vendredi 3 avril 2015

Charlie et la Spirale (2)


Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul Valéry 


Suite aux attentats islamistes contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, toutes les sciences humaines furent convoquées pour exorciser l’inhumain en le réduisant à des explications. C’est ainsi qu’une armée d’intelligences et d’experts s’est levée pour interpréter l’évènement sous tous les angles : géo-politique, religieux, culturel, historique, philosophique, ethnologique, anthropologique, économique, psychologique, psychiatrique, spirituel, sociologique, etc. Il s’agissait de circonscrire l’évènement dans une grille d’interprétation, comme l’animal sauvage dans un zoo, en cherchant à neutraliser sa complexité comme sa part de mystère irréductible. 

Hélas, trop d’intelligences tuent l’Intelligence. Plus la diversité des réflexions s’engagent dans leurs champs d’explications spécifiques et plus elles s’éloignent d’une vision globale et synthétique susceptible de nous éclairer dans les temps à venir. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est de percevoir la cohérence d’une totalité significative, à la fois complexe et évolutive, par-delà la diversité des points de vue, leur hétérogénéité et leurs contradictions. Une cohérence dont nous éloigne la déconstruction analytique, chaque élément considéré isolément perdant une signification profonde qu’elle ne trouve que dans sa relation aux autres éléments. 

C’est dans cette perspective de synthèse que nous proposons aujourd’hui la seconde partie de l’article de Jacques Ferber intitulée Charlie et la Spirale. Après avoir fait un résumé de notre propre réflexion dans notre dernier billet, nous avons proposé un premier extrait de « Charlie et la Spirale » où Jacques Ferber évoque les principes d’une approche intégrale dans laquelle s'inscrivent aussi bien le modèle AQAL de Ken Wilber que la Spirale Dynamique de Clare Graves. Dans nos sociétés mondialisées en mouvement continu, la connaissance de la dynamique évolutionnaire permet de mieux comprendre les diverses "visions du monde", les logiques et les représentations auxquels s’identifient les individus, les organisations et les nations. 

Une telle compréhension permet de distinguer les parties saines de ces "visions du monde" de leur dimension pathologique et dégénérée. Elle permet aussi de saisir la nature profonde des conflits qui les opposent et de créer des médiations dans la perspective d’un équilibre harmonieux et évolutif pour l’ensemble de la spirale évolutive. Mieux vaut donc avoir lu le billet précédent où ces deux  modèles sont présentés avant de commencer la lecture de la seconde partie du texte ci-dessous où l'auteur les utilise pour interpréter les évènements de Janvier.

Charlie et la Spirale. Jacques Ferber 

Une analyse des attentats de Charlie Hebdo 
à la lumière de la Spirale Dynamique et de l’approche intégrale. 


… Pour comprendre ce qui se passe avec les attentats du 7 Janvier, il suffit de planter le décor. Apparu à la suite des mouvements de Mai 68, et donc à l’émergence d’une pensée qui se libère de tous les dogmes, Charlie Hebdo aimait se moquer, parfois férocement, de tout ce qui avait été sacré auparavant: la patrie, l’état, les grands hommes, et bien sûr l’Église Catholique et l’ensemble des bien-pensants. C’était un retournement de pensée, une révolution dans l’expression : on pouvait (enfin!) sortir de la pensée convenue et des valeurs traditionnelles, on pouvait démonter toutes les statues de commandeur, toutes les institutions surannées et créer un monde neuf. 

Coluche, Pierre Desproges, Reiser, et bien d’autres dont Cabu et Wolinski justement, se moquaient de tous les préjugés, de toutes les morales. En même temps, des philosophes comme Jacques Derrida déconstruisaient rationnellement, pas à pas, toutes les structures, toutes les normes. On entrait dans l’époque post-moderne sur le plan de la pensée. 

Charlie Hebdo est donc le produit d’un courant Individualiste-Rationnel (Orange) laïc et anticlérical (dans le fil de Voltaire), associé à un Vert (Empathique-Relativiste) encore tout neuf marqué par l’espoir d’une nouvelle société, plus juste, plus harmonieuse, plus égalitaire et respectueuse de chacun. Ces années (fin des années soixante début des années soixante-dix) sont marquées par une grande mutation Bleu/Orange en ce qui concerne les mœurs: la pilule, le féminisme, les progrès du confort domestique, l’augmentation du niveau de vie des trente glorieuses ont eu raison du conservatisme Bleu. 

Très vite, les nouvelles générations s’engouffrent dans cette nouvelle pensée et globalement l’opinion nationale change, les procès contre Charlie Hebdo se terminant de plus en plus par l’annulation des plaintes au motif de la «liberté d’opinion», thème fondamentalement Orange. Le courant rationnel-individualiste avait gagné contre le conservatisme Bleu, ouvrant la porte à l’émergence du courant Vert, lié à l’ouverture à l’autre, à l’empathie, au bien-être. 

Il faudra cependant attendre les années deux-mille pour que ce dernier s’installe réellement dans la société : la progression du développement personnel et du bien-être, symbolisé par le succès des instituts de massage, les droits des minorités, des enfants, des animaux, des handicapés, les lois contre le racisme et la xénophobie, la montée de la pensée écologique, l’acceptation de l’homosexualité jusqu’au mariage pour tous (en novembre 2014 près de 70% des personnes sont favorables à cette loi, totalement impensable dans les années soixante) sont autant de signes de l’importance que le courant Vert (Empathique-Relativiste) a pris dans notre société. Mais cette évolution n’est vraie que pour le monde occidental. 

Les Couleurs de l’Islam 

Dans les pays musulmans, les mentalités n’en sont pas là. Pourquoi? Tout simplement parce que les pays islamiques sont encore à leurs débuts en ce qui concerne la transition Bleu-Orange, et pour nombre d’entre eux elle n’a pas même pas encore démarré. Beaucoup de ces pays, autrefois dominés par le colonialisme des occidentaux, ont dans un premier temps rejeté le modèle occidental, et l’Islam fut une voie pour que ces peuples retrouvent leurs racines. Mais ce faisant, le courant Bleu s’est fortement imposé dans tous ces pays, après des années vécues, notamment dans le cas de systèmes totalitaires comme en Irak ou en Lybie, sous le couvert d’un courant Rouge-Bleu, sous le joug de « despotes » plus ou moins éclairés (Saddam Hussein en Irak, Khadafi en Lybie, Ben Ali en Tunisie, etc.). 

Le problème est un peu semblable en Afghanistan : pays régenté par les courants Violet-Rouge jusqu’à l’arrivée des soviétiques en 1979 qui tentent d’imposer un gouvernement «communiste» (Bleu), il passe aux mains des Talibans en 1996, c’est-à-dire à un système musulman intégriste Rouge-Bleu. Et les américains, en tentant par la force d’éradiquer les Talibans n’ont pas réussi, avec leurs manières Orange (argent, efficacité, mode de pensée fonctionnel à base de projets et d’objectifs), de faire évoluer le pays vers une réelle démocratie, les composantes Rouge (courage, honneur et puissance individuelle) et Bleu (respect des règles et des traditions, hiérarchie des statuts) étant fortement imprimées dans la population.


La répartition des couleurs de la Spirale pour l’Islam et la France. En abscisse les différents stades de développement et en ordonnée l’importance de chaque stade. On peut noter la tension entre les dominantes Bleu-Orange entre le monde occidental, et la France en particulier, et l’Islam. 

Attention l’Islam n’est ni Rouge, ni Bleu ni d’aucune autre couleur! Comme toutes les religions authentiques, il peut s’exprimer sur tous les niveaux de la Spirale. Il existe un Islam Rouge (le Dieu vengeur), Bleu (le respect des règles, l’obéissance), Orange (Islam « laïc » avec la séparation de la religion et de l’Etat), et Vert (l’ouverture vers le respect de chacun et la spiritualité au-delà des règles de la religion), et continuer au-delà. C’est pour cela que dans un premier temps, lors des événements du 7 Janvier, la communauté «éclairée» de l’Islam, c’est-à-dire les personnes qui ont développé les courants Orange et Vert en elles, se disaient proches du journal. Certains même affirmaient «je suis musulman, je suis Charlie», revendiquant ainsi le droit à pouvoir vivre leur foi dans la religion révélée par le Prophète tout en exprimant leur désir de vivre dans un monde disposant de la liberté d’expression. 

Liberté d’expression 


Mais il faut bien comprendre que pour Bleu, la liberté d’expression n’a strictement aucun sens: vous pensez bien ou mal. Vous vivez dans la vertu ou dans le péché. Pour un fidèle, vivre dans la vertu consiste à vivre comme Dieu le veut, et vivre dans le péché consiste à nier la volonté divine, et donc à nier Dieu. Le blasphème, en tant que tel, est donc une négation de la Vérité et du Dieu révélé. De ce fait, toujours pour ce courant, les caricatures contre l’expression la plus sacrée de la foi est vécue comme le plus terrible des outrages! 

Les caricatures de Mahomet constituent des affronts terribles pour les musulmans qui le vivent au mieux comme un non-respect de leur propre croyance (Bleu-Orange) ou plus directement comme une offense envers Dieu (Bleu), c’est-à-dire comme l’expression de Satan. Sachant qu’en plus, une grande partie du monde musulman porte en lui un sentiment d’avoir été souvent humilié par les chrétiens blancs du fait des souvenirs du colonialisme toujours un peu présent. Il est donc évident qu’une petite frange de cette population, centrée en Rouge comme le sont les djihadistes, voudra répliquer par les armes en se vengeant de cette humiliation. 

L’opposition n’est pas entre l’occident et l’Islam, mais entre deux courants de pensée principaux: Orange caractérisé par sa liberté d’expression («Je peux exprimer ce que je veux, et notamment caricaturer n’importe qui») et Bleu qui voit là un blasphème («Profaner le divin est un sacrilège, qui doit être châtié»). 

Quelles intentions ?

Cliquez sur l'image pour voir les détails. Illustration de Serge Durand. Blog Foudre évolutive

Mais qui était derrière cette attaque contre Charlie? Sans se pencher sur les mobiles des auteurs des assassinats, je me suis demandé les intentions possibles en termes de stades de la Spirale. Est-ce qu’il s’agissait de Bleu, de Rouge, voire d’un Orange déguisé dans ces couleurs? L’intention de Rouge est d’instiller la peur, la soumission. Il veut montrer qu’il est le plus fort et quiconque viendra blasphémer sera soumis par la terreur. Celle de Bleu est de faire arrêter les blasphèmes en n’utilisant la force qu’en recours ultime. Il ne recherche pas la destruction de l’autre, mais seulement la reconnaissance que l’autre a tort. Il utilise donc d’abord les possibilités juridiques, mais il ne se soucie pas réellement des conclusions de la justice Orange. 

Même si les poursuites juridiques contre Charlie sont déboutées devant un tribunal, le journal est coupable devant Dieu (seul le Coran peut être invoqué dans ce cadre) et le blasphème doit être puni pour que cela cesse, point final. Bleu désire ainsi créer une prise de conscience et que les auteurs de caricatures demandent pardon et même éventuellement se convertissent. Si cela ne passe pas par la justice, il peut être amené à prendre les armes, pour «punir» les fautifs.

Enfin, il n’était pas impossible qu’il y ait derrière tout cela une vision «machiavélique» Orange (1) et que les attentats aient été accomplis pour créer une réaction contre l’Islam. Cette réaction entrainerait de facto une contre-réaction et une radicalisation de certains musulmans, ce qui favoriserait un recrutement pour les factions intégristes en général et Daesh en particulier. Peut-être y avait-il un peu de tout ça dans ces attentats.

(1) Machiavel c’est de l’Orange dans un système Rouge-Bleu: comment être le «meilleur» Prince possible en utilisant toutes les techniques possible.

L’égrégore contre « les barbares » 


Dans un premier temps, la réaction générale a été celle d’une participation mystique, d’une fusion Violet dans laquelle tout le monde s’est associé à la détresse des personnes assassinées avec la phrase «Je suis Charlie». Cela a créé un puissant égrégore (2) caractérisé par une grande émotion collective. Pendant quelques jours, tout le monde était Charlie, et il régnait une impression d’unité nationale, les politiciens eux-mêmes répugnant à sortir de cette fantastique énergie collective d’amour.

Ce qui est intéressant c’est que chacun pouvait entrer dans cette unité à partir de son point de vue: les conservateurs catholiques (Bleu) en réaction contre l’Islam, les républicains Orange en criant leur indignation contre la liberté d’expression et défendre les valeurs de la laïcité, et enfin les Vert en exprimant leur empathie envers les journalistes et leur soutien aux familles, en défendant les faibles contre les forts, ceux qui meurent armés d’un crayon contre les barbares munis de mitraillettes. A ce moment-là, l’Islam Orange et Vert se joignent à l’émotion collective tandis que la composante Bleu-Orange, se souvenant des caricatures, dénonçait l’attentat tout en rejetant le ton du magazine. L’Islam Bleu se taisait…

Mais dans un deuxième temps, Charlie Hebdo se sentant légitimé dans sa vocation de défendre la liberté de la presse contre tous ceux qui veulent le bâillonner pour ses propos lance un nouveau tirage avec la première page sous la forme d’un dessin de Mahomet disant « Tout est pardonné, je suis Charlie». Bien entendu, pratiquement tous les musulmans voient cela d’un mauvais œil. Et les mouvements extrémistes (Rouge-Bleu) comme les conservateurs (Bleu) de crier au blasphème. Plusieurs marches ont lieu dans le monde islamique, et notamment à Alger, Dakar et au Niger. 

Voici un commentaire, bien Rouge, montrant comment la parution du dessin à la une de Charlie Hebdo a été reçue: «Avec ce qui est à la une de Charlie Hebdo aujourd’hui, toute la Oumma islamique doit être prête et savoir que ce journal et tous ceux qui le soutiennent nous ont déclaré à nous musulmans une guerre totale et impitoyable. Nous ne devons pas reculer, nous devons être soudés et vigilants car nos ennemis sont vicieux!» 

Rouge se sent humilié et agressé par la une de Charlie Hebdo car il ne peut pas comprendre qu’en fait, dans les propos des auteurs, il n’y a pas d’idée d’agression ni même de revanche. C’est même plutôt une manière d’aller vers l’Islam tout en gardant leur esprit critique. Ils le disent d’ailleurs «Tout est pardonné». Mais on se trouve là au centre de l’incompréhension caractéristique de deux courants différents du premier cycle de la Spirale: Vert, Orange, Bleu et Rouge ne se comprennent pas et chacun interprète les comportements de l’autre à partir de ses propres valeurs. 

(2) Un égrégore est une concentration d’énergies individuelles centrées sur une pensée commune. Cela donne lieu à une sorte d’âme ou de pensée collective dans laquelle chacun a l’impression de s’immerger. C’est toujours associé à un bien être. Les supporters de sports collectif en savent quelque chose.

Charlie depuis le niveau intégratif-systémique 

Dans le Jaune, intégratif-systémique, divers courants et croyances coexistent

Le courant intégratif et systémique (Jaune), ne peut que contempler le système par lequel tout cela arrive. Jaune est caractérisé par l’intégration des différents niveaux, et c’est le premier qui «voit» la Spirale comme un système en évolution. Jaune est caractérisé par une pensée de la complexité. Chez nous, Edgar Morin est un vibrant exemple de la pensée Jaune qui pense en termes de systèmes et voit le monde comme un ensemble de dynamiques en interaction. 

En même temps, Jaune est assez caméléon, et il ne cherche pas à imposer sa manière de voir. Il désire simplement aider les systèmes à être plus vivants, plus adaptés, plus fluides. Il ne cherche pas à exciter la furie de Rouge qui peut partir au moindre affront, ni à heurter la sensibilité de Bleu, mais à aider l’ensemble des «parties prenantes», des citoyens du monde à vivre en meilleur intelligence. 

Or aujourd’hui, tout est mondialisé. Dans les années soixante-dix, quand Charlie Hebdo se gaussait du pape, il était soutenu en France par un fort courant Orange et Vert face à un Bleu outré, sachant qu’il n’y a pratiquement plus de Rouge chrétien: l’inquisition n’existe plus et le délit de blasphème a été supprimé du droit français depuis 1881 avec l’instauration de la liberté de la Presse. Ainsi, du point de vue du droit commun français, une caricature, même irrespectueuse, ne peut donc être un blasphème. Orange, qui constitue la base de la vision du monde de l’Union Européenne et de l’ONU, considère en effet que «les droits de l’Homme ne protègent pas et ne doivent pas protéger des systèmes de croyances». 

Mais maintenant tout événement peut avoir un retentissement global. L’effet papillon agit en permanence: comme le battement d’ailes d’un papillon peut avoir une conséquence sur notre climat, la sortie d’un magazine d’extrême gauche libertaire en France peut mettre dans la rue des milliers de personnes dans le monde et causer des morts dans plusieurs pays africains. 

Aider les parties saines 

Qu’est-ce que ferait Jaune dans un tel cas? C’est simple, il essaye d’aider systématiquement toutes les parties saines des différents courants afin d’apporter la meilleure adaptation aux conditions de vie existantes. Par exemple, il aiderait les aspects Bleu modérés à se développer, afin de lutter contre l’extrémisme radical. Il contribuerait à la construction de mosquées et tenterait de promouvoir les conditions pour qu’elles soient dirigées par des imams modérés. 

Tout cela non pas pour aider les musulmans à sortir d’une quelconque domination ou exploitation, comme pourrait le faire Vert ou même pour lutter contre une inégalité, mais tout simplement pour aider l’ensemble du système social à aller mieux. De même, il aiderait les pays ayant déjà une forte composante éducative et ayant déjà développé un fort Orange à passer à la démocratie et à la laïcité, tout en sachant que la démocratie élective n’est pas la panacée et qu’il existe des formes de gestion et de gouvernements plus évoluées (démocratie participative, sociocratie, holacracy). 

Et cela sans aucun angélisme, sans penser que les musulmans seraient meilleurs ou plus mauvais que d’autres personnes. En reconnaissant simplement qu’il est nécessaire d’agir en utilisant le système tel qu’il est (et non comment il devrait être) afin de favoriser le développement harmonieux du monde. Pour voir comment fonctionne Jaune dans un cas particulier, il est intéressant de regarder le film Invictus de Clint Eastwood qui montre comment Nelson Mandela peut utiliser un sport minoritaire «blanc» (le rugby) pour créer une unité nationale et favoriser la sortie de l’apartheid sans violence. 

Un fonctionnement plus fluide 


A chaque fois, Jaune essaye de ne pas froisser les convictions religieuses. Il ne défend pas plus Mahomet, le Christ que la laïcité, mais il utilise au mieux les composantes présentes pour faire évoluer le monde dans un fonctionnement plus fluide. Dans le cas de Charlie Hebdo, si la mentalité avait été plus Jaune, il est certain qu’il n’y aurait pas eu de dessin de Mahomet à la Une suivant l’attentat. 

En effet, la question que l’on peut se poser, c’est : pourquoi choquer? Pourquoi attenter à la foi de personnes? On peut critiquer le comportement des personnes, mais pourquoi toucher à la graine de ce qui est considéré par certains comme sacré? Peut-on mettre des caricatures du Prophète et en même temps défendre les peuples premiers à conserver ou à récupérer des terres sacrées? 

Il y a un peu de Rouge à insulter ou provoquer, même si on la cache derrière la liberté d’expression Orange. Un «Je fais et dis ce que je veux et j’emmerde tout le monde, car on est en république» n’est pas un comportement Orange, mais rouge qui se déguise derrière le droit à chacun d’exprimer ce qu’il croit et pense. Il s’agit ainsi d’aller nous interroger sur nos propres motivations lorsqu’on nous invoquons les droits de l’Homme. Bien sûr que nous avons le droit à tout cela, et comme le disait Voltaire, je me battrais pour que cela soit possible, et je me battrais contre tous les intégrismes et les terroristes et tous ceux qui enferment d’autres personnes dans l’esclavage et la dépendance. 

Bien sûr qu’il ne s’agit pas de plier devant Rouge et le terrorisme, d’où qu’il vienne. Et en même temps savoir reconnaitre la partie saine dans chacun des courants en essayant de ne pas trop la heurter pour l’aider à grandir. La Conscience est une fleur précieuse et délicate qui a besoin d’attentions et d’amour pour croitre et s’épanouir. Sachons en prendre soin. Jacques Ferber

Ressources

Développement Intégral le site de Jacques Ferber 


Évolution des mentalités et des mouvements politiques en France  Une cartographie évolutionnaire des mouvements politiques en France. Blog Foudre évolutive de Serge Durand



 

vendredi 27 mars 2015

Charlie et la Spirale (1)


C'est la mémoire qui fait toute la profondeur de l'homme. Charles Péguy


On peut se contenter de suivre l’actualité comme un wagon suit la locomotive conduite par les médias dominants, en se laissant aveugler par la fumée des faits et de leur interprétation officielle, sans comprendre qu’ils sont des signaux forts ou faibles, selon l’intensité de l’évènement, qui nous renseignent sur l’évolution des mentalités. Ces « signes des temps » rendent visibles des dynamiques profondes en les cristallisant à un moment donné à travers cette manifestation phénoménale qu'est l'évènement.

C’est ce que nous essayons de faire dans le Journal Intégral, en utilisant notamment les outils d’interprétation que nous offre une théorie intégrale fondée sur l’analyse et la compréhension de la dynamique évolutionnaire. C’est ainsi que dans quatre précédents billets – Une insurrection spirituelle, Quand Charlie médite, Le Paradigme perdu, Le fondamentalisme marchand – nous avons analysé les évènements de Janvier dans la perspective globale d’un changement de paradigme qui constitue le cœur de notre réflexion.

C’est dans la continuité de cette réflexion et en complémentarité avec celle-ci que nous vous proposons, dans ce billet et le suivant, une analyse de ces évènements tragiques faite par Jacques Ferber à partir d'une approche intégrale qui utilise à la fois le modèle AQAL de Ken Wilber et la Spirale Dynamique de Clare Graves. Dans ce premier billet, après avoir résumé notre réflexion sur ces événements, nous proposerons le début de "Charlie et la Spirale" où Jacques Ferber expose certains des principes théoriques qui fondent l'approche intégrale et les modèles qu'elle a inspirée.

Un Signe des Temps


J’aimerais donc résumer en quelques phrases une synthèse de la réflexion menée ici, à travers plusieurs billets, autour des évènements tragiques de Janvier. Charlie-Hebdo incarnait l’hédonisme libertaire de Mai 68 qui a conduit au meilleur de l'individuation créatrice - l'expression subjective des individus - comme au pire de l'individualisme prédateur, un égoïsme destructeur de toute altérité. C’est en effet sur cette idéologie libertaire et individualiste que le néo-libéralisme s’est adossé pour détruire les formes traditionnelles de socialisation et faire advenir le règne d’un individu abstrait et narcissique - Homo œconomicus - centré sur le calcul rationnel de ses intérêts, délié de toute appartenance comme de toute transcendance, aliéné par sa toute-puissance infantile. 

Cette alliance libertaire/libérale est à l’origine de ce que Joseph Stiglitz nomme le fondamentalisme marchand, à savoir l’extension démesurée de la sphère économique à tous les aspects de la vie sociale, affective, politique, culturelle et même spirituelle. En détruisant les liens sociaux, les codes identitaires et l’ordre symbolique qui régissait traditionnellement les sociétés, le fondamentalisme marchand est devenu le fourrier d’un fondamentalisme religieux qui vient remplir de ses normes régressives et de sa passion identitaire le profond vide existentiel et spirituel d'un Occident désenchanté en proie au nihilisme.

Ces deux formes de fondamentalismes - marchand et identitaire - participent donc d'un même continuum, celui d'un système mondialisé dont ils constituent les deux polarités à la fois contraires et complémentaires. En s’opposant, ils se renforcent l'un l'autre et enferment ainsi les sociétés comme les individus dans le cercle vicieux d'une double impasse dont on ne peut se libérer que par un saut évolutif. Le crépuscule des Lumières auquel nous assistons annonce l'aurore d'un nouveau cycle fondée sur l’émergence de formes spirituelles inédites qui intègrent, dépassent et transcendent tradition religieuse et modernité abstraite dans une synthèse novatrice. 

Derrière la crise évolutive que nous vivons, se dessine donc l’avènement d’un nouveau paradigme évoqué depuis des décennies par nombre de penseurs : celui d’un réenchantement du monde fondé sur l’intégration du meilleur de la tradition - sa dimension organique, holiste et sacrée - avec le meilleur d'une modernité fondée sur les valeurs de la raison, de l'individu et de l'évolution. Cette intégration aboutit à un modèle de co-évolution entre l'individu et son milieu : la dynamique d'individuation qui est au cœur du développement humain apparaît dès lors comme une modalité particulière d'une évolution vers la complexité propre à son milieu cosmique et naturel. 

Ce saut évolutif inspire ce que le mouvement des Colibris nomme une (R)évolution intérieure, en lançant ces jours-ci une campagne sur ce thème, à savoir la synchronisation entre transformation individuelle, mutation culturelle et changement socio-économique. Ce saut évolutif doit bien évidemment s'accompagner d'une profonde révolution pédagogique et éducative dont les premières rencontres nationales du Printemps de l’Éducation ont posé les bases les 21 et 22 Mars dernier. Au cœur de ce saut évolutif : une authentique Insurrection Spirituelle : l’éveil de la conscience à la profondeur de l’esprit permet le jaillissement, la canalisation et la transmutation des forces de la vie et de la psyché jusque-là verrouillées par l’abstraction du mental au service de la toute-puissance de l’égo. Tous ceux qui voudraient suivre de manière détaillée le cheminement de cette réflexion peuvent se référer aux divers billets à travers lesquels elle s’est développée. 

Une belle synchronicité


A la fois systémique et synchronique,  cette analyse rend compte d’un système à un temps T qui est celui d’un évènement significatif donnant à voir soudainement la complexité et la profondeur d’un mouvement en le cristallisant. Je désirais compléter cette analyse synchronique (système présent) par une profondeur diachronique (développement temporel) capable de situer ce changement de paradigme dans la dynamique globale de l’évolution humaine. Et pour ce faire, je voulais utiliser le modèle de la Dynamique Spirale qui permet de comprendre la dynamique évolutionnaire et sa manifestation à travers les divers stades du développement humain dans le temps.

J’avais déjà nombre d’idées en ce sens quand j’ai entendu l’émission intitulée Am i Charlie Hebdo ? où Jeff Salzman décrypte les évènements parisiens à partir d’une perspective intégrale en compagnie d’Amir Ahmed Nasr, un activiste arabe ayant dû s’exiler au Canada pour fuir la vindicte des islamistes. Cette émission et sa retranscription (en anglais tous les deux) sont disponibles gratuitement sur le site Integral Life. L’analyse de Jeff Salzman confortant la mienne, je commençais à écrire un billet que j’intitulais Charlie et la Spirale. Et quelle ne fût pas ma surprise, en lisant sur le site de Jacques Ferber - Développement Intégral - un billet intitulé Charlie et la Spirale. Belle synchronicité ! Ce ne sont pas les grands esprits qui se rencontrent mais ceux dont l’intuition reste connectée à l’Esprit du temps et à son mouvement évolutif. 

Dans ce texte, Jacques Ferber propose avec maestria une interprétation des évènements de Janvier qui montre la pertinence d’une approche évolutionnaire pour saisir les mouvements profonds affleurant à la surface de l’actualité à travers des « phénomènes » et des évènements spectaculaires. J’ai donc demandé à Jacques l’autorisation de publier son texte dans le Journal Intégral pour faire profiter les lecteurs de ses lumières. 

Une démarche intégrative 

Jacques Ferber
Nous avons évoqué à plusieurs reprises la démarche intégrative de Jacques Ferber, professeur d’Intelligence Artificielle à l’Université de Montpellier II et spécialiste des sciences cognitives. Auteur de Les systèmes multi-agents. Vers une intelligence Collective et Co-auteur de Le monde change… et nous ?, il travaille sur la modélisation de processus sociaux et l’élaboration de modèles concernant l’évolution individuelle et collective à partir d’une approche intégrale. 

Parallèlement à ce travail universitaire, il suit également depuis plus de 20 ans un chemin d’éveil spirituel qui l’a conduit à se former au tantra, à la méditation et à différentes traditions spirituelles. Cette complémentarité entre science et conscience est à l’origine d’une démarche intégrative qui lui permet d’éclairer les pratiques spirituelles par sa connaissance des sciences cognitives… et inversement. Jacques Ferber partage les résultats de ses recherches aussi bien à travers son site Développement Intégral qu’à travers les stages de « Tantra Intégral » ou d’éveil de la conscience qu’il anime depuis quelques années. 

Dans la première partie de Charlie et la Spirale, ci-dessous, Jacques Ferber présente de manière synthétique l’esprit qui anime l’approche intégrale et les modèles qu’il utilise dans son interprétation évolutionnaire des évènements de Janvier. 

Charlie et la Spirale. Les stades d’évolution de visions du monde. Jacques Ferber 


... Pour comprendre plus finement ce qui s’est passé, nous avons besoin de prendre du recul, de dépasser (sans la banaliser) l’atrocité de cette tuerie, de ne pas voir uniquement la barbarie attaquant la liberté d’expression, mais de comprendre ce qui se joue derrière, en termes de forces psychiques et sociales, car au-delà des meurtres et des événements, au-delà des personnes, des nations et des religions, ce sont des forces puissantes liées à des visions du monde différentes qui s’affrontent. Et l’approche intégrale (qui comprend le modèle AQAL de Ken Wilber comme celui de Clare Graves aussi appelé Spirale Dynamique) permet de comprendre ces événements à partir de la dynamique psycho-sociale des systèmes de valeurs, au-delà des enjeux personnels. 

Au lieu de voir des personnes qui attaquent d’autres personnes, ces grilles de lecture nous montrent qu’il s’agit de «visions du monde» (worldviews) qui s’affrontent les unes aux autres, car nous sommes – chacun d’entre nous – les porteurs inconscients de systèmes de croyances qui façonnent notre conduite. Nos pensées, nos valeurs, nos manières de voir le monde sont collectives. Et parfois ces systèmes de croyances, mus par des ressorts subconscients, archétypaux, profondément enracinés dans notre psyché collective, sont en tension, n’attendant qu’une étincelle pour allumer la mèche de l’affrontement. 

L’approche intégrale considère que nos visions du monde suivent un processus développemental lié aux conditions sociales, technologiques et environnementales dans lesquelles nous vivons. A l’instar de l’évolution biologique, les représentations collectives et les formes de pensées évoluent elles-aussi, lorsque les conditions d’existence se modifient. Elles forment la base de ce qu’on appelle la «culture» d’un peuple, d’une nation, d’une tribu ou d’une famille: une certaine manière d’appréhender le monde et de lui donner du sens. 

Cela inclut les normes, les systèmes de valeurs, mais aussi les croyances religieuses, ce qu’il est bon, juste ou convenable de faire et inversement ce qui est répréhensible, mauvais, ou simplement peu aligné comme on le dit aujourd’hui. Tous nos actes, tous nos comportements sont mus ou médiatisés par ce système de valeurs qui constituent comme des sortes de «lunettes» cognitives filtrant et éclairant le monde. 

Or, à l’encontre de ce que l’on peut croire parfois, les systèmes de valeurs ne sont pas arbitraires. C’est en tout cas, ce que prétendent les théories évolutionnaires qui tendent à montrer que les besoins cognitifs comme les valeurs culturelles nécessaires pour survivre dans la forêt ne sont pas les mêmes que celles qui régissent la vie des grandes cités industrielles contemporaines. 


Dans la vision de Clare Graves, et d’une certaine manière pour tous les tenants d’une vision évolutionnaire du monde (comme Jean Gebser, Jean Piaget, Lawrence Kohlberg, Teilhard de Chardin, Ken Wilber, Susanne Cook-Greuter et bien d’autres), ce processus d’évolution «psycho-socio-culturel» s’exprime le long d’un ensemble de courants ou stades de développement. 

Chaque stade prend pied sur le stade précédent en incorporant ses qualités, comme un étage d’une maison qui s’ajoute à l’étage précédent. Chaque stade, initié par des conditions de vie particulières, tend à résoudre les problèmes posés par le stade précédent, en apportant à chaque fois une vue plus large et en même temps plus différenciée du monde. Mais en même temps, ce nouveau courant apportera finalement son lot de questions et de problèmes qui ne pourront être bien gérées qu’au stade suivant. 

Chaque stade constitue un niveau d’existence caractérisé par un système de valeurs, ou pour utiliser un terme plus technique: un «vmème » c’est-à-dire un «value meme», un «mème de valeur». Les mèmes, au-delà de leur utilisation sur Internet, sont à la culture ce que les gènes sont à la biologie. Les mèmes sont des idées, des croyances, des valeurs, des unités d’information culturelle, qui passent de cerveau en cerveau par le bouche à oreille, les médias et internet et qui utilisent l’esprit humain comme hôte, les idées étant considérées comme des virus. 

Et un vMème (on parle parfois de memeplex) est un système de tels mèmes organisés en une structure complexe constituant une vision du monde, c’est-à-dire des «lunettes cognitives» avec lesquelles nous voyons – et créons – le monde. L’ensemble de ces courants constitue cette spirale de l’évolution. Chacun est caractérisé par son nom, une couleur qui permet de mieux le mémoriser ainsi que la liste des caractéristiques qui lui sont associées...

La Dynamique Évolutionnaire

Dans Le Journal Intégral, nous avons déjà, à de nombreuses reprises, évoqués aussi bien la Spirale Dynamique de Clare Graves que le modèle AQAL de Ken Wilber et notamment ici à travers une présentation détaillée proposée par Jacques Ferber. Voici ci-dessous un schéma synthétique et illustré qui présente les différents stades de la dynamique évolutionnaire.


Dans un monde en mutation constante et en complexité croissante, la connaissance de la dynamique évolutionnaire s’avère fondamentale. En situant rapidement la vision du monde dans laquelle s’inscrivent les individus, les communautés et les nations, on peut comprendre leur logique afin d'établir une meilleure communication avec eux et créer des médiations entre les divers "points de vue" dans la perspective d’un équilibre harmonieux et évolutif de l’ensemble.

L’Institut Ressources organise du 29 au 31 Mai 2015, près de Bruxelles, un stage de formation à l’approche intégrale animé par Jacques Ferber. Celui-ci présentera, entre autre, le modèle AQAL de Ken Wilber et la Dynamique Spirale de Clare Graves qui permettent, l’un et l’autre, de décoder les différentes visions (worldviews) façonnant la réalité individuelle et collective. Cette formation permet d’acquérir non seulement une compréhension et une maitrise plus profonde de la Spirale, mais aussi une pratique pour vivre plus authentiquement au niveau intégratif-systémique, Jaune. D’autres formations de ce type seront programmées dans les temps qui viennent. Pour toutes informations concernant celles-ci, se renseigner auprès du site Développement Intégral.

Après avoir présenté dans ce billet le contexte théorique de l'approche intégrale, nous proposerons la semaine prochaine le corps de l'article "Charlie et la Spirale" dans lequel Jacques Ferber analyse avec beaucoup de profondeur les tragiques évènements de Janvier à partir de cette perspective évolutionnaire.

Ressources 

Développement Intégral  Le site de Jacques Ferber

Le monde change... et nous ?   Livre de Jacques Ferber et Véronique Guérin 


Am i Charlie ?  Émission de Jeff Salzman sur Integral Life

Dans le Journal Intégral :


vendredi 13 mars 2015

Table des Matières (15) Le Fondamentalisme Marchand


Si les fanas sont prêts à tout pour leur Dieu, vous, vous êtes prêt à tout pour l'argent. Joumana Haddad


Chaque billet du Journal Intégral est la pièce d’un puzzle qui dessine, entre intuitions créatrices et réflexions critiques, la vision intégrale d’un homme réunifié dans un Kosmos réenchanté. Les résumés des articles présentés dans cette Table des Matières permettront aux lecteurs de reconstituer ce puzzle en allant se référer à telle ou telle pièce afin de mieux comprendre et intégrer les autres. 

Table des Matières 2010 1 - Demandez le programme !... 2 - Une philosophie du Tout. 3 - La Petite Princesse. 4 - Évolutions. 5 - Évolutions (fin). 6 - Post-Matérialisme. 7 - Penser la nouvelle civilisation 


Table des Matières (15) du 14/12/11 au 19/01/12 

Le Fondamentalisme Marchand 

A la suite des attentats djihadistes de Janvier, plusieurs auteurs ont fait remarquer le lien organique existant entre le fondamentalisme religieux et ce que Joseph Stiglitz nomme le fondamentalisme marchand à savoir l’extension démesurée de la sphère de la marchandise à tous les aspects de la vie sociale, affective, politique, culturelle et même spirituelle. Selon Patrick Viveret : « Les deux fondamentalismes s’entretiennent mutuellement, car le fondamentalisme marchand détruisant la substance de la société, les repères, les identités, devient le terreau du fondamentalisme identitaire. » Ne soyons pas dupes : fondamentalismes identitaires et marchands représentent en fait les deux pôles d’un même système et c’est une profonde illusion que de vouloir combattre l’un sans s’attaquer simultanément à l’autre. 

A la fin de l’année 2011, nous écrivions une série de billets intitulée La fin de l’ère économique dont les titres évoquent le contenu : La religion de l’économie, Une idéologie totalitaire. Nous y définissions le néo-libéralisme comme un intégrisme fondé sur « l’extension de la norme marchande et du modèle de l’Homo œconomicus à l’ensemble de la société et à toutes les sphères de l’activité. Cette volonté de voir la complexité et la diversité du réel à travers une grille unique d’interprétation est une expression typique de l’intégrisme. Là où les cultures traditionnelles peuvent connaître l’intégrisme religieux, les cultures modernes développent une nouvelle forme - économique - d’intégrisme qui considère comme hérétique toute approche sensible, humaine et qualitative, qui tenterait d’échapper à ce réductionnisme économique. » 

En Novembre 2014, l'Obs se pose la question : Les économistes sont-ils des imposteurs ? Poser la question, c'est déjà en partie y répondre. Ces derniers mois de nombreux ouvrages analysent les diverses formes d’emprise que l’économisme fait régner sur toutes les dimensions de notre vie. Parmi ceux-ci et dans des styles très divers : L’imposture économique de Steve Keen, un livre qui ébranle la pensée néo-libérale; L’erreur de calcul où Régis Debray analyse comment l'économie "gouverne notre intimité aussi bien que la vie publique et déjà intellectuelle". Dans Houellebcq économiste, le regretté Bernard Maris, mort dans la tuerie de Charlie-Hebdo, évoque le travail du romancier décrivant "le triste monde dans lequel nous vivons asservi par la religion de l'économie". Sans oublier "Quelques ennemis du meilleur des mondes" qui écrivent dans "Sortir de l'économie" : "il ne s'agit pas de remplacer une "mauvaise économie" par une "bonne", "alternative", "à visage humain". Il s'agit d'arrêter de croire à cette religion de l'économie"

L'Infâme

Légitimement effrayées par la conversion au djihadisme de jeunes français nourris au lait de la République, les belles âmes devraient une fois pour toutes examiner la poutre qui les aveugle en se souvenant du célèbre mot de Bossuet : « Le ciel se rit des prières qu'on lui fait pour détourner de soi des maux dont on persiste à vouloir les causes ». Il faut, en effet, avoir une bien courte vue pour déplorer l'expansion du fondamentalisme religieux sans remettre en question le fondamentalisme marchand qui le nourrit en lui permettant de se développer.

Voltaire : "Écrasez l'Infâme'
A l'heure de poster ce billet, je lis un article du sociologue Alain Accardo dans le journal La Décroissance de Mars, intitulé Néo-cléricalisme, où l'auteur fait parler Voltaire, promu pourfendeur du fanatisme et chantre de la tolérance depuis les attentats de Janvier. S'il revenait aujourd'hui, selon Accardo, Voltaire s'en prendrait non plus aux religions mais au système capitaliste qui a réglé la question religieuse en Occident " en organisant pour la première fois dans l'histoire le culte mondial d'une nouvelle divinité : l'Argent auquel toutes les populations se sont converties à l'exception de quelques poignées d'hérétiques. 

La voilà la nouvelle Église universelle, la nouvelle Infâme. Et c'est elle qui écrase le monde. Ses temples sont les Bourses et les Banques, sa Curie est à Wall Street, sa Kabaa à la City, ses medersas et ses grands séminaires sont des IEP et des écoles de commerce, ses cardinaux occupent les fauteuils ministériels, ses évêques enseignent à la Harvard B.S et à la London SE, ses théologiens ont le prix Nobel, ses prédicateurs sont journalistes et économistes, ses bedeaux et sacristains sont députés, ses révérends s'appellent Hollande, Cameron ou Merkel, entre autres...

Mais il semble que vous ne voulez pas voir la réalité. Sans doute parce que vous pressentez qu'il faudrait vous remettre vous-même en question. car c'est vous qui êtes à la fois les fidèles soumis et le clergé dévoué du Mamon capitaliste... Votre dénonciation du terrorisme djihadiste serait plus crédible si vous combattiez avec la même énergie le terrorisme des grands prédateurs capitalistes qui souillent et dépècent la planète, y compris notre pays. Le dévoiement de votre soi-disant esprit laïque a fait de vous des idolâtres pire encore que ceux d'autre fois. Franchement, je trouve votre monde aussi misérable intellectuellement que répugnant moralement... 

Si je devais remonter au créneau aujourd'hui, il est sûr que ma cible principale, ça ne serait pas les tonsurés ni les barbus qui ne savent plus de quel pape ou de quel mufti baiser la babouche. Ma cible serait bien plutôt ce néo-clergé, toute cette cléricaille laïque de petits-bourgeois obsédés d'eux-mêmes, ratiocineurs et inconsistants, dont tout l'idéal est de servir la messe œcuménique libéro-sociale-démocrate, pour en tirer quelques bénéfices. "

Un même continuum

A quand des "cellules de déradicalisation" chargées de déconditionner les prédateurs financiers comme les petits soldats du capital totalement shootés à la consommation, à l'image de celles qui existent pour les apprentis djihadistes qui se sont fait prendre dans les serres du fanatisme religieux. ? La trajectoire de ces derniers est plus spectaculaire mais, en vérité, est-elle la plus dangereuse ?

En utilisant tous les leviers de la servitude volontaire, en aliénant la substance même de la vie et de l’esprit, en réduisant l'être humain à un acteur économique à la fois producteur et consommateur, en détruisant l’ordre symbolique et le lien social, le fondamentalisme marchand est à l’origine d’un vide spirituel et existentiel que le fondamentalisme religieux vient remplir de ses normes régressives et de sa passion identitaire.

Ce dernier aura beau jeu de dénoncer avec raison la corruption morale et spirituelle de l’Occident quand le fondamentalisme marchand pointera avec tout autant de raison l’emprise exercée par le dogme sur l'individu fanatisé. Qu'on le veuille ou non, fondamentalismes marchands et identitaires participent d'un même continuum, celui d'un système mondialisé dont ils constituent les deux polarités à la fois contraires et complémentaires. Ces deux intégrismes se renforcent l'un l'autre en s'opposant et en enfermant ainsi les sociétés comme les individus dans le cercle vicieux d'une double impasse qui peut rendre fou.

Une Insurrection des Consciences


On ne pourra se libérer de ce cercle vicieux que par une véritable Insurrection spirituelle évoquée dans un récent billet. Ce n'est d'ailleurs par un hasard si cette année le Printemps des Poètes - du 7 au 22 Mars - a pour thème L'Insurrection Poétique ainsi présenté par Jean-Pierre Siméon : " Fait de langue, la poésie est peut-être d'abord, "une manière d'être, d'habiter, de s'habiter" comme le disait Georges Perros. Parole levée, vent debout, chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir,  le vœu d'une vie intense et insoumise. Elle est insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est "le sentiment du oui". Elle invite à prendre feu".

En 2002, Pierre Rabhi lançait déjà un Appel à l'insurrection de la conscience en présentant de manière symbolique sa candidature à la présidence de la République. Ces jours-ci le mouvement Colibris dont il est l'inspirateur lance une nouvelle campagne sur le thème de la (R)évolution intérieure qui fait suite à plusieurs autres concernant les principaux leviers d'une transition de la société. La vraie (R)évolution est celle qui nous amène à nous transformer nous-mêmes pour transformer le monde. Au cœur de cette (R)évolution intérieure la question posée par Pierre Rabhi : " L'être humain, la société humaine, doivent changer de cap, et confier leur destin aux forces du cœur plutôt qu'au pouvoir trompeur de la peur et de la division.... Sommes-nous capables de transcender nos réactions primaires pour nous élever au rang d'humains libérés des oripeaux d'une histoire révolue et pourtant, sans cesses, redondante ?  ". (Préambule)

Celui qui sait lire entre les signes voient dans ces divers évènements autant d'expressions d'un nouvel esprit du temps : on ne pourra changer la société sans se changer soi-même, ni se changer soi-même sans décoloniser notre imaginaire collectif en opérant une transition culturelle qui passe par un changement de paradigme. Tout est lié : le processus personnel d'individuation, le champ culturel de l'intelligence collective et l'organisation socio-économique qui en est la manifestation extérieure. L'insurrection des consciences est une expression de la dynamique évolutive qui nous permet de sortir de la double impasse où nous enferment les fondamentalismes marchands et religieux. C'est dans ce contexte évolutif que se joue la nouvelle expérience spirituelle vécue par l'homme contemporain et adaptée aux sociétés de l'information dont il fait partie. 

Cette dynamique évolutive nous conduit à un saut qualitatif qui intègre de manière créative le meilleur de la tradition et de la modernité. Le meilleur de la tradition c'est sa capacité à répondre au besoin de sens et d'appartenance, d'ordre et de convivialité. Le meilleur de la modernité c'est sa capacité à répondre au besoin de rationalité et d'efficacité technologique, de pluralisme et d'autonomie personnelle. La crise systémique que nous vivons est, en fait, une crise évolutive marquée par l'émergence de ce nouveau paradigme global qui, sur le plan socio-politique, inspire des projets de sociétés post-capitalistes à la fois sobres et conviviales fondées sur une "sortie de l'économie". Les lecteurs intéressés par cette évolution socio-politique n’ont qu’à se référer aux nombreux billets proposés sous le libellé Société Post-Capitaliste


La crise systémique que nous vivons est celle d'une civilisation arrivée à la fin d’un cycle qui annonce un nouveau stade évolutif. L’émergence de ce nouveau modèle nécessite de déconstruire l’ancien, ce que nous nous efforçons de faire dans cette série de textes intitulée La Fin de l’ère économique. Dans ce premier texte, nous analysons l’histoire d’une modernité marquée par la phase ascendante de « l’ère démocratique » et par la phase décadente de « l’ère économique » ainsi nommée parce que l’économie a pris une place centrale dans les représentations collectives jusqu’à devenir le modèle d’interprétation dominant au sein des sociétés occidentales. 

Dans les époques pré-modernes, les dimensions qualitatives de la religion, de la tradition et de la culture fixaient des bornes au pouvoir économique. Au vingtième siècle, mue par les pulsions égoïstes et les fantasmes infantiles d’un individu désocialisé et désaffilié, l’économie s’affranchit de toutes limites dans une hubris destructrice. Fondée sur le calcul égoïste, l’ère économique étend l’empire de la quantification abstraite, propre à la science moderne, aux rapports sociaux et progressivement à toutes les sphères de la société régies jusque-là par une régulation éthique, un consensus culturel et une référence partagée à un ordre symbolique. 

Déjà à son époque, Sri Aurobindo considère la crise de la civilisation moderne comme une crise évolutive : le signe qu’il est nécessaire pour l’espèce humaine de dépasser l’individualisme de l’ère économique pour accéder à un processus d'individuation créatrice correspondant à un nouveau stade de l'évolution humaine. 


Dans ce second billet, nous avons cherché à comprendre comment la pensée utilitariste et l’imaginaire narcissique, au cœur de l’ère économique, sont à l’origine d’une nouvelle forme de religion adaptée aux temps sans religion car, comme l’écrivait Voltaire : « Lorsqu’il s’agit d’argent tout le monde est de la même religion ». Avec ses clercs et ses dogmes, ses rituels, ses saints et ses livres sacrés, l’économie est donc ce dogme chargé de donner du sens à un monde devenu insensé et une cohérence à une société d’individus atomisés. 

 Le Dieu de cette religion c’est le Marché, dont la main invisible fixe la valeur des choses et des personnes selon les lois transcendantes de l’offre et de la demande ; le fils de ce Dieu est l’Individu, entité abstraite qui cache mal l’égoïsme calculateur et le narcissisme infantile de « l’homo œconomicus » ; quant au St Esprit, c’est l’Argent, cet équivalent universel réduisant à une valeur marchande les valeurs qualitatives qui fondent les rapports humains. Dans Le Divin Marché, le philosophe Dany-Robert Dufour énonce les " dix commandements " de cette religion économique, vecteur d’une révolution culturelle néolibérale qui bouleverse nos représentations, fonde de nouveau rapports sociaux et formate la psyché individuelle. 


Dans ce troisième billet, nous analysons comment cette religion de l’économie s’est transformée durant les dernières décennies, en idéologie totalitaire sous l’influence d’un néo-libéralisme imposant un modèle hégémonique à la fois délirant et déshumanisant De tous temps, les classes dominantes exercent leur pouvoir par une violence symbolique qui impose leur vision en transmettant aux dominés une représentation du monde qui justifie leur aliénation et les empêche de s’émanciper. 

Loin de décrire des lois naturelles, transhistoriques, la pseudo « science économique » est, en fait, une construction sociale et culturelle, historiquement datée, à travers laquelle la bourgeoise a pu imposer sa vision mercantile des rapports sociaux en déniant tout ce qui, dans les relations humaines, est irréductible à l’échange marchand. Pour Serge Latouche, le dogme économique « se révèle alors la plus prodigieuse construction symbolique inventée par le génie humain pour justifier la souffrance qu’une partie de l’humanité inflige à l’autre ». 

Dans L’individu qui vient... après le libéralisme, Dany-Robert Dufour analyse le néo-libéralisme comme une nouvelle forme de totalitarisme : « Après avoir surmonté en un siècle différents séismes dévastateurs - le nazisme et le stalinisme au premier rang -, la civilisation occidentale est aujourd'hui emportée par le néolibéralisme. Entraînant avec elle le reste du monde. Il en résulte une crise générale d'une nature inédite : politique, économique, écologique, morale. subjective, esthétique, intellectuelle... Une nouvelle impasse ? Il n'y a là nulle fatalité. En philosophe, mais dans un langage accessible à tous, Dany-Robert Dufour s'interroge sur les moyens de résister au dernier totalitarisme en date. »



Souhaiter Bonne Crise plutôt que Bonne Année c’est une manière un peu provocante de profiter de cette période de Nouvel An pour réfléchir en envisageant autrement le contexte de crise qui est le nôtre actuellement. Ne plus considérer cette situation simplement de manière évènementielle et superficielle comme le font les médias mais dans toute sa profondeur existentielle et spirituelle. Cette profondeur nous fait percevoir les opportunités de changement et de développement que toute crise recèle et, ce faisant, nous libère de la peur qu'elle suscite pour l'aborder comme une extraordinaire source de créativité. 

Un texte de Christiane Singer sur le bon usage des crises peut nous guider dans cette méditation sur ces temps incertains où les anciens repères s’effondrent pour laisser advenir un nouveau monde : « Les crises, dans la société où nous vivons, sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à porté de main, pour entrer dans l’autre dimension. Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur. 

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être. » 


Christiane Singer évoquait le bon usage des crises qui, à défaut de maître, sont encore ce qu’on a encore trouvé de mieux, pour entrer dans l’autre dimension. Nous continuons cette réflexion avec Denis Marquet dans un texte où celui-ci présente la crise comme l’initiation sauvage du civilisé : 

« La réintroduction d’une compréhension initiatique, dans nos vies et dans la conscience collective, est donc la grande tâche de notre temps. Cela passe par une nouvelle écoute de certains mots-clés : entendre la crise en son sens étymologique de moment où se décide le chemin ; et l’épreuve comme le temps où l’on s’éprouve soi-même de manière neuve. 

Ne soyons pas nostalgiques : dans les sociétés traditionnelles, l’initiation n’avait pour objectif que de permettre à l’individu de tenir son rôle social dans un contexte de grande coercition. Si la crise est une initiation sauvage, c’est qu’elle répond à une autre ambition humaine : accoucher d’un être unique, irremplaçable, qu’aucun discours social ne peut déterminer - soi-même. » 



Les initiations traditionnelles permettaient à ceux qui les vivaient de participer à une intersubjectivité communautaire structurée par un ordre symbolique. Durant la modernité, les crises jouent le rôle d’une initiation sauvage dans la mesure où elles remettent en question l’individu pour faire émerger une singularité créatrice. Dans la période cosmoderne où nous entrons, la vie elle-même est conçue comme un processus de développement continu qui se manifeste à travers une série de stades évolutifs de plus en plus complexes et intégrés. Ainsi la dynamique évolutive qui anime la vie humaine fait de celle-ci une longue initiation rythmée par une série de morts et de renaissances. 

Les penseurs du développement nous ont montré que pour passer d’un stade évolutif au suivant, supérieur en complexité, nous devons nous désidentifier progressivement d’un niveau de conscience et d’une vision du monde propre au stade que nous allons quitter. Les différents stades du développement psycho-spirituel permettent ainsi à l’individu de se libérer progressivement de l’égoïsme infantile, des perceptions limitées et des conceptions réductrices pour s’accorder à la puissance créatrice de l’esprit qui nous guide et nous anime. 

La métamorphose de la chenille en papillon a souvent illustré dans les traditions, les mythes ou la littérature, le courant intégratif de la vie/esprit. La chenille meurt pour que puisse advenir le papillon mais ce qui ressemble à une destruction est, en fait, une renaissance dans un niveau de complexité supérieure. Dénommé Aufhebung par Hegel, ce processus d’intégration est à la fois conservation et dépassement. 


Les trois précédents billets ont été l’occasion de mieux comprendre comment les situations de crise peuvent devenir autant d’occasions de grandir en nous libérant des limitations du passé. Dans les temps cosmodernes que nous abordons, la crise apparaît comme une expression de l'évolution créatrice au cœur de la vie/esprit. Gramsci, le révolutionnaire italien, avait l’habitude de dire : « La crise, c'est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître ». 

Parler de crise c’est donc, en référence à la maïeutique socratique, parler d’un « accouchement », une des traductions possibles du mot « apocalypse » comme nous l’apprend Jean-Yves Leloup dans sa traduction et ses commentaires de l’Apocalypse de Saint Jean qui vient de paraître : « J’appelle "apocalypse" l’accouchement du « nouveau » (une tout autre conscience, un tout autre amour) dans le corps douloureux de l’ancien... la venue au jour, toujours bouleversante, de l’Autre que nous sommes. » 

Jean-Yves Leloup évoque ainsi l’Apocalypse : « Son rôle n’est pas de nourrir nos phobies, ni même d’éveiller une peur ou une angoisse qui face à la situation pourrait s’éprouver comme salutaire ; c’est davantage la révélation d’une issue, l’exercice d’une lucidité non désespérée. Certains diront que tous ces avertissements sont des préparations efficaces à un « accouchement » (traduction également possible du mot « apocalypse ») : anticiper la douleur permet de mieux l’affronter ; apprendre la détente, le lâcher-prise au cœur de l’expérience déchirante permet de la traverser, si ce n’est "sans douleur", moins douloureusement ». 

Ressources

La religion du marché  Une passionnante critique, à tonalité bouddhiste, de la religion du marché par David R. Loy, enseignant zen et professeur à l'Université Xavier de Cincinnati. Site Zen Occidental 

L'erreur de calcul Article de Régis Debray dans Le Monde Diplomatique

Le capitalisme ne durera pas éternellement Entretien de l'Obs avec Bernard Maris au sujet de son dernier ouvrage : Houellebecq économiste. 

L'imposture économique, le livre qui ébranle la pensée libéraleArticle de Dan Israël  

Sortir de l'économie ?  Steeve. Site Critique de la dissociation-valeur 

Chronique d'Alain Accardo dans Terrains de Lutte

L'Insurrection Poétique  Le Printemps des Poètes

Une (R )évolution Intérieure   Les Colibris

Une Insurrection Spirituelle   Le Journal Intégral