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vendredi 30 avril 2021

Méditer et Militer (2)

Nous faisons notre chemin comme le feu ses étincelles. René Char 

Elena Ray
 
Ce billet est la suite du précédent. 
 
« Nous avons institué en Occident une séparation préjudiciable entre l’inspiration du cœur et l’inspiration de la raison. Comme si la raison était autosuffisante et que l’inspiration du cœur ne valait rien ! Étant donné la gravité de la situation, nous avons besoin de toutes les puissances de notre être. 
 
On ne peut plus se mobiliser à moitié. On a besoin de notre cœur, de notre raison, on a besoin de savoir méditer, de savoir s’engager et d’œuvrer en permanence sur deux plans : le plan spirituel et le plan politique. Ce serait là une vraie sortie de la modernité, mais une sortie par le haut – et non plus une modernité hémiplégique ou unijambiste, ne marchant que sur la jambe de la raison et de l’action. 
 
Cette voie d’avenir n’a rien à voir avec ce qu’on appelle aujourd’hui paresseusement "postmodernité", alors qu’il ne s’agit que d’une continuation désenchantée de la modernité. Nous atteindrions une autre ère de l’histoire de notre espèce : ce moment où l’on est aussi rationnel et politique que les modernes, tout en ayant autant de cœur et de puissance spirituelle que les anciens ». Abdennour Bidar 
 
Elena Ray
 
Méditer et Militer
 c'est opérer la synthèse 
Orient/Occident
entre 
le cœur et la raison
la sagesse et l'énergie
l'inspiration et l'expression
la présence d'esprit
et la puissance d'action
le développement
de la conscience
et l'engagement 
social
 
Méditez
 
La Présence 
est la clé 
qui ouvre 
le portail 
somptueux 
des origines 
 
Être là 
Tout simplement 
 
Vivant 
Vibrant 
Vaillant 
Valeureux 
Éveillé
Bienveillant 
 
Incarné 
dans
 l’instant 
au rythme 
du souffle 
 
Plus 
d’identité 
 
Plus
de repères 
 
Plus 
de territoire 
 
Plus 
de sol 
sous
les
pieds 
 
De
 simples 
traces 
dans 
l’espace 
 
Habiter 
l’Ouvert 
comme 
une 
Terre 
d’élection 
 
Aucun 
but 
à atteindre 
 
Aucune 
libération 
à attendre 
 
L’espoir 
est 
l’autre 
visage 
souriant 
de la peur 

Rien 
à perdre
c'est déjà
être
victorieux
 
Rien 
à comprendre 
 
Rien 
à espérer 
 
Rien 
à expliquer 
 
Non-Agir
c'est s'impliquer
tout simplement
dans la
Non-Pensée 
 
Non penser
c'est se libérer
de la confusion
pour accueillir
l'Immédiat
 
N’être 
rien 
pour 
naître 
au Tout
 
Tout est là
C’est à cela 
qu’on le reconnaît
 
Tout est 
son contraire
C’est à cela 
qu’on le méconnait
 
 
 
Militez 
 
La 
Présence
est
source
d'éveil
comme
l'éveil 
est 
source
de
Vaillance
 
Le 
Méditant
est
Militant
de la 
non-dualité
 
Soyez 
invincible 
en devenant 
indivisible
par delà
la dualité
du visible
et de l'invisible, 
ces deux faces
d'une même
illusion 
formelle

Corps,
cœur
et esprit
synchronisés
 
Prenez 
conscience 
et rendez-là 
au cœur/esprit 
dont elle est 
l’épiphanie
 
N’attendez 
rien 
d'un 
monde
à l'agonie
 
N’ayez
aucun
compte
à lui rendre
 
Il vous le 
ferait payer 
au prix fort
de votre 
liberté
 
Méfiez-vous : 
les barreaux 
du langage 
vous 
enferment 
dans la cage 
des abstractions 
 
Derrière
ces barreaux
des singes
jouent
aux sages
en imitant 
leurs
paroles
et leur
comportements
 
Les 
concepts 
sont 
des
 putains 
qui donnent 
du plaisir
à ceux qui 
se paient 
de mots 
 
Que 
de livres 
inutiles,
écrits 
par des 
sourds 
pour être 
lus 
par des 
muets
 
Sachez-le : 
"le livre 
qui dit la vérité"
ne contient 
que des 
pages blanches 
 
Les gardiens 
du songe
montent
 la garde 
autour de 
la Présence 
parce qu’elle 
est subversion 
de tous les savoirs 
et de tous 
les pouvoirs. 
 
Démunis, 
ces garde-fous
s’appuient
sur des idées 
abstraites 
comme 
l’aveugle 
sur sa canne 
blanche 
conduisant
à l’abîme 
ceux qui 
le suivent
 
En ces temps 
désenchantés, 
l’imprécation 
est le seul chant
dont l’écho 
peut encore 
émouvoir 
les aveugles
et bouleverser
les sourds-muets
 
Posez 
les questions 
puis laissez-les 
sur la table

Le mental, 
ce vampire 
avide de sens, 
les volera
pour nourrir
votre égo
 
Embrassez
l’angoisse 
du vide
 
Traversez la
avec courage
 
Transformez la
en grâce
pour accéder 
à la plénitude 
de la Vacuité
 
Telle est 
la quête
du Vaillant
dans un 
monde 
en voie 
d'effondrement
 
Le Vaillant
parle
au somnolent
le langage
vivifiant
de l'éveil :
 
" Être
aujourd'hui
un guerrier
du cœur/esprit
c'est oser
le grand saut
dans le vide
du nihilisme
contemporain
pour s'ouvrir
à l’expérience 
ineffable 
de la Vacuité

Comprenne 
qui pourra 
pourvu 
qu’on prenne 
les mots 
pour ce qu’ils sont : 
messagers secrets 
d’une indicible 
vibration. 
 
"Ceux qui croient 
en la substantialité 
ne sont que 
des vaches ; 
ceux qui croient 
en la Vacuité 
sont pires. "
Saraha (IXe siècle)
 
La Vacuité 
n’est ni une thèse, 
ni une croyance, 
mais l’expérience même 
au cœur de l’expérience

Ressources 

Dans Le Journal Intégral : Méditez et Militez  Dans ce précédent billet, nous avons proposé différents liens qui peuvent être des sources d'inspiration sur la connexion entre méditation et action. 

Une Révolution spirituelle (Une réflexion autour du dernier ouvrage d'Abdennour Bidar, suivie d'un entretien avec lui)

Vers une Synthèse évolutionnaire (entre une critique sociale radicale et un développement intégral de la conscience) -  Un Projet Éditorial - Vacance et/ou Vacuité - Abécédaire de la Méditation (1) - Abécédaire de la méditation (2) Une révolution silencieuse -

Buddha Wiki : une source d'information indispensable pour l'étude et la transmission du Dharma  

Vacuité dans le Buddha Wiki

La Voie du Chevalier de Fabrice Midal. Un ouvrage inspirant sur les relations entre spiritualité et engagement qui, à partir d'un point de vue européen, fait écho à l'ouvrage de son maître, Chogyam Trumpa : Shambhala, la voie sacrée du guerrier.


vendredi 16 avril 2021

Méditer et Militer

L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant. René Char

Anna Guegan pour la revue Troisième Millénaire

En mémoire d'Odette,
ma mère
née un 16 Avril.
 
« J’appelle deux grandes familles à se réunir : la famille spirituelle et la famille politique – autrement dit, celle des méditants et celle des militants. Je les appelle à s’inspirer mutuellement d’abord, pour s’élancer ensemble dans l’action. 
 
Je dis donc aux méditants qu’il ne suffit pas de rester assis sur son coussin de méditation, qu’il va aussi falloir aller dans le monde – ce qu’exprimait Martin Buber : « Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se préoccuper de soi. » Le but du travail sur soi est de se mettre au service de la transformation du monde à partir de la plus puissante énergie qu’on aura su libérer en soi. 
 
Mais de manière complémentaire, je dis à ceux qui ont déjà cet habitus de se lancer dans l’action : « N’oubliez pas votre âme ! Essayez de creuser en vous jusqu’à trouver la source de votre élan vital. » Abdennour Bidar 
 
 

 
Méditer 
comme un sage 
pour re-connaître 
la présence d’esprit 
et combattre 
comme un guerrier 
au service de celle-ci 
avec les armes
de la non-violence
contre l'ignorance
et l'aliénation
 
L'ignorance
c'est une science
sans conscience
et  l'aliénation
une conscience
sans vision
 
L'une
et l'autre
ont pour 
conséquence
une société
du spectral
hantée par
l'effondrement

 Méditer et Militer
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise
de l'égomanie
dans le champ
de la conscience
 
L'égomanie
c'est l'illusion
 que je suis
quand j'oublie
qui je suis

Méditer et Militer
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise 
de l'abstraction
dans le champ
de la culture
 
L'abstraction
c'est l'empire
conceptuel
de la séparation
 
Méditer et Militer 
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise
de l'économie
sur l'écosystème
social et naturel

L'économie
c'est la réduction
de toutes les
valeurs 
qualitatives
à une quantité 
de valeur
mesurée par
cet équivalent
général 
abstrait
qu'est
l'argent.

Que faire
face à cette
spirale infernale ?
 
Être là 
Tout simplement 
 
Présence 
Nue 
Attentive 
Ouverte 
Rayonnante 
 
Tout simplement 
Être là 
 
Intègre 
Inspiré
Intrépide
Imprévisible 
Irréductible 
Irremplaçable 
Insaisissable 
 
Telles sont les qualités 
du Guerrier Spirituel 
pour lequel
Méditer c’est Militer 
Militer c’est Méditer 
 
Méditer
c’est cheminer 
sur la voie royale 
du Non Agir
 
Le Non Agir
c'est  l’action 
libérée de l’ego 
de sa volonté 
et de ses intentions 
 
Militer 
c’est déconstruire 
ce qui fait 
obstruction
à la Non Pensée
 
La Non Pensée
c'est  l’esprit 
libéré de la saisie 
et de l’agitation 
mentale 
 
S’abandonner 
à la Vacuité, 
cet autre nom 
de la plénitude
 
Voguer 
sur la vague 
de l’impermanence 
 
Chevaucher 
le tigre 
de la confusion 
 
Effleurer 
les lèvres 
de la compassion 
 
Aborder
aux rives 
sacrées 
du poème
 
Participer
au flux 
magnétique
de l’intuition 
 
Rentrer 
dans le vif 
du sujet 
pour faire
la paix
avec
soi-même
 
Explorer 
le silence 
comme 
un puits 
de science
 
Ouvrir 
la porte 
à l’Un 
Connu
 
Ne pas 
se contenter 
de connaître 
mais reconnaître 
le cœur/esprit 
comme
source 
de toute 
connaissance
 
Embrasser 
le mystère 
comme le fait 
le fils prodigue 
qui revient 
chez lui 
après un 
long voyage 
au pays 
illusoire 
de la séparation 
 
Partir
en quête
du Chevalier
en nous
qui se met
au service
de ce qui est
 
Faire l’amour 
à la peur 
pour enfanter 
le courage, 
cette puissance 
du cœur 

Prêcher 
dans le désert
en transformant
chaque grain 
de sable
en graines 
de sagesse
ineffable
 
Distinguer 
les domaines 
du relatif 
et de l’absolu
 
Le domaine 
du relatif
propre 
au militant : 
celui du devenir 
et de la dualité
 
Le domaine 
de l’absolu
propre 
au méditant : 
celui de l’instant 
et de la non-dualité. 
 
Reconnaître 
la dualité 
comme une 
manifestation 
de l’unité : 
telle est la voie 
de la non-dualité
 
Avec l'arme
de l'attention
déconstruire 
toutes les formes, 
toutes les perceptions 
et toutes les représentations 
qui font obstacle
au rendez-vous
 
Rendez vous 
Tout simplement 
à l’intensité 
de la Présence
 
Quand 
la représentation 
touche à sa fin
elle entre en extase
 
Le Méditant
et le Militant 
accèdent alors
à la synthèse
du Mutant, 
ce chevalier 
du temps
acteur et vecteur 
de la dynamique
évolutionnaire.
 
Ressources
 
Dans Le Journal Intégral : Révolution Spirituelle (une réflexion autour de la pensée d'Abdennour Bidar, suivie d'un entretien avec lui) - L'Art de la Conversion - Les Deux Couronnes - René Char. Une poétique intégrale(1) - René Char. Une poétique intégrale (2) - Vers une Synthèse évolutionnaire (entre une critique sociale radicale et un développement intégral de la conscience) -
 
Blog d’Anna Guegan, dessinatrice inspirée.
 
Revue Troisième Millénaire  Dernier numéro : Pour une médecine holistique
 
Deux sites pour explorer la voie du Guerrier Spirituel: Shambhala (enseignements de Chogyam Trungpa, auteur de Shambhala, la voie sacré du guerrier) - Buddha University (enseignements francophones autour de Denys Rinpoche) -

jeudi 4 juin 2020

Les Deux Couronnes


Le temps est venu d'appréhender l'ensemble des crises écologiques, climatiques, sociales, économiques et sanitaires comme une seule et même crise : une crise de l'excès. Nicolas Hulot


En mémoire de Daniel C.
cet amoureux des livres
qui vient de nous quitter
pour rejoindre la grande
Bibliothèque des Dieux.

Ce billet s'inscrit dans la continuité des trois précédents et forme avec eux un ensemble qui pourrait s'intituler modestement "La Tétralogie du Covid." Ce texte doit être interprété dans le contexte d'une réflexion menée depuis dix ans dans Le Journal Intégral. Le mieux serait de lire ces quatre billets dans cet ordre pour suivre la progression de notre réflexion concernant la "pandémie" actuelle : L'économie ou la vie - L’Art de la Conversion - Autodestruction ou développement intégral.

Comme un junkie
dans une crise d'angoisse
court chez son dealer 
après une tentative de sevrage.

Comme un poivrot
retourne au bistrot 
après une énième cure 
de désintox.

Après un confinement généralisé
nous retournons 
à nos anciennes addictions
sans s'être réveillés
de ce cauchemar climatisé 
où se déroulent nos vies de drogués
à l'économie et à ses catégories :
  production et consommation
technique  et croissance
travail et divertissement.

Le déconfinement fut marqué 
par les processions marchandes 
devant les magasins 
où des foules en liesse 
venaient adorer 
Sainte Zara
et Saint MacDo
en priant ensemble
 Saint Pour Cent de Remise. 

Effrayées par une liberté
qu'elles ont côtoyé de si près, 
les foules regagnent
les magasins, transports,
ateliers, bureaux, usines 
comme les poules, 
- effrayées par le renard -
regagnent leur poulailler.

Elles avaient le choix entre
L'Economie ou la Vie.
C'est l'économie
qui les a choisi.

Sans nous en apercevoir, 
nous vivons le temps 
du retour à l’anormal, 
où nous abandonnons
en toute bonne conscience, 
- tels des chiens dans la forêt -
les bonnes résolutions,
les idéaux et les projets
que nous avions envisagés
pour le "monde d'après".

Toutes ces visions d'avenir
inspirées par la peur
et la proximité
de la mort
voilà qu'elles
 s'évanouissent
dans un lâche soulagement
comme les promesses de sobriété
d'un alcoolique devant le zinc.

Comme l'avait prédit
Michel Houellebecq,
le "monde d'après"
est devenu pire
que le "monde d'avant".

Si nous n'osons pas
nous émanciper
 du système
qui nous aliène,
il se régénère,
alimenté par l'énergie
que nous avons mobilisé
pour tenter de nous en libérer
sans succès.

Comme les liens
se resserrent
sur le corps de celui
qui cherche
à s'en délivrer.

Comme on s'enfonce
dans les sables mouvants
en se débattant
pour s'en dégager.

Comme l'addiction revient,
toujours plus forte
après une période
de sevrage.

Il faut les voir
les toxicos de l'économie
confinés dans leurs certitudes,
fiers de leur servitude
portée comme un drapeau,
défilant  devant
le troupeau
de leurs habitudes.
 
C'est ainsi qu'ils reprennent
leur vie de somnambules 
pour regagner le terrier 
qui leur sert d’existence.

Totalement
dépendants
d'un système
qui les infantilise,
ils croient 
inventer le récit
de leur propre vie
alors qu'il ne font
que répéter le rôle
que ce système
leur a appris.

Quiconque possède encore 
une once de sensibilité 
non annexée
sur le cours de la marchandise, 
ne peut qu’être révulsé 
par le spectacle de ces hamsters
- à la fois anxieux et conformes -
qui ne cessent de faire tourner 
la roue de l’économie 
jusqu’à épuisement 
de leur force intérieure. 


Cette roue est au centre 
d’une mécanique
où tous les rouages 
de l'exploitation, 
de l'aliénation 
et du divertissement
s’engrènent
les uns dans les autres 
dans une précision d’horloger 
broyant au passage 
toute singularité, 
toute élan spirituel 
et toute trace d’humanité.

Marx définissait
la valeur marchande
comme un
 "sujet automate"
 parce qu'elle vide
toute expérience concrète
de sa substance vivante
en imposant
le fétichisme 
de la marchandise
à travers
cet équivalent général,
abstrait et universel
qu'est l'argent. 

"Nous n’y pouvons rien"
marmonne le chœur
laborieux des hamsters. 

"C'est ainsi que le monde
 tourne depuis toujours
et rien ne pourra le changer.
Il faut suivre le mouvement
sous peine d'être distancés."

De tout temps et en tous lieux,
la résignation chante et marche 
en cadences infernales 
l’éternel refrain du mouvement
pour ne pas avoir à changer.

L’inertie est abyssale, 
c’est d’ailleurs à cela 
qu’on la reconnaît. 
A cet appel du vide 
où se dissolvent 
toutes formes de conscience, 
d'exigence et d’intensité. 

Produire pour consommer 
et consommer pour produire. 

Travailler
pour acheter une voiture 
qui permet d’aller au travail.

On perd sa vie
à la gagner
avant de se divertir
à en perdre la tête.

Quand la vie
 n'a plus de sens
on vend la sienne
- ce qui l'en reste -
contre un salaire de misère.

Et malheur à celui qui
ne trouve pas preneur !

Condamné
à être absent
aux noces barbares
de la marchandise
et du spectacle.

Les hamsters
 croient avancer 
sur le droit chemin
du progrès 
alors même
qu’ils tournent en rond
dans un cercle vicieux.

Le premier
des cercles de l'enfer
 initie la spirale infernale 
d'une dynamique régressive 
qui conduit
de manière inéluctable 
à l’effondrement.

Effondrement
psychique et moral,
culturel et spirituel.

Effondrement
écologique et social,
économique et financier.

Même s’ils l’ignorent encore,
les hamsters
sont déjà morts,
tels des zombies
faisant semblant de vivre 
pour ne pas avoir à faire 
le deuil de leur humanité.


Le consumérisme 
porte bien son nom 
puisque consommer
sans autre but
que de faire tourner
 la roue de l'économie
 c'est consumer
toutes les ressources 
de notre milieu d’évolution
jusqu'à leur épuisement total.

Tout était déjà écrit
mais plus personne
ne savait lire.

Depuis longtemps
les mots avaient déserté
l'horizon du sens

Qui donc
a vu dans la pandémie 
un signe des temps 
destiné à nous alerter 
sur ce qui nous attend 
si nous attendons trop 
pour relever la tête 
en direction de l'essentiel ? 

Qui donc
a su véritablement 
saisir l’occasion 
offerte par le virus
couronné
pour prendre
une distance sociale
avec cet engrenage infernal
afin de ceindre la couronne
d'une souveraineté retrouvée ?


Qui donc
a su profiter 
de ce moment particulier
pour maîtriser cet
qui remet à l’endroit 
un monde marchand 
cul par-dessus tête ? 

Pour observer
sa propre existence 
d'un regard profond
et bienveillant.

Pour accueillir
en soi
une présence
irréductible. 

Pour se fondre
dans le silence
qui nappait
le cœur des villes
d'une innocence retrouvée.

Pour entretenir
avec sa vie 
une complicité
amoureuse.

Quelques-uns
 ont eu
la force et le courage
de s'extraire de la roue
où les hamsters
sont condamnés
à la course au profit.

 Ces destinées
singulières et inspirées
vont à contre-courant.

 Elles forgent
dans l'épreuve
la force de résister.
 
L'expérience
sensible et partagée
 du confinement
leur a permis
de comprendre
 la terrifiante absurdité
d'une vie asservie
à l'économie.

Dans la simplicité
d’une évidence retrouvée,
elles sont sorties
du cercle bestial 
où les vivants sont sacrifiés
sur l'autel
du fétichisme marchand.

Elles ont découvert un secret :
la véritable pandémie
c'est l'économie
et la "valeur" est
un virus mortel
dont l'abstraction détruit
ces organismes
vivants et fragiles
que sont
les communautés humaines
et leurs écosystèmes.

On reconnaît
ces sages
au bandeau
qu'ils portent sur la tête
comme une couronne,
symbole
d'une souveraineté
 inaliénable.

Dans la tradition indienne,
Sahasrara,
le "Chakra Couronne",
au-dessus du crâne
et au-delà de l'égo,
ouvre sur l'immensité.


Dans la Table d’émeraude
d'Hermès Trismégiste,
il est écrit :
"Ce qui est en bas 
est comme 
ce qui est en haut 
et ce qui est en haut 
est comme 
ce qui est en bas
pour l'accomplissement 
des merveilles 
d'une chose unique."

Ainsi
entrent en résonance
la couronne virale
(Corona Virus)
messagère
de l'infiniment petit
et la couronne vibrale
(Chakra Coronal)
qui ouvre sur
 l'infiniment grand.

Comprenne qui pourra
et pourra celui qui  a vécu
la crise sanitaire 
comme
une crise salutaire.

Et sa vie
ne sera plus
jamais la même
car il a appris à faire 
clairement la différence
entre aliénation et libération. 

Être aliéné 
c’est devenir étranger 
à soi-même.

Se libérer
c’est se considérer
soi-même 
comme un étranger 
pour aller à la rencontre 
de cet Autre
que l'on est
dans la présence
à la fois essentielle
et fondamentale
de la non-dualité.

(Chakra Coronal)

Ensemble, 
ces destinées singulières
 inventent un autre possible 
dans l'énergie conviviale 
d’un imaginaire connecté
à l'évolution créatrice.

Loin,
très loin
de cette compétition
mortifère
 où chacun
cherche à devenir 
l’employé du Moi
 au lieu de se mettre 
au service du Soi 
qui le transcende.

La pandémie virale
nous a appris 
à respecter
une distanciation physique. 

Pour endiguer
la pandémie vibrale
des illusions
toutes les formes de spiritualité
nous enseignent
le geste barrière le plus efficace  :
la distanciation métaphysique 
avec cette conscience de séparation 
que l'on nomme l’ego. 

Cet au-delà de l'égo 
est un lieu sacré
où se réinvente 
 l'art des limites.

C'est à partir de ce lieu
que se révèle
la continuité 
organique et systémique
entre l'économie et l'égomanie.

On ne peut sortir
du cercle infernal
 de l'économie
qu'en dépassant
 l'identification à l'égo
à travers
une expérience
spirituelle.

Seuls,
ceux qui ont entrepris
ce voyage initiatique
pourront transformer
les sociétés marchandes
en communautés vivantes
sous le sceau
d'une abondante sobriété.

Dans le prochain stade
 du développement humain
ces communautés
deviendront
des lieux communs
où seront célébrées
 les noces alchimiques
de la présence et du mystère.
.

Ressources 

Un certain nombre de concepts proposés dans ce texte comme la "valeur", la "sortie de l'économie", l'égomanie, le "fétichisme de la marchandise", la "spirale infernale" et d'autres font référence à un ensemble d'intuitions, d'analyses et de réflexions proposées dans Le Journal Intégral depuis dix ans.

Par exemple : Critique de la valeur - Le Fétichisme de la Marchandise - Sortir de l'économie - Vers une Synthèse évolutionnaire - Un projet éditorial -

On peut se référer aux cinq sommaires où sont répertoriés tous les billets parus dans le Journal Intégral de 2000 à 2010 : Sommaire1 (2010)  et suivants.

Le couronnement de Charles Esenstien. Traduction de Marianne Souliez

jeudi 23 avril 2020

L'Art de la Conversion


Le monde qui marchait sur la tête est en train de remettre ses idées à l'endroit. Coline Serreau


Ce n'est pas
parce qu'il marche
cul par-dessus tête
 que ce monde est fou.

C'est parce qu'il est fou
qu'il marche
cul par-dessus tête.

Ce monde nous rend tous fous. 
Fous de solitude, d’avidité et d’angoisse. 
Fous d’égoïsme, d’orgueil et d’oubli.

Marcher cul par-dessus tête
dans le champ de la conscience
c'est positionner l'égo
au-dessus de l'intuition spirituelle
pour asservir celle-ci
au lieu de la servir.

Marcher cul par-dessus tête
dans le champ de la culture
c'est mettre la raison
abstraite et analytique
au-dessus d'une vision
globale et synthétique
en imposant ainsi
une  science
sans conscience

Marcher cul par-dessus tête
dans le champ social
c'est placer la valeur marchande
au-dessus des valeurs communes
en faisant de l'économie
une idéologie totalitaire
qui détruit les milieux
sociaux et naturels.

Conscience, culture et société
sont ainsi l'objet
 d'une inversion systémique
qui conduit de manière inéluctable
à l'effondrement.

A moins qu'un saut évolutif
ne produise une conversion systémique 
 -  nommée Métanoïa par les anciens -
qui consiste à remettre
tout simplement
l'envers à l'endroit.

Un art de la conversion
qui  nous libère
de la paranoïa ambiante
où chacun
- séparé de lui-même -
voit dans l'autre
son ennemi.

 Pierre Teilhard de Chardin
décrivait ainsi cette Métanoïa :
"Nous ne sommes pas des êtres humains 
en recherche d'une dimension spirituelle, 
nous sommes des êtres spirituels 
vivant l'expérience humaine."

Le confinement
pourrait être une occasion
d'initier cette conversion.

Une façon de prendre ses distances 
avec ce monde insensé
pour accueillir une présence 
qui ne lui est pas extérieure 
mais qui le contient. 

Regarder cette ronde de fous 
qui tourne sans cesse sur elle-même 
sans point fixe auquel se référer. 

Reprendre souffle 
à la rencontre
de la paix intérieure.

Cette Pénélope
toujours fidèle
tisse le fil des jours 
dans l’attente de celui 
qui est parti loin d’elle
en quête de son identité
et à l'aventure de ses limites.

Reprendre source 
dans la fraîcheur immaculée de l’instant,
 loin, très loin de ce monde de fous. 

Retrouver les vertus de l’accueil, 
de l’ouverture et de l’abandon 
Accueillir le silence. 
S’ouvrir au mystère. 
S’abandonner
à ce qui nous transcende. 

Déserter les plages bondées 
où les mots amorphes 
se font bronzer 
au soleil médiatique.

Choisir plutôt le désert
- fut-il celui, inhumain,
 du désert urbain -
pour y créer son oasis. 

Vivre enfin, vivre. 

Intégrer dans son milieu d’évolution, 
les éléments et les personnes 
dont on a besoin
pour se développer
de manière harmonieuse.

Vivre enfin, revivre 
au monde des sensations.

Retrouver les chemins d’un corps 
qui s’était progressivement
 métamorphosé en machine. 

Sentir ce bouquet de perceptions 
qui exhale un parfum de vie. 

N'être plus raisonnable 
mais résonner 
avec une vibration subtile
qui nous éveille 
de manière sensuelle et sensible
à l’intelligence du cœur. 

Pourquoi donc,
 de tout temps,
les hommes d'esprit
 ont-il chanté
 les vertus du confinement ?

Pourquoi ?

Pour renouer un à un
 les fils de la sagesse, 
cette évidence secrète 
qui attire les âmes sensibles 
et les esprits enthousiastes.

Tout le malheur des hommes
disait Pascal,
vient d'une seule chose,
qui est de ne pas savoir
demeurer en repos
dans une chambre.

Incarner cet esprit de vacance
et ne plus rien avoir à dire 
si ce n’est ce rien 
qui contient tout.

Devenir ce grain de sable 
qui contient l’univers.

Se reconnaître
dans le miroir
de cet autre
dont la magie 
contient l’humanité. 

Laissons cette ronde des fous 
s’écrouler vertigineusement 
puisque tel est son destin.

Mais restons centrés et solidaires 
comme les membres d’un corps vivant
afin que cette ronde ne nous emporte pas 
dans le tourbillon de sa folie collective.

Rappelons-le : 
c’est toujours le centre 
qui gagne le concours de circonstances.

Osons l’humanité. 
Reconnaissons cette essence commune.
Retrouvons ceux qui partagent 
le même rythme interne, 
la même intuition, 
le même chant, 
la même vibration. 

Demain n’est pas un autre jour. 
C’est aujourd’hui
qui se métamorphose,
enrichi par hier. 

Osons le Grand Saut. 
Celui dont on ne peut rien dire 
car il est réservé 
à ceux qui en ont fait
l’expérience et l’épreuve. 

Osons le ridicule. 
La folie ridiculise tout ce qui lui échappe. 
Elle se rit de tout ce qui la dépasse
et qu’elle ne peut comprendre. 
Elle nomme radicalité
tout ce qui excède sa vision superficielle.

Le ridicule est une arme
qui se retourne contre celui qui l'utilise
quand le Roi est nu
et qu'il ne peut plus rien faire d'autre
que montrer son cul
par-dessus tête.

Et si ce Coronavirus venait
dans l'épreuve
nous apporter la couronne
 d’une souveraineté renouvelée ?

Une telle hypothèse
fait hurler la folie ambiante.
C’est le signe que l’on est sur la voix. 

Faire honneur
à l’imprévisible et à l’inconnu. 

Avez-vous remarqué combien 
la folie des hommes
se donne toujours des airs sérieux ? 

Cette folie est toujours experte 
dans l’art de conduire
l’homme à sa perte. 

Quand la folie mime la science, 
la science devient folle, 
trahissant la conscience
dont elle procède. 

Une conscience qui, pourtant, 
nous met toujours en confiance 
dans la tendre harmonie du monde. 

Profitons de ce confinement 
pour interroger notre vie.

Qu’a-t-elle à nous dire 
dans le secret des sources ? 

C’est en prêtant attention à sa parole 
qu’on lui donne du crédit. 

Tenir parole c’est, 
malgré les obstacles, 
les épreuves et les vicissitudes, 
être enraciné dans la profondeur de l’être 
pour devenir le porte-voix
 d’un mémoire immémoriale.

Et si la distanciation sociale 
consistait tout simplement 
à prendre ses distances 
avec la folie ambiante, 
à résister à son emprise, 
à refuser ses mots d’ordre 
dont le seul but est d’augmenter 
encore et encore 
le désordre d'un monde agonisant.

Et s'il s'agissait tout simplement
de remettre la tête à l'endroit
et le cul à sa place.

Bien sûr,
tout ceci reste entre nous.  
Ne le répétez pas. 
Je n’ai rien dit.

La folie a horreur qu’on la dévoile, 
elle qui se drape toujours 
 dans la soie sauvage
des pulsions infantiles.

Fantasmes d'omniscience
 et d'omnipotence
sur le même radeau de la méduse.

L’expérience d’une proximité avec la mort 
nous rapproche de l’essentiel.

Et l’essentiel a toujours
le goût d’une vérité cachée
à ceux qui ne sont pas assez murs 
pour l’éprouver. 

Cette lente initiation
nous donne
 le goût du secret,
cette porte ouverte sur le sacré 
que la folie du monde avait fermé à clé. 

Mais chut !  
La folie nous observe
son regard est violent.
et sa violence sauvage.

Prenez l’air fou,
en devenant sérieux
comme un technocrate.

Aussi fous que les économistes,
ces prêtres de la région dominante
qui enseignent les vertus bienfaisantes
d'une croissance exponentielle
dans un monde fini.

Ressources

Confinement / Déconfinement. Jean Bousquet. Troisième Millénaire

Message Collectif en Temps de Crise. Dominique Schmidt. Troisième Millénaire

Dans Le Journal Intégral :

La belle Verte et le mème Vert. Sorti en 1996, La Belle Verte est un film visionnaire de Coline Serreau. Sur le mode de la fable et de la farce, La Belle Verte dénonce les impasses de notre modernité technocratique et annonce l’émergence de valeurs post-matérialistes auxquelles s’identifient les générations nouvelles.

La Métanoïa. Nous ne sommes pas des êtres humains en recherche d'une dimension spirituelle, nous sommes des êtres spirituels vivant l'expérience humaine. Pierre Teilhard de Chardin.

Bonne Crise. Les crises sont encore ce que l'on a trouvé de mieux à défaut de Maître pour rentrer dans l'autre dimension. Christiane Singer

Bonne Crise (2) Mourir pour renaître. La crise en tant qu'initiation sauvage du civilisé avec Denis Marquet

Bonne Crise (3) De la chenille au papillon La crise est cette chrysalide où la larve de l'égo peut se transformer en conscience inspirée.

Abécédaire de la méditation (1) - Abécédaire de la méditation (2) Une révolution silencieuse.

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