizational Learning (SoL) aux Etats-Unis et en France. Auteur de plusieurs livres sur le leadership et enseignant à l’Université Paris II, Alain Gauthier partage son temps entre les Etats-Unis, l'Europe et des missions en Afrique. Il centre actuellement son activité sur le développement d’un co-leadership évolutionnaire capable, par l’exemple, de créer les conditions d’une transformation des mentalités, des comportements, de la culture et des structures dans les organisations et la société.

Selon lui le leadership doit être repensé dans le contexte d’une profonde mutation vécue actuellement par l’humanité. Faire preuve de leadership aujourd’hui, c’est participer à cette mutation en étant capable de franchir un seuil ouvrant sur l’inconnu et de donner l’exemple en découvrant ou inventant de nouvelles possibilités à explorer et réaliser. Son nouvel ouvrage est un livre-ressource pour tous celles et ceux, éducateurs, entrepreneurs et autres acteurs engagés qui s’emploient à co-créer au quotidien une société ouverte et apprenante, riche et durable. 

Homo Conexus

Dimanche dernier a eu lieu une session exceptionnelle de l’Université Intégrale dont le thème était Le nouveau paradigme de la co-évolution. La convergence entre spiritualité non-duelle, philosophie évolutionniste, étude du développement humain en sciences sociales et découvertes en sciences exactes (dans le domaine de la physique quantique comme dans celui des sciences intégratives) fait advenir un nouveau modèle fondé sur la co-évolution entre l’homme et son milieu. 

Dans nos sociétés de l’information en mutation constante et en complexité croissante, le modèle abstrait et objectif de la rationalité instrumentale qui fut au cœur de la modernité technocratique apparaît totalement dépassé. A sa place émerge un autre paradigme fondé sur une vision à la fois dynamique et systémique, de la conscience, de l’être humain et de son milieu à la fois social et naturel. 

A travers une multiplicité de crises, nous assistons à l’agonie de l’Homo Oeconomicus, individu abstrait et désaffilié, calculateur et dominateur, qui se veut « maître et possesseur de la nature ». Voici venu le temps de l’Homo Conexus, intégré à son milieu d’évolution et se développant en synergie avec les différentes sphères – intersubjective et sociale, écologique et cosmologique – qui constituent ce milieu. 

Un Nouveau cycle


Comme toute métamorphose, celle de l’Homo Oeconomicus en Homo Conexus s’effectue chez d’abord chez certains « mutants » qui explorent des formes de pensée et de sensibilité novatrices en expérimentant des nouveaux mode de vie et d’organisation. Dans un article intitulé Un appel au leadership évolutionnaire pour incarner un nouveau paradigme de développement, Alain Gauthier analyse cette mutation dans toute sa profondeur : « Nous sommes témoins « d’une fin de monde » correspondant à la conclusion simultanée de trois grands cycles : 

1) Un cycle de 30 ans d’ultra-capitalisme et d’hyperconsommation qui a été caractérisé par des excès économiques au détriment du social et de l’environnement, des conséquences en termes de mal-être pour d’innombrables personnes, et le pillage des ressources de la planète. 

2) Un cycle d’environ 300 ans de modernité qui a apporté de multiples libertés et des droits humains et sociaux pour beaucoup, mais aussi une objectification de la nature et des humains, y compris de nouvelles formes d’inhumanité. 

3) Une « ère mentale » de 3000 ans qui a pour conséquence un déséquilibre entre intellect et intelligence du cœur et du corps. La conjonction de ces trois cycles a conduit à des formes de leadership qui ont limité le développement des individus, de leurs communautés, et dégradé leur rapport à la nature et la signification de la vie. 

Cependant, de nombreux signes de l’amorce d’un nouveau cycle sont déjà visibles – même s’ils ne sont pas encore mis en valeur par les médias dominants. Et de nouvelles formes de leadership émergent qui créent les conditions permettant aux individus de « croître en humanité (Patrick Viveret) ». Cette évolution combine le meilleur de la modernité et des sociétés indigènes pour manifester une nouvelle sagesse, en relation équilibrée avec la nature, la communauté humaine et le sens. 

Dans ce nouveau cycle, le leadership pourra partout donner l’exemple de l’interdépendance entre transformation personnelle et sociétale par l’adoption de pratiques individuelles et collectives qui deviendront une composante essentielle d’une éducation transformée. Un tel leadership créera les conditions d’un développement qualitatif de tous les êtres qui le souhaitent, participant ainsi au saut quantique de l’évolution qui s’ébauche actuellement. » (Presidency Key Brief. 2012) 

Transcender les limites de l’ego 


Participer à ce nouveau cycle, c’est donc, selon Alain Gauthier, donner au leadership une nouvelle dimension en l’inscrivant dans une perspective dynamique qui est celle de l’évolution : « Le troisième Big Bang de l’évolution, celui de la conscience humaine, nous a permis d’avoir une influence décisive sur l’avenir collectif de l’humanité et des autres habitants de la planète. En sortant de la quête pour la seule survie physique, un nombre croissant de personnes ont acquis la liberté de contribuer à l’évolution de l’humanité dans son ensemble, tout en créant de nouvelles menaces pour sa survie par leur comportement de consommateurs de ressources limitées. 

De fait, la quête du bonheur ou de l’accomplissement individuel devient insuffisante ou trop étroite aujourd’hui pour un nombre croissant de personnes qui veulent donner un sens à leur vie. Il leur faut pour cela reconnaître et transcender les limites de leur ego et choisir de donner toute sa place à l’impulsion évolutionnaire qu’ils sentent au fond d’eux-mêmes. En se reconnectant à leur Humanité profonde et en manifestant une conscience planétaire, ils deviennent alors des agents conscients de l’évolution. 

Le véritable leadership consiste à franchir un seuil ouvrant sur l’inconnu et à donner l’exemple en découvrant ou inventant de nouvelles possibilités à explorer et réaliser. Le co-leadership ouvre d’emblée un espace où un ensemble de personnes peuvent conjointement faire acte de leadership. Entrer dans la danse du partenariat avec les autres et avec la vie suppose d’adopter une perspective évolutionnaire qui invite à développer à la fois sa singularité et sa connexion profonde au tout, son innocence (au sens de ne pas savoir), son humilité, sa présence à ce qui est, son empathie et son courage. 

La pratique du co-leadership requiert et développe ces qualités ; elle suppose une danse intérieure avec les différentes dimensions de son identité pour que la danse extérieure soit possible dans la recherche du bien commun. Mieux que le leadership individuel, le co-leadership permet la multiplication d’actes créatifs au service du tout, qui sont essentiels pour accélérer le passage à une nouvelle ère de l’humanité consciente de sa responsabilité dans l’évolution. C’est ce que révèle un examen des émergences en cours dans plusieurs secteurs de la société ». 

Le Co-leadership évolutionnaire 

Directeur de Core Leadership Development à Oakland (Californie), Alain Gauthier est le co-auteur de six ouvrages collectifs en français et en anglais sur le leadership. Le but de ce nouvel ouvrage est d'examiner pourquoi et comment un co-leadership évolutionnaire - incarné à la fois individuellement et collectivement - peut catalyser l'émergence d'une société co-créatrice dont chaque membre se sent à la fois créateur et responsable. 

Après une exploration de la perspective évolutionnaire et de la coresponsabilité humaine dans l'évolution, l'auteur invite le lecteur à approfondir les différentes dimensions de son identité et leur dynamique comme condition préalable à l'entrée dans une danse co-créatrice avec d'autres, au service du bien commun. Il offre ensuite un large éventail de pratiques éprouvées qui permettent de développer le co-leadership évolutionnaire et de transformer l'éducation des futurs leaders. Il examine enfin les émergences déjà visibles de différentes formes de partenariat en esquissant quelques initiatives pour les approfondir et les amplifier localement et mondialement. 

Le co-leadership évolutionnaire est la forme de « dirigeance » la mieux à même de catalyser l'émergence d'une société nouvelle. Une société co-créatrice et solidaire, dans laquelle chacun est invité à développer et utiliser ses dons singuliers tout en contribuant à l'évolution de l'humanité. Dans une période où la complexité et l'incertitude croissantes peuvent engendrer le pessimisme, le co-leadership évolutionnaire ouvre un espace créateur où un ensemble de personnes peuvent conjointement faire acte de leadership - en remettant en cause une longue tradition patriarcale et individualiste, à la fois en eux-mêmes et dans la société. 

Alain Gauthier nous invite à découvrir et construire ce "partenariat" - le co-leadership évolutionnaire - au travers d'un double voyage, dans le champ des idées et de l'action : convoquant sans préjugés toutes les cultures et traditions, il relie ainsi avec bonheur les idées de Platon ou Teilhard de Chardin à la pratique du Tai Chi et du Qi Gong taoïste. 

Alain Gauthier a participé à la journée Design Me A Planet du 7 Février 2013 à Paris. A cette occasion, dans une courte introduction à un atelier, il présente dans  la vidéo ci-dessous les principes du Co-leadership Evolutionnaire. 


 

La rencontre du 24 juin 

Organisée par l’association SoL France (Society for Organizational Learning), la rencontre avec Alain Gauthier aura lieu Lundi 24 juin de 18h30 à 21h30 au Forum 104 à Paris. Après une introduction par Jacques Chaize, préfacier de l'ouvrage et auteur du livre La porte du changement s'ouvre de l'intérieur, Alain Gauthier nous invitera tout d’abord à réfléchir à nos propres représentations du leadership dans la période de mutation que nous traversons.

Il évoquera ensuite les pratiques – personnelles, interpersonnelles et systémiques – qui peuvent nous permettre de développer des capacités de co-leadership en nous et autour de nous, pour mieux faire face aux défis sociétaux qui sont les nôtres. Le dialogue avec et entre les participants pourra conduire à partager des signes annonciateurs de cette évolution et repérer des manières de surmonter les obstacles particuliers au contexte français. 

Les détails concernant l’organisation de la soirée sont disponibles ici sur le site de SOL France. Crée en Janvier 1999, SoL France est membre du réseau SoL International issu du MIT à Boston. Apprendre ensemble, learning ou apprenance est une philosophie de l'organisation alliant humanisme et pragmatisme, et une démarche, voire un espace d'échanges, focalisés sur les cinq disciplines de Peter Senge. 

Ressources 

Core Leadership Development Site bilingue d’Alain Gauthier où l’on peut avoir accès à de nombreuses informations sur ses recherches et ses activités. On peut y lire une série d’articles passionnants sur le leadership et notamment sur le leadership évolutionnaire. 

Le Leadership est-il un art ? Pour un leadership créatif au service d’une nouvelle civilisation. (Publié dans La Revue de l’Art-Thérapie – Décembre 2012) 


SoL France Une association qui réunit des entreprises, des consultants et des chercheurs, travaillant pour le développement d’organisations capables d’atteindre des buts élevés à la fois humanistes, pragmatiques et durables.

mercredi 5 juin 2013

La Déclaration d'Unité


Le monde dans lequel chacun vit dépend de la façon de le concevoir. Arthur Schopenhauer 


Il y a quinze jours, nous présentions la prochaine session de l’Université Intégrale qui aura lieu Dimanche 9 Juin à Paris avec pour thème Le nouveau paradigme de la co-évolution . Cette journée sera l’occasion de rendre hommage à Ervin Laszlo, un des pionniers de ce nouveau paradigme et le fondateur du Club de Budapest qui vient de fêter ses vingt ans. 

A partir des découvertes en physique quantique en théorie des systèmes et en sciences de la complexité, Ervin Laszlo a élaboré une vision du monde fondée sur une connexion universelle qui rejoint l’inspiration des traditions millénaires. Alors que les mystiques parlent depuis toujours d’un champ cosmique qui conserve et transmet l'information en reliant tout à tout au plus profond de la réalité, des physiciens contemporains évoquent quant à eux un vide quantique qui serait le logiciel de l’univers contenant toute l’in-formation.

Dans cette perspective, les consciences comme les objets seraient en rapport direct et instantané avec toutes les autres; liés entre eux à un niveau profond, ils participeraient d’une totalité à la fois organique et dynamique. La séparation serait une illusion et l’identité une convention à dépasser pour participer à la dynamique évolutive qui anime ce Kosmos multidimensionnel.

Alors même que l'évolution de la pensée scientifique remet en question nos perceptions habituelles et nos habitudes de pensée, le temps est venu de développer une conscience planétaire fondée sur cette connexion universelle pour faire face aux défis du futur. 

Dans le texte ci-dessous intitulé La Déclaration d’Unité, Ervin Laszlo propose avec Gyorgyi Szabo les « seize piliers de la nouvelle conscience » qui s’inspirent de ce nouveau modèle pour faire évoluer aussi bien nos conceptions éthiques et philosophiques que notre organisation sociale, politique et économique.

Un autre type de monde

Né en 1932 à Budapest en Hongrie, Ervin Laszlo est un philosophe des sciences et un théoricien des systèmes qui a publié plus de soixante dix ouvrages dont le dernier est Science et champ akashique. Une théorie intégrale du tout. En 1993, il fonde le Club de Budapest, une association internationale dédiée au développement d’une pensée et d’une éthique novatrices afin de résoudre les multiples défis du vingt et unième siècle à travers une conscience globale et planétaire.

Le Club de Budapest se donne pour mission de travailler à l’émergence de cette conscience planétaire fondée notamment sur l’intégration de la spiritualité, des sciences et des arts. Une telle démarche systémique et intégrative envisage simultanément l'évolution de la conscience et de la culture, des modèles d'interprétation et d'organisation sociale afin de mettre en œuvre des stratégies créatrices pour le vingt et unième siècle.

Cette conscience planétaire est inspirée par l’émergence d’un nouveau paradigme. Selon Ervin Laszlo : «  Le paradigme est la totalité des présupposés d’une théorie. C’est une image, une idée du monde. Nous en avons tous une dans la tête – même si nous n’en sommes pas conscients – que nous avons construit à partir de ces présupposés. Quand il y a trop d’anomalies, trop de choses incompréhensibles sur la base de cet ensemble de présupposés, alors on cesse d’ajouter explication sur explication, et on propose un autre système.

C’est ce qu’a fait Copernic en disant que le soleil était au centre du système, et non la Terre. Le nouveau paradigme consiste à re-simplifier en se basant sur une conception nouvelle, plus profonde, plus capable de répondre à nos interrogations. C’est un autre type de monde »  (Inrees. Entretien avec Ervin Laszlo.)

Aux frontières des nouvelles sciences

Inspiré par ce nouveau paradigme, l’individu développe les qualités dont nous avons besoin pour survivre sur cette planète : «  savoir que la solidarité a vraiment une base physique, que ce que l’on fait aux autres, on le fait aussi à soi-même. Les interactions existent partout, c’est une évidence. Si on met des déchets dans une rivière, ils ne disparaissent pas dans l’océan.

Tout est lié de façon permanente. Nous faisons partie d’un monde organique, à la manière d’une cellule. Si une cellule n’est pas cohérente avec le reste de l’organisme, alors tôt ou tard, elle devient un cancer et le tue. L’organisme peut survivre quand tous les éléments qui le composent sont cohérents. L’humanité a perdu la cohérence avec la nature

Nous avons créé un monde stérilisé, réduit, pauvre, où il n’y a que quelques interactions. Tout est très limité. C’est comme vivre dans un mécanisme, c’est inhumain. Les cultures traditionnelles vivent dans un monde beaucoup plus vaste, plus intuitif. Aux frontières des nouvelles sciences, nous sommes en train de recouvrer certains éléments de cette richesse, à travers justement les phénomènes quantiques ». (Inrees)


                                                                 La Déclaration d’Unité        


1. Je fais partie du monde. Le monde n’est pas en dehors de moi, et je ne suis pas en dehors du monde. Le monde est en moi et je suis en lui.

2. Je fais partie de la nature et la nature fait partie de moi. Je suis ce que je suis dans ma communication et communion avec l’ensemble du vivant. Je suis un tout irréductible et cohérent avec le réseau de la vie sur la planète.

3. Je fais partie de la société, et la société fait partie de moi. Je suis ce que je suis dans ma communication et communion avec mes pairs humains. Je suis un tout irréductible et cohérent avec la communauté des humains sur la planète.

Gyorgyi : Avec la conscience qui grandit en moi, ma vie prend un nouveau sens. Je ne serai plus jamais seule, ne me sentirai plus seule. Car je ne suis pas seule et déconnectée, je suis une part essentielle de tout le monde et de tout ce qui existe autour de moi. Je suis une avec le monde, et l’ai toujours été, même si ma conscience, était alors duelle et que je ne le savais pas.

4. Je suis plus qu’un organisme fait de peau et d’os ; mon corps, mes cellules et organes sont la manifestation de ce qui est réellement moi : un système dynamique auto-suffisant, auto-évoluant, émergeant, se maintenant et évoluant en interaction avec tout ce qui existe autour de moi.

5. Je suis une des manifestations parmi les plus hautes, les plus évoluées de la cohérence et du Tout au sein de l’univers. Tous les systèmes conduisent à une cohérence et à une globalité en interaction avec les autres systèmes, et mon essence vient de cette expression cosmique. C’est cette même essence, ce même esprit qui est inhérent à toutes les choses qui émergent et évoluent dans la nature, qu’elles soient sur Terre ou ailleurs dans l’infini de l’espace et du temps.

Gyorgyi: J’évolue et je suis maître de mon évolution. Mais moi et mon évolution ne sommes pas séparés : c’est une co-évolution avec les êtres et les choses autour de moi. Le comment j’évolue fait aussi partie du comment ils évoluent, et le comment ils évoluent fait également partie de ma propre évolution. Je co-évolue avec les personnes et avec la vie sur la planète. Je co-évolue avec l’univers, et l’univers co-évolue avec moi. Dans cette unité, je constitue une petite part mais non insignifiante du Tout, je suis responsable de la co-évolution de toute la planète.

6. Il n’y a pas de frontières absolues ni de divisions dans ce monde, mais uniquement des points de transition où un type de relations prédomine sur l’autre. Les connections entre mes cellules et les organes de mon corps constituent un système cohérent, autonome, évoluant et participant d’un tout. Au-delà de mon corps, d’autres relations dominent : celles qui tendent vers plus de cohérence et de globalité dans la société et dans la nature.


7. L’identité séparée que j’attribue aux autres êtres humains ou choses, n’est qu’une convention qui facilite mes interactions avec eux. Ma famille et ma communauté sont tout autant « moi » que les organes de mon corps. Mon corps et mon esprit, ma famille et ma communauté sont en interaction et en interpénétration ; ce sont des éléments prédominants variés dans le réseau des relations qui englobe toutes les choses de la nature et le monde des hommes.

8. L’éventail des concepts et des idées qui sépare mon identité ou l’identité de chaque personne ou communauté, de l’identité d’autres personnes ou d’autres communautés, est la manifestation de cette convention pratique bien qu’arbitraire. Ce sont seulement des gradients qui permettent de distinguer les individus les uns des autres et de leur environnement mais elles ne constituent pas en fait de réelles divisions et frontières. Elles ne sont pas « les autres » dans le monde : nous sommes tous des systèmes vivants et nous faisons partie intégrante de chacun d’entre nous.

Gyorgyi: Avec la conscience du Tout, je réalise que non seulement je ne suis pas séparée du reste du monde du monde qui m’entoure, mais aussi que personne ne l’est. Le concept de séparation est faux, c’est une illusion. Lorsque nous agissons avec ce concept en tête, nous contribuons à diviser l’unité du monde, à segmenter son entièreté. Notre égo nous sépare, nous divise, mais notre corps ne le suit pas – il agit en cohérence avec la Terre entière. Je fais partie de la Terre, partie du tout plus grand qui est le monde dans sa totalité – une partie presqu’invisible mais réelle et inséparable.

9. Chercher à maintenir le système que je connais comme « moi » en étant en compétition avec le système de l’autre est une grave erreur : cela pourrait remettre en cause l’intégrité de la globalité à la fois de ma vie et celle de l’autre. Je ne peux préserver ma propre vie et mon appartenance au Tout en dégradant le Tout, même si j’ai l’impression que le fait d’en dégrader une partie peut à court terme m’apporter un avantage. Lorsque je vous fais mal, lorsque je fais mal à quelqu'un, je me fais mal.

10. La collaboration, et non la compétition, constitue la voie royale vers la globalité qui caractérise les systèmes en bonne santé dans le monde. La collaboration appelle l’empathie et la solidarité, et ultimement l’amour. Je ne peux m’aimer si je ne vous aime pas et si je n’aime pas les autres autour de moi : nous faisons partie du même Tout et nous faisons partie de chacun d’entre nous.

11. L’idée de « l’auto-défense » ou même de la « défense nationale » a besoin d’être repensée. Le patriotisme qui cherche à éliminer les adversaires par la force, et même son caractère héroïque dans l’accomplissement de ce but, est une erreur. Un patriote ou un héros qui brandit l’épée ou un fusil est l’ennemi de lui-même. Chaque arme qui est brandie pour faire du mal ou tuer, est un danger pour tous. La compréhension, la conciliation et le pardon ne sont pas des signes de faiblesse ; ils sont les signes du courage.

Gyorgyi: Je fais partie de la communauté que l’on appelle humanité et mon pays est la Terre. Ma famille réelle et immédiate est constituée de chacun des membres de ma communauté et de mon pays. Tout ce que je fais se reflète non seulement sur moi mais sur l’ensemble des membres de la communauté, qu’ils vivent loin ou proche de moi. Je réfléchis consciemment à ce que je vis et ce que je fais, parce que tout ce à quoi je pense et que je fais, affecte aussi les autres. Faire du mal à un autre, quelle qu’en soit la raison, me fais du mal ; guérir et aider un autre à guérir me rend plus entier.

12.  Ni la possession ni l’accumulation de richesses personnelles ne sont « le bon » pour moi et pour les autres dans le monde. La richesse, en termes d’argent ou de ressource matérielle, n’est qu’un moyen de vivre dans mon environnement. Si cette richesse n’est que mienne, elle prend à d’autres ce qui nécessite d’être partagé. La richesse exclusive constitue une menace pour tous les membres de la communauté humaine. Et parce que j’appartiens à cette communauté, c’est au final également une menace pour moi comme pour ceux qui la détienne.


13. Au-delà du Tout sacré, nous reconnaissons que seule la vie et son développement ont, comme l’expriment les philosophes, une valeur intrinsèque ; toutes les autres choses n’ont qu’une valeur instrumentale : une valeur qui s’ajoute à ou améliore la valeur intrinsèque. Les choses matérielles du monde, et les énergies et substances qu’elles contiennent ou génèrent, ont une valeur uniquement si elles contribuent à la vie et au bien-être de la vie sur Terre.

Gyorgyi: Ma vie, et la vie de chacun dans ma communauté et de mon pays, constituent une valeur des plus hautes, bien plus importante que toutes les richesses comptées en argent ou en possessions matérielles. Mes possessions ne m’apportent pas de plaisir ou de bénéfice si elles font du tort à l’autre, les rendent malheureux, ou réduisent leurs chances de se sentir entiers et réalisés. La valeur de toute chose dépend de l’effet qu’elle a sur ma vie et puisque ma vie fait partie de la vie de tous les autres, de l’effet qu’elle a sur leur vie.

14.  Chaque personne saine a du plaisir à donner ; donner procure plus de plaisir qu’avoir. Je suis sain et comblé lorsque je donne plutôt que lorsque je possède. La mesure la plus juste de mon accomplissement et de mon excellence est celle de ma capacité à donner. Ce n’est pas le montant de ce que je donne qui me satisfait mais la relation que j’entretiens entre ce que je donne, et ce dont ma famille et moi-même avons besoin pour vivre et prospérer.

15. Une communauté qui donne de la valeur au don plutôt qu’à l’avoir est une communauté de personnes saines, orientée vers la prospérité, l’empathie, la solidarité et l’amour. Le partage fait grandir la communauté de la vie, alors que la possession et l’accumulation créent de la démarcation, invitent à la compétition et génèrent de l’envie. Une société de partage est la norme pour toutes les communautés de vie sur la planète : la société de possession n’est qu’une humanité des temps modernes et de ses aberrations.

Gyorgyi : Une vie consacrée à collecter et amasser ce que les autres ou la nature peuvent me donner n’est pas une vie qui vaut la peine d’être vécue. Le plaisir que cela donne est passager et dérisoire, comparé à la satisfaction que je ressens lorsque je donne aux autres quelque chose qui vient authentiquement de moi. Ce n’est que lorsque je donne que je me sens heureux et comblé, faisant partie de cette globalité que je forme avec ma communauté et mon pays.

16. Je reconnais mon rôle et ma responsabilité de faire évoluer la conscience planétaire en moi et chez les autres en donnant l’exemple. J’ai contribué à l’aberration de la conscience humaine de l’âge moderne et je souhaite à présent faire partie de l’évolution qui dépasse ces aberrations et contribuer à guérir les blessures qui ont été provoqués par elles. C’est mon droit comme mon devoir, en tant que membre conscient d’une espèce consciente que la planète est précieuse et terriblement en danger.

Gyorgyi: Je réalise à présent que je fais partie intégrante du monde, que je suis un membre de la communauté humaine et de la Terre. La vie que je vis n’est pas uniquement ma vie : c’est la vie de la communauté des hommes et de la Terre toute entière. Je la vis aussi bien que je peux. Ce n’est pas un choix pour moi ; c’est un devoir. C’est plus qu’un devoir, c’est simplement ce que je suis, un être humain doué d’une conscience d’unité et d’appartenance.

Ressources

Traduit par Carine Dartiguepeyrou et Alain Gauthier, le texte original en anglais est à lire ici sur le site du Club de Budapest sur lequel on trouve de nombreuses informations permettent de mieux comprendre et de suivre la démarche d’Ervin Laszlo et des chercheurs qui participent à l’émergence du nouveau paradigme.


Deux penseurs évolutionnaires Ervin Laszlo et Andrew Cohen

mercredi 29 mai 2013

Moustaki l'enchanteur


J'ai appris que ce qu'on croit avoir acquis n'est qu'une partie infime de ce qu'il reste à découvrir. Georges Moustaki 


Avec la mort de Georges Moustaki, c’est une voix amie qui disparaît, emportant avec elle certains souvenirs d’un temps où la force des rêves prenait la forme d’une quête intérieure. Tissé d’hédonisme et d’exotisme, de sensualité et de sensations, de colère et de fraternité, d’Orient mythique et de Brésil nonchalant, l’univers poétique de Moustaki a enchanté notre jeunesse en habillant nos états d’âme de ses mélodies sensibles et nos états d’esprit de ses murmures inspirés. Nous ne l’oublierons pas parce qu’à travers cette alchimie singulière que l’on nomme la grâce, ses chansons sont devenues une partie de nous-mêmes.

La magie de Moustaki l’enchanteur réside sans doute dans ce lâcher prise "oriental" que certains prennent pour de la langueur alors qu’il est surtout un art de vivre et de vibrer qui sait distinguer l’essentiel de l’accessoire. A la source de toute poésie, cet esprit de vacance se moque avec innocence et insolence de l’esprit de sérieux qui nous enferme dans une vision si limitée de nous-mêmes et de nos existences minuscules que nous perdons aussi bien le gout du bonheur que le sens de la vie. 

C’est cet esprit de vacance qui a inspiré Georges Moustaki quand il a mis en musique le poème de Sri Aurobindo intitulé Le But. De l’alliance entre le sage indien et l’artiste grec est née cette chanson intitulée Aphorismes que nous proposons ci-dessous.

Une connexion universelle 

J’aimerais tout d’abord raconter par quelle étonnante synchronicité j’ai appris la disparition de Georges Moustaki. Alors que le Club de Budapest fête ses vingt ans, son fondateur Ervin Laszlo sera à l’honneur lors de la prochaine session de l’Université Intégrale du 9 Juin dont le thème est Le nouveau paradigme de la co-évolution. C’est à cette occasion que, le 23 Mai au matin, je rédige un texte sur la connexion universelle qui présentera La Déclaration d’Unité d’Ervin Laszlo dans notre prochain billet. 

Voici un extrait du texte que je rédige : « A partir des découvertes en physique quantique, en théorie des systèmes et en  sciences de la complexité, Ervin Laszlo a élaboré une vision du monde fondée sur une connexion universelle qui rejoint l’inspiration des traditions millénaires. Alors que les mystiques parlent depuis toujours d’un champ d’information qui relie tout à tout au plus profond de la réalité, les physiciens contemporains évoquent un vide quantique qui serait le logiciel de l’univers contenant toute l’in-formation. 

Dans cette perspective, les consciences comme les objets seraient en rapport direct et instantané avec toutes les autres. Liés entre eux à un niveau profond, ils participeraient d’un tout organique et cohérent. La séparation serait une illusion et l’identité une convention dont il faut se libérer pour participer à la dynamique évolutive qui anime cette totalité organique. Pour faire face aux défis du futur, il devient donc urgent de développer une conscience planétaire fondée sur cette connexion universelle alors que les découvertes scientifiques remettent en question nos perceptions habituelles et nos modes de pensée limités. » 

Une étonnante synchronicité 

Une fois ce texte écrit, je lis sur mon blog un nouveau commentaire de Marko concernant un billet intitulé Rencontre avec un Homme Remarquable où l’on peut écouter le long entretien entre Satprem, disciple de Sri Aurobindo, et Jacques Chancel dans Radioscopie, la célèbre émission de France-Inter. Ce billet fait partie d’une série intitulé Le But où le poème éponyme de Sri Aurobindo est l’occasion de nous sensibiliser à l’œuvre du visionnaire indien qui fût l’un des grands pionniers d’une approche intégrale et évolutionnaire de l’être humain. 

Le second billet de cette série est consacré à Georges Moustaki et à sa chanson Aphorismes où il met en musique le poème de Sri Aurobindo. Dans ce billet j’exprime la décision, prise à l’unanimité de moi-même, de faire de cette chanson l’hymne officiel du Journal Intégral et je propose trois vidéos de chansons que j'aime : Le temps de vivre, En Méditerranée et Il était un jardin.

Après la lecture du commentaire, par association d’idées, je pense donc à l'ami Georges en me disant que n’avons plus de nouvelles de lui et que, connaissant son état de santé, ce silence n’indique rien de bon. En poursuivant le fil de mes pensées, je me dis qu’à sa mort je lui consacrerai un texte qui lui rend hommage et je me mets même à imaginer le début de ce billet en me plongeant intérieurement dans l’atmosphère de ces chansons. 

Je quitte ensuite mon blog pour surfer sur la toile afin de prendre des nouvelles du monde. En parcourant un article, je tombe sur ce titre : Georges Moustaki, la mort d’un grand artiste ! Imaginez mon trouble… Je viens de faire sans doute l’expérience de cette connexion universelle évoquée par Ervin Laszlo. Quelques minutes avant d’avoir connaissance de son décès, j’imaginais déjà la rédaction d’un billet en hommage à Moustaki : l’information était dans l’air et je m’y étais connecté. 

De telles expériences de synchronicité nous familiarisent avec la présence subtile d’un champ d’information transcendant l’espace-temps, auquel sont connectées simultanément toutes les consciences. Mais la culture intellectuelle de la modernité a transformé la plupart des contemporains en analphabètes de l’intuition. Retrouver ce don et le développer, c’est permettre à la contraction du mental de lâcher prise pour permettre une prise de conscience au-delà des apparences, là où vibre un champ d’énergie et d’information irréductible au monde formel.

La magie du monde 

Edith Piaf et Georges Moustaki

Connecté à cette source mystérieuse, Georges Moustaki était un de ces canaux à travers lequel filtre un peu de la magie du monde. L’ouverture d’esprit à des perceptions plus profondes est le propre des visionnaires, des inventeurs et des créateurs dont les antennes particulières captent l’esprit du temps et le traduisent de façon singulière.

De son vrai nom Giuseppe Mustacchi, Georges Moustaki est né le 3 mai 1934 à Alexandrie, de parents juifs grecs immigrés en Égypte. Ce citoyen du monde, cosmopolite et polyglotte, disait : « Je suis juif par le baptême, français par la langue, égyptien par la naissance, grec par les papiers, arabe par l'art de vivre ». Il s'installe à Paris en 1951 et y a fait une rencontre déterminante, celle de Georges Brassens qui l'intronise dans les nuits de Saint-Germain-des-Prés. C'est en son hommage qu'il a adopté le prénom Georges. 

Il écrit quelque 300 chansons pour les plus grands interprètes, Piaf, Montand, Barbara, Gréco, Reggiani, avant de les chanter lui-même avec succès. Ses chansons les plus célèbres restent "Milord" (1958), écrite pour Édith Piaf et traduite dans le monde entier, puis "Le métèque" (1969) dont le refrain a fait le tour de la planète. Plusieurs autres sont devenues des classiques, comme celles interprétées en 1966 par Reggiani, "Sarah", "Ma liberté", "Ma solitude", "Votre fille a vingt ans", mais aussi "La dame brune" (Barbara, 1968), ou encore "Joseph", "La marche de Sacco et Vanzetti". 

George Moustaki est donc décédé jeudi 23 Mai à l'âge de 79 ans, des suites d’un emphysème, pulmonaire, une maladie respiratoire incurable. En février dernier, sous oxygénation artificielle, il avait confié dans une ultime interview à Nice Matin s'être installé à Nice pour fuir la pollution et le froid de sa chère île Saint-Louis, à Paris, où il s'était installé il y a plus de 40 ans. 

Un art de vivre


 Ce serait une profonde erreur que de réduire la vie de Moustaki à sa biographie officielle concoctée par les marchands de musique comme de l’enfermer dans la figure stéréotypé du chanteur. Il se confie ainsi dans un entretien à l’Express : « Grâce à Miller, je me suis rendu compte que l'écriture était une sorte de thérapie joyeuse. Faire sortir de soi toute sa vie intérieure est salutaire. Alors, oui, je chante depuis trente-cinq ans. Je fais partie de la mémoire et pourtant je n'appartiens à aucune mouvance. En fait, je ne me considère pas comme un chanteur. A la fin de mon existence, je dirai juste que j'ai chanté aussi. »

Le véritable art de Moustaki était, avant tout, un art de vivre. C’est pourquoi il revendiquait aussi bien le droit à la paresse pour célébrer la joie de vivre que le droit aux caresses où l’amour s’épanouit. Amant nomade, grand seigneur et bohème nonchalant, il puisait dans la profondeur des émotions et des sensations des éclats d’intensité pour rendre au monde, sous la forme aérienne de ses chansons, le plaisir que celui-ci lui procurait. 

Barbe et cheveux longs, non-violence et liberté sexuelle, révolte contre la servitude volontaire, Moustaki le métèque est devenu malgré lui une figure emblématique de cet esprit de Mai 68 décrit par le sociologue Jean-Pierre Le Goff comme « libération d’une parole multiforme et sauvage, contestation tous azimuts de l’autorité et des pouvoirs en place dans un climat de fête et de temps arrêté, où l’imaginaire et l’illusion que tout est possible sont présents ». (Ragemag

Toujours selon Le Goff, ce mouvement « a fait apparaître la jeunesse comme nouvel acteur social, ainsi que des aspirations nouvelles à l'autonomie et à la participation. Il a produit des effets salutaires contre les rigidités et les pesanteurs de l'époque, dans le rapport entre la société et l'Etat comme dans les rapports sociaux » (Le Monde) Parce qu’on ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance et que, suivant les slogans de l’époque, on perd sa vie à la gagner, Moustaki est devenu le porte voix d’une génération de l’après-guerre qui ne se reconnaît plus dans le miroir sacrificiel tendu par le vieux monde. 

L’Esprit de Vacance 

Maxime Leforestier évoque Moustaki comme un homme "à part" qui "ne faisait que ce qui lui faisait plaisir". "Je l'ai connu j'avais 16 ans, c'était un type beau, libre." Pour lui, plus qu'à ses chansons, son "gigantesque succès était du à sa propre personnalité. Les gens ne venaient pas tellement entendre un chanteur, ils venaient voir une philosophie, un mode de vie." 

Rendre hommage à Georges Moustaki, c’est, au delà du chanteur, évoquer celui qui, à travers son mode de vie et sa sensibilité, incarnait l’Esprit de Vacance. La vacance ce ne sont pas les vacances, vécues comme une période de l’année dédiée au repos et aux loisirs marchands dans une vie soumise au rythme aliénant du travail et de la consommation. 

La vacance est un état d’âme et d’esprit, une forme de sagesse née d’un vide intérieur qui permet d’être à l’écoute de la vie et de percevoir sa plénitude créatrice à travers le flux des sensations, des émotions et des inspirations. 

Animées par cet esprit de vacance, les chansons de Moustaki ont cet air de liberté que l’on partage dans des instants de fête où s’expriment les liens sensibles d’une communauté d’âme bien au-delà des eaux glacés du calcul égoïste. 

Le meilleur et le pire

Comme Léo Ferré, Georges Moustaki fut, malgré lui, un des prophètes populaires de Mai 68 et de son hédonisme libertaire qui ont conduit au pire de l'individualisme prédateur comme au meilleur de l'individuation créatrice. Le pire c’est l’individualisme promu par l’idéologie néo-libérale et son économisme mortifère. Enfermé dans une bulle narcissique, fasciné par l’image grandiose que lui renvoie la société du spectacle, shooté au consumérisme, l’individu désaffilié de la post-modernité perçoit l'autre comme un instrument au service de sa jouissance et de sa toute puissance fantasmée. 

Si on veut éviter le pire de l'individualisme, il faut viser le meilleur de l'individuation c'est-à-dire le développement d'une conscience qui participe au courant créateur et évolutif de la vie/esprit. Cette voie de l'individuation fut celle de Moustaki dont les choix politiques exprimaient un rejet profond de l'idéologie dominante. C'est cette voie qu'il exprima en une phrase dans son dernier entretien à Nice-Matin : " J'ai appris que ce qu'on croit avoir acquis n'est qu'une partie infime de ce qu'il reste à découvrir". 


Cette profonde sagesse débouche sur la vision d’un être humain en perpétuelle évolution, celle-là même qu’a chanté Moustaki dans la chanson Aphorismes où il met en musique le poème de Sri Aurobindo intitulé Le But. A travers des mots simples sur une musique méditative, cette chanson exprime l’essence d’une vision évolutionnaire en évoquant une spiritualité concrète fondée sur un mouvement créateur où l’amour passionné de la vie s'accorde, rejoint et nourrit la quête inspirée de l’esprit. 

Dans ce mouvement créateur, l’être humain évolue du savoir à la connaissance en dépassant la raison; il évolue des velléités au pouvoir en dépassant l’effort, de la jouissance à la béatitude en dépassant le désir, de l’individualisation à la personne réelle en dépassant le moi, de l’humanité à l’Homme en dépassant l’animal.

En plantant cette chanson et tant d’autres comme autant de graines dans nos cœurs et nos mémoires, l’âme de Moustaki restera toujours vivante en nous à travers cet élan vibrant et puissant qui nous pousse chaque jour à grandir au-delà de nous-mêmes. 


Aphorismes. Musique de Georges Moustaki. Paroles de Sri Aurobindo

 
Quand nous avons dépassé les savoirs 
Alors nous avons la connaissance 
La raison fût une aide 
La raison est l'entrave 

Quand nous avons dépassé les velléités 
Alors nous avons le pouvoir 
L'effort fût une aide 
 L'effort est l'entrave 

Quand nous avons dépassé les jouissances
Alors nous avons la béatitude 
Le désir fût une aide 
Le désir est l'entrave 

Quand nous avons dépassé l'individualisation 
Alors nous sommes des personnes réelles 
Le moi fût une aide 
Le moi est l'entrave 

Quand nous dépasserons l'humanité 
Alors nous serons l'Homme 
L'animal fût une aide
L'animal est l'entrave


P.S. Décidément,la disparition de Georges Moustaki est placée sous le signe de la synchronicité puisque Paris-Match lui rend hommage en évoquant "Moustaki l'enchanteur"comme votre serviteur !...