Affichage des articles dont le libellé est Ken Wilber. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ken Wilber. Afficher tous les articles

jeudi 4 mars 2021

Vers une Santé Intégrale

J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé. Voltaire

Je ne sais pas si, comme moi, vous êtes saturés par le déluge d’informations, de polémiques et de théories en tous genres, souvent contradictoires (parfois fantasques ou carrément délirantes), diffusées par les réseaux sociaux et les médias depuis le début de la pandémie de Covid19. C’est ainsi que nous assistons, passifs et impuissants, à la guerre opposant les différents acteurs de la santé avec la mobilisation d'une armée d’anonymes, en soutien dans les tranchées numériques, qui se découvrent soudainement une vocation d’épidémiologiste, de virologue ou de vaccinologue ! Sans compter les émasquologues dont l'obsession consiste à retirer les masques en y mettant autant de passion que des ados soulevant  les jupes des filles.

Nous sommes ainsi pris en otage dans l'affrontement entre deux camps qui se renvoient, l'un l'autre, deux images caricaturales : d'un côté, l'image diabolique d'une techno-médecine totalement corrompue par des multinationales qui instrumentalisent la santé et la maladie pour en faire exclusivement des sources de profit, et de l'autre côté, l'image effrayante d'une médecine "naturelle" ou "holistique" aux mains des charlatans qui utilisent la pensée magique pour escroquer leurs victimes en souffrance !...  Devant ce "gloubi-boulga" aussi grotesque que régressif, vient un moment où l'on a envie de siffler la fin de cette guéguerre profondément infantile. 

Pour éviter l’infobésité, il faut prendre ses distances avec cette "infodémie" en se hissant vers une vision synthétique qui mettrait un peu d’ordre dans la confusion ambiante. C’est dans cette perspective que nous consacrerons ce billet à une approche intégrale de la santé, implantée dans de nombreux pays, dont l’ambition est de créer des liens entre les diverses approches de la santé et de la guérison. Cette vision intégrale vise à dépasser une approche disciplinaire, trop cloisonnée et trop spécialisée, pour développer une perspective globale capable de prendre en compte la santé dans toutes les dimensions – intérieures et extérieures, individuelles et collectives – où évolue chaque être humain. 

Un tel programme soulève bien des questions. Comment rassembler dans une vision synthétique la perspective de la médecine moderne hyper technique et celles des sagesses traditionnelles ? Comment assurer une continuité entre le monde extérieur objectivable du biologique et le monde intérieur et subjectif du psycho-spirituel ? Comment établir des ponts entre la médecine moderne, les médecines ancestrales, et les approches dites complémentaires ou alternatives ? Comment interconnecter l’individualité du patient au collectif du monde qui l’entoure ? 

Pour répondre à ces questions, Jean Luc Monsempès propose sur le site Coaching de santé, une série de quatre textes passionnants où il développe en profondeur les divers aspects d’une santé intégrale : Une approche intégrale de la santé – Santé intégrale et intégrative – Santé intégrale et évolution de la conscience – Santé intégrale et intentionnalité (voir Ressources). Nous vous proposerons ci-dessous deux extraits de ces textes dont un où l’auteur utilise le modèle des Quatre Quadrants de Ken Wilber, bien connu des lecteurs du blog, pour proposer une carte intégrale de la santé. 


 Coaching de Santé

Crée et animé par le docteur Jean-Luc Monsempèse le site Coaching de Santé a pour but de promouvoir le métier de coach de santé et de diffuser l’information la plus complète possible sur une vision globale, dynamique, systémique et responsabilisante de la santé individuelle et collective en valorisant le rôle du patient dans son processus de santé et de guérison. 

Docteur en médecine, Jean Luc Monsempès a exercé en France et surtout à l’étranger (Brésil, Sahara, Arabie Saoudite, Thaïlande) avec différentes organisations dont Médecins Sans Frontières. Il a également une longue expérience de l’entreprise en tant que directeur médical, marketing et opérationnelle d’une activité d’exportation dans l’industrie pharmaceutique. Sa troisième expérience professionnelle est celle de la formation continue, d’abord en tant que formateur, consultant et coach indépendant, puis en tant que dirigeant de l’Institut Repère pendant 16 ans.

Sa réflexion originale et synthétique sur la santé intégrale intéressera tous ceux qui sont fatigués d’assister à la guerre des égos et des récits opposant, de manière aussi violente qu'artificielle, les différents professionnels de la santé campés dans leur spécialité et leur paradigme comme sur un territoire à défendre contre les envahisseurs. Loin d’être un problème, la diversité des paradigmes, des théories et des pratiques est une richesse dès lors qu’une vision intégrale est capable de les mettre en relation à travers une approche globale et systémique qui prend en compte l’être humain tant dans sa totalité que dans sa diversité. 

Patrie de l'abstraction, de l'analyse et du cloisonnement disciplinaire, la France est, comme bien souvent en manière d'innovation, très en retard dans cette approche intégrale de la santé. Faites en l'expérience en tapant "Integral Health"  sur Google et vous verrez la multiplicité des sites anglophones qui y sont consacrés. Les polémiques d'arrière garde qui parcourent actuellement le champ médical montre que le temps est venu de rattraper ce retard et la réflexion passionnante du Dr Monsempès nous y invite.

Une approche intégrale de la santé. Jean Luc Monsempès 

Le terme anglais health provient du vieil anglais "hoelth" qui signifie intégrité, globalité et sécurité du corps, et qui a donné naissance au mot holistique. Le terme santé provient du latin "saluto" qui signifie préserver sain et sauf, et de "sano" qui signifie rendre sain, guérir, réparer, et ramener à la raison. La santé se rapporte donc à un "tout", une "intégralité" qui conserve ses qualités sans altérations, et qui concerne le corps et la raison. 

Le terme intégral se rapporte à ce qui est entier, à ce qui ne fait l'objet d'aucune restriction, d'aucune coupure, et ce qui réalise pleinement une qualité ou une caractéristique. Dans une définition d’une santé intégrale, c’est la santé qui se réalise pleinement. Ce qui implique que la santé n’est pas un état mais un processus avec des stades ou différents niveaux de santé, adaptés à des niveaux de conscience. Ce qui n’est pas restreint ou limité nécessite de l’espace et de l’ouverture. La santé intégrale se doit donc de proposer un cadre conceptuel et pratique en mesure de rassembler l’ensemble des connaissances et perspectives à propos de la santé. Ce qui ne fait l’objet d’aucune coupure nécessite des liens et une continuité plutôt que des divisions et des polarités. 

Les défis d’une approche intégrale de la santé

… Seule une approche véritablement holistique et évolutive de la santé est en mesure de répondre à ces défis. Mais le jeu en vaut la chandelle, car les gains potentiels sont d'une grande portée : il ne s’agit plus seulement de guérir les symptômes et de soulager la souffrance, mais de créer une prise de conscience favorable à un épanouissement du corps, du mental et de l'esprit, à une santé durablement en expansion, pour nous-mêmes et pour l'humanité. 

Ces buts peuvent paraître utopiques, et pourtant ils s’inscrivent dans le cadre de la définition de la santé par l'Organisation Mondiale de la Santé : « Un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » et représente « l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soit sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale » Inscrite au préambule de la constitution de l'OMS en 1946, cette définition n'a pas été modifiée depuis. Elle implique la satisfaction des besoins fondamentaux de la personne, qu'ils soient physiques, affectifs, sanitaires, nutritionnels, sociaux ou culturels. 

En 2011, H. Hubber et coll. proposent dans le British Medical Journal une nouvelle définition de la santé à l’OMS « La santé est la capacité à s’adapter et à se prendre en charge face à des problèmes physiques, émotionnels et sociaux ». Cette nouvelle définition complète et transforme la précédente en y ajoutant deux distinctions majeures : on passe de la notion "d’état de santé" à celle de processus « "d’adaptation", et aussi des solutions extérieures du "droit à la santé" aux solutions intérieures : "se prendre en charge". La santé intégrale doit être capable d’inclure et mettre en pratique ces nouvelles perspectives de la santé. 

Une carte intégrale de la santé selon Ken Wilber - Jean Luc Monsempès 

 

… Comme le déclare Bateson, un réseau de communication relie le monde du dedans et le monde du dehors. Les problèmes ne viennent que des séparations et catégorisations que nous pouvons faire avec notre mental « La monstrueuse pathologie atomiste que l’on rencontre aux niveaux individuel, familial, national et international - la pathologie du mode de pensée erroné dans lequel nous vivons tous - ne pourra être corrigée, en fin de compte, que par l’extraordinaire découverte des relations qui font la beauté de la nature.» dit G. Bateson. Comment dépasser les divisions et catégorisations mentales sources de souffrance humaines pour réunir sur une même carte les différents domaines de vie qui contribuent à ce « tout » ? 

Pour Ken Wiber, philosophe moderne et l’auteur de la "théorie intégrale", toute connaissance humaine sur un sujet se déploie dans quatre catégories distinctes, qui sont complémentaires et non en compétition. À ces quatre catégories de la réalité correspondent des modes de connaissance et des critères différents de validité de la connaissance. La carte intégrale commence en reconnaissant simplement que l'expérience humaine s'exprime de quatre façons : le biologique, le psycho-spirituel, le culturel et le social. Ces quatre aspects de notre expérience sont illustrés à la figure 1. 

Le côté droit de la carte contient les deux aspects de la vie que nous appelons extérieurs : le biologique et le social. Sur le côté gauche se trouvent les deux aspects de la vie que nous appelons intérieurs : le psycho-spirituel et le culturel. Les deux quadrants supérieurs, le biologique et le psycho-spirituel, sont des domaines personnels de développement. Les deux quadrants inférieurs du culturel et du social, sont des domaines de vie que nous développons et partageons avec les autres. Cette approche holistique englobe donc nos expériences intérieures et extérieures et nos expériences individuelles et partagées. Chacun de ces domaines doit être pris en compte lorsqu’on veut aborder la souffrance et la maladie de manière globale, et que l’on cherche à atteindre une santé et une vie plus riche de sens. 

Appliquons maintenant le modèle de la carte intégrale de Ken Wilber au thème de la santé, de la maladie et de la guérison. Cette carte nous donne accès à la notion de totalité si attachée à la notion de santé. Quand le corps subit des modifications objectivables (ce que nous appelons "l’événement"), ces changements peuvent être observés et interprétés selon les différentes cartes du monde du modèle intégral de Ken Wilber. 

La carte de l’objectif, "du physique et du biologique".

Dans une perspective matérialiste, la médecine conventionnelle focalise son attention presque exclusivement sur le biologique et le physique, à partir de critères observables et mesurables. Cette forme de médecine croit essentiellement aux causes physiques et biologiques des symptômes des maladies physiques, mentales et émotionnelles et par conséquent ses interventions seront chimiques et physiques (Chirurgie, Médicaments, Thérapie génique, Dispositifs médicaux, Modifications comportementales). Une personne est guérie lorsque des mesures physiques (respiration, cardiovasculaire, force musculaire...etc.) ou biologiques (constantes sanguines, hormonales…etc.) rentrent dans des "normes" déterminées de façon consensuelle (voir la carte du culturel). Cette carte du monde est celle de la médecine scientifique moderne, dont les formidables exploits ont quelque peu mis dans l’ombre les autres aspects de la santé, de la maladie et de la guérison. 

La carte du subjectif, du "psycho-spirituel individuel".

Des approches nouvelles comme la psycho-neuro-immunologie et l’épigénétique ont clairement démontré le rôle essentiel des états internes de la personne et du stress comme causes et aussi comme ressources de guérison des maladies mentales et physiques. D’autres études ont montré l’impact positif des techniques de visualisation, d’affirmation, de gestion du stress, de méditation sur de nombreux paramètres de santé. Cette carte se rapporte au vécu subjectif et relatif de l’événement médical (capacités, croyances et valeurs, identité et spiritualité). 

Ce vécu est interprété à partir de critères subjectifs (évaluation de la douleur, impact social et économique, handicap potentiel par rapport à des projets de vie.) La mesure est relative et intentionnelle car le niveau de santé est évalué en fonction des circonstances dans laquelle se trouve la personne, et aussi en fonction de ses projets de vie. L'âge, le sexe, le niveau de scolarité, le revenu et les caractéristiques psychosociales sont des facteurs qui impactent les différences de perception de l'état de santé. 

Cette carte très personnelle de la réalité est sans cesse influencée, d’une part par ce à quoi nous donnons du sens (projets de vie, rêves, valeurs) pour notre vie future, et d’autre part par des événements du passé qui peuvent s’opposer à leur réalisation. L'une des principales composantes de nos cartes personnelles de la réalité est celle des empreintes, c’est-à-dire des mémoires qui se forment dès le plus jeune âge et qui peuvent servir de racine aux croyances limitantes et/ou facilitantes que nous pouvons élaborer en tant qu'enfants. 

Certaines croyances limitantes résultent d'expériences douloureuses voire traumatiques qui ont été oubliées. Ces croyances vont déterminer, consciemment ou inconsciemment la manière de percevoir notre état de santé et ses possibilités de changement. De part son fonctionnement systémique, le cerveau pourra tenter de corriger lui-même les souvenirs négatifs ou les croyances sous la forme d'une réponse immunologique. 

Les approches subjectives et individuelles de la santé existent depuis la nuit des temps. Elles ont particulièrement développées dans les sociétés qui sont restées éloignées de la technicité de la médecine moderne. Ces médecines dites "traditionnelles" visent à rétablir l’équilibre de vie de la personne, par l’intercession de nombreuses forces ou esprits propres à chaque culture. Dans les pays occidentaux, l’intérêt pour ces approches dites "psycho-spirituelles" se retrouve maintenant dans ce qu’on appelle les médecines alternatives et complémentaires. 

La carte culturelle des "inter-subjectivités".

Le domaine de la santé sous forme de quadrants. Site Développement Intégral

La conscience individuelle d’une personne malade est intimement liée aux valeurs, aux croyances et aux visions partagées par la communauté d’appartenance. Nous parlons alors d’une anthropologie de la maladie. La façon dont la communauté considère une maladie particulière peut profondément impacter la manière dont l’individu affronte cette maladie, et influencer le cours de sa maladie physique. Cette carte inclut l’ensemble des facteurs intersubjectifs cruciaux qui influencent toute relation humaine. La relation avec les professionnels de santé, la définition du normal et du pathologique, la manière d’annoncer un diagnostic ou un pronostic, les croyances des soignants sur les possibilités de guérison d’une maladie… tous ces facteurs peuvent impacter le cours de la maladie ; 

Les statistiques médicales sont des cartes qui gomment les individualités et édictent des vérités pour tous et toutes ; Certaines maladies (dépression, ménopause, parasites intestinaux, crise de foie…etc.) ont une réalité très culturelle qui fait qu’elle existe dans une communauté et pas dans une autre ; La manière de labéliser les pathologies (par ex. les tumeurs ou les addictions..) donne un sens positif ou négatif à l’événement ; 

L’attitude de soutien de l’environnement proche (famille et amis) et distant (rôle de la prière et des intentions de guérison) jouent un rôle démontré dans l’évolution de l’état de santé ; La culture médicale dominante vis à vis de certaines maladies (maladies dites incurables, mortelles, handicapantes, maladie professionnelles ou non…etc.), ou vis à-vis des approches dites alternatives ou complémentaires (shamanisme, naturopathie, magnétismes, homéopathie, bols tibétains…) peuvent exclure certaines personnes de soins utiles ; 

Un comportement peut être considéré comme pathologique dans une société donnée (par exemple, la transe dans la culture occidentale) et normal dans une autre (par exemple, les transes rituelles en Afrique ou au Brésil). Une maladie (Coronavirus), peut être interprétée en tant que menace ou opportunité de remettre en cause la culture dominante (maladie du libéralisme, de la mondialisation ou de l’écologie). Les croyances religieuses sur les causes (faute et péché) et conséquence (punition et enfer) de certaines maladies vont également colorer tout événement médical. 

Selon les cultures, l’intérêt porté à un organe ou différentes parties du corps peut être différent. La culture occidentale porte toute son attention au cœur qui est la source de vie. Dans le Japon traditionnel, le siège de la vie est l'abdomen (hara) et ce dernier condense les significations que nous attachons en occident à la fois au cerveau et au cœur. 

Les valeurs et croyances collectives vont forger une sorte de dogme qui va profondément impacter les représentations de l’individu et ses possibilités de guérison. Les croyances des autres peuvent parfois s’insinuer en nous, comme un virus de la pensée, et se développer en nous de façon à ce qu’elles deviennent les nôtres. Nous pouvons mourir par conformité à une vérité collective. S’il n’est pas aisé de se définir en dehors de normes culturelles, c’est parfois un élément clé du processus de guérison. Guérir implique bien souvent de se libérer du "bruit de fond" de la pensée des autres, et redéfinir de façon autonome la direction que nous souhaitons donner à notre vie. 

La carte sociale et de "l’économie de la santé".

Cette carte est celle des relations d’un individu avec un environnement externe (observable) susceptible de contribuer à sa santé et sa guérison. Ce sont les facteurs sociaux, économiques et matériels qui sont peu souvent considérés comme faisant partie de l’entité de la maladie, mais qui sont comme pour les autres quadrants, causatifs de la maladie et de l’efficacité des soins. 

 Ce quadrant inclut des facteurs tels que l’économie (la possibilité d’avoir un travail et un revenu, de se loger et de se nourrir) ; les systèmes de soin (présence et organisation des infrastructures médicales, nombre de professionnels de santé, aménagement des locaux) ; l’accès aux soins (prise en charge, assurances maladie) ; les systèmes sociaux (allocations chômage, familiales, de logement et médecine du travail…) ; l’environnement physique (pollutions diverses) et humain (l’engagement social de l’individu). Tous ces facteurs vont jouer un rôle important dans les causes des maladies mais aussi dans les solutions apportées à ces mêmes maladies. 

L’interdépendance des quatre cartes de la santé.

Évolution des niveaux de conscience dans les 4 domaines de la santé. Coaching de Santé
 

Ces quatre domaines de notre expérience sont liés et interdépendants. Ils s'influencent toujours les uns les autres. Une vie psycho-spirituelle peu développée entraîne à la fois une physiologie perturbée et des relations insatisfaites avec le monde extérieur. Des relations perturbées mènent à une vie mentale perturbée et à une physiologie perturbée, et ainsi de suite. La carte intégrale nous rappelle la présence de ces interactions et nous oblige à aborder les relations entre chaque aspect de notre expérience. 

La guérison intégrale est souvent décrite comme "holistique". Un élément clé de la philosophie de Ken Wilber est le Holon, une notion issue des travaux d’Arthur Koestler. Pour Wilber, toute entité, tout concept, partage une double nature : une totalité en lui-même et la partie d’un autre tout. Par exemple, une cellule est une totalité et également une partie d'un tissu, d’un organe et d’un organisme. Les holons individuels sont des membres d'un holon social et culturel. Toute chose, depuis les particules de matière en passant par l’énergie et jusqu’aux idées, peut être considérée sous cet angle. De ce point de vue, toute chose est un holon. Ainsi l’infiniment petit du fonctionnement subatomique de nos molécules est, par l’intermédiaire de holons enchâssés, en lien avec l’infiniment grand de notre vie collective et spirituelle. 

Voyons comment chacun de ces quadrants peut faire une différence sur le plan de la maladie et de la santé. Une pathologie cardiaque a une composante biologique avec par exemple un rétrécissement des artères coronaires, une alimentation trop riche et un niveau de forme physique insuffisant. Le problème cardiaque comporte également une composante psycho-spirituelle, par exemple un mélange de stress excessif, d'anxiété et de dépression, et une composante interpersonnelle avec des relations malsaines et un faible niveau d'engagement social. Enfin, le problème cardiaque a une composante sociale, avec le stress d’un travail dépourvu de sens, la sédentarité, le manque aux soins de santé préventifs. Une approche globale d’une pathologie cardiaque ou de toute autre pathologie, mérite la prise en compte de toutes ces cartes de la maladie. 

Dans des pathologies aiguës, les efforts actuels de guérison de la maladie et de rétablissement se limitent bien utilement aux interventions biomédicales (médicaments, chirurgie, thérapies diverses) situées dans le quadrant supérieur droit. La détresse mentale pourra également être réduite à des anomalies neurobiologiques, un désordre hormonal, et traitée avec des antidépresseurs ou des anxiolytiques. Par contre, une pathologie chronique présuppose l’existence d’une cause non biologique au déclenchement et au maintien du problème de santé. 

Dans ces situations, nous devons élargir notre conscience aux différents domaines de vie qui participent à notre santé et à notre bien-être. Cette vision globale n’est pas toujours aisée, car la science moderne a tendance à réduire la vie à son expression la plus extérieure et la plus petite, en ignorant ses autres aspects. Dans nos sociétés occidentales, nous ne sommes pas en mesure de guérir définitivement ou de prévenir les pandémies actuelles de souffrances mentales et de mal-être, et encore moins d'atteindre une santé et une vie radieuses. Pour y parvenir, il est nécessaire d'aborder tous les aspects de notre vie, c’est-à-dire chacun des quatre quadrants. Cela exige une approche holistique authentique, une approche intégrale. 

Ressources 

Sur le site Coaching de santé  : Une approche intégrale de la santéSanté intégrale et intégrativeSanté intégrale et évolution de la conscience Santé intégrale et intentionnalité -

Dans Le Journal Intégral :  Introductions à la Vision Intégrale – Vous y trouverez une sélection des billets du Journal Intégral consacrés à la présentation de la théorie intégrale et des travaux de Ken Wilber. Psychothérapie intégrative (2 billets) 

L'approche intégrale : introduction aux quadrants  Site Développement Intégral

Une vue d'ensemble de la Théorie Intégrale - Un modèle global pour le XXIème siècle. Sean Esbjor-Hargens Site de Kevin Solinsky 

jeudi 16 mai 2019

Transpersonnel versus Transhumanisme


Connais-toi lui-même. Notstephan


Dans notre précédent billet intitulé Intuition Naturelle et Intelligence Artificielle nous évoquions la tension tragique vécue par l’humanité entre Éros, la force de vie, et Thanatos, la force de mort. Dans le carrefour évolutif où elles se trouvent, nos sociétés modernes sont face à un choix : inspirés par Éros, nous poursuivons la spirale évolutive vers une transcendance spirituelle, aspirés par Thanatos nous nous laissons entraîner par la spirale infernale d'un transhumanisme techno-capitaliste. 

Si les approches transcendantes et transhumanistes cherchent à dépasser les limites habituelles de la nature humaine, la première le fait à partir des dimensions intérieures et supérieures à travers le développement de l’esprit humain, quand la seconde cherche à le faire à partir des dimensions extérieures et inférieures, en chosifiant l’individu à travers la prolifération des artefacts technologiques. 

Face aux fantasmes infantiles d'omnipotence (technologique) et d'omniscience (numérique) véhiculés par le transhumanisme, toutes les grandes traditions spirituelles reconnaissent et rappellent les limites du mental humain en ouvrant les portes de la perception sur des dimensions invisibles et indicibles,bien  au-delà de cette conscience ordinaire et séparée à laquelle l'égo tend à nous identifier. Qu’ils proviennent d’une percée intuitive, d'une inspiration créatrice ou d’une illumination spirituelle, ces états supérieurs de conscience sont qualifiés de "transpersonnels" par les psychologues parce qu'ils dépassent les limites de la personnalité identifiée à la conscience séparatrice de l'égo. 

Nous vous proposons ci-dessous un texte dans lequel Ken Wilber évoque la verticalité transcendante et évolutive de cette dynamique transpersonnelle qui permet de résister au nivellement horizontal et régressif  du transhumanime techno-capitaliste. Ce texte de Ken Wilber est tiré de son livre Une brève histoire de tout, adaptation synthétique et simplifiée de son œuvre majeure Sex, Ecology, Spirituality, The spirit of evolution dont Mikael Murphy - co-fondateur de l’Esalen Institute - a écrit qu’il était « l’un des quatre grands livres de ce siècle, avec La vie divine d’Aurobindo, Être et Temps de Heidegger, et Procès et réalité de Whitehead ». Une nouvelle édition revue et augmentée d'Une brève histoire de tout vient de paraître aux Éditions de Mortagne à l'occasion du vingtième anniversaire de cet ouvrage déjà vendu à 200.000 exemplaires.

Le Témoin par Ken Wilber

Ken Wilber : Vous êtes consciente de vous-même en ce moment, n’est-ce pas ? 

Q : Je pense que oui 

Ken Wilber : Alors si je dis « qui êtes-vous ? », vous allez commencer à vous décrire – vous êtes une mère (ou un père), une épouse (ou un mari), une amie; vous êtes avocate, commis, enseignante ou gérante. Il y a des choses que vous aimez et d'autres que vous n'aimez pas. Vous préférez tel type d'alimentation, vous avez tendance à avoir tels désirs et telles impulsions, etc. Vous feriez la liste des "choses que vous savez au sujet de vous-même". Toutes ces choses que vous savez au sujet de vous-même sont des objets dans votre conscience. Ce sont des images, des idées, des concepts, des désirs ou des sentiments qui défilent devant votre conscience.

Tous ces objets dans votre conscience ne sont précisément pas le Soi observateur. Toutes ces choses que vous savez au sujet de vous-même ne sont précisément pas le véritable Soi. Elles ne sont pas le Regard; elles sont simplement des choses qui peuvent être vues. Et tous ces objets que vous décrivez lorsque vous vous "décrivez vous-même" ne sont en réalité pas du tout votre véritable Soi ! Ce ne sont que d'autres objets, qu'ils soient internes ou externes. Ils ne sont pas le vrai Regard qui se pose sur ces objets. Ils ne sont pas le véritable Soi. Alors lorsque vous vous décrivez vous-même en faisant la liste de tous ces objets, vous donnez en définitive une liste "d'erreurs sur la personne", une liste de mensonges, une liste de ce que, précisément, vous n'êtes pas. 

Alors qui est ce Regard-là ? Qui est ou quel est ce Soi observateur ? Ramana Maharshi l'appelait le Témoin, le Je-Je, parce qu'il est conscient du je individuel ou moi, mais ne peut pas lui-même être vu. Alors qu'est ce Je-Je, ce Témoin causal, ce pur Soi observateur ? Ce Soi profondément intérieur est témoin du monde extérieur, et il est également témoin de toutes vos pensées intérieures. Ce Regard est témoin de l'ego, est témoin du corps et est témoin du monde naturel. Tout cela défile "devant" ce Regard. Mais ce Regard ne peut pas lui-même être vu. Si vous voyez quelque chose, c'est seulement encore davantage d'objets. Ces objets sont précisément ce que n'est pas ce Regard, ce que n'est pas le Témoin. 

Alors vous poursuivez votre examen : "Qui suis-je ?", "Qui est ou quel est ce Regard qui voit et qui ne peut pas lui-même être vu ?" Vous "reculez" simplement plus loin dans votre conscience et vous vous dés-identifiez de tous et chacun des objets que vous voyez ou pouvez voir. Le Soi, le Regard ou le Témoin n'est pas une pensée en particulier – je peux voir cette pensée comme un objet. Le Regard n'est pas une sensation particulière – j'en suis conscient en tant qu'objet. Le Soi observateur n'est pas le corps, n'est pas l'esprit, n'est pas l'ego – je peux voir toutes ces choses comme des objets. Qu'est-ce qui regarde tous ces objets ? Qu'est-ce qui, en vous, en ce moment, regarde tous ces objets – regarde la nature et ses paysages, regarde le corps et ses sensations, regarde le mental et ses pensées ? Qu'est-ce qui regarde tout ça ? 

Essayez de vous ressentir vous-même maintenant – ayez vraiment l'impression d'être vous-même – et remarquez, ce moi est juste un autre objet dans la conscience. Ce n'est même pas un véritable sujet, même pas un véritable soi, ce n'est qu'un autre objet dans la conscience. Ce petit moi et ses pensées défilent devant vous exactement comme des nuages flottent et traversent le ciel. Et quel est le véritable vous qui est témoin de tout cela ? Qui observe votre petit moi objectif ? Qui est ou quel est cela ? 

Une Pure Vacuité


À mesure que vous remontez dans cette pure Subjectivité, ce pur Regard, vous ne le verrez plus comme un objet – vous ne pouvez pas le voir en tant qu'objet, parce que ce n'est pas un objet ! Ce n'est rien que vous puissiez voir. À la place, tandis que vous reposez calmement dans cette conscience qui observe – regardant le mental, le corps et la nature flotter devant vous –, vous pourriez commencer à remarquer que ce que vous ressentez en réalité est simplement une impression de liberté, une impression de libération, une impression de n'être liée à aucun des objets dont vous êtes le calme témoin. Vous ne voyez rien, vous reposez simplement dans cette vaste liberté. 

Devant vous, les nuages défilent, vos pensées défilent, vos sensations corporelles défilent, et vous n'êtes rien de cela. Vous êtes une immensité de liberté à travers laquelle tous ces objets vont et viennent. Vous êtes une ouverture, une éclaircie, une Vacuité, une vaste spaciosité, dans laquelle tous ces objets vont et viennent. Les nuages vont et viennent, les sensations vont et viennent, les pensées vont et viennent – et vous n'êtes rien de cela; vous êtes ce vaste sentiment de liberté, cette vaste Vacuité, cette vaste ouverture, à travers laquelle la manifestation s'élève, reste un moment, et repart. 

Alors vous commencez à remarquer simplement que ce "Regard" en vous qui est témoin de tous ces objets n'est lui-même qu'une vaste Vacuité. Il n'est pas une chose, pas un objet, rien que vous puissiez voir ou dont vous puissiez vous emparer. Il est plutôt le sentiment d'une vaste Liberté, parce qu'il n'est pas en soi une chose qui entre dans le monde objectif du temps, des objets, du stress et des contraintes. Ce pur Témoin est une pure Vacuité dans laquelle tous ces sujets et objets individuels s'élèvent, restent un moment et passent. 

Alors ce pur Témoin n'est rien que l'on puisse voir ! Tenter de voir le Témoin ou de le connaître en tant qu'objet – ce n'est encore qu'accaparer, chercher et rester accroché dans le temps. Le Témoin n'est pas là-bas dehors, dans le flot; il est cette immensité de Liberté dans laquelle le flot s'élève. Vous ne pouvez pas le saisir et dire « Ha ! Ha ! Je le vois ! ». Il est plutôt le Regard et absolument rien qui puisse être vu. 

Tandis que vous reposez dans cette Observation, tout ce que vous ressentez n'est qu'une vaste Vacuité, une vaste Liberté, une Immensité – une ouverture ou une éclaircie transparente dans laquelle tous ces petits sujets et tous ces petits objets s'élèvent. Ces sujets et ces objets peuvent certainement être vus, mais leur Témoin ne peut être vu. Leur Témoin est une absolue libération par rapport à eux, une absolue Liberté qui n'est pas prisonnière de leurs agitations, de leurs désirs, de leurs peurs, de leurs espoirs. 

Identification et Attachement


Naturellement, nous avons tendance à nous identifier à ces petits sujets et à ces petits objets individuels – et c'est précisément là qu'est le problème ! Nous identifions le Regard à ces malheureuses petites choses qui peuvent être vues. C'est le début de l'attachement et de la non liberté. Nous sommes en réalité cette immensité de Liberté, mais nous nous identifions à des objets et à des sujets non libres et limités, qui tous peuvent être vus, qui tous souffrent, et dont aucun n'est ce que nous sommes. 

Patanjali a donné une description classique de l'attachement : « l'identification du Regard aux instruments de la vue » – avec les petits sujets et les petits objets, plutôt qu'avec l'ouverture, l'éclaircie ou la Vacuité dans laquelle ils s'élèvent tous. 

Lorsque nous reposons dans ce pur Témoin, nous ne voyons pas ce Témoin en tant qu'objet. Tout ce que vous pouvez voir n'est pas lui. Il est plutôt l'absence complète de tout sujet et de tout objet, il est la libération de tout cela. Reposant dans le pur Témoin, il y a cette absence en toile de fond, cette Vacuité, et cela est « vécu » non pas comme un objet, mais comme une immensité de Liberté et de Libération des contractions de l'identification à ces misérables petits sujets et petits objets qui entrent dans le flot du temps et sont pulvérisés dans cet atroce torrent. 

Lorsque vous reposez dans le pur Regard, dans le pur Témoin, vous êtes invisible. Vous ne pouvez pas être vu. Aucune partie de vous ne peut être vue, parce que vous n'êtes pas un objet. Votre corps peut être vu, votre mental peut être vu, la nature peut être vue, mais vous n'êtes aucun de ces objets. Vous êtes la pure source de la conscience, mais rien de ce qui s'élève dans cette conscience. Alors vous subsistez en tant que conscience. 

Les choses s'élèvent dans la conscience, elles restent un moment et quittent, elles vont et viennent. Elles s'élèvent dans l'espace, elles se déplacent dans le temps. Mais le pur Témoin ne fait pas de va-et-vient. Il ne s'élève pas dans l'espace, il ne se déplace pas dans le temps. Il est tel qu'il est; il est à jamais présent et immuable. Il n'est pas un objet là-bas dehors, alors il n'entre jamais dans le flot du temps, de l'espace, de la naissance, de la mort. 

Toutes ces choses sont des expériences, des objets – toutes, elles vont et toutes, elles viennent. Mais vous ne faites pas de va-et-vient; vous n'entrez pas dans ce flot; comme vous avez conscience de tout cela, vous n'êtes pas piégé dans tout cela. Le Témoin a conscience de l'espace, conscience du temps – et il est par conséquent lui-même libre de l'espace, libre du temps. Il est sans temps et sans espace – la Vacuité la plus pure à travers laquelle défilent le temps et l'espace. 

Le Non Né


Et ce pur Regard est antérieur à la vie et à la mort, antérieur au temps et à l'agitation, antérieur à l'espace et au mouvement, antérieur à la manifestation – et même antérieur au Big Bang lui-même. Cela ne signifie pas que le pur Soi existait à une époque antérieure au Big Bang, mais qu'il existe antérieurement au temps, point. Il n'est simplement jamais entré dans ce flot. Il a conscience du temps et par conséquent il est libre du temps – il est absolument sans temps. Étant donné qu'il est sans temps, il est donc éternel – ce qui ne signifie pas qu'il a un temps infini, mais qu'il est complètement libre du temps. 

Il n'est jamais né et ne mourra jamais. Il n'est jamais entré dans ce flot temporel. Cette vaste Liberté est le grand Non Né dont Bouddha disait : « Il y a un Non Né, non causé, non créé, non formé. S'il n'y avait pas ce Non Né, non causé, non créé, non formé, il n'y aurait aucune libération du né, du causé, du créé. » Reposer dans cette immensité de Liberté, c'est reposer dans ce grand Non-Né, cette vaste Vacuité. 

Et parce qu'il est Non-Né, il est Non-Mortel. Il n'a pas été créé avec votre corps, il ne périra pas lorsque votre corps périra. Non pas parce qu'il continue de vivre après la mort de votre corps, mais plutôt parce qu'il n'est jamais entré dans le flot du temps pour commencer. Il ne continue pas de vivre après votre corps, il vit antérieurement à votre corps, toujours. Il ne continue pas dans le temps à jamais, il est simplement antérieur au flot du temps lui-même. Espace, temps, objets – toutes ces choses défilent, simplement. Mais vous êtes le Témoin, le pur Regard qui est lui-même pure Vacuité, pure Liberté, pure Ouverture, la grande Vacuité à travers laquelle défile toute la parade, sans jamais vous toucher, sans jamais vous blesser, sans jamais vous consoler. 

Et parce qu'il y a cette vaste Vacuité, ce grand Non-Né, vous pouvez effectivement obtenir la libération du né et du créé, de la souffrance de l'espace, du temps et des objets, du mécanisme de terreur inhérent à ces fragments, de la vallée des larmes appelée le Samsara.

Ressources 


Tous les billets recensés sous le libellé Ken Wilber - Théorie Intégrale

jeudi 29 mars 2018

L'Esprit aux Multiples Visages


En réalité il existe autant de religions que d’individus. Gandhi 


L’approche intégrale est évolutionnaire : elle considère que l’être humain s’est développé au cours du temps, tant sur le plan individuel que collectif, en participant à la dynamique évolutive de la vie/esprit qui se manifeste à travers des stades de développement à la complexité croissante. Ces stades ont été répertoriés dans les divers domaines de la vie humaine, aussi bien par les sciences humaines que par les traditions spirituelles. Aujourd’hui une cartographie précise et globale du développement humain permet d’identifier les différentes visions du monde correspondant à chacun de ces stades évolutifs (1). 

Une telle cartographie permet de mieux comprendre comment les intuitions métaphysiques s’expriment dans le temps à travers un imaginaire et des représentations correspondant à chacune de ces visions du monde. Dans Pratique de Vie Intégrale, un ouvrage auquel nous avons récemment consacré deux billets, les auteurs décrivent les différentes conceptions de l’Esprit correspondant à cinq des principales visions du monde – Magique, Mythique, Rationnelle, Pluraliste et Intégrale – identifiées par les cartographes du développement humain. Pour nous rendre cette réflexion plus accessible, les auteurs analysent les différentes visions de Dieu pouvant exister chez les chrétiens selon le stade de développement auquel ils sont reliés.

Mais la diversité des visages de l’esprit ne se limite pas à cette approche évolutionnaire. Il faut lui ajouter ces différentes perspectives que sont les visions de la réalité à la première, à la seconde et à la troisième personne : la vision subjective du « Je », la vision relationnelle du « Tu » et la vision objective du « Il ». Même si elles ne sont pas toujours reconnues, ces trois perspectives inhérentes à la conscience s’expriment à chaque stade du développement humain. Cependant, historiquement, l’accent a été mis sur certaines faces de l’Esprit et d’autres ont été exclues selon le stade de développement. 

Le caractère multidimensionnel de l’Esprit est à l’origine de la diversité de ses expressions et de ses représentations à travers l’histoire et les cultures humaines. En ces temps de mondialisation où de nombreuses formes religieuses et spirituelles tendent à se côtoyer, il devient indispensable de comprendre la pluralité de ces expressions pour nouer et nourrir le dialogue entre celles-ci tout en dépassant les enfermements sectaires et les emportements fanatiques. La compréhension des modèles développementaux permettent de tisser des liens de respect et de reconnaissance mutuelle entre des approches religieuses, spirituelles et métaphysique qui jusque-là s’ignoraient, voire même se combattaient. Une des contributions les plus profondes d'une approche intégrale de la spiritualité est de clarifier ces confusions.

Les nombreuses couleurs de l’Esprit. Pratique de Vie Intégrale 

Chaque attitude de conscience va interpréter l’Esprit différemment. Si nous utilisons les cinq principales visions du monde – Magique, Mythique, Rationnelle, Pluraliste et Intégrale – nous avons cinq « Dieux » très différents, cinq niveaux de l’esprit. Les sondages rapportent de façon très répétés qu’une écrasante majorité de personnes disent croire en Dieu (2). Mais un Dieu de quelle couleur ? Croire en un dieu Magique Magenta est à des années lumières d’un dieu pluraliste Vert qui est radicalement distinct d’une divinité Intégrale Turquoise. De nombreux conflits de religion ou spirituels naissent précisément de cette question. Les parties qui débattent (et parfois se font la guerre) ne peuvent pas vraiment se parler parce qu’elles se réfèrent chacune à différentes altitudes de l’Esprit. 

Illustration de Philippe Joannis. Les différents stades de développement dans le modèle AQAL de Ken Wilber

Comment cela se manifeste dans la vraie vie ? Voici un exemple parmi d’autres sur la façon dont différents niveaux, différentes interprétations de l’esprit, peuvent se manifester chez les Chrétiens. 

Le Dieu magique Magenta/Rouge : Ce niveau voit Jésus comme un magicien, changeant l’eau en vin, multipliant les pains et les poissons, marchant sur l’eau, et ainsi de suite. Jésus est expérimenté comme une personne magique qui peut modifier le monde par des miracles. Ce stade est pré-conventionnel et égocentrique. Ce Jésus m’intéresse parce qu’il peut répondre à mes prières, combler mes besoins, et m’offrir des bénédictions.

Le Dieu Ambre Mythique : Ce niveau voit Jésus comme le Messie, celui qui apporte la vie éternelle. Ce stade est absolutiste dans ses croyances, et donc je crois et j’obéis aux écritures comme cela est prescrit, soit je risque la damnation. Ce stade est aussi ethnocentrique, et je suis donc allié non seulement à Dieu mais à mes compagnons de croyance religieuse. Nous sommes unis contre les païens qui résistent et s’opposent à notre vraie foi. Seulement ceux qui croient en Jésus-Christ comme étant leur sauveur personnel, seront sauvés. C’est, de loin, le niveau de conscience spirituelle qui prévaut, parfois légèrement altéré, lorsqu’il commence à évoluer vers l’Orange. 

Le Dieu rationnel Orange : Ce niveau voit Jésus de Nazareth, toujours complètement divin mais aussi complètement humain, d’une façon crédible rationnellement, comme un enseignement de l’amour universel d’un Dieu déiste. En relation à ce Dieu, je suis libre. Je suis capable d’exercer ma raison et ma responsabilité personnelle. Je prends soin de moi, de ma tribu et de mon pays, mais également je me préoccupe de tous les gens. Je peux trouver une bonne vie, et être béni grâce à Jésus-Christ et à mon parcours avec d’autres chrétiens, mais je permets que d’autres puissent aussi trouver une spiritualité valable par l’intermédiaire d’autres formes de religion. 

Le Dieu pluraliste Vert : Ce niveau voit la conscience du Christ qui existe à l’intérieur de moi et de tous les êtres. J’essaie de découvrir et de respecter la divinité en moi-même et dans tous les autres. Je déconstruis et ré-interprète les passages bibliques pour qu’ils me parlent en termes plus universels et afin de soutenir des sujets tels que la protection de la planète, la justice sociale, la répartition juste des richesses, la non-violence et le droit des femmes. Je reconnais que toute la diversité des chemins spirituels est complètement valide. Le christianisme est seulement un chemin parmi d’autres – et aucun n’est meilleur ou pire que les autres. 

Le Dieu intégral Bleu/Turquoise : Ce niveau voit que la conscience christique universelle peut être trouvée partout, en chacun, et dans toute perspective. Alors que les chrétiens Vert, Orange, Ambre et Rouge/Magenta ont du mal à s’entendre les uns avec les autres, je trouve beaucoup de points communs avec chacun d’entre eux et avec tous, et j’apprécie les forces spéciales de chaque attitude et je résonne avec elles. Pour moi Dieu est évident, présent partout, sous toutes formes, même si je trouve que certains formes manifestent davantage Dieu que les autres (les cellules manifestent davantage d’Être que les molécules, qui en manifestent plus que les atomes – plus la profondeur est grande et plus la divinité est grande.) 

Je communie avec Dieu, en tant que Dieu, capable de voir Dieu dans tous les moments, seul ou avec d’autres. Je me trouve en fraternité avec des personnes quelle que soit leur foi, même si la transmission de Jésus et ma tradition chrétienne restent spéciales, sacrées, et une source sans fin de riche bonheur. Mais je me rends bien compte que je dois faire beaucoup de traduction lorsque je parle à des chrétiens venant d’altitudes plus basses, et parce que j’en suis capable, je le fais avec bonne volonté. 

Le caractère multidimensionnel de l’Esprit tend à rendre la conversation à son sujet difficile. Après tout, comme nous venons de le voir : – Il existe différentes définitions de l’Esprit. – Il existe également différentes interprétations de l’Esprit. – Ces différences sont rarement prises en compte et encore plus rarement définies dans les débats spirituels. Une des contributions les plus profondes d’une approche intégrale de la spiritualité est de clarifier ces confusions. De plus – et c’est le plus important – ces clarification peuvent catalyser l’expérience de l’Esprit lui-même. 

Les 3 Faces de l’Esprit 

La spiritualité intégrale met en jeu les 3 faces de l’esprit : 

A la 3e personne, l’Esprit est reconnu comme Cela. Vous contemplez et (peut-être) vous servez l’Esprit, le mystère ultime de l’existence, et l’ensemble du Kosmos, y compris la Fondation même de l’Etre, par l’intermédiaire de la nature, du mysticisme, de la philosophie, et de l’action. 

A la 2e personne, l’Esprit est connu comme Tu ou Toi. Vous vous ouvrez à l’Esprit et vous communiez avec lui ou avec le mystère ultime de l’existence, la plupart du temps par l’intermédiaire de la prière.

A la 1ère personne, l’Esprit est connu comme Je. Vous vous éveillez consciemment comme étant inséparable de l’Esprit, du mystère ultime de l’existence, souvent par l’intermédiaire de la méditation.

L'Esprit à la première, deuxième et troisième personne.

Ce qui est Ultime est en définitive au-delà de toute perspective. Mais pour l’atteindre, il est impératif de prendre des perspectives. Chacune de ses perspectives offre quelque chose d’unique à notre conscience et à notre croissance. 

Dans la contemplation à la 3e personne, vous voyez Cela. Vous ouvrez vos yeux, votre mental et vos sens au mystère ultime de l’existence et ainsi vous remarquez des détails et des distinctions (par exemple les schémas, les énergies, les couleurs, les textures et les contours des lieux naturels, des créatures et des choses vivantes, ou même les perspectives philosophiques, y compris cette discussion sur les 3 faces de l’Esprit). En contemplation, vous prenez conscience de la complétude de l’Esprit et du Kosmos dans leur riche dimension multidimensionnelle – physique, subtile et causale. Mus par cette vision, les gens se mettent souvent à servir activement les autres et l’Esprit.

Des exemples sont l’art, le mysticisme dans la nature, la contemplation philosophique et mystique, le service… C’est la voie du travail bien fait 

Dans la prière ou la communion à la 2e personne, vous vous ouvrez à un contact intime avec le mystère ultime de l’existence, en laissant Cela devenir Toi. Vous faites face à Dieu (de façon métaphorique), votre Aimé Ultime, et vous vous dévoilez à cette conscience ultime (vous ne vous cachez pas d’elle). Dans ce processus, votre cœur et votre âme sensibles ne peuvent pas rester indifférents ou immunisés. Vous vous permettez de recevoir la grâce ou les bénédictions du mystère de l’existence. Vous vous ouvrez, vous approfondissez et vous capitulez. 

Des exemples familiers sont la prière, le consentement du cœur à la présence de Dieu, le chant dévotionnel, l’adoration, les rituels et le service. C’est le chemin du bhakti yoga.

Dans la méditation à la 1re personne, vous en venez à vous (re) connaître vous-même comme étant le Je de l’Esprit. Vous laissez aller toutes les identifications limitées à des souvenirs, pensées, sensations et désir, et vous vous éveillez consciemment en tant que l’état d’Être. (JE SUIS) : le « Je Suis » de l’ici et maintenant. Vous vous éveillez dans le moment présent et en tant que moment présent, en tant que le Soi, l’identité non séparée du mystère de l’existence, et même au-delà de toutes les conceptions, dans quelque chose qui est parfois appelé l’Essence ou la vacuité non séparable de quelque chose ou de quelqu’un. 

Des exemples familiers de cette pratique sont : Big Mind, vipassana, shikantaza, dzogchen, nirvikalpa et sahaj samadhis qui sont toutes des pratiques de méditation sans formes.

De nombreuses pratiques combinent un ou plusieurs de ces perspectives. 

Ne jetez pas le bébé… 


Ces trois faces ou trois façons d’être en relation avec l’Esprit sont inhérentes à la conscience, même si elles ne sont pas toujours reconnues. Il est possible de les exprimer en relation avec n’importe quel niveau de divinité – magique, mythique, rationnel, pluraliste et intégral. Cependant, historiquement, l’accent a été mis sur certaines faces de l’Esprit et d’autres ont été exclues selon le stade de développement : 

L’esprit magique et mythique tend à exclure la relation à l’Esprit à la 1e personne. (Dieu est transcendé et non pas immanent, et c’est un péché de confondre l’humanité déchue avec le divin.) C’est la relation à la 2e personne qui est mise en avant (Je te prie, O Seigneur), et l’Esprit est objectivé comme une déité mystique uniquement. 

L’esprit rationnel tend à s’éloigner de la relation à la 2e personne avec la déité mythique (Je ne crois plus en la vieille déité interventionniste, alors pourquoi prier et pourquoi se faire du souci à propos de ma relation à l’Esprit ?) A la place, le rationnel met l’accent sur la relation avec l’Esprit et la Nature à la 3e personne. (L’esprit est une force transcendante et une loi de l’existence. Je peux contempler l’univers grâce à la science pour mieux connaître l’Esprit) 

L’esprit pluraliste s’ouvre à découvrir une relation à la 1re personne avec l’Esprit (Je m’éveille pour voir que je ne suis pas séparé de l’Esprit !) Cependant il rejette vigoureusement les versions rationnelles et mythiques de la divinité. (La religion de l’Église est trop dogmatique, et la science rationnelle est trop réductionniste et limitante.) Par contre, hélas, il est trop facilement enclin à accepter des formes de spiritualité exotique à la 2e ou 3e personnes sans discernement rigoureux. 

L’esprit intégral entre profondément dans l’éveil à la 1re personne en tant qu’Esprit (Je suis l’Esprit), approfondit la contemplation et le service de l’Esprit à la 3e personne (Je vois et je sers l’Esprit en tant que Cela), et fait renaître la communion avec l’Esprit à la 2e personne (Je me tourne vers Toi, Esprit pour te faire face et t’aimer et être aimé par Toi, Esprit de Tout.) 

Une découverte cruciale : après avoir abandonné le Dieu mythique derrière eux, nombre de pratiquants "Intégral" réalisent qu’ils avaient mis l’accent exclusivement sur l’éveil à la 1re personne et avait laissé derrière eux leur relation à la 2e personne avec l’esprit ! Mais la spiritualité intégrale inclut les 3 personnes. Une dimension toute nouvelle de complétude devient possible lorsque vous restaurez la vitalité et la richesse de la dimension à la 2e personne de la vie spirituelle.

(1) Nous avons évoqué cette cartographie à travers de nombreux billets du Journal Intégral, notamment à travers le modèle AQAL de Ken Wilber ou celui de la Spirale Dynamique développé par Don Beck. Les lecteurs qui ignorent ces modèles pourront se référer aux billets qui les présentent : L’approche intégrale de Ken Wilber et Une Spirale Dynamique aux couleurs de l’évolution. Il est à noter que les auteurs de Pratique de Vie Intégrale utilisent dans leur évocation des différents stades de développement humain le code couleur proposé par Ken Wilber qui est quelque peu différent du code couleur proposé dans le modèle de la Spirale Dynamique. 

(2) Cette remarque très américano-centrée n’est valable ni pour tous les continents, ni pour un pays comme la France. Voir la carte de l’athéisme dans le monde

Ressources 

Pratique de Vie Intégrale  Éditions Almora 

Dans Le Journal Intégral :  

Pratique de Vie Intégrale (1) et (2) - Introductions à la Vision Intégrale 


Le Deuxième Visage de Dieu  : dialogue entre Ken Wilber et Andrew Cohen 

jeudi 8 mars 2018

De l'égo au Moi Unique (3) A la recherche du Moi Unique


Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. Oscar Wilde 


Avant de lire ce billet où nous évoquerons l’Atelier "De l’égo au Moi Unique" animé par Claire Molinard et Philippe Joannis, mieux vaut avoir pris connaissance des deux précédents où nous avons rendu compte du livre éponyme de Marc Gafni et d'une spiritualité évolutionnaire dont il est une des expressions. Synthèse de l’éveil occidental fondée sur le processus d’individuation et de l’éveil oriental fondée sur la quête de l’impersonnel, l’enseignement du Moi Unique correspond à un nouveau stade du développement humain dans le contexte spécifique des sociétés de l’information en complexité croissante et en mutation constante. 

Si elle s’inscrit dans une filiation traditionnelle, la spiritualité évolutionnaire transfigure celle-ci en y incluant la dynamique moderne de l’individuation, le constructivisme post-moderne fondé sur la notion de perspective et l’approche systémique qui développe une pensée globale. Les influences de ces divers courants convergent dans une approche intégrale qui aboutit aujourd’hui à une cartographie détaillée du développement humain. C'est à partir de cette cartographie que l'’enseignement du Moi Unique opère la synthèse entre les approches orientales et occidentales de l’éveil. Une synthèse à l'origine d'une vision non-duelle où l’Esprit impersonnel se manifeste à travers la perspective singulière d’un individu en développement. 

Si elle est nécessaire, la lecture d’un tel ouvrage offre une compréhension intellectuelle qui, loin d’être suffisante, doit être nourrie, complétée et validée par l’expérience vécue et la pratique quotidienne. C’est une telle expérience que Claire Molinard et Philippe Joannis propose de partager avec l’Atelier "De l’Ego au Moi Unique". Un atelier conçu comme un voyage individuel et collectif à la rencontre de soi-même, cette singularité radicale qui, bien au-delà de l'ego, fait de chacun de nous un être à la fois totalement unique et pourtant non séparé de ce que Whitehead nomme 'l'étoffe sans couture de l'univers". 

Un Voyage Initiatique 

L’atelier « De l’Ego au Moi Unique » s’adresse à ceux qui sont en quête de sens comme à ceux qui suivent une démarche de développement psycho-spirituel. Il s’agit de cheminer ensemble sur la voie qui mène de l’égo - le moi séparé - au Moi Unique en passant et en s’appuyant sur la prise de conscience du Soi, cette unité interne qui nous relie au monde au-delà de toutes différences

L’atelier est conçu comme une alternance de courts enseignements et de pratiques spécifiques. Alors que la cartographie développée par Marc Gafni permet d’identifier les différentes étapes évolutives du processus d’éveil et d’émergence du Moi Unique, il s’agira de suivre chacune de ces étapes à travers des pratiques adaptées pour vivre l’expérience radicale d’une spiritualité évolutionnaire. En opérant une distinction essentielle entre être "unique" et être "séparé", l’expérience vécue dans l’espace-temps de cet atelier permet de dépasser l’illusion du soi séparé tout s’éveillant au Moi-Unique. 

Le but est alors d’identifier le(s) talent(s) singulier(s) que l’on peut offrir au monde en répondant à l'appel, à l’obligation qui découle de la prise de conscience de notre Moi-Unique. Chaque participant devrait pouvoir quitter l’atelier avec une idée claire de l’itinéraire à suivre pour laisser émerger son Moi Unique en contribuant ainsi au monde et à l’humanité d’une manière dont lui seul est capable. 

Trois étapes


Les trois étapes de ce voyage initiatique sont les suivantes : dépasser l’identification au moi séparé, se connecter au Soi véritable, faire émerger le Moi Unique

1) Dépasser l’identification au moi séparé c’est reconnaître et relâcher les contractions de l'égo. Grâce à différents outils et pratiques, (U Process, méditation du faux moi, ennéagramme, Somatic process) vous identifierez les contractions du faux moi qui vous sont propres pour définir une pratique individualisée visant à relâcher les contractions de votre égo. 

2) Se connecter au Soi véritable c’est aller puiser à la source même de la conscience. Vous découvrirez les trois visages du Divin qui sont également les trois portes d'entrée dans le Soi véritable. Vous vivrez cette expérience à la première personne (je) : le divin qui réside en chacun de nous ; à la deuxième personne (tu) : méditation relationnelle, pratique d'Eye Gazing et à la troisième personne (il).

3) Faire émerger le Moi Unique c’est trouver la voie de votre singularité dans l'unité profonde avec la réalité. Au travers de pratiques originales, développées au sein du Center for Integral Wisdom, vous ferez l'expérience de votre Moi Unique et de la symphonie des Moi Uniques telle qu'elle peut émerger dans un groupe. Vous dépasserez les frontières de votre petit moi pour laisser émerger votre essence singulière et votre lumière propre. 

Une expérience radicale

Claire Molinard
Pour un tel voyage intérieur, mieux vaut se faire accompagner de guides qui, comme Claire Molinard et Philippe Joannis, ont à la fois une connaissance théorique et une expérience vécue des différentes étapes dont nous venons de parler. Claire Molinard est à la fois coach intégral et co-créatrice du "Unique Self coaching process", un programme de coaching psycho-spirituel sur neuf mois qui vise à l’émergence du Moi Unique. Entrepreneur, consultant en leadership et "Unique Self Coach", Philippe Joannis est président de la section française du think tank activiste The Center for Integral Wisdom basé à San Francisco et fondé par Ken Wilber, Marc Gafni et Mariana Caplan.

Un atelier qui réunit des personnes animées par une même dynamique évolutionnaire crée un champ d’énergie très particulier décrit en son temps par Teilhard de Chardin : «Il y a presque un désir sensuel de communier avec d’autres ayant une vision plus large. L’immense épanouissement qu’apporte une amitié entre des personnes engagés à favoriser l’évolution de la conscience est d’une qualité impossible à écrire. » Sur le site dédié à cet atelier, plusieurs témoignages font écho aux propos de Teilhard de Chardin en rendant compte de l’intensité et de la qualité de l’expérience radicale vécue par chacun des participants. 

Coach et fondatrice de Pragmatic Dreamers, Magali Mounier-Poulat écrit : « L’atelier m’a énormément nourrie pendant et après. C’est là sa force. Ce qui est né en moi et avec les autres perdure et grandit encore aujourd’hui. On en sort différent ou plutôt encore plus soi-même, dans sa puissance, encore plus prêt à agir dans le monde pour nourrir la formidable énergie évolutionnaire (et s’en nourrir par la même occasion !). Claire et Philippe savent créer les conditions pour que chacun puisse tirer le maximum de ce moment hors du temps : apports riches, cadre sécurisant, feedbacks constructifs et quelle présence !... N’hésitez pas ! Allez-y et savourez pleinement ! » 

Laure Roussote est sophrologue : « En toute simplicité, avec bienveillance et amour, au détour d'expériences profondément transformatrices et libératrices, Claire et Philippe nous ont guidés afin de nous reconnecter à notre Moi Unique, à notre essence. Ils m'ont offert le plus beau cadeau qui soit : MOI ! Chaque jour, je mesure l'impact de cet atelier dans ma vie personnelle et professionnelle. Il m'apporte des changements bénéfiques et assied ma confiance en la vie. » 

Pour Brahmani Maestracci : « Cet atelier m'a ouverte au oui à moi-même dans la totalité de mes ombres et mes lumières, le oui à soi-même appuyé sur la reconnaissance que chacun de nous est une personne absolument unique, infiniment nécessaire à la vie, par le simple fait de notre venue au monde. A ce jour, trois mois plus tard, ce week-end est encore en moi avec toute sa force et sa clarté. J'ai acquis un outil précieux, indispensable au ciselage de ma vie quotidienne, que je sais utiliser. C'est très rare. C'est un grand cadeau. Je suis émerveillée de la beauté et de la pureté de la force du Moi Unique. » 

De l’Éveil à l'Activisme

Philippe Joannis
Réconciliant contemplation et action, une spiritualité évolutionnaire fondée sur l’éveil du Moi Unique est en train d’émerger sous nos yeux. Cette émergence s’effectue au sein d’une avant-garde culturelle composée de collectifs comme le Center for Integral Wisdom. Regroupant philosophes, scientifiques, représentants des traditions spirituelles, entrepreneurs et acteurs du changement, ce think tank développe une éthique globale pour une civilisation globale à partir d’une vision intégrale et dans une perspective évolutionnaire. Animateur de la section française de ce think tank, Philippe Joannis décrit dans un texte intitulé De l’éveil à l’activisme, la philosophie qui correspond à cette spiritualité évolutionnaire : 

« Le cadre dans lequel le Center for Integral Wisdom inscrit son travail peut s'exprimer par les trois invitations : "wake-up, grow-up, show-up" qui peut se traduire en français par "éveillons-nous, développons-nous, manifestons-nous". L'idée d'une démocratisation possible de l'éveil est une idée émergente dont nous sommes nombreux à sentir la nécessité, mais aussi la possibilité. Si, dans le passé, l'éveil a été réservé à quelques mystiques, grands initiés et maîtres spirituels hors du commun, il existe aujourd'hui une réelle possibilité qu'il puisse désormais concerner le plus grand nombre et, à l'échelle de l'humanité, aboutir à une transformation radicale de la conscience nous permettant de faire face aux défis apparemment insolubles qui sont devant nous. 

Un tel changement passe par un éveil individuel et collectif, un travail de développement personnel et spirituel passant par des pratiques individuelles et collectives. Il en résulte la prise de conscience qu'on ne peut se contenter de viser la paix intérieure et l'épanouissement individuel. Chacun d'entre nous a aussi une obligation unique, celle de mettre ses dons, son histoire et sa position singulière dans le monde au service de l'évolution de la conscience et de l'univers. 

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous avons aujourd'hui accès à toutes les sources de la connaissance - des sciences à la philosophie mais également à toutes les traditions spirituelles. Ce nouveau contexte, associé à l'interconnectivé massive de l'humanité où une vidéo peut faire le tour du monde en quelques heures, peut aboutir à l'émergence d'une nouvelle conscience où chacun aura une place unique et où l'illusion de la séparation sera dissipée. 

Il est parfois dit que "Le prochain Bouddha est la Sangha ". Dans le Bouddhisme, la sangha désigne le groupe, la communauté spirituelle ou plus largement l'ensemble de la communauté des bouddhistes. Bien au-delà de la simple intelligence collective, nous avons toutes les raisons de penser que l'éveil spirituel collectif de l'humanité est en train de se produire devant nous, en nous, à travers nous. Sachons nous éveiller, nous préparer et jouer un rôle actif, celui que nous sommes chacun le seul à pouvoir jouer. » 

Ressources 

L’Atelier "de l’Ego au Moi Unique" Site dédié à cet atelier avec le programme, des témoignages et les détails pratiques. Le prochain atelier a lieu le week-end du 5/6 Mai 2018

Un webinaire gratuit sera animé Dimanche 29 Avril à 20h45 par Claire Molinard et Philippe Joannis sur le thème des Trois étapes de l'éveil : le Voyage de l'être au devenir et du devenir à l'être. Voici le lien de connexion  pour s'inscrire ce webinaire gratuit : https://events.genndi.com/register/169105139238437121/567cb6c0da

Dans la rubrique Ressources de notre avant-dernier billet intitulé De l’égo au Moi Unique (1), nous avons proposé divers liens autour du livre de Marc Gafni. 


CIW France  Section française du Center for Integral Wisdom

Center for Integral Wisdon  Site anglophone

Méditation du Moi Unique
Obtenez gratuitement une médiation pour aller à la rencontre de votre Moi Unique. Cette méditation vous permettra d'intérioriser l'enseignement du Moi Unique sous la forme d'une expérience intérieure et complémentaire de la lecture du livre De l'ego au Moi Unique. Vous la recevrez gratuitement en envoyant un simple e-mail à meditation@ciwfrance.org