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jeudi 14 février 2019

La Muse


L’intelligence avec l’ange, notre primordial souci
René Char


La Muse

Il est des instants 
Où l'Un et l'Autre se retrouvent 
dans le souffle inspiré du Même 

Où l'intérieur et l'extérieur s'accordent 
au rythme nu de l'esprit créateur 

Où l'âme et le corps se répondent et dansent 
dans le jeu infini des correspondances 

A travers une profonde volute
de sensations et d’émotions 
Je plonge dans le rythme infini 
des transes du corps et de l’esprit

Comme on pose sa main sur la peau aimée, 
sur ta musique, j'ai mis mon poème. 



Le corps devient alors musique charnelle
et les cellules, notes organiques.

Le désir devient musique de feu 
et les mains, mélodies de caresses. 

L'amour devient musique du regard 
et les gestes, harmonies voluptueuses. 

La pensée devient musique abstraite 
et les idées s'ouvrent au chant des possibles. 

L'imaginaire devient musique des symboles 
et toi, épiphanie vibrante de l’Un Connu. 

La conscience devient musique inouïe 
et ce qui est, rejoint ce qui a toujours été. 

Quand l'infini devient musique des sphères 
le cosmos est le nid d'un oiseau immortel 
qui prend son envol dans ton âme. 


Un à un, la musique a retiré ses sept voiles 
pour révéler la Muse, Reine de Saba 
messagère de Sumer et de Babylone 

Son message est celui de la Mémoire, 
cette Muse des muses qui inspire les Dieux. 

Son langage est celui d’un secret partagé 
par ceux qui possèdent les clés du jardin sacré 
où l’imaginaire dévoile 
les arcanes magiques de l’incarnation. 

La transe est la seule danse qu'elle connaisse. 
La seule et l'unique. L'unique et la seule. 

Transfert, Transformation et Transcendance. 
Trois instances subtiles d’une seule et unique résonance 
où le Même et le Même, toujours et toujours 
se rencontrent, s'associent et s'assemblent. 

 

Tu voyages Muse, 
Tu voyages à travers les âges 
au royaume vertical de ce qui n’est jamais né. 

Dans cette infime vibration 
où s’épanouit la fête d’essence
sans te connaître, je te reconnais.

L’un et l’autre, nous sommes universels 
c'est à dire unis vers elle : l’Inspiration 
dont le souffle créateur accorde harmoniquement 
l’Essence du Verbe prophétique, 
le Chant de l’Imaginaire poétique 
et les Sens du Corps extatique. 

Tu accordes mon énergie
à la source dont elle est issue. 

Tu canalises mon élan vers l’essentiel
qui en est l’origine. 

Tu fusionnes mes désirs dans un souffle unifié.
Tu es l’exactitude et moi la précision. 
Moi le nombre et toi l’équation. 

Tout ce que j'aime
je le deviens
en fusionnant intensément 
à la Totalité dont tu es l'émanation.


Je me sens multiple 
en quête de transe en danse
comme un arc en ciel où s'harmonisent
la pulsion du corps et l'enchantement de l'âme
en s'accordant à la vibration synthétique de l'Esprit.

Je sens cette flamme en moi qui réclame un soleil. 
Un infini qui me porte et me transporte 
au-delà des sens jusque vers l'essentiel. 

J'ai écouté les émotions 
dont vos mots sont messagers. 
Et elles ont cheminé en moi 
comme une source d'être 

J'entends votre présence 
Et lui fait un temple de silence 
parce que résonne en elle 
la quête sublime de l'Unité. 

J'offre cet instant à l'éternité dont il est issu. 


Dans cette nuit d'encens 
où vibre l'âme du monde incarnée 
dans votre parole, votre image et votre élan 
permettez-moi simplement de saluer l'invisible 
d'un coup d'œil qui ressemble à une étoile vibrante. 

La magie n'est rien d'autre qu'un regard neuf et innocent 
posé en équilibre entre le Monde et l'Instant.

Devenons complices pour chasser le fantôme du hasard 
dont les chaînes font croire aux hommes qu'ils sont 
autre chose que l'immensité. 

Merci, Muse, pour ce chant que vous m'inspirez 
Et pour tous les chants à naître 
qui vibrent en moi 
dans l'innocence de l'impensé.

Une fois résolue l’énigme de la rencontre, 
le mystère reste entier. 
Il devient alors le garant de notre intégrité
pour vivre à part entière 
l’insurrection de notre humanité. 

O.B

Ressources

Dans Le Journal Intégral : La Voie d’Éros - René Char : une poétique intégrale - Une insurrection des consciences - Voir les textes sélectionnés sous les libellés Inspirations et Poétique.

jeudi 2 juin 2016

Le Noctambule


Les choses profondes sont toujours préparées et enveloppées par une certaine obscurité : les étoiles n'apparaissent que dans la nuit. Gustave Thibon 


Noctambule : Celui qui a l'habitude de se promener la nuit. Du latin noctus (nuit) et ambulare (bouger). 

Il était près de vingt-deux heures et la nuit commençait à tomber sur cette place où étaient réunis hommes et femmes, jeunes et vieux, tous humains animés par la volonté commune de se réapproprier une parole confisquée par l’oubli et par le pouvoir qui l’incarne. Chacun exprimait son point de vue à sa façon, directe ou maladroite, colérique ou sophistiquée. A un homme d’une quarantaine d’années à la silhouette élégante et au visage rayonnant d'une étrange sérénité, on tendit le micro qu’il prit en attendant au moins une minute avant de parler :

« Bonsoir, dit-il, heureux de vous retrouver. O frères en désolation, j’ai tant de secrets à vous dire et si peu d’occasions pour vous en parler, vous qui le plus souvent tournez en rond, pris dans le tourbillon égocentré de vos obsessions. Si souvent aveugles à l’émerveillement et sourds à l’harmonie, vous cherchez, debouts dans la nuit, les échos d’une présence salutaire qui transformerait votre exil en communauté, votre communauté en chant et votre chant en mystère

Mais pour cela il faudrait vous taire quelques temps pour développer, dans l’intégrité du silence, un état lyrique qui prend le monde à témoin. Non, il ne s’agit pas seulement de libérer la parole de la gangue épaisse des habitudes qui la réduisent à la langue codée de la soumission et de la résignation, encore faut-il se libérer de la parole elle-même - et du labyrinthe mental où elle se perd si souvent - en retournant aux sources du Verbe dont elle procède. Nommée Métanoïa par la tradition - cette véritable conversion de la conscience ose l'intensité verticale d'un abandon pour accueillir l'inspiration, cette abondance de l'âme qui coule de source en silence.

Élevés au grain de l’efficacité et de la performance, on a fait de vous des analphabètes de l’âme en castrant votre intériorité pour vous enrôler dans l’armée du nombre, petits soldats de l’économie dans la grande guerre de chacun contre tous. Conséquence : tout ce qui excède la médiocrité vous fait peur et tout ce qui vous fait peur vous transforme en modernes esclaves qui n'ont plus les fers aux pieds mais les affaires dans la tête. Les esclaves modernes sont qualifiés d'individus libres et égaux dès lors qu'ils réduisent ce qu'ils sont à ce qu'ils font et ce qu'ils font à la poursuite égoïste de leurs intérêts. Il est encore plus facile de se libérer des fers aux pieds que des chaînes du mental vous arrimant à des évidences illusoires. 

Pour répondre à l’appel qui vous rassemble, il vous faudrait fuir les mots du monde, ses images, ses idées et ses codes usés, fatigués, devenus totalement inadaptés au contexte évolutif des sociétés connectées. Des mots qui ne veulent, littéralement et strictement, plus rien dire. Privés de désir et d’énergie, ils font la grève du sens en répétant sans cesse les mêmes slogans pour mieux masquer le vide qui les hante. Dans un monde en ruine où les certitudes s’effondrent au rythme même où s’affrontent les solitudes, il vous faut tout réinventer et d’abord le langage, devenu un tas de cendres qu’aucun souffle ne saurait rallumer. 

Nuit Debout

Et pour cela, il vous faut inventer un nouveau langage, celui de l’évolution. 

Un langage qui puise sa sève dans la nuit des temps pour fleurir dans votre bouche et fructifier dans la rencontre. 

Un langage qui ne se réduit pas à la parole mais qui s’incarne dans la chair des sensations et dans le sang des émotions, dans le geste comme dans le regard. 

Un langage télépathique et multidimensionnel qui ouvre en vous les portes de la perception pour reconnaître l’immensité qui vous habite.

La création d’un tel langage nécessite d’inventer et d’investir un nouvel imaginaire, celui de l’évolution. 

Un imaginaire qui puise sa force dans la nuit des temps pour formuler le Grand Récit de l’Évolution qui se déroule en trois grands actes : la naissance de l'univers physique, l'apparition de la vie et l'émergence de la conscience.

Un imaginaire qui voit l'aventure humaine comme une aventure de la conscience se développant dans le temps à travers les divers stades d'une spirale évolutive en complexité croissante.

Un imaginaire suffisamment connecté à la dynamique créatrice de la vie/esprit pour envisager un saut évolutif de l'humanité dans la continuité de ce développement.

Un imaginaire enraciné dans la mémoire cosmique de cette science originelle nommée Gnose.

Un imaginaire accordé au rythme souverain qui donne à tout être et à toute chose la mesure qui fonde l'harmonie.

Un imaginaire qui devient alors le véhicule mythique d'une épiphanie reliant l'intime et le sublime à travers le fil enchanteur de l'émerveillement.

Un imaginaire qui s'émancipe ainsi du monde prosaïque et désenchanté qui l’a condamné à servir la Marchandise en se travestissant. 


L’émergence d’un tel imaginaire nécessite l’éveil à une nouvelle conscience, celle de l’évolution. 

Une conscience qui puise son inspiration dans la nuit du temps pour s’accorder à l’unité dont elle procède. 

Une conscience - non pas alternative mais internative - qui s’émancipe du fétichisme de l’abstraction en convoquant toutes les dimensions humaines à une rencontre entre la source et le souffle c'est à dire entre la puissance créatrice de la vie et l’éveil libérateur de l’esprit. 

Une conscience qui participe intérieurement aux noces subtiles de l’harmonie et de l’énergie où la manifestation s’origine. 

Une conscience non-duelle qui voit la transcendance et l’immanence comme les deux faces à la fois contradictoires et complémentaires d’une même totalité intégrant le Réel et son double, la réalité. 

Une conscience qui ose ce nouveau langage et explore cet autre imaginaire traduisant l’esprit du temps dans une présence partagée. 

Une conscience qui ne cherche pas la clarté superficielle et réductrice de l’intellect mais la profondeur d’un dévoilement où l’Esprit se révèle et se reconnaît dans la ferveur d’un signe perçu et partagé par ceux qui savent le voir, l'honorer et l'interpréter. 


Pour accéder à cette conscience, il vous faut mobiliser une nouvelle pensée, celle de l’évolution. 

Une pensée attentive qui puise ses intuitions dans la nuit du temps pour harmoniser de manière discrète et immédiate la présence et sa représentation. 

Une pensée vivante qui participe à la continuité organique entre les principes, les lois et les faits en équilibrant l’abstraction formelle par la force intégrative de l’inspiration créatrice. 

Une pensée énigmatique - refusant de se donner au premier venu - qui perd le profane afin qu’il puisse se retrouver dans cette ascèse qu'est l'exercice continu de l'attention. 

Une pensée inclusive qui transcende les illusions mentales d'un dualisme logique et ontologique en dépassant les contradictions par leur intégration synthétique à un niveau supérieur de la spirale évolutive. 

Une pensée hermétique - fille d'Hermès, messager des Dieux - qui ne propose aucune réponse simple mais ouvre, à travers la polysémie de l'image et du symbole, sur de nouvelles perspectives et interrogations qui développent notre complexité. 

Une pensée créatrice qui considère le formalisme logique non comme une fin mais comme un moyen au service d’une intuition vivante participant à la dynamique intégrative de la vie/esprit.

Une pensée rétive aux diktats de toute explication réductionniste qui affaisserait la verticalité de votre élan. 


Pour accéder à cette pensée, il vous faut incarner un nouveau désir, celui de l’évolution. 

Un désir qui puise son énergie dans la nuit du temps pour affirmer, dans la continuité d’une mémoire collective, la singularité d’une intention s'incarnant dans une destinée.

Un désir enfantin, en immersion dans la grande marée de l'innocence et se laissant porter par elle dans le courant profond des métaphores.

Un désir enraciné dans le flux du vivant pour célébrer le rythme harmonique du Kosmos d’où naît et grandit toute mesure.

Un désir qui intensifie cette force vitale et créatrice grâce aux limites éthiques et aux formes esthétiques qui la canalisent.

Un désir qui incarne la puissance transformatrice et subversive d'une évolution qui est toujours et à la fois belle comme l'innocence d'une révélation et rebelle comme l'insolence d'une révolution. Le grand Oui à la vie et à ses métamorphoses suppose un grand Non à tout ce qui la nie et la détruit.

Au lieu de transformer cet élan insurrectionnel qui vous anime en une violence destructrice, transmuez-le en force d’affirmation pour vous libérer de la tutelle des professeurs de sommeil. C'est ainsi que vous suivrez les chemins dangereux et sinueux de l’éveil, au bord du vide qui côtoie les sommets, là où la présence d’esprit unit Terre et Ciel au-delà du mental les séparant de manière artificielle. Vivre à la hauteur de vos aspirations, c’est voir le monde avec les trois yeux de la connaissance : l’œil de chair, l’œil de raison et l’œil de contemplation.

L'esprit du temps s'incarne dans des voix qui sauront l'interpréter à travers de nouveaux langages, supports d'une pensée et d'un imaginaire, d'un désir et d'une conscience, tous connectés à la dynamique créatrice de la vie/esprit. La seule chose que vous ayez à faire est de cultiver cet "Esprit de Vacance" qui rend totalement disponible à la résonance intérieure pour devenir un de ces interprètes. Et comme l'ombre suit la lumière, le mode formel suivra l'impulsion de l'Esprit, telle une conséquence... » 

Le Noctambule arrêta un moment de parler, regarda le cercle des personnes qui l’entourait et continua plus doucement en souriant : « Mais je n’ai rien dit et vous n’avez rien entendu. Pris dans le tourbillon de vos obsessions, vous percevez toute présence irradiant la nuit pour un fantôme. N’ayez crainte, ce fantôme c’est vous-même, hanté par l’infini des sources et cherchant, debout dans la nuit, la formule secrète qui métamorphosera cette hantise en enchantement. » 

Le Noctambule se tut et donna délicatement le micro au prochain intervenant. Un silence vibrant tissait dans le cercle des personnes assises le réseau subtil d’une communion étonnée. Ils n’avaient pas tout compris, loin de là, mais la plupart avaient vécu un moment magique, une ouverture surprenante sur une autre dimension où leur quête prenait un nouveau sens. On ne savait pas qui il était et d’où lui venait ses paroles inspirées. Tant mieux d’ailleurs. Le mystère avait parlé et il avait la voix de cet homme inconnu dont la silhouette énigmatique s’enfonçait progressivement dans le velours silencieux de la nuit. 

Ressources 


vendredi 17 juillet 2015

L'Insurrection Poétique


La poésie peut encore sauver le monde en transformant la conscience. Lawrence Ferlinghetti 

La Beat Generation

Dans un précédent billet nous évoquions la puissance d'une Insurrection Spirituelle qui refuse de se soumettre à l'emprise totale et conjointe de l'intérêt et de l'identité conduisant à la double impasse des fondamentalismes marchands et religieux. Il y a insurrection spirituelle dès lors que l'ouverture aux profondeurs de l'esprit permet le jaillissement, la canalisation et la transmutation des forces de la vie et de la psyché jusque-là verrouillées par l'abstraction du mental au service de la toute puissance de l'ego. Parce qu'elle relève d'une inspiration créatrice, la poésie participe de ce mouvement insurrectionnel qui ouvre au chant mystérieux de l'être une voix créatrice dans un monde totalement désenchanté.

Pour Jean-Pierre Siméon, animateur du Printemps des Poètes, la poésie « manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir, le vœu d'une vie intense et insoumise. Elle est insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est "le sentiment du oui". Elle invite à prendre feu ». C’est à partir de cette vision que le Printemps des Poètes s'est déroulé cette année du 7 au 22 Mars avec pour thème L’insurrection Poétique. 

Âgé de 95 ans, poète et éditeur, grande figure de la contre-culture américaine et de la beat-generation, Lawrence Ferlinghetthi est un de ceux qui incarne le mieux aujourd'hui cette insurrection poétique. Depuis soixante ans, sa célèbre librairie et maison d’édition City Ligtht Bookstore à San Francisco sert de lieux de rencontres à des écrivains, artistes et intellectuels comme Bob Dylan, Jack Kerouak, Alan Ginsberg, William Burrough, plus tard Charles Bukowsky ou Paul Bowles. 

Dans ce petit livre rouge de la poésie intitulé Poésie, art de l'insurrection, paru en France il y a trois ans, Lawrence Ferlinghetti lance un appel aux jeunes poètes dans un monde à l’aube d’un grand renouveau. C’est ainsi qu’il insuffle joie et esprit de combat avec un maître-mot : Insurrection comme synonyme d’art poétique et d’art de vivre ! Cette insurrection est surgissement intérieur d’une énergie vitale et créatrice qui développe cet état de conscience particulier nommé "l'état lyrique" par Roger-Gilbert Lecomte.

Parce qu'il saisit, au-delà des apparences, l'unité organique qui lie la subjectivité à son milieu, cet état lyrique provoque l'inspiration visionnaire qui fonde toute poésie. En transformant notre conscience, ce souffle de vie peut changer le monde... en le libérant de l'emprise technocratique de l'abstraction. Issus de ce recueil, nous vous proposons ci-dessous quelques-uns des aphorismes de Ferlinghetti sur la poésie ainsi que deux poèmes traduits de l’anglais (USA) par Marianne Costa. 

La Poésie, Art de l’Insurrection. Lawrence Ferlinghetti 

Lawrence Ferlinghetti devant la célèbre City Lights Bookstore

Le poète est un barbare subversif aux portes de la ville,
qui lance un défi non violent au statu quo toxique.

La voix du poète est l’autre voix endormie dans chaque être humain.

La poésie est une plante qui pousse la nuit pour donner un nom au désir.

La poésie comme l’amour a la vie dure parmi les ruines.

Un poème est toujours un coup frappé à la porte de l’inconnu.

Comme un champ de tournesols, un poème n’a pas à s’expliquer.

Si un poème doit être expliqué, c’est que la communication est coupée.

La poésie ne vaut rien et par conséquent elle n’a pas de prix.

La poésie détruit la mauvaise haleine des machines.

La poésie est l’hôte inconnu dans la maison.

Une vie vécue avec la poésie à l’esprit est un art en soi.



La poésie est un bateau en papier sur le déluge de la désolation spirituelle

Plus le temps pour l’artiste de se cacher au-dessus, au-delà ou derrière le décor, indifférent, à se ronger les ongles à se raffiner jusqu’à ne plus exister. Plus le temps pour nos petits jeux littéraires, plus le temps pour nos paranoïas et nos hypocondries, plus le temps pour la peur et la haine, juste le temps pour la lumière et l’amour. Nous avons vu les meilleurs esprits de notre génération détruits par l’ennui lors des lectures poétiques. La poésie n’est pas une société secrète,  ce n’est pas non plus un temple. Les mots de passe et les psalmodies ne marchent plus. L’époque du Om est révolue, c’est l’heure des lamentations funèbres c’est l’heure de se lamenter et de se réjouir sur la fin proche de la civilisation industrielle mauvaise pour la terre et l’Homme. C’est l’heure de se tourner vers l’extérieur Assis en lotus les yeux grands ouverts, C’est l’heure d’ouvrir la bouche avec un discours ouvert et neuf, c’est l’heure de communiquer avec tous les êtres sentants Vous tous, poètes des villes pendus dans les musées, y compris moi-même, Vous tous, poètes qui écrivez de la poésie sur la poésie, Poètes de la langue morte et déconstructionnistes, Vous tous, poètes pour ateliers de poésie dans le cœur broussailleux de l’Amérique Vous tous les Ezra Pound de salon Vous les poètes déjantés, défoncés, déchiquetés, recollés. Vous les poètes concrets en béton précontraint Vous les poètes cunilinguistes Vous les poètes des latrines publiques qui grognent des graffitis, Vous tous les maîtres du haïku de scierie dans les Sibéries d’Amérique, Vous les irréalistes sans yeux, Vous les supersurréalistes autooccultes, Vous tous, visionnaires de chambre à coucher et agit-propagandistes de placard, Vous les poètes Groucho Marxistes (..) Vous les cheftaines de la poésie, Vous les moines zen de la poésie, Vous tous les amants suicidaires de la poésie, vous les professeurs hirsutes de poésie, Vous tous les critiques littéraires qui boivent le sang des poètes, Vous la Police Poétique…
Où sont les sauvages enfants de Whitman, où, les grandes voix qui s’élèvent avec douceur et sublimité,
 où sont les grandes visions neuves,  les vastes regards sur le monde, 
les hauts chants prophétiques de la terre immense et tout ce qu’elle chante en elle…
Poètes, descendez dans les rues du monde une fois de plus
Ouvrez votre esprit et vos yeux à l’ancien délice visuel, Raclez-vous la gorge et parlez,
La poésie est morte, vive la poésie, avec ses yeux terribles et sa force de bison. 



 Je te fais signe à travers les flammes 

Je te fais signe à travers les flammes. 

Le Pôle Nord a changé de place. 

La Destinée manifeste n’est plus manifeste.

La civilisation s’auto-détruit. 

Némésis frappe à la porte. 

À quoi bon des poètes dans une pareille époque ? 
À quoi sert la poésie ? 

L’imprimerie a rendu la poésie silencieuse, elle y a perdu son chant. Fais-la chanter de nouveau ! 

Si tu te veux poète, crée des œuvres capables de relever les défis d’une apocalypse, 
et s’il le faut, prends des accents apocalyptiques. 

Tu es Whitman, tu es Poe, tu es Mark Twain, tu es Emily Dickinson et Edna St Vincent Millais, 
tu es Neruda et Maïakovski et Pasolini, Américain(e) ou non,
 tu peux conquérir les conquérants avec des mots. 

Si tu veux être poète, écris des journaux vivants.
Sois reporter dans l’espace, envoie tes dépêches au suprême rédacteur en chef qui veut la vérité, rien que la vérité, et pas de blabla. 

Si tu veux être un grand poète, expérimente toutes sortes de poétiques, grammaires érotiques barbares, religions extatiques, épanchements païens glossolaliques, et l’emphase des discours publics, les gribouillis automatiques, les perceptions surréalistes, les flots de conscience, sons trouvés, cris et récriminations — et crée ta voix limbique, ta voix sous-jacente, ta voix, la tienne. 

Si tu te dis poète, ne reste pas bêtement sur ta chaise. La poésie n’est ni une activité sédentaire, ni un fauteuil à prendre.
Lève-toi et montre-leur ce que tu sais faire. 

Cultive une vision ample, que chacun de tes regards embrasse le monde

Exprime la vaste clarté du monde extérieur, le soleil qui nous voit tous, la lune qui nous jonche de ses ombres, les étangs calmes dans les jardins, les saules où chantent des grives cachées, le crépuscule tombant au fil de l’eau et les grands espaces qui s’ouvrent sur la mer… 
marée haute et le cri du héron… 

Et les gens, les gens, oui, tout autour du monde, qui parlent les langues de Babel. 
Donne-leur une voix à tous. 

Tu devras décider si les cris des oiseaux sont d’extase ou de désespoir.  
Alors tu sauras si tu es poète tragique ou poète lyrique. 

Si tu te veux poète, découvre une nouvelle manière pour les mortels d’habiter sur Terre. 

Si tu te veux poète, invente un nouveau langage que chacun puisse comprendre. 

Si tu te veux poète, prononce des vérités nouvelles que le monde ne pourra pas nier. 

Si tu veux être un grand poète, efforce-toi de transcrire la conscience de la race. 

Par l’art, crée l’ordre à partir du chaos vital. 

Rends les nouvelles neuves. 

Écris au-delà du temps. 

Réinvente l’idée de la vérité. 

Réinvente l’idée de la beauté. 

Aux premières lueurs, ose l’emphase poétique. La nuit, l’emphase tragique. 

Écoute le chuintement des feuilles et le clapotis de la pluie. 

Pose l’oreille sur le sol et entends la Terre tourner, la mer déferler, les animaux mourants se lamenter. 

Conçois l’amour par-delà le sexe. 

Mets tout et tout le monde en question, même Socrate, qui questionnait tout. 

Questionne « Dieu » et ses acolytes sur Terre. 

Sois subversif, remets sans cesse en cause réalité et statu quo. 

Efforce-toi de changer de monde, et qu’il n’y ait plus besoin d’être un dissident. 

Ressources 

Lawrence Ferlinghetti, Poésie, Art de l’Insurrection, maelstrÖm reEvolution, Bruxelles, 2012

Le Printemps des Poètes L’Insurrection Poétique 

Poésie, Art de l’Insurrection. Billet d'Alain Gourhant. Blog Intégratif

Je te fais signe à travers les flammes Revue Terre de femmes

Poésie, Art de l’Insurrection. Note de lecture de Jean-Pascal Dubost. Poézibao

Deux billets sur Poésie, Art de l'Insurrection. Le Tréponème Bleu Pâle

Les écrivains de la Beat Generation.  Clara Gordon. Editions d'écarts

"L'état lyrique" vu par Roger-Gilbert Lecomte dans Le Journal Intégral

vendredi 27 février 2015

Emergence


Ne succombez jamais au désespoir : il ne tient pas ses promesses. Stanislaw Jerzi Lec


Ils ne se rendent pas compte que leur monde touche à sa fin

Que la fin du monde dont ils ont peur n’est rien d’autre que la fin d’un monde dont ils sont les gardiens

Le vieux monde s’écroule sous eux en libérant l'énergie et l’enthousiasme de ceux qu’il réduisait à être moins que rien

Le vieux monde s’écroule et avec lui une certaine idée de l’homme, si identifié à lui-même qu’il est asservi aux fantasmes de sa toute puissance infantile

Le vieux monde s’écroule : quelle bonne nouvelle pour tous ceux qui attendaient ce moment afin d’assister à la naissance d’un autre monde en gestation depuis si longtemps dans le cœur des créateurs

Un nouveau monde aux couleurs extravagantes de l’intensité

Un monde qui ose l’innocence du premier pas parce qu’il s’est émancipé de la peur 

Un monde qui rit de n’être pas compris

Un monde qui regarde en farce la bêtise toujours cachée sous le masque officiel de l’institution 

Un monde qui se métamorphose au rythme cosmique de l’évolution 

Un monde irradié de présence qui parle le langage universel de la vibration

Un monde de caresses qui transfigurent la chair en émotion, l’émotion en extase et l'extase en éternité

Un monde de relations participant au rythme d’une connexion universelle 

Un monde de surprise qui n’a pas de fin puisqu’il n’a jamais commencé 

Un monde imprégné d’infini dans le moindre de ses atomes 

Un monde de simplicité qui accueille l’Un dans un souffle premier 

Un monde qui tient parole au plus prêt du silence qui l'a inspiré

Un monde de sagesse immédiate utilisant la raison comme un instrument dédié à l’espace-temps

Un monde de précision qui intègre et dépasse tous les niveaux de conscience dans un même élan unifié 

Un monde de lâcher prise qui accueille l’inspiration comme une amie inédite

Un monde ouvert au mystère comme la forme s'offre à la force qui la transfigure

Un monde de liens où le Même découvre dans l’Autre la source de sa cohérence


La fin d’un monde n’est rien d’autre qu’une seconde dans l’éternité 

Un secret pour celui qui sait se hisser à la hauteur de son intensité

Un vieux monde s’écroule et avec lui l’emprise des âmes sous la pesanteur de la résignation

Un monde neuf apparaît qui ose l’inédit et l’invention

Un vieux monde s’écroule dans le fracas violent de l’inconscience

Un nouveau monde le remplace qui exulte de vie dans la chair exaltée

Un vieux monde s’écroule, entraînant dans sa chute ceux qui dominaient les autres pour ne pas avoir à se maîtriser eux-mêmes

Dans la splendeur des aurores, un monde se dévoile, vibrant de ferveur dans l’harmonie subtile des sources

Il était entendu par les oreilles les plus fines

Il était attendu par les esprits les plus aiguisés

Les prophètes l’avaient annoncé mais on se moquait de leurs visions comme les aveugles rient de la flamme qui va les brûler

Le cœur des hommes était prêt à entendre un nouveau chant et à l’interpréter de vive voix


Rien ne sera plus comme avant

C’est ce que disent les sages à ceux qui les écoutent, les yeux grands ouverts sur la lucidité

Rien ne sera plus comme avant

L’homme récapitulera son histoire d’un souffle synthétique

De nouvelles formes-pensées feront basculer dans l’oubli celles qui n’étaient plus adaptées à l’esprit du temps

Car le temps était venu d’oser, c’est à dire d’être là, présent, dans l’instant même d’une vérité qui embrasse le monde de sa totalité

Le temps était venu de transformer en énergie créatrice la puissance d’une révolte portée par le grand cri de la vie

Le temps était venu de refuser les faux semblants pour se risquer à être soi-même c’est-à-dire infini

Le temps était venu d’affirmer le cosmos de son identité, la tête dans le chant stellaire de l'intention créatrice et les pieds enracinés dans la puissance vitale de sa manifestation

Le temps poétique était venu.  Celui d’une science de l’analogie qui tissait l’âme du monde au fil des visions inspirées

Le temps du souffle était venu après des siècles d’asphyxie logique et de bêtise savante

Le flux temporel de la Généalogie se formalisait dans l’espace architectonique de la Géométrie 

L’intention s'incarnait dans une intuition en provoquant le miracle étonnant d’une destinée

Le temps du rêve était venu. Celui qui bouscule la réalité de son trop plein de sève

Le temps de l’être était venu. Celui qui fait des prophètes les témoins et les gardiens de ce qui ne peut être dit

Le temps du Mystère était venu avec son langage des signes compris des seuls visionnaires

Les anciens cerveaux ne pouvaient se connecter à l’Onde Majeure

Ils erraient, hagard, poursuivant l’illusion pour ne plus avoir à souffrir du manque qui les hantaient

L’heure était venue. Celle de l’exactitude qui se rit des apparences pour apparaître à ceux qui sont prêts

Le manteau du silence recouvrait sa plénitude

Et le peuple qui la suivait n’avait plus peur puisqu’il savait que la peur est l’autre nom de l’ignorance

Ressources

Une armée de prophètes

Si tu rencontres Rimbaud, tues-le ! 

Ce Jour-là



mardi 17 juin 2014

Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !


Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes. Arthur Rimbaud


Tuer le Bouddha

Une des plus étranges injonctions du bouddhisme zen est : « Si tu rencontres le Bouddha, tue le ! ». Pourquoi donc cette exhortation des héritiers d’une sagesse millénaire à tuer le Bouddha, son fondateur ? Les freudiens y verraient l’expression orientale de cette scène primitive qu’est le meurtre du père. Une fois de plus, leur réduction de la métaphysique à la psychologie, de la psychologie à l’inconscient et de l’inconscient à la mémoire phylogénétique d’une scène primitive, les conduiraient à une impasse. 

Une formulation plus explicite de cette maxime nous permet de mieux en saisir la signification : « Si tu rencontres le Bouddha vivant, alors tue le, car le Bouddha ne se trouve qu’à l’intérieur de toi-même ». Pour le bouddhisme zen comme pour toute forme authentique de spiritualité, l’expérience intérieure est centrale. "Tuer le Bouddha" c’est traverser le monde abstrait des représentations, croyances et préjugés pour se ressourcer à la perception de l’instant présent. 

Quand elle ne procède pas, comme l'icône, d'une intention épiphanique, la représentation du sacré est le plus souvent une profanation qui nous éloigne du foyer intense et lumineux de l’expérience intérieure. "Tuer le Bouddha" c’est se libérer de la lettre mortifère pour retrouver le jaillissement créateur de l’esprit. C’est découvrir la puissance créatrice de la présence d’esprit en déconstruisant la représentation qui l’occultait. C’est reconnaître que la séparation est une illusion en reconnectant la conscience à sa nature véritable qui n’est pas mentale mais non-duelle.

Je est un Autre

Aujourd’hui dans la France contemporaine, ce n’est pas Bouddha qu’il faut tuer mais Arthur Rimbaud dont la culture officielle a fait un éveillé moderne. Car si on vénère Rimbaud le Voyant, figure embaumée dans les cimetières nécrophiles de la scolarité, c’est pour mieux ignorer tous ceux qui vivent aujourd’hui de leur vision comme la lumière vit de sa flamme. 

L’inspiration crée d’abord des marginaux car c’est dans les marges qu’une civilisation inqualifiable doit être corrigée. Ces marginaux centraux montrent la voix qui résonne en écho sur le fil du temps.

" Arthur Rimbaud jaillit en 1871 d'un monde à l'agonie qui ignore son agonie et se mystifie, car il s'obstine à parer son crépuscule des teintes de l'aube de l'âge d'or. Le progrès matériel déjà agit comme brouillard et comme auxiliaire du monstrueux bélier qui va, quarante ans plus tard, entreprendre la destruction des tours orgueilleuses de la civilisation d'occident.  " René Char

Si on se prosterne autant devant le tombeau de Rimbaud, c’est pour mieux tuer en soi l’Irréductible dont le fantôme hante ceux qui en sont réduits à n’être qu’eux-mêmes. Vite une statue afin de mieux faire taire une voix aussi salutaire !... C’est ce que pensent secrètement ceux qui honorent l’insurrection des consciences pour mieux l’étouffer. 

« Je est un Autre » disait-il. « Cet Autre c’est nous-même » lui répondent-il en s’appropriant le mystère pour mieux conjurer l’ennui d’une vie disqualifiée. Ils ne peuvent supporter le rire éclatant du Poète qui fait apparaître leur vie de cadavre et de caveau pour ce qu’elle est : l’errance hallucinée d’une conscience, abstraite du jeu créateur de l’esprit. Derrière leur autonomie illusoire : le fantasme d’une toute puissance infantile.

La Poésie n’est affaire ni de chaisières culturelles, ni de fonctionnaires déguisés en universitaires, ni de commerçants travestis en éditeurs. C’est l’affaire d’une rencontre fondamentale entre un homme et son âme. Une manière vivante et vécue de participer à l’expérience spirituelle qui fonde toute vérité humaine. Une façon de ne se référer à rien d’autre qu’à l’intuition profonde liant organiquement l’être humain à son milieu d’évolution, ce milieu à tout l’univers et l’univers visible à l’Unité indivisible qui le fonde.

Un conformisme abject

Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !... C’est le cri sans frontière de tous ceux qui, engagés dans la voix de leur vérité intime, ne peuvent supporter cette forme de servitude volontaire qui consiste à se plier devant l’illusion.

Tue-le car ils en ont fait l’idole d’une transgression aussi conformiste que confortable, le symbole de la subversion subventionné, une figure académique de la marginalité. Et ce, alors même que la révolte existentielle du poète s’érigeait contre ceux-là mêmes qui aujourd’hui le sanctifient : les gens de pouvoir, les installés, les positivistes, les assis, les médiocres, les endormis, les établis… tous ceux qui sont plus à l’écoute de leurs ambitions et de leurs intérêts que des Voix et des Visions intérieures susceptibles de les transcender. 

Effrayés par tout rayonnement spirituel, ces vampires sucent le sens des créateurs en réduisant leur puissance visionnaire et subversive à un conformisme abject. Une conspiration des asphyxiés contre toute forme de souffle créateur.

Ils donnent envie de vomir pour régurgiter le poison qui leur sert de bonne conscience. Mais ce monde manque de foie. Il ne saurait produire les torrents de bile nécessaires pour noyer cette engeance de mort-vivants qui ont condamné la postérité du poète à n’être plus que l’ombre du chant solaire qui l’inspirait. 

Antonin Artaud
Le rôle des professeurs n'a-t'il pas été de tout temps d'étouffer sous le poids de leur abstraction le cri vital et organique des prophètes ? N'est-ce pas Antonin Artaud ? : "Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où plus rien n'adhère à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n'est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses; et jamais on aura vu tant de crimes dont la bizarrerie gratuite ne s'explique que par notre impuissance à posséder la vie."

Cette impuissance à posséder la vie noie toutes traces de transcendance sous les eaux glacées du calcul égoïste. N'est-ce pas Jacques Ellul ? : « Si le christianisme est admis et honoré dans le monde, c’est qu’il n’est plus le christianisme. » Ils ont tué le Christ une seconde fois sous le poids d’une institution au service du pouvoir et d’un dogme au service de l’institution. Comme le Christ chassait les marchands du temple, le Poète chasse les idoles pour révérer les icônes. Les idoles enferment l’infini de l’esprit dans la prison des formes alors que l’icône épiphanise la forme pour dévoiler la force spirituelle où elle s’origine.

Devenir Voyant


Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !... Le Voyant est devenu l’image publicitaire d’une condition inhumaine et brûler cette image, c’est rendre sa liberté posthume à une puissance visionnaire qui ne peut se vendre ni s’acheter. C'est suivre de manière radicale la fameuse injonction des Surréalistes : " Vous qui ne voyez pas, pensez à ceux qui voient ".

Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !... Et fuis loin de tous ceux qui trahissent la vie de l’esprit pour la lettre morte alors même que la Poésie doit incarner, au cœur de nos existences, l'intense mémoire de notre immensité. En cheminant sur les voies aventureuses de l’inouï et celles, inventives, de l’inédit, l’intuition guide cette vie intégrale que le poète incarne dans un souffle inspiré. Si tu as l’occasion de croiser un de ces visionnaires, évite donc de le tuer. Suis-le discrètement, à distance, sans l’importuner avec des questions inutiles. Son pas sera ta réponse.

Comment le reconnaître ? Par sa mauvaise réputation. Comme le dit Gide : " Dans un monde où chacun triche, c'est l'homme vrai qui fait figure de charlatan". Et René Char d'enfoncer le clou : "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience." Les asphyxiés confondent les charlatans dans lesquels ils reconnaissent leur propre vice et les enchanteurs qui suivent les chemins inexplorés de l’évidence, là où se rassemblent ceux qui ressemblent à l’élan infini qui les anime. Dans le monde inversé où nous vivons, celui qui gagne perd l'essentiel alors que celui qui perd gagne : exerçant sa force à résister, il transforme son intention créatrice en intensité existentielle.

Être voyant c’est regarder le monde avec les yeux de l’innocence et de l’insolence qui sont ceux de l’esprit créateur. Parce qu’il participe à la dynamique créatrice de la vie-esprit, le créateur subvertit les conformismes pour inventer de nouvelles formes à travers laquelle se reconnait la conscience collective en évolution.

" Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents... Tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanité. Là où certains ne voit que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent." Jack Kerouak. Sur la route


mardi 20 mai 2014

Table des Matières (14) Les Chemins de l'Ame


A chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir. René Char 


Chaque billet du Journal Intégral est la pièce d’un puzzle qui dessine, entre intuitions créatrices et réflexions critiques, la vision intégrale d’un homme réunifié dans un Kosmos réenchanté. Les résumés des articles présentés dans cette Table des Matières permettront aux lecteurs de reconstituer ce puzzle en allant se référer à telle ou telle pièce afin de mieux comprendre et intégrer les autres. 

Table des Matières 2010  1 - Demandez le programme !... 2 - Une philosophie du Tout. 3 - La Petite Princesse. 4 - Evolutions. 5 - Evolutions (fin). 6 - Post-Matérialisme. 7 - Penser la nouvelle civilisation 



Table des Matières (14) du 14/10/11 au 03/12/11
Les Chemins de l’Âme


Leur crime : un enragé vouloir de nous apprendre à mépriser les dieux que nous avons en nous. 

Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. 

Mais qui rétablira autour de nous cette immensité, cette densité réellement faites pour nous, et qui, de toutes parts, non divinement, nous baignaient ? 

Le réel quelques fois désaltère l'espérance. C'est pourquoi contre toute attente, l'espérance survit. 


La vision intégrale n’est pas une connaissance morte, réductible à des modèles abstraits, mais une expérience vécue qui prend sa source dans une intime connexion entre l’esprit supérieur et l’énergie interne. Vivre cette connexion c’est affiner sa sensibilité et son désir en canalisant son énergie pour la transmuer à travers des niveaux d’intensité et de subtilité de plus en plus fins. 

A travers sa formation au tantra intégral, Jacques Ferber ouvre à la fois les portes de la perception et de la conception sur ce nouveau stade évolutif qui est celui d’une vision intégrale. Cette formation est une occasion, encore très rare en France, de faire le lien entre une démarche intérieure – à la fois corporelle, énergétique, méditative, créatrice et psycho-spirituelle – et des références théoriques puisées aux meilleures sources de la théorie intégrale 


Tu es pressé d'écrire, 
Comme si tu étais en retard sur la vie. 
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources. 
Hâte-toi. 
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance. 


Poète, essayiste, éditeur, producteur à France culture, Michel Camus (1929-2003) était aussi, et surtout, un homme de l’être faisant partie « des chercheurs de vérité aux yeux de qui la poésie initiatique orientée vers la connaissance unitive tend à relier l'essence de l'homme à l'essence de l'univers ». 

En retrouvant ses origines initiatiques, la poésie apparaît essentiellement comme une forme singulière de gnose qui révèle le lien secret et analogique unissant l’homme et le monde. La singularité de cette connaissance unitive est à l'origine de ce que Michel Camus nomme la Transpoésie : « On pourrait appeler transpoétique la voie transfiguratrice du poète sourcier orientée vers l'autoconnaissance et l'unité de la connaissance. Visée qui traverse et dépasse la poésie. » 

 Dans ce texte, Michel Camus développe sa vision transculturelle de la poésie : « Le paradigme de la poésie transculturelle, c'est avant tout la nécessité de l'éveil de l'homme à ce qui le fonde, à ce qui le traverse et à ce qui le dépasse... Etre transculturel, c'est, pour l'essentiel, ne pas se laisser aliéner par des formes et des croyances, par des systèmes de pensée et des enseignements formels. » 



Au formalisme qui règne en maître dans les lettres françaises, Michel Camus oppose la tradition d’une poésie initiatique - celle des origines - fondée sur une expérience métaphysique qui dépasse les perceptions et les états de conscience ordinaires. L’expérience spirituelle du poète sourcier est à l’origine d’une intuition créatrice qui révèle l'union symbolique entre le sens et le signe qui l'exprime.

Michel Camus en appelle à un retour aux sources sacrées de la poésie comme mode de connaissance « initiatique » fondée sur l’intuition visionnaire. A travers celle-ci se révèle la relation organique et cosmique entre le sujet et le monde objectif dans lequel il se pro-jette pour évoluer. Cette connaissance initiatique participe d’une démarche transdisciplinaire dont Michel Camus fût un des principaux artisans. Démarche qui le conduit à déclarer, contre le matérialisme ambiant : « la poésie de l’avenir sera métaphysique ou ne sera pas ». 


Global et dynamique, l’esprit intégratif considère la psyché comme un élément d’une totalité humaine et celle-ci comme partie intégrante d’un Kosmos pluridimensionnel en évolution. Au cœur du paradigme intégratif, le processus de développement à travers lequel la subjectivité intègre progressivement les éléments du milieu – social, culturel et naturel – où elle évolue en actualisant ainsi sa puissance créatrice. L’être humain est un être de relation et la psyché est au cœur de ces relations. Le développement psychique naît d’un accroissement de la complexité de ses relations et de l’élaboration de cette complexité dans des niveaux qualitatifs liés à des stades évolutifs de plus en plus intégrés. 

Alain Gourhant décrit ainsi sa pratique : « La psychothérapie intégrative s'appuie sur une vision de l'être humain, globale, holistique et multidimensionnelle. Elle tente de structurer et de rendre cohérent l'utilisation des différentes techniques selon cette vision... Dans sa pratique, la psychothérapie intégrative met en place des stratégies thérapeutiques empruntées aux différents courants et techniques de la psychothérapie ainsi que des pratiques liées au courant du développement personnel et du transpersonnel. Ces stratégies sont personnalisées et adaptées à chacun. Les effets de ces techniques utilisées conjointement sont démultipliés, ce qui place la psychothérapie intégrative parmi les thérapies brèves... » 


Nous présentons dans ce billet certains éléments du contexte culturel et épistémologique permettant une nouvelle approche de la psyché qui se traduit notamment par l’émergence de la psychothérapie intégrative. Alors que le rôle de l’intellect est de distinguer et de séparer, la psyché est un agent de liaison entre l’être humain et les divers milieux où il évolue. Au cœur de cette dimension relationnelle propre à la psyché : son caractère dynamique et associatif, adaptatif et évolutif. 

Parce qu’il s’avérait incapable de connaître toute la profondeur, la dynamique et la complexité de la psyché, l’ancien paradigme en imposait une vision à la fois réductrice et caricaturale, castrée de son enracinement archaïque et ancestral, de son implication collective, à la fois sociale et culturelle, comme de sa connexion intuitive aux états supérieurs de conscience. 

Le mouvement créateur de la vie invente toujours des formes nouvelles adaptées à la dynamique de son évolution alors que les anciennes formes se désintègrent progressivement parce qu’ayant fait leur temps, elles ne sont plus du tout adaptées à celui qui vient. Selon Alain Gourhant : « La psychothérapie intégrative appartient au mouvement de la vie qui aime se déployer en une créativité absolue et insolente... Les quatre cent techniques de psychothérapies différentes, annoncées par les médias, font partie de ce mouvement de créativité ininterrompue, de cette psychothérapie intégrative qui combine à l'infini les différentes techniques provenant des courants les plus importants de la psychothérapie. » 



Les pionniers d’une « culture intégrale » ont souvent un point commun : ils associent rigueur intellectuelle et sensibilité inspirée, deux dimensions qui peuvent apparaître contradictoires mais qui sont en fait complémentaires quand elles participent d’une même intelligence intuitive. 

Pour Alain Gourhant, la création apparaît comme une manifestation essentielle de l’esprit intégratif : « Deux éléments ou parties habituellement séparés, se rapprochent, se mêlent, rentrent en fusion pour créer une nouvelle réalité qui transcende et inclut les éléments précédents. En ce sens toute intégration réussie est une création, cela dans n'importe quel domaine : la science, l'art, mais aussi bien sûr la psychothérapie intégrative. L'essence de l'intégration, c'est la création.» 

 C’est ainsi qu’à travers une synthèse créatrice, le mouvement évolutif de la vie/esprit fait émerger de nouvelles formes d’organisation toujours plus complexes et intégrés. L’émotion esthétique est un moyen de participer, de l’intérieur, à ce mouvement créateur de la vie/esprit. L’art est donc le terrain privilégié où l’esprit intégratif prend la forme de l’inspiration créatrice. 


Un homme est riche de tout ce dont il peut se passer. H-D. Thoreau 

Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer. Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. Jean-François Brient 

Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. Jean Monnet 

Nous sommes enfermés dans une cage de fer : encouragés à dépenser de l'argent que nous n'avons pas, pour acheter des choses dont nous n'avons pas besoin, pour créer des impressions qui ne dureront pas, sur des gens qui ne nous importent pas. Tim Jackson 


Ce billet est la suite de la série intitulée La Petite Princesse (1à 7) dans laquelle une rencontre entre le narrateur et Delphine est prétexte au portrait d’une génération perdue qui se retrouve dans une quête d’infini. 

Mets-toi à l'écoute de tous ces messages secrets qui te sont adressés par l’Esprit sous les multiples formes de l’enthousiasme et de l’émerveillement. Redeviens cette muse inspirée qui vibre au vent de l'immensité poétique en éloignant de toi les pièges illusoires de la gravité. Combats avec détermination, avec sérénité, tout ce qui n'affirme pas cette dignité qui est l’écho, en toi, de cette immensité. 

Remets le monde formel à la place infime qui est la sienne dans la chaîne multidimensionnelle des univers visibles et invisibles. N'abandonne jamais le sens de cet infini qui t'anime. Le quotidien, cette maille serrée d'habitudes coincées dans la trame du temps, n'est qu'un certain regard du passé posé sur la vie. Et ce que ces fous appellent folie n'est rien d'autre que la trace exaltée de ton génie. 

Tout ce qui n'est pas accordé à la spontanéité créatrice de l'instant devient vite répétitif, lassant, limité, insatisfaisant pour ces graines d'infini qui germent dans nos regards. Les hommes sont malades de ne pas se ressourcer à cette intensité créatrice qui les guident, les animent et les transcendent. C'est toi et toi seule qui doit retrouver la trace secrète de ton être dans l'inextricable jungle de ce que tu n'es pas, en suivant la voix d’une inspiration qui indique la voie.