mardi 9 août 2011

Le But (3) Commentaires

Dans mon avant-dernier billet, je faisais référence à Aphorismes, cette chanson dont Georges Moustaki a écrit la musique sur un poème de Sri Aurobindo intitulé Le But, posté ici l’année dernière. Suite à la lecture de ce billet, Serge Durand a écrit ici, dans son blog Foudre, un commentaire de ce poème, profond et éclairant, qu’il m’a autorisé à reproduire.

Foudre évolutive

Professeur de philosophie
, Serge Durand est un fin connaisseur de la pensée et de l’œuvre de Sri Aurobindo. Il est, entre autre, l’auteur de deux blogs qui devraient passionner celles et ceux qui se sentent concernés par la culture intégrale. Le premier, Carnet Philosophique, fait référence à sa recherche philosophique et spirituelle inspirée par Sri Aurobindo, Mère, leurs disciples comme Satprem, mais aussi Douglas Harding et sa Vision sans Tête ainsi que Ken Wilber et le mouvement intégral. En référence au feu de conscience allumé et alimenté par ces auteurs et enseignants, le second blog, intitulé Foudre cherche à répondre à la question suivante : comment faire de ce feu de la foudre évolutive ?

Serge Durand est aussi l’auteur d’ouvrages, concernant le plus souvent la philosophie, disponibles en ligne ici. Parmi ceux qui concernent plus particulièrement la culture intégrale, les Essais d'évolution consciente de la conscience s'inscrivent dans ce que Alan Kazlev a nommé le courant de pensée intégrale large. Il s'agit de montrer que la philosophie continentale et plus particulièrement la phénoménologie herméneutique pourraient être renouvelées par la lecture et la prise au sérieux d'auteurs spirituels majeurs de ce début du XXIème et du XXème siècle.

Un autre de ces ouvrages est une explication de la conférence La conscience et la vie de Bergson. Les concepts principaux d'Herni Bergson sont expliqués dans le contexte de cette conférence et à l'aide de son ouvrage L'évolution créatrice. Le contexte et les enjeux du texte portent sur le darwinisme comme figure du matérialisme et sur le finalisme tel qu'aujourd'hui le néo-créationnisme le conçoit.

Un nouveau type de penseurs

La France est le pays des ismes (cartésianisme, positivisme, structuralisme etc...) où règnent les systèmes abstraits. Il est très rare d’y trouver un philosophe qui ose se référer à des enseignements et à une pratique spirituels. Et pourtant l’expérience intérieure et la réflexion conceptuelle, loin d’être étrangères, se nourrissent et s’éclairent l’une, l’autre dans toutes les grandes traditions.

Un nouveau type de penseurs, comme Serge Durand, réactualise cette alliance traditionnelle entre raison et vision. Ce qui leur permet de proposer des éléments de sagesse pour le vingt et unième siècle. Serge Durand le fait en en réconciliant la précision analytique propre à la culture française avec une expérience intérieure nourrie au feu d’enseignements inspirés. Cette démarche originale lui permet dans ses blogs de traiter de multiples thèmes à partir d’un contexte à la fois humain, philosophique et spirituel.

Il le fait le plus souvent avec des mots simples qui font de lui un passeur entre des démarches parfois complexes et novatrices, et une culture française peut familière de spiritualité (c’est un euphémisme !...) Ceci permet, par exemple, de saisir les nuances, parfois essentielles, entre les approches intégrales de Ken Wilber et de Sri Aurobindo. Ses commentaires ci-dessous, nous permettent de mieux saisir la signification profonde d’un poème qui résume, nous semble t’il, la démarche évolutive au cœur de toute approche intégrale.


Serge Durand. Commentaires au poème de Sri Aurobindo, Le But

Avertissement.
Précisons que ces commentaires ne sont pas exhaustifs. Ils tentent un éclairage à partir des données immédiates de l'éveil à Cela que par exemple la Vision Sans Tête ou l’éveil évolutif nous donne. La spiritualisation dont parle Sri Aurobindo m'est inconnue en la perfection qu'il décrit. Quant à la supramentalisation, ce n'est pour moi qu'une hypothèse que de très rares percées et mon besoin d'être m'amènent à envisager et à espérer.

Quand nous avons dépassé les savoirs, Alors nous avons la connaissance
La raison fût une aide, La raison est l'entrave

La raison n'est pas la véritable connaissance qui ne peut être qu'une connaissance par identité, une conscience consciente d'elle-même. Ainsi Cela n'est connu que par Cela. Lorsque Cela est envisagé par la raison, il est représenté par des images mais Cela n'est pas connu. Cela n'est connu que par Cela c'est-à-dire sans médiation. L'ego qui est connu en Cela reste un voile de Cela qui interdit plus ou moins la prise de Conscience de Cela. L'ego induit encore une aventure vers une connaissance de Cela par Cela sans voile. L'ego est mental, vital et physique pour Sri Aurobindo.

Quand nous avons dépassé les velléités, Alors nous avons le pouvoir
L'effort fût une aide, L'effort est l'entrave

Nous avons tous plus ou moins des velléités de perfection. Nous aspirons de temps à autre à plus de perfection pour nous-mêmes. Mais ce but nécessite des efforts pour avoir une aspiration plus constante. Ce but exige une concentration plus profonde d'abord dans la foi pour le divin, ensuite quand il y a connaissance, une concentration pour s'aventurer davantage dans le divin sans l'oublier. Mais au fond cette concentration est le reflet d'une lumière, d'un feu d'aspiration tout au fond de nous-même d'abord entrevu, à peine perceptible mais qui revient entre les nuages porter son feu de gloire.

Quand cela surgit de l'espace de perception à la croisée de la dimension universelle et de la dimension individuelle de cet espace alors il y a comme cette lumière dans le cœur qui brille sans effort. C'est comme un paradoxe de paix, de joie et de besoin d'être, d'aspiration patiente à plus. A l'effort de la concentration succède la grâce qui exige comme un effort vers l'absence d'effort pour laisser Cela agir de lui-même.

Quand nous avons dépassé les jouissances, Alors nous avons la béatitude
Le désir fût une aide, Le désir est l'entrave

Le désir de Cela faisait comme des jouissances. L'ego qui cherchait Cela se voyant en Cela jouit, satisfait d'être l'émanation de Cela par laquelle Cela redevient conscient de Cela. Il y a comme un mouvement jouissif de va et vient entre la conscience de Cela et la conscience de l'ego par le biais de la conscience de l'ego redécouvrant Cela. Mais à vrai dire ce mouvement jouissif n'est pas la joie inhérente à la lumière de Cela à la croisée de ses dimensions transcendante, universelles et individuelles. En cette lumière de Cela à la croisée de son individualisation, de son universalité et de son unité, il y a une joie qui n'est pas une jouissance d'un sujet pour un objet.

Pour Sri Aurobindo la jouissance qui implique un reliquat de sujet et d'objet fera place dans l'approfondissement de la vision de Cela à la joie sans objet dans laquelle Cela se manifeste. La béatitude est, dans cette perspective, la nature même de Cela qui se manifeste. L'individualité n'est plus qu'une ridule de l'océan de la béatitude, Cela même Qui s'auto-crée en Cela. Et c'est le désir soudain qui nous exile de cet océan de béatitude nous amenant à rejouer le jeu du sujet et de l'objet, le jeu du chercheur qui à l'occasion jouira de sa découverte de Cela, oubliant ce qu'il ne cesse d'être une ridule de béatitude dans l'océan de la béatitude.

Quand nous avons dépassé l'individualisation, Alors nous sommes des personnes réelles
Le moi fût une aide, Le moi est l'entrave

Nous touchons donc pour Sri Aurobindo à ce moment où la lumière à la croisée de l'universel et de l'individuel n'est plus enfermée dans le reflet d'un ego qui cherche à en jouir. Le moi qui était jusque là la condition nécessaire de la réalisation de CELA. Le moi qui devait vouloir et désirer s'éveiller à CELA puis qui lui ayant permis de se réaliser à travers lui devait sans cesse se rappeler de sa Présence pour le laisser rayonner à travers lui devient alors un obstacle à la réalisation de CELA.

Pour Sri Aurobindo, là où il y avait un ego se sacrifiant à CELA, il ne restera qu'une individualisation de CELA, un pur instrument cristallisant consciemment la volonté de CELA. Cette individualisation n'est plus qu'une distinction sans différence de la cosmicité et de la transcendance de CELA.

Quand nous dépasserons l'humanité, Alors nous serons l'homme
L'animal fût une aide, L'animal est l'entrave

Le dernier paragraphe ouvre la perspective de la supramentalisation qui succèderait à la spiritualisation. Selon Sri Aurobindo, la spiritualisation dans sa perfection consiste donc en ce que le chemin spirituel n'est plus mené par le moi mais par CELA seul. Cette spiritualisation s'accomplit au niveau de l'intelligence, de la volonté et de l'affection. La supramentalisation commencerait par la transformation de notre réalité pulsionnelle.

Nos pulsions d'appropriation (la faim comme la recherche de possession, etc.), de reconnaissance (la gloire aussi bien pour l'histoire que la focalisation des regards de la table voisine, l'agressivité qui va de l'irritation au surgissement de violence, etc.) et de reproduction (sexuelle, liée à la conservation du corps et à ses habitudes plus ou moins bonnes, etc.) sont les ferments inconscients de notre animalité qui ne disparaît pas avec la spiritualisation mais qui se civilisent.

La supramentalisation consisterait d'abord à les transformer en une intelligence alors qu'elles sont des forces mécaniques qui souterrainement agissent et que la spiritualisation pouvait juste tenir en bride. L'homme en ce sens pourrait être fondamentalement le premier être vivant capable d'évoluer biologiquement et non seulement spirituellement. Cette vocation d'être homme serait paradoxalement le dépassement de notre réalité humaine biologique...

1 commentaire:

  1. Merci à olivier qui souligne positivement:La pensée et le travail sur le corps de l'Immense
    Sri Aurobindo et des ouevres deSerge Durand.
    Il y aura toujours la difficulté de parler du
    Supramental,de son approche avec notre raison raisonneuse et les mots qui se décrochent du Mental.(Le Supramental s'expliquera de lui-Même,
    nous dit Sri Aurobindo)Et ce n'est pas la pensée
    qui évolue(nous souligne satprem!)c'est le corps.Pour gégé,le feu est toujours actif depuis 1970.Et l'Agenda de Mère est complétement >radio Actif>Suivi des carnets de Satprem.C'est une véritable nourriture qui demande à être la principale source de nos concentrations solitaires,24h.sur 24.Toute La vie est Yôga.
    les lectures de Mère,de Satprem et de Sri Aurobindo ne sont pas de la philosophie.
    Sri Aurobindo n'est pas un philosophe!c'est un poète,et il cache dans ses mots ou ses chants;
    ce qu'il a expérimenté,ce qu'il a touché,ce qu'il a vécue,c'es de la poésie Mantrique qui
    délivre ses pouvoirs à celui qui a développé une
    intuition PURE.Dans le sens du Veda,c'est un voyant( un kavi)son yoga de la matière,est un yoga ou l'on palpe,on touche,ce n'est pas des abstractions et encore moins une évasion de la vie dans des hauteurs soit-disant
    gérard reconnaît quand même ! que c'est un yoga pour les forts.Les Maîtres nous ont ouverts la voie!Le supramental protégera en premier,tous les chercheurs sincères de cette nouvelle évolution2...Cette nouvelle conscience est descendue activement en 1968 et bouleverse tout.
    a plus tard! aum namo Bhagavaté en vous tous!
    gérard de Dunkerque.FR

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