vendredi 4 octobre 2013

Vers un Mouvement Evolutionnaire


Nous sommes au cœur d’une mutation où s’amorce un renversement de perspective. Raoul Vaneigem 


Depuis la rentrée de Septembre, nous avons évoqué dans nos derniers billets plusieurs manifestations qui, en quelques semaines dans l’hexagone, témoignent de l’actualité d’un élan évolutionnaire de la conscience collective. Quand nous parlons de manifestations, nous donnons au mot son sens littéral : ces divers évènements et colloques qui concernent aussi bien le domaine de la conscience que celui de la culture et de la société sont autant de manifestations d’une même dynamique évolutive. 

Ce mouvement évolutionnaire est porté par des initiatives individuelles et collectives en dehors des formes partisanes, institutionnelles ou idéologiques habituelles aussi discréditées que dépassées. Inspiré par l’émergence d’un nouveau paradigme, ce mouvement est porteur d’un projet de civilisation à formuler et à affirmer face aux illusions régressives d’un repli identitaire comme à celles, technocratiques, des « élites » au pouvoir. 

Ce n’est donc pas un hasard si le 12 Octobre auront lieu simultanément à Paris, dans deux lieux distincts, le deuxième Forum international de l’évolution de la conscience évoqué il y a quinze jours et les États Généraux du pouvoir citoyen que nous évoquerons dans ce billet. Autour du thème Croire au futur, le premier évènement concerne l’évolution de la conscience et de la culture alors que le thème du second Réussir la mutation de nos sociétés concerne la transformation politique et socio-économique. 

Après avoir esquissé quelques éléments du contexte permettant l’émergence de ce mouvement, nous proposerons l'Appel des États Généraux du pouvoir citoyen qui nous apparaît comme symptomatique d’un profond courant de régénération au sein d'une société sénescente. 

Une illusion régressive 

La période que nous vivons, celle d’une mutation entre deux stades évolutifs, peut s’avérer aussi dangereuse qu’exaltante. Par peur d’un saut évolutif qui nécessite à la fois lâcher-prise et vision, nombre d’individus peuvent devenir les victimes d’une illusion régressive leur faisant croire que le monde de demain sera la réplique exacte d’un bon vieux temps idéalisé alors même que celui d’aujourd’hui est d’ores et déjà totalement différent de ce dernier. 

Conséquence de ce que certains observateurs nomment « l’insécurité culturelle », cette illusion régressive est à l’origine d’un courant réactionnaire en Europe fondé sur un repli identitaire qui alimente la haine en désignant l’autre comme victime expiatoire. Déni du présent, l’illusion régressive est une réaction mortifère à cette autre forme d’illusion – technocratique – qu'est le "présentisme" et qui consiste à vouloir résoudre les problèmes avec le mode de pensée qui les a générés, le nez rivé sur le guidon de la gestion quotidienne.

Incapables de se projeter dans le futur car privées de toute vision à long terme, les castes au pouvoir s’avèrent totalement impuissantes à développer une pensée globale qui rende compte de la complexité et de la dynamique de nos sociétés. Si l’illusion régressive est assez spectaculaire dans son refus du changement, l’illusion réformiste de la technocratie n’en est pas moins dangereuse. Elle applique la pensée technique et segmentée de l’ère industrielle au monde complexe et interdépendant d’une ère informationnelle qui nécessite une vision globale et systémique, dynamique et prospective. C’est ainsi qu’au lieu de résoudre les problèmes, elle ne fait que les approfondir. 

Une illusion technocratique 

Nous avons suffisamment déconstruit cette illusion technocratique dans deux séries de billets intitulés Experts et Visionnaires (3 billets) et Entre l’ancien et le nouveau monde (7 billets) pour ne pas avoir à y revenir ici. Nous proposons aux lecteurs intéressés de se référer à ces analyses. L’illusion réformiste de la technocratie consiste, selon le célèbre mot de Lampedusa, à faire en sorte que tout change pour que rien ne change. Le réformisme c’est l’autre nom du conformisme qui, pour perdurer sans avoir à se transformer, utilise les changements de son milieu pour les mettre à son profit.

Les illusions régressives et technocratiques sont deux expressions – traditionnelles et modernes – d’une même résistance à la dynamique d’une évolution culturelle qui inclut la tradition et la modernité en les transcendant dans un nouveau stade évolutif dont nous tentons de préciser les formes, semaine après semaine, dans ce blog.

Ce nouveau stade évolutif est celui d’une intelligence connective - à la fois sensible et rationnelle, intuitive et collective - incarnée par l’Homo Conexus qui se développe en co-évolution avec les diverses sphères de son milieu : géosphère et biosphère, technosphère, sociosphère et noosphère. 

Sortir de l’impasse

Les illusions régressives et technocratiques se nourrissent l’une, l’autre, entraînant un débat aussi puéril que stérile qui, en alimentant les préjugés de chacun et l'inertie de tous, renforce les intérêts des dominants. On ne peut sortir de cette impasse que par le haut, en participant à la dynamique évolutionnaire qui inspire une nouvelle vision du monde à la fois globale et évolutive. 

Animés par cette dynamique, des réflexions et des initiatives, individuelles et collectives, poussent comme des champignons en automne. Elles proposent de nouvelles perspectives émancipatrices et évolutionnaires qui ne sont jamais relayées par les médias officiels dont le rôle est plus que jamais « d’engranger l’insignifiant dans la mémoire des résignés » selon la belle formule de Raoul Vaneigem. Il va sans dire qu'un tel mouvement ignore les frontières et qu'on le retrouve dans de nombreux pays à travers des formes différentes correspondant à chaque culture.

Nous évoquons régulièrement quelques-unes de ces initiatives dans Le Journal Intégral et nous nous sommes fait l’écho de certains évènements qui ont lieu en cette rentrée mais il en existe bien d’autres dont nous sommes informés et dont ne nous ne pouvons pas rendre compte, faute de temps et de place, mais aussi parce que nous n’avons pas pour vocation à répertorier de manière exhaustive la multiplicité de ces manifestations. 

Une vision globale et dynamique 


Contrairement à l’ancien paradigme de l’ère industrielle – analytique et mécaniste – la vision du monde en train d’émerger – celle de l’ère informationnelle – est à la fois globale et dynamique. On peut la résumer très succinctement par deux citations. La première est de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans ce monde ». Incarner soi-même le changement, c’est participer à la synchronisation de son intuition personnelle avec la conscience collective et de celle-ci avec la dynamique évolutive de la vie/esprit. 

Cette synchronisation permet devenir le vecteur conscient d’une dynamique évolutive à laquelle chacun participe en développant une vision globale qui intègre les dimensions individuelles et collectives, intérieures et extérieures. On ne peut faire évoluer les structures sociales sans faire évoluer simultanément les représentations culturelles comme il est impossible de faire évoluer celles-ci sans un développement de la conscience individuelle et collective et une transformation des comportements qui leur correspondent. 

La seconde citation est d’Einstein : " On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré". Elle implique une vision dynamique selon laquelle l’être humain participe d’un mouvement évolutif déterminant au cours du temps des changements de paradigme qui se manifeste à travers l'émergence d'une "vision du monde" concernant aussi bien la conscience et la culture que l’organisation socio-économique. Rien d’étonnant donc si, à un moment donné, une diversité de mouvements – sociaux et politiques, culturels et spirituels – traduisent ce changement de paradigme à travers des formes et des normes, des visions et des idées novatrices correspondant à leur domaine de réflexion et à leur champ d’action. 

Une mobilisation face à l'urgence

Bien plus qu’un corpus idéologique formel, ce qui sous-tend l’émergence de ce mouvement évolutionnaire c’est l'intuition commune d'une mutation profonde de nos sociétés et le diagnostic partagée que les « élites » au pouvoir sont incapables de l'’anticiper et de la comprendre, d'y participer et de l'accompagner, prisonnières qu’elles sont d'un formalisme abstrait totalement dépassé. 

Ce vide institutionnel entre l’ancien et le nouveau monde nécessite une mobilisation à la base pour coordonner la multitude des initiatives qui, sur le terrain, inventent des solutions concrètes inspirées par le nouvel esprit du temps. 

Le moment est sans doute venu pour le mouvement évolutionnaire de prendre conscience de lui-même, en se coordonnant et en s’organisant, en partageant ses analyses et ses intuitions, en élaborant une réflexion commune pour affirmer, face aux illusions régressives et technocratiques, une nouvelle vision du monde fondée sur la co-évolution de l’être humain et de son milieu. 

D'une multiplicité d’initiatives concrètes doit émerger une intelligence collective qui exprime une vision commune et réunit des forces encore dispersées afin de proposer un projet de civilisation correspondant à la mutation que nous vivons et dans lequel peut se reconnaître la conscience collective en évolution. 

Un universalisme concret

Fondée sur la perception des interdépendances et des complexités, cette vision globale s’inscrit dans la perspective d’un universalisme concret qui n’identifie pas l’homme à une entité abstraite - coupée du mouvement de la vie comme de la relation à son milieu - mais à une dynamique d’individuation. qui est celle du développement humain dans son milieu, à travers une complexité et une intégration croissantes.

Ce processus d'individuation permet de franchir les étapes successives d’un spectre de la conscience qui s’enracine dans les états archaïques jusqu’à s’élever vers une dimension créatrice et spirituelle en passant par toutes les nuances de la sensibilité et de la rationalité. Cette anthropologie évolutionnaire implique l’émergence d’un nouveau paradigme et le saut qualitatif qui lui correspond, seuls à même de relever les défis actuels de l’humanité. 

Aujourd’hui divers éléments du puzzle commencent à se réunir pour constituer les prémisses d’une organisation capable de porter un projet évolutionnaire. Le Collectif pour une Transition Citoyenne évoqué dans notre dernier billet regroupe d’ores et déjà douze organisations constituées pour devenir le catalyseur, le moteur et l’accompagnateur d’un changement porté par la société civile. Dans le prolongement de cette initiative, Les Etats généraux du pouvoir citoyen auront lieu Samedi 12 Octobre de 9h30 à 17 h à la Bourse du Travail à Paris. Cette nouvelle étape dans la constitution d’un mouvement évolutionnaire vise à synchroniser plusieurs organisations qui sont déjà elles-mêmes collaboratives.

La mise en place d'une telle synchronisation n'est jamais facile tant sont puissantes les forces centrifuges de division et de dispersion fondées sur les jeux de l'égo et du mental comme sur les enjeux de pouvoir, l'inertie des habitudes et des réflexes idéologiques, sans compter toutes les tentatives de récupération d'un système aux abois. Mais, nous le savons, ce ne sont pas les hommes qui font l'histoire mais le mouvement de l'histoire qui agit sur les hommes en rusant.

La puissance de la dynamique évolutive est telle qu'elle devrait permettre de surmonter toutes les forces centrifuges pour affirmer un point de vue évolutionnaire absolument fondamental pour l'avenir de nos sociétés. C'est dans cet esprit et avec cet espoir que nous proposons dessous le texte qui appelle aux États Généraux du pouvoir citoyen.

Appel pour des Etats généraux du Pouvoir Citoyen 


Organisé par le Pacte Civique, le Club de Budapest, Newmanity, Tao Village, le mouvement Colibris, le Collectif Roosevelt, le Labo de l’ESS, Dialogues en Humanité, le Collectif Richesses, le Collectif de la transition citoyenne… 

Réussir la mutation de nos sociétés 

Pourquoi ? 

Notre société est en panne de vision. Chômage de masse, démesure financière, précarité, inégalités sociales et discriminations, gaspillage des ressources naturelles, urgence climatique, confiscation du pouvoir et des richesses par une oligarchie, déficit démocratique… L’avenir que l’on nous prépare fait croître les peurs et les crispations. Il nourrit des courants autoritaires et xénophobes qui se développent dangereusement en France et dans toute l’Europe. 

Citoyen-e-s engagé-e-s individuellement et/ou collectivement, un constat nous réunit : nous ne voulons plus de cette vision désenchantée du monde. Nous savons qu’un autre avenir est possible. 

Comment ? 

Notre société traverse une mutation qui ne sera réussie que si elle est portée par une mobilisation citoyenne d’envergure. Voilà pourquoi nous lançons un appel pour la tenue d'Etats Généraux du Pouvoir Citoyen. 

Qui ? 

Cet appel s'adresse à vous, femmes et hommes prêt-e-s à se mobiliser, à s’entraider, à coopérer et co-construire la France de demain. Une France où les générations futures pourront vraiment partager la liberté, l’égalité, la fraternité.

Nous sommes nombreux et différents, mais convaincus que nos différences sont autant de richesse et d’opportunités d’échange et de dialogue, de rencontres et de convivialité. Ces Etats Généraux seront portés par les forces vives de notre société qui souhaitent faire de la politique autrement et réussir cette transformation.

Avec quels objectifs : 3 axes majeurs 

- Permettre une prise de conscience sur l’interdépendance des trois dettes, financière, sociale et écologique afin de favoriser la mobilisation face à la gravité de la situation

- Mettre en lumière et valoriser les initiatives citoyennes qui aujourd’hui, partout en France, proposent des solutions et des alternatives à cette crise de la démocratie, en alliant justice sociale, esprit d’entreprise, solidarité, créativité et sobriété heureuse. 

- Réunir une « société civique » en rassemblant tous les acteurs qui partagent le même sentiment d’urgence et la même volonté d’agir ensemble pour construire le monde que nous voulons pour nous et les générations futures, qu’ils viennent de la société civile, du monde politique, de l’entreprise ou des médias. 

Sous quelles formes ? 

Ces Etats Généraux prendront la forme d’une démarche rassemblant les énergies créatives et festives ; chacun pourra contribuer concrètement aux initiatives déjà en place, en proposer d’autres. Ensemble nous voulons peser très fortement auprès des instances locales, régionales et nationales, politiques et économiques, au fur et à mesure de l’agenda public : échéances électorales, conférence sociale de juin 2014 et conférence Climat de fin 2015… 

Nous voulons valoriser nos convergences, nous voulons débattre sereinement de nos désaccords. Nous voulons proposer une vision positive et réaliste du monde de demain et nous y engager avec détermination. Le défi est considérable. C’est ensemble que nous le relèverons ! 

Ressources


Sur l'illusion technocratique dans le Journal Intégral :
Experts et Visionnaires    (3 billets)    Entre l'Ancien et le nouveau monde  (7 billets)

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