mardi 22 avril 2014

Un Mouvement Intégral Européen


Nous sommes au cœur d'une mutation où s'annonce un renversement de perspective. Raoul Vaneigem


Aux Etats-Unis, trois conférences internationales ont déjà réunies autour de la théorie intégrale des représentants de nombreux pays. Edgar Morin était un des invités d’honneur de la troisième conférence internationale qui s’est déroulée du 18 au 21 Juillet 2013 à San Francisco. 

C’est à Budapest, en Hongrie, que va avoir lieu du 8 au 11 Mai 2014 la première conférence sur la théorie et la pratique intégrale en Europe. Une occasion pour les cinq cents participants de témoigner et de célébrer l’émergence de la conscience intégrale en Europe. 

Un mouvement européen 


Durant la dernière décennie, la conscience intégrale a émergé sur une vaste échelle en Europe continentale à travers de multiples expressions. Cette nouvelle structure de conscience se manifeste à travers une grande variété de domaines allant de la psychologie, de la spiritualité, de l’économie et de l’écologie à la vie politique, au leadership, à l’éducation, à l’intelligence collective et au management. 

Les membres de cette vaste communauté ont attendu pour se rencontrer. L’Integral European Conference qui aura lieu à Budapest du 8 au 11 mai prochain permettra d’affirmer l’identité de la communauté intégrale en Europe en lui donnant un rôle important dans le mouvement intégral international. Ce sera une occasion de voir où en est le mouvement intégral en Europe et d’explorer ses nouveaux horizons. 

Cette manifestation est conçue pour ne pas être simplement une rencontre intellectuelle et académique mais plutôt un champ global où science académique, pratiques de transformation et communication interpersonnelle puissent converger à travers le mariage harmonieux du sens, de la sensibilité et de la convivialité. 

Un programme d’une grande richesse 


Carine Dartiguepeyrou
Dans le cadre de cette manifestation auront lieu cinq conférences majeures avec les interventions de Ken Wilber (en vidéo), Roger Walsh, Ervin Laszlo avec Carine Dartiguepeyrou, Suzanne Cook-Greuter et Thomas Hübl. On pourra aussi assister à quatre-vingt-dix présentations correspondant à vingt-cinq sections thématiques. Il sera possible de participer à de nombreux ateliers et à des évènements festifs concernant l’ensemble de la communauté réunie à cette occasion.

Parmi les français présents à cette manifestation, on notera donc la présence de Carine Dartiguepyrou, présidente du Club de Budapest France et directrice d’un ouvrage collectif intitulé La Nouvelle Avant-garde, Vers un changement de culture dont nous avons rendu compte ici. 

Vice-président du Club de Budapest, Alain Gauthier évoquera Le Co-leadership évolutionnaire, titre de l’ouvrage paru cette année et que nous avons évoqué ici. 

Quand à Brian van der Horst, français de cœur que nous avons présenté ici, il parlera du changement de croyance, de critères et de valeurs dans la thérapie et le coaching intégral. 

Sur le site dédié à cette manifestation, on trouvera le programme détaillée de toutes les activités avec une présentation des intervenants, des thèmes traités et des évènements conviviaux. 

Présentation Vidéo 

Ressources 


Budapest, capitale de la Hongrie, pont entre l'Ouest et l'Est de l'Europe


vendredi 11 avril 2014

Synchronisation Intégrale


Être spirituel, c'est voir la totalité dans le particulier. Vimala Thakar 


L’exercice que nous proposons ci-dessous vise à synchroniser la conscience individuelle et la conscience collective à la dynamique évolutive de la vie/esprit. Se synchroniser c’est retrouver le rythme d’une temporalité commune au cours de laquelle cette dynamique, en actualisant votre potentiel, transforme votre intention créatrice en intensité existentielle.

Cet exercice a pour but de relier votre singularité individuelle à la totalité dont elle procède. Vous pourrez vous y référez chaque fois que vous sentirez la pesanteur et la pression du monde se manifester en vous à travers un sentiment d’isolement. Autant la solitude peut mener à la plénitude, autant l’isolement enferme l’individu dans une perception de soi fragmentée qui le coupe de son intériorité. 

A travers cet exercice de synchronisation, nous chercherons tout simplement à développer un septième sens : le sens de la totalité qui transforme notre isolement en plénitude.

Synchronisation Intégrale

La philosophie intégrale n’est pas réductible à un système conceptuel. Ce qu’elle propose c’est avant tout l’émergence en soi d’une nouvelle vision du monde. Cette émergence nécessite de se libérer de l’emprise du mental conditionné qui, pour des raisons utilitaires, désintègre le monde en diverses parties afin que nous puissions l’analyser et l’objectiver dans le but de nous rendre « comme maître et possesseur de la nature » selon la célèbre formule de Descartes.

Se libérer de l'emprise du mental c'est retrouver en soi les ressources vivifiantes d’une intuition créatrice qui permet de saisir, derrière le désordre des apparences, l’évidence d’un ordre sous-jacent dont nous sommes partie prenante et apprenante. 

S’intérioriser c’est relativiser le mental et ses distinctions abstraites pour retrouver en soi le sens d’une harmonie profonde qui unit la conscience à son milieu d’évolution à la fois naturel et cosmique, social, culturel et spirituel. 

Tel est le rôle de la philosophie intégrale : faire surgir une vision globale qui, en recollant les morceaux éparpillés par le mental, donne du sens à notre expérience c’est-à-dire une direction et une signification. 

Cette vision intégrale doit être abordée non seulement avec notre intelligence mais avec tout notre être, notre intuition, notre sensibilité et notre instinct. Il  nous faut compléter et compenser le raisonnement qui divise par une résonance intérieure qui unifie.

Que votre souffle devienne le vecteur de votre inspiration en infusant dans votre corps un imaginaire qui le régénère. 

La force de l'égrégore


En cet instant, nous vivons dans des lieux différents, connectés physiquement par la technologie et connectés consciemment par une inspiration commune reliant toutes les personnes qui, de par le monde, développent la même intention. 

Nous pouvons profiter de cette situation pour sortir de notre isolat individuel en synchronisant notre conscience individuelle avec la force de cette conscience collective que les anciens nommaient égrégore. En percevant l'énergie de cet égrégore et sa puissance, vous mesurez l’illusion qui consiste à se croire isolé. 

Non seulement l’être humain est un être social mais c’est aussi et surtout un être culturel qui participe, de l’intérieur, à la dynamique d’une intersubjectivité. L’intersubjectivité est cet organisme supra-individuel qui tisse le lien vivant et vibrant entre votre propre subjectivité et un champ de force collectif en évolution permanente. 

La force de cet égrégore intensifie votre connexion personnelle avec la dynamique créatrice de la vie-esprit. A travers le rythme régulier de votre souffle, vous communiez avec ce mouvement de diastole/systole qui relie conscience individuelle et collective au rythme universel de la vie/esprit. 

Profitez de ces quelques instants pour vous libérer des formes-pensées qui vous identifient à la minuscule sphère de l’égo. 

Entrez dans votre souffle comme on entre en méditation, avec l’intention de retrouver cette liberté irréductible qui est l’attracteur secret de tout votre être et le principe même de son développement. 

Osez l’infini à travers un saut créatif hors des frontières du connu pour vous donner à l’Un connu uniquement de l’intérieur. 

Prenez votre temps pour le donner à l’intemporel qui le redimensionne. 

Accordez-vous à ce souffle subtil qui vous relie à ce que vous êtes réellement : des parties infimes d’un esprit infini, des cellules d’un organisme multidimensionnel en évolution, les pièces d’un puzzle dont l’image apparaît et prend son sens dès lors que l’on s’éveille à une dimension globale qui dépasse les frontières abstraites du mental. 

Habitant du Kosmos

La philosophie intégrale considère la réalité comme un Kosmos c’est-à-dire un tout ordonné et vivant dans lequel le sensible et le suprasensible, la matière et l’esprit, l’individu et le collectif, le quantitatif et le qualitatif, forment une unité harmonieuse et cohérente. 

Cette vision du monde est à la fois très ancienne et très novatrice. Elle puise dans les racines d’une connaissance traditionnelle pour élever sa sève créatrice vers une nouvelle perspective où l’être humain devient le vecteur conscient de la dynamique évolutive. 

Cette dynamique de l’évolution est à la fois unifiée et bidirectionnelle. Elle se déploie intérieurement à travers une conscience de plus en plus profonde et intégrée, comme elle s’exprime à l’extérieur - dans le monde manifesté - à travers des formes de plus en plus de complexes. 

Vous devenez un évolutionnaire dès lors que vous participez de manière consciente à ce mouvement créateur de la vie/esprit qui est celui d’un organisme global et multidimensionnel en développement continu. 


Dans La Déclaration d’Unité, Ervin Laszlo a cherché à exprimer cette expérience de connexion intime qui relie la subjectivité à une totalité qui la transcende et la constitue : 

« Je fais partie du monde. Le monde n’est pas en dehors de moi, et je ne suis pas en dehors du monde. Le monde est en moi et je suis en lui. 

Je fais partie de la nature et la nature fait partie de moi. Je suis ce que je suis dans ma communication et communion avec l’ensemble du vivant. Je suis un tout irréductible et cohérent avec le réseau de la vie sur la planète. 

Je fais partie de la société, et la société fait partie de moi. Je suis ce que je suis dans ma communication et communion avec mes pairs humains. Je suis un tout irréductible et cohérent avec la communauté des humains sur la planète. 

Je suis plus qu’un organisme fait de peau et d’os ; mon corps, mes cellules et organes sont la manifestation de ce qui est réellement moi : un système dynamique auto-suffisant, auto-évoluant, émergeant, se maintenant et évoluant en interaction avec tout ce qui existe autour de moi. 

Je suis une des manifestations parmi les plus hautes, les plus évoluées de la cohérence et du Tout au sein de l’univers. Tous les systèmes conduisent à une cohérence et à une globalité en interaction avec les autres systèmes, et mon essence vient de cette expression cosmique. C’est cette même essence, ce même esprit qui est inhérent à toutes les choses qui émergent et évoluent dans la nature, qu’elles soient sur Terre ou ailleurs dans l’infini de l’espace et du temps. » 

Le sens de la totalité

Cet exercice de synchronisation relativise les mirages du mental qui enferme notre conscience dans le monde étroit des apparences où règne l'égo. L’expérience de la vie n’est rien d’autre que celle d’un décentrement qui nous libère progressivement d’une vision individuelle pour embrasser une perspective de plus en plus large à travers des stades de développement successifs. 

Einstein a su décrire avec talent cette expérience de décentrement : "Un être humain est une partie du tout que nous appelons "univers", une partie limitée par le temps et l'espace. Il expérimente ses pensées et ses sensations comme étant séparées du reste - une sorte d'illusion d'optique de sa conscience. Cette illusion est une prison pour nous, nous restreignant à nos désirs personnels et à n'éprouver de l'affection que pour quelques proches. 

Notre tâche doit être de nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion, afin qu'il embrasse toutes les créatures vivantes et l'ensemble de la nature, dans toute sa beauté." Et de résumer sa pensée en une seule phrase : « Ce qui fait la vraie valeur d'un être humain, c'est de s'être délivré de son petit moi. » 


L’univers évoqué par Einstein n'est lui-même qu'une partie d’un Kosmos multidimensionnel tel que l’entendait les pythagoriciens et qui contient à la fois le cosmos (ou la physiosphère), le bios (ou la biosphère), la psyché ou noūs (la noosphère) et theos (la théosphère ou domaine de l’Esprit). Le but de la vision intégrale est de développer ce septième sens qu’est le sens de la totalité. 

Développer en soi le sens de la totalité c’est accorder ces différentes dimensions du Kosmos que sont les sphères physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles. C’est cheminer tout au long de sa vie à travers les diverses étapes évolutives qui mènent d’une vision égocentrée à une vision Kosmocentrée en passant par les stades ethnocentrique et mondocentrique. 

Développer en soi le sens de la totalité c’est participer à l’émergence d’une intelligence connective à la fois sensible et rationnelle, intuitive et collective. C’est synchroniser en permanence la conscience individuelle et la conscience collective à la dynamique évolutive de la vie/esprit. 

Développer en soi le sens de la totalité, c’est voir dans cette dynamique évolutive l’expression temporelle d’un Esprit transcendant. C’est développer une conscience non-duelle qui perçoit chaque phénomène comme une manifestation de l’Esprit. C’est percevoir l’Un dans la profondeur du Multiple et le Multiple comme l'expression créatrice de l’Un. 

Comme le dit Vimala Thakar : « La vie est une totalité. C'est une entité organique homogène dans laquelle tout est relié. La corrélation entre tout ce qui vit et bouge est complexe. La vie est toujours entité, une entité qui ne peut jamais être fragmentée. Elle est non divisible, non fragmentable. C'est un tout. Etre spirituel, c'est voir la totalité dans le particulier. 

Les sens intégrés dans le corps ont leur propre limite, ils ne peuvent pas appréhender la totalité de la vie. Ils ont la capacité d'atteindre un objet particulier, à un moment précis. Le particulier est relié à la totalité de façon organique, la totalité est dissimulée dans le particulier. L'illusion a lieu quand le particulier est perçu comme singulier, séparé du tout ; mais quand il est vu dans le contexte du tout, il est aussi divin que la totalité. Etre spirituel, c'est être capable de voir la totalité cachée, dissimulée dans le particulier. » 

Percevoir votre conscience singulière comme l’expression d’une totalité qui la fonde et la constitue, tel est le but de cet exercice de synchronisation intégrale. Se synchroniser c’est retrouver le rythme d’une temporalité commune au cours de laquelle une même dynamique évolutive, en actualisant votre potentiel, transforme votre intention créatrice en intensité existentielle. 

Ressources 


mardi 1 avril 2014

La Méditation c'est l'Intégralité


La méditation, c'est la rencontre de l'éternité dans le moment présent. Vimala Thakar 


Dans mon dernier billet, j’évoquais ma découverte de la méditation évolutionnaire grâce à l’émission "Onde de méditation" sur Radio Evolutionnaire. En introduction à une de ces émissions, son animateur - Denis Averland - a lu un texte sur la méditation qui m’a profondément touché. Je ne connaissais pas l’auteur de ce texte - Vimala Thakar - dont j’ai tapé le nom sur Google avec une orthographe incertaine. C’est ainsi que je suis tombé sur le site crée par Patrick Delhumeau - avec le soutien des « amis de Vimala Thakar » - dont le pour but est de faire connaître Vimala Thakar et ses enseignements. 

Ce fut une très belle découverte. Non seulement, j’ai retrouvé le texte que je cherchais et qui s’intitulait « La méditation, c’est l’intégralité » mais je découvrais un enseignement aussi profond qu’actuel. Dans la lignée d’un Krishnamurti qui l’a inspiré, Vimala Thakar propose de développer une nouvelle conscience humaine, libre de tout dogme et de toute autorité, à commencer par celle de l'ego. Elle promeut une révolution intérieure et relationnelle assez dynamique pour diffuser à travers toute la société grâce à une méditation toujours plus attentive au quotidien et à une compassion toujours plus aimante. 

Pour Vimala Thakar la méditation ne se réduit pas à une pratique mais elle est « un état d’être » et « une manière de vivre », deux titres de ses conférences dont je propose des extraits ci-dessous. Suite à ces textes, j’évoquerai brièvement sa biographie qui illustre sa trajectoire spirituelle. Le but de tout ceci est de donner envie d’explorer un enseignement qui s’inscrit totalement dans la perspective intégrale des Trois Yeux de la Connaissance réactualisée par Ken Wilber puisque que Vimala Thakar considère la méditation comme « une science plus précise que toutes les sciences physiques, c'est la méthode d'investigation de la réalité spirituelle. De même que les sciences physiques existent, ceci est la science de la vie, la science qui nous permet de découvrir l'essence de la vie ». 

La méditation c’est l’intégralité

Vimala Thakar

Le lieu de la méditation, c'est l'être, sans temps, sans son, sans motif. 

Quand surgissent les défis et que l'action est nécessaire, l'être total répond, d'une façon alerte et sensible, dans une vibrance spontanée, mais quand l'action n'est pas nécessaire, l'être se relaxe dans le lieu du silence sans mouvement, et là, il est régénéré. 

Passant au travers de la réalité bien déterminée du connu et de la sombre forêt de l'inconnu, vous atteignez la réalité non cérébrale, la réalité telle qu'elle est, là où il y a libération de tout esclavage. 

Après avoir fait la traversée, vous revenez vivre avec les sens, avec le monde cérébral, en utilisant la pensée. Vous revenez, mais vous n'êtes plus seul, parce que le bien-aimé, la réalité, l'essence de la vie est avec vous. La séparation n'est plus possible. Ce changement n'est pas un achèvement mais une croissance totale; ainsi il n'y a pas de peur de le perdre. 

L'esprit possède intact tous les talents et toutes les capacités : tout est là. Cependant, quand l'activité mentale n'est pas nécessaire, la pensée n'agit pas, ne bavarde pas sans cesse. Il y a cessation totale de l'activité mentale. Cela, c'est la réelle méditation. 

Ainsi, la méditation c'est vivre dans la liberté inconditionnelle et la relaxation de l'innocence, et se trouver relié à tout par l'indescriptible beauté de cette innocence. 

La méditation, c'est la rencontre de l'éternité dans le moment présent. La voie méditative implique la totalité de l'être dans chaque réponse à chaque mouvement de la vie à l'intérieur et au dehors. 

 L'état de méditation est présent du matin jusqu'à la nuit à travers toutes les relations, toutes les activités de la journée. Ce n'est pas une acquisition de l'esprit qui vous serait accordée toutes les fois que vous auriez le temps. 

La méditation, c'est la perception de toute chose en relation avec la totalité, la réponse à toute chose dans la perspective de l'intégralité. Rien dans la vie ne s'égare, rien n'est en dehors de l'intégralité.

C'est résoudre chaque problème comme il vient, résoudre chaque tension comme elle se présente. C'est faire face sans crainte aux défis de la vie, vivant pleinement chaque moment, et puis mourant à lui. La méditation, c'est être relié aux faits tels qu'ils sont et non souhaiter les évincer. C'est vivre exposé à chaque mouvement de la vie sans aucun mécanisme de défense. 

La méditation, c'est marcher à travers les couleurs de la dualité, de la joie et du chagrin, de la naissance et de la mort, de la souffrance et du plaisir, dans la grandeur de l'intégralité, dans l'austérité de l'attention, sans être empêtré, bloqué où que ce soit. 

La méditation ne peut pas être enchaînée au temps et à l'espace, elle n'est limitée par aucune des constructions de l'esprit. 

Par la méditation, vous devenez capable de vivre en relation avec l'infini, l'éternité, le sans-mesure; et l'intelligence cosmique, le principe de vie qui n'a pas été conditionné par l'esprit humain, agit et opère. IL apporte la sensibilité, la spontanéité, la créativité à chaque action. Une terrible force d'intelligence commence à opérer. Chaque pore de votre être devient le centre de l'intelligence. 

La personne qui vit en méditation devient une cellule vivante d'une vie nouvelle, d'une nouvelle approche de vie commune dans la paix, d'une façon innovatrice de résoudre les problèmes intensément litigieux en face desquels se trouve l'humanité. 

La méditation est une pertinence pour les vies de ceux qui aspirent ardemment à vivre. Elle est pertinente pour les vies de ceux qui sentent qu'être vivant est une bénédiction. 

 (Extrait de La méditation, une manière de vivre. Traduction par P. et M.Hanriot de « Meditation, a way of life » édition de 1985)

La méditation, un état d’être 


La méditation concerne ceux qui aspirent à vivre et sentent que vivre est une bénédiction. Elle concerne ceux qui voient combien la vie les a bénis en leur donnant l'opportunité de vivre en relation avec les autres. A moins d'avoir foi dans la vie, à moins de voir le caractère sacré de la vie, l'acte de vivre est dénué de sens. 

La vie est une totalité. C'est une entité organique homogène dans laquelle tout est relié. La corrélation entre tout ce qui vit et bouge est complexe. La vie est toujours entité, une entité qui ne peut jamais être fragmentée. Elle est non divisible, non fragmentable. C'est un tout. Etre spirituel, c'est voir la totalité dans le particulier. 

Les sens intégrés dans le corps ont leur propre limite, ils ne peuvent pas appréhender la totalité de la vie. Ils ont la capacité d'atteindre un objet particulier, à un moment précis. Le particulier est relié à la totalité de façon organique, la totalité est dissimulée dans le particulier. L'illusion a lieu quand le particulier est perçu comme singulier, séparé du tout ; mais quand il est vu dans le contexte du tout, il est aussi divin que la totalité. Etre spirituel, c'est être capable de voir la totalité cachée, dissimulée dans le particulier… 

Le savoir n'est pas suffisant pour une transformation. Avec l'aide des mots, de la philosophie, nous pouvons voir la totalité organique, l'homogénéité de la vie. Mais voir n'est pas suffisant, la compréhension intellectuelle n'est pas suffisante. Le savoir ne peut transformer la moelle intérieure de notre être ; il est stérile. La compréhension intellectuelle peut faire de vous un érudit, mais elle ne peut vous transformer. 

Pourquoi le savoir intellectuel, mis en réserve dans la mémoire, ne peut-il transformer l'être humain tout entier ? Parce que les conditionnements sont gravés, non seulement dans le cerveau, mais dans tout l'être humain, dans le système neurologique, chimique et hormonal. Le mental n'est pas seulement contenu dans le cerveau, mais c'est vous tout entier. Les conditionnements de la famille, de la communauté sont gravés dans la totalité de votre être. 

Le mot et ses interprétations mises en réserve dans la mémoire peuvent changer la couche superficielle de la conscience, mais ils ne peuvent atteindre ni le subconscient ni même l'inconscient. C'est pourquoi une personne qui a étudié la Gità, le Vedânta, etc... n'est pas à l'abri de la colère, de la jalousie et autres mouvements psychologiques. Tout le savoir est balayé par le poids du passé. Il n'est pas suffisant ; la méditation est nécessaire. … 


Quand on me demande : "Comment méditez-vous ? Y’a-t-il une méthode ?". Je supplie de comprendre que la méditation n'est pas une activité de l'esprit ou du corps. C'est un état d'être dans lequel on peut grandir, grandir totalement. C'est un état où le mouvement du passé en nous, du subconscient, de l'inconscient et du conscient, se fragmente, s'arrête, et fait place au silence total du mental conditionné. C'est un état de non mouvement dans la partie psycho-physique de notre être. 

Nous vivons dans des structures socio-économiques où, tout le jour, on doit travailler dur, physiquement et intellectuellement, à une vitesse inhumaine. Le système nerveux, l'esprit, s'épuisent car ils fonctionnent sans répit et l'homme est arrivé à croire que bouger physiquement et intellectuellement, c'est vivre. 

Le mouvement est un aspect de la vie, mais le non-mouvement également, et tout aussi important. La parole est un aspect, une partie de la vie, mais le silence inconditionnel également. Forme et non-forme, son et silence, mouvement et non-mouvement, lumière et obscurité, naissance et mort, ces paires d'opposés constituent "l'entièreté" de la vie. L'homme les a opposées et il les regarde comme des entraves à la vie. Et cependant, y a-t-il une contradiction entre naissance et mort, ou la vie est-elle une continuité, un éternel océan d'"êtreté" sur lequel flottent les bulles de la naissance et de la mort ? 

Le silence est une part substantielle de notre vie, le non-mouvement est un état de notre être auquel nous n'avons pas accès. Notre façon de vivre, c'est d'amasser sans cesse, des objets sur le plan matériel, du savoir sur le plan intellectuel, de l'expérience sur le plan sensoriel et psychologique. Nous n'arrêtons pas d'amasser et le Je, le moi, l'ego se renforcent à chaque expérience, à chaque réalisation, et nous créons des barrières autour de nous par notre propre savoir, notre expérience, nos biens. Dans cet enclos, nous nous sentons en sécurité, nous vivons à l'écart, isolés de la totalité de la vie à cause du sentiment de possession. 

La méditation est une façon de vivre qui nous fait accéder à cette autre part de notre vie : le silence, le non-mouvement ; elle nous introduit dans notre pure êtreté qui n'a jamais été conditionnée et ne le sera jamais. .. (La méditation, un état d’être. Traduction par Françoise Mazet et Monique Tournier de « Meditation in daily life » édition de 1988) 

Qui est Vimala Thakar ? 

Vimala Thakar est une indienne et un auteur connu dans les milieux anglophones pour ses ouvrages de spiritualité qui sont souvent la transcription des nombreuses conférences et échanges donnés tout au long de trente années de voyage dans le monde entier. Elle est née en Inde, dans la province du Mahârâstra, près de Bombay en 1923, dans une famille de brahmanes. Elle y a grandi dans un climat de cosmopolitisme religieux et de tendresse familiale auquel elle dit devoir beaucoup. 

Krishnamurti
Après une formation universitaire et un voyage aux États-Unis et en Angleterre qui l'a mise en contact avec les disciplines scientifiques et les réalités technologiques, elle a rencontré Vinoba Bhave, héritier spirituel de Gandhi, soucieux de promouvoir une révolution sociale non-violente dans la société indienne. Elle est alors entrée dans le mouvement Bhoodan et y a passé huit années durant lesquelles elle a visité presque tous les états de l'Inde, tenant des meetings, organisant des camps de travail, collectant des dons de terres pour les distribuer aux paysans. Elle s'est formée durant ces voyages et à travers des séjours à l'étranger où elle a pu observer les effets de différentes formes de gouvernement et prendre conscience des méfaits causés par le racisme et les nationalismes de toutes sortes. Elle en a conclu à l'impuissance des systèmes politiques à rendre les hommes libres et heureux. 

Elle a connu alors une crise spirituelle profonde et une remise en cause de toutes ses certitudes. Elle parle elle-même d'une nouvelle et douloureuse naissance. La rencontre de Krishnamurti a joué un rôle dans ce retournement et a fait basculer son désir de révolution sociale en une exigence préalable de transformation personnelle. En 1961, celui-ci lui a conseillé de déplacer son champ de parole et d'action du domaine social au domaine spirituel. 

Une révolution intérieure 

A commencé alors un long périple à travers le monde pour partager avec qui voulait l'entendre sa conviction sur la nécessité d'une libération intérieure. Des groupes informels intitulés "les Amis de Vimala" ont fleuris dans le monde entier, se regroupant autour du thème de la révolution intérieure. Elle finit toutefois par les dissoudre pour éviter tout risque de fixation sur sa personne. Le récit de ces voyages a été publié en Inde en 1996 par sa secrétaire Kaiser Irani, sous le titre Vimalaji's Global Pilgrimage. 

Comme Krishnamurti, Vimala Thakar ne cesse de récuser en matière spirituelle le principe d'autorité. Ce n'est pas un enseignement hiérarchiquement cadré qu'elle propose mais un compagnonnage dans la recherche : "Je ne suis pas une autorité qui fait des exposés ou des discours. Je partage avec des amis, et ce partage est méditation. ". À la remarque: "Vos interventions et vos voyages, pas plus que ceux de Krishnamurti, n'ont changé le monde", elle répond : "Nous n'avons jamais prétendu changer le monde ni l'humanité, mais seulement partager modestement, avec quelques chercheurs sérieux, des valeurs d'amour, de compréhension et de compassion qui seules nous semblent capables de faire bouger la société". Vimala Thakar est décédée le 11 mars 2009 à Mont Abu (Rajasthan), à l'âge de 87 ans. 

Cet aperçu biographique est tiré du livre d'Alain Delaye : Sagesse Concordantes (Editions Acacias L’originel). L’auteur y évoque quatre grandes figures de la spiritualité moderne : Prajnânpad, Krishnamurti, Vimala Thakar et Etty Hillesum. On trouvera dans ce livre une présentation des enseignements de Vimala Thakar et une préface d'André Comte-Sponville qui écrit: " Voici un livre singulièrement précieux, qui rendra de grands services. De quoi s'agit-il ? D'une étude de sagesse comparée (comme on parle, dans nos universités, de "littérature comparée"), mais qui n'en va que plus droit à l'essentiel... Travail considérable, qui dut prendre des années, et qui en fera gagner quelques-unes à ses lecteurs... 

C'est un merveilleux cadeau qu'Alain Delaye nous fait : voilà, enfin rassemblés, plusieurs des discours les plus toniques et les plus justes qui aient jamais été tenus, à ce que je crois, sur notre vie telle qu'elle est, telle qu'elle passe, mais aussi (quoique ce soit en vérité la même chose) sur la sagesse, sur le bonheur, sur la liberté, sur la vérité... enfin sur l'absolu où nous sommes, qu'on peut appeler Dieu ou l'être, si l'on veut, mais qui n'a pas de nom et qui est tout. " 

Ressources

Vimala Thakar. Ce site a pour but de faire connaître Vimala Thakar et son enseignement, de proposer des textes, des images, de faire entendre sa voix. Traduits par « les amis de Vimala», de traductions de ces textes sont mis gracieusement à la disposition des lecteurs sous forme de fichiers pdf téléchargeables pour permettre aux chercheurs francophones d’avoir accès à l’enseignement de Vimala Thakar.



Biographie complète de Vimala Thakar par Alain Delaye 

Entretien avec Alain Delaye sur son livre Sagesse Concordantes 

Ken Wilber. Les Trois Yeux de la Connaissance. (Trois billets)

vendredi 21 mars 2014

La Méditation Evolutionnaire


La méditation est un entraînement pour la vie. L’immobilité est un entraînement pour l’action. Andrew Cohen 


Après avoir évoqué les dimensions théoriques de la vision intégrale dans nos trois derniers billets, il est bon de voir comment explorer certains paysages de conscience cartographiés par Ken Wilber. Dans Une Théorie de Tout, celui-ci écrit : "En ce qui concerne le développement spirituel j'ai toujours mis en avant l'importance de la méditation, dans toutes ses (nombreuses) formes". C'est dans cet esprit que j'aimerais faire partager ma découverte récente de la méditation évolutionnaire.

Nous avons évoqué ici la création de Radio Évolutionnaire début Janvier. Depuis, en me connectant à cette web radio, je pratique régulièrement les méditations guidées par Denis Averland en français ou Jeff Carreira en anglais, soit tôt le matin, soit en podcasts en faisant une sélection dans les émissions à la demande. Méditer dans un contexte évolutionnaire me permet ainsi d’intégrer mon expérience de la méditation et ma passion pour la philosophie intégrale. 

Un processus de conversion

Traditionnellement, la méditation est à la fois un exercice spirituel et une sagesse existentielle qui visent à nous désidentifier de l’égo, conçu comme conscience illusoire et transitoire d’un moi séparé. Dans cette perspective, la méditation est un processus de conversion intérieure au cours duquel le mental change de dimension : de sujet régissant le monde objectif, il devient objet d’une conscience libérée et attentive. 

Dans le contexte d’une philosophie intégrale et d’une anthropologie évolutionnaire, la pratique de la méditation prend un sens nouveau. Devenir évolutionnaire, c’est dépasser les limites de l’égo et du mental non pas pour fuir le monde dans une transcendance extatique mais pour participer intimement à la dynamique évolutive et intégrative de la vie/esprit. Cette participation créatrice doit être inspirée par une attention consciente, libérée à la fois des conditionnements personnels et des conformismes culturels. En ce sens, la méditation apparaît effectivement comme un entraînement pour la vie et l’immobilité un entraînement pour l’action. 

Tirés des enseignements d’Andrew Cohen, le texte ci-dessous présente l'émission Onde de Méditation sur le site de Radio Évolutionnaire. Il analyse avec profondeur le nouveau contexte évolutionnaire dans lequel peut se pratiquer la méditation, en répondant aux questions suivantes : Qu’est-ce qui nous empêche de devenir des évolutionnaires ? Pourquoi, comment et quand méditer ? Quels sont les bénéfices de la méditation pour un évolutionnaire ? 

Les Principes de la Méditation Évolutionnaire

Qu’est-ce qui nous empêche de devenir des évolutionnaires ? 

La raison essentielle qui nous empêche de devenir des évolutionnaires est que nous sommes trop occupés pas le contenu de notre mental, hypnotisés par les peurs et les désirs de nos égos personnels et paralysés par les croyances et les attentes de notre culture. Nos pensées et nos émotions forment un drame permanent qui captive notre attention. Comment être prêts pour la créativité et l’innovation lorsque notre attention est distraite et que notre soi reste enfermé dans une prison psychologique, limité par des perspectives culturelles étriquées ? 

Si vous vous sentez piégé par ce qui se passe dans votre mental, vous allez inévitablement l’être aussi par ce qui se passe dans le monde autour de vous. Votre relation à la vie commence toujours par celle que vous avez à vos pensées et vos émotions. Sans nous en rendre compte, notre tendance est de construire des prisons mentales, puis de les habiter. C’est pour cela que nous devons être très attentifs aux pensées et aux émotions auxquelles nous choisissons de nous identifier et surtout à celles que nous mettons en œuvre. Les pensées et les émotions que nous suivons ont des conséquences. En agissant à partir d’une pensée ou d’une émotion, nous mettons en mouvement toute une chaîne d’événements – une vie entière peut se construire sur une seule pensée. 

Nous sommes trop souvent à peine conscients des pensées et des émotions que nous choisissons de suivre et pourquoi nous les choisissons. Réagissons-nous aveuglément aux préjugés et aux prédispositions du soi conditionné par la culture ? Sommes-nous sans cesse influencés par les peurs et les désirs de l’ego personnel ? Ou bien répondons-nous courageusement à nos intuitions les plus profondes ? La relation que vous entretenez avec la pensée, avec le contenu de la conscience, va déterminer votre destinée. 

Pourquoi méditer ? 

La raison pour laquelle vous méditez n’est pas de vous relaxer ou de vous sentir libre. Lorsque vous découvrez votre soi profond, vous réalisez que vous êtes déjà libre. Dans la partie la plus profonde de vous-même, rien ne s’est jamais passé. Vous n’êtes jamais né ; le temps n’a pas encore commencé. Le but de la méditation est de reconnaître, encore et encore et encore, que vous êtes déjà libre. Si votre pratique est puissante, si l’expérience de votre soi profond est réelle, vous découvrirez et redécouvrirez qu’en réalité vous n’êtes pas prisonnier. Vous n’êtes ni captif de votre mental, ni l’otage de vos pensées et de vos émotions. Cette révélation est si simple à l’oreille, mais si facile à oublier. 

Votre soi profond est une dimension de votre conscience si subtile qu’elle ne peut être perçue par les facultés grossières du mental conditionné et de l’ego. Vous ne pouvez pas voir le soi profond ; vous ne pouvez pas le goûter ; vous ne pouvez pas le toucher. Même après une expérience directe de la liberté inconditionnelle de ce fondement, quand vous retournez dans le monde du mental et de l’ego conditionnés, vous allez probablement en douter. 

Le mental ne peut tout simplement pas concevoir cette dimension de l’être, et l’ego ne peut pas le connaître. C’est pour cela qu’il est important de pratiquer l’art et la science de l’immobilité autant que vous le pouvez. Si vous méditez régulièrement avec une intention forte, vous continuerez à redécouvrir que vous n’êtes pas prisonnier. Vous ne le reconnaîtrez jamais assez. 


Tant que votre conviction en votre propre liberté n’est pas inébranlable, tant que vous n’êtes pas capable de le prouver de manière constante et cohérente dans votre vie, méditez chaque jour comme si votre vie en dépendait. Vous avez besoin de continuer à avoir cette expérience. Chaque fois que vous réalisez que vous n’êtes pas prisonnier, votre confiance dans ce fondement, qui est votre soi le plus profond, grandit. Cela construit une conviction consciente dans la vérité libératrice de la non-limitation. 

Quand vous pratiquez l’art et la science de l’immobilité, vous devez vous efforcer de maintenir cette posture de liberté inconditionnelle, quelle que soit votre expérience intérieure. Dans cette posture, vous libérez votre attention de l’attachement et de l’identification à toute pensée, image, mémoire, émotion, croyance et conviction, et lui permettez simplement de venir se poser sur la conscience elle-même.

Si vous voulez agir de manière appropriée quand vous êtes sous pression, vous devez apprendre à ressentir directement le chaos et la confusion de votre propre mental, sans bouger. Vous ne pourrez en prendre la responsabilité que si vous pouvez le supporter. Si vous ne pouvez pas endurer calmement le chaos de votre propre mental, d’autres en subiront immanquablement les conséquences. Si vous n’arrivez pas à gérer avec aisance les mouvements de vos pensées et de vos émotions quand vous êtes simplement immobile et attentif, comment ferez-vous les choix appropriés quand vous marcherez, discuterez, ou serez en interaction avec d’autres ? La méditation est un entraînement pour la vie. L’immobilité est un entraînement pour l’action. 

Comment méditer ? 

L’accès le plus direct pour méditer est d’appliquer sérieusement les instructions suivantes : Être immobile, être à l’aise, être attentif; Laisser les choses être telles qu’elles sont; Ne pas avoir de relation avec le contenu de la conscience. 

Lorsqu’en méditation vous n’avez aucune relation au contenu de la conscience, ce qui surgit n’a aucune importance – vous vivrez peut-être les révélations les plus sublimes, extatiques et libératrices ; serez submergé par des bavardages futiles et ennuyeux ; ou écrasé par des pensées et des impulsions irrationnelles et terrifiantes. Mais vous restez détaché et impassible. 

Nous devons tous faire attention aux choix que nous faisons en relation à notre expérience intérieure, jours après jours, heures après heures et instants après instants, parce qu’il y a toujours des conséquences. Chaque fois que vous vous laissez ballotter inconsciemment par l’orage intérieur de vos pensées et de vos émotions, ou pire, que de mauvais choix en sont la conséquence, vous en payerez toujours le prix. Le prix le plus lourd est celui de votre confiance en vous, de votre croyance en votre capacité à évoluer. Mais si vous demeurez immobile et radicalement détaché, intérieurement et extérieurement, lorsque l’orage sera passé, vous aurez un sentiment d’une immense exaltation. Vous réaliserez que votre conviction est plus puissante que le chaos de votre mental. 

Ceci étant dit, ce n’est pas une tâche facile que de décoller notre conscience d’une identification habituelle et conditionnée à la pensée et aux émotions. Pour découvrir quelle pourrait être une relation à notre expérience qui soit appropriée, consciente, librement choisie, encore une fois, le premier pas est toujours de n’avoir aucune relation à tout cela. Pour aller au-delà du mental, il faut d’abord le rejeter complètement. Il est absolument fondamental de découvrir ce que cela signifie de rester libre du mouvement continu de la pensée. C’est la première chose à faire. Tout repose sur notre relation à la pensée. 

La liberté de créer notre destiné et de participer consciemment au processus de transition dépend de cela. Apprendre ce que signifie de n’avoir aucune relation au contenu de la conscience est l’étape cruciale, qui vous donnera la possibilité de vous aligner avec le soi profond plutôt qu’avec l’ego. Faire ce pas courageux vous permettra de prendre le contrôle de votre vie. 

Lâcher tout ne nous permet certainement pas de conclure que la totalité du contenu du mental et de la mémoire est faux. Une part considérable de notre histoire possède une très grande valeur et nos capacités hautement développées d’émotion et de cognition sont parmi les plus beaux cadeaux que l’évolution nous ait fait. Mais si nous voulons être libres, nous devons être prêts à lâcher tout cela d’abord, puis voir à quoi cela ressemble ensuite. Ce n’est qu’en lâchant tout que nous pourrons venir nous reposer dans notre soi profond. 

Les bénéfices de la méditation pour un évolutionnaire 

La posture de l’immobilité n’est pas une fin en soi. Ceux d’entre nous qui se sont engagés dans le processus de transition, ou d’évolution de la conscience et de la culture, et qui entreprennent de participer pleinement au processus de la vie ne peuvent rester dans cette posture de non-relation. Bien au contraire. En tant qu’évolutionnaire, vous devez cultiver une relation dynamique et puissamment créative au temps, à la pensée, aux émotions, aux autres et au monde. Ces relations doivent être constamment informées par une attention consciente et libérée, et non par les préjugés conditionnés et inconscients de l’ego personnel et culturel. 

Vous libérerez votre attention en apprenant à prendre la posture de la non-relation. Ainsi, vous découvrirez encore et encore ce que signifie d’avoir un point de départ toujours frais et toujours nouveau dans votre relation au temps, à la pensée, aux autres et au monde. L’expérience de l’évolutionnaire est la reconnaissance perpétuelle dans cet espace intérieur d’un éternel renouveau. C’est la révélation constante que tout est possible. C’est ce que nous avons découvert en retournant au commencement – ce mystérieux non-lieu qui précède la création, préalable au Big Bang, où rien ne s’est jamais passé et c’est pourquoi tout est possible.

Si le savoir mystérieux que tout est possible devient votre point de référence fondamental et constant, alors vous deviendrez un véritable évolutionnaire. Vous aurez toujours accès, d’une façon ou d’une autre, à une perspective dans laquelle rien ne s’est jamais passé et où tout est possible. C’est une orientation par rapport à la vie qui est inimaginable pour la plupart d’entre nous. Trop souvent, notre relation à la vie est basée sur un doute et un cynisme conscients ou inconscients – une présupposition sous-jacente qui assombrit notre perspective sur quasiment tout. 


Il est important de comprendre que l’expérience de ce renouveau éternel n’efface pas nécessairement votre passé. Sortant de votre immobilité, vous continuerez à vous occuper des dures réalités de la vie humaine et à relever les défis de votre propre passé. Ce passé sera toujours là, mais il ne sera plus un obstacle insurmontable à votre développement. Vous serez encore confronté aux inévitables épreuves d’une vie profondément engagée, mais maintenant, par votre enracinement, vous serez toujours en contact avec l’immédiateté d’un potentiel infini. 

La pratique perpétuelle de n’avoir aucune relation au contenu de la conscience non seulement vous aligne avec la liberté inhérente au fondement de l’être, mais plus important encore, crée l’espace en vous pour qu’un potentiel illimité de créativité se révèle. Cela forge la conviction émotionnelle que le changement véritable est possible et génère une foi renouvelée en votre capacité à évoluer. 

Si vous voulez vous développer de manière significative et profonde, il est essentiel de constituer une réserve de conviction, une source de liberté sans bornes, qui vous donnera l’énergie de transcender les limitations apparentes de votre expérience émotionnelle, psychologique et culturelle. En embrassant cette immobilité avec le plus grand sérieux, vous cultivez cette liberté et cette conviction en la non-limitation, comme le point de référence fondamental de votre existence. 

La méditation nous ramène au zéro d’avant le Big Bang et crée l’espace pour cet éternel recommencement qui est l’essence même de l’évolutionnaire. Mais n’oubliez jamais que c’est à vous de générer l’élan de votre développement. Vous devez tout lâcher, encore et encore, jusqu’à ce qu’il y n’ait aucun doute que, quoi que la vie vous réserve, vous répondrez, avant la pensée, depuis la meilleure partie de vous-même – votre Soi profond. 

Quand méditer ?

Faites au moins 45 minutes de pratique le matin ou le soir : soit 45 minutes au lever, dans un endroit calme et confortable, assis sur une chaise ou en tailleur sur un coussin si vous êtes suffisamment souple, soit 45 minutes le soir avant de se coucher. La position allongée est déconseillée à cause du risque d’endormissement. Pour vous aider, vous pouvez commencer en écoutant une méditation guidée enregistrée durant 10 ou 20 minutes suivie d’une musique relaxante. 

Note importante : quel que soit l’horaire de votre pratique, il est important de la faire tous les jours régulièrement. La discipline est importante, surtout au début, car elle matérialise votre intention et votre sérieux à devenir un évolutionnaire.

Sources et références : L’éveil évolutionnaire (Andrew Cohen) - Les éditions du Relié (2012) 

Ressources
 
Onde de Méditation, le programme de Radio Evolutionnaire consacré à la méditation évolutionnaire.

Une méditation évolutionnaire (en français, avec Denis Averland) :
http://soundcloud.com/radio-evolutionnaire/onde-de-me-ditation-denis-10

Emission spéciale Onde de Méditation avec Jeff Carreira ( en anglais).
http://soundcloud.com/radio-evolutionnaire/ondes-de-meditation-jeff

Christine Guinebretière et son invité Jeff Carreira partagent leurs expériences de méditation et répondent aux questions des auditeurs. Jeff Carreira est américain, il est le co-leader de « The Evolutionary Collective », un réseau global de programmes éducatifs en matière de spiritualité et de philosophie. Spécialiste de l’éveil évolutionnaire et de la méditation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages : « Meditation », « Philosophy is not a luxury : Fours reasons to start thinking about how you think ». 

Meditation Wave. Méditations guidées par Jeff Carreira (en anglais)
http://soundcloud.com/radio-evolutionnaire/this-is-it

Site de Jeff Carreira. Philosophy is not a luxury

Quelques émissions de Radio Évolutionnaire sur soundcloud

Nous avons consacré trois billets à L'éveil évolutionnaire de Andrew Cohen à la sortie de l'ouvrage en Avril dernier.

Une très belle conférence d'Andrew Cohen sur L’Éveil Évolutionnaire lors de son Book Tour à Gordes en Avril 2013
https://soundcloud.com/radio-evolutionnaire/eveil-evolutionnaire-morceaux

vendredi 14 mars 2014

Une Théorie de Tout


Une bonne théorie est celle qui dure assez longtemps pour nous mener à une théorie meilleure.



Dans nos deux précédents billets, nous avons proposé deux textes qui présentent, de manière synthétique, la vision intégrale de Ken Wilber. Heureux hasard ou synchronicité, les éditions Almora viennent de faire paraître ces jours-ci un nouvel ouvrage de Wilber - Une Théorie de Tout - qui constitue une remarquable synthèse de son travail et une excellente introduction à son œuvre. 

Publié en 2001 aux États-Unis, ce livre évoque la «vision intégrale» de Ken Wilber - une Théorie de Tout - qui tente d’inclure la matière, le corps, le mental, l’âme et l’Esprit tels qu’ils se manifestent dans l’individu, la culture et la nature. Une théorie intégrative qui embrasse la science, l’art et la morale ; qui inclut aussi bien la physique que la spiritualité, la biologie que l’esthétique, la sociologie que la prière contemplative; qui se manifeste à travers une politique intégrale, une médecine intégrale, un commerce intégral, une spiritualité intégrale... 

Nous pouvons être plus ou moins complets ; plus ou moins fragmentés ; plus ou moins aliénés – la vision intégrale de Ken Wilber nous invite à être un petit peu plus entiers, et moins fragmentés, dans notre travail, notre vie, notre destinée. Nous vous proposons ci-dessous la « note au lecteur » où Ken Wilber présente cet ouvrage traduit en français par Kevin Dancelme.

Une Note au lecteur. Ken Wilber

À l’aube de ce nouveau millénaire, quel est le sujet le plus brûlant sur le front intellectuel ? Le sujet qui force le respect des universitaires comme celui des magazines intellectuels à la mode ? Qui passionne le grand public comme les érudits ? Qui promet de révéler des secrets longtemps cachés sur la condition humaine ? Dont les termes peuvent rapidement être nommés, sinon expliqués, par ceux qui en ont connaissance, les faisant ainsi rayonner de l’éclat de cette nouvelle idée brûlante, incandescente ? 

Certains diront la psychologie évolutionniste, qui est l’application des principes évolutionnistes à l’étude du comportement humain : vous savez, les hommes sont foncièrement libertins et les femmes tendent naturellement à fonder un foyer parce que des millions d’années de sélection naturelle nous ont programmés de la sorte. 

La psychologie évolutionniste est en effet devenue un sujet brûlant, en grande partie parce qu’elle a réussi à supplanter trois décennies de post-modernisme, lequel, après avoir été la grande théorie à la mode, est à présent considéré avec un vague ennui et un mépris désinvolte : le post-modernisme est devenu totalement has-been (n’est-ce pas ironique ?) Le post-modernisme a conquis ses très nombreux adeptes principalement grâce à sa capacité à déconstruire les idées des autres, faisant de l’artisan de cette démolition postmoderniste le roi, ou la reine, du petit royaume universitaire. 

La psychologie évolutionniste 


La psychologie évolutionniste parvint donc à déboulonner la théorie des déboulonneurs de théories, et elle le fit en montrant que les principes évolutionnistes donnaient des explications du comportement humain beaucoup plus intéressantes et convaincantes que la position postmoderne classique selon laquelle tout comportement est relatif et socialement construit. La psychologie évolutionniste montra clairement qu’il y avait bien des traits universels à la condition humaine, que l’évolution ne pouvait être niée qu’en acceptant des incohérences, et que, surtout, le post-modernisme n’était tout simplement plus très intéressant.

La psychologie évolutionniste est en fait une branche d’une approche radicalement nouvelle de l’évolution elle-même. La synthèse précédente du néo-darwinisme voyait l’évolution comme le résultat de mutations génétiques aléatoires, dont les plus favorables (en termes de valeur pour la survie) étaient perpétuées grâce à la sélection naturelle. Cette théorie suscita dès le début chez de nombreuses personnes un profond malaise : comment toute l’extraordinaire vitalité et diversité de la vie pouvait-elle naître d’un univers supposé n’être gouverné que par les lois de la physique, des lois qui affirment sans ambages que l’univers s’épuise ? La seconde loi de la thermodynamique nous dit que dans le monde réel, le désordre ne peut que croître. Et pourtant, une simple observation nous révèle que dans le monde réel, partout la vie engendre de l’ordre : l’univers, loin de s’épuiser, à chaque instant se réalise.

Cette perspective radicalement nouvelle proposée par les théories du « chaos » et de la « complexité » énonce que l’univers physique a en fait une tendance inhérente à créer de l’ordre, à l’image de l’eau s’écoulant chaotiquement dans le siphon d’un lavabo, pour tout d’un coup former une belle spirale tourbillonnante. La vie biologique elle-même est une série de tourbillons qui créent à chaque instant de l’ordre à partir du chaos, et ces structures nouvelles et supérieurement ordonnées sont perpétuées par différents processus de sélection opérant à tous les niveaux, du physique au culturel. Dans le domaine de l’humain, cela se manifeste précisément dans les comportements étudiés par la psychologie évolutionniste: un sujet brûlant, s’il en est. 

La Théorie M 

Pourtant, la psychologie évolutionniste n’est pas le nec plus ultra du moment. Née au début des années 80, puis progressivement développée au cours des années 90, la rumeur d’une théorie du Tout commença à courir dans le monde de la physique : un modèle qui se proposerait d’unir toutes les lois connues de l’univers dans une théorie globale, qui pourrait expliquer littéralement tous les aspects de l’existence. Certains allèrent jusqu’à murmurer que la main même de Dieu allait pouvoir être aperçue dans ses formules. D’autres annoncèrent que le voile venait d’être levé sur le visage du Mystère ultime. La Réponse finale était à portée de main, entendit-on ailleurs. 

Connue sous le nom de Théorie des cordes (ou plus exactement, Théorie M), sa promesse est de parvenir à unifier tous les modèles connus de la physique – de l’électromagnétisme aux forces nucléaires en passant par la gravité – en un super-modèle universel. Les unités fondamentales de ce super-modèle sont connues sous le nom de « cordes », ou objets vibrants unidimensionnels, et à partir des différentes « notes » jouées par ces cordes fondamentales, il est possible de dériver chaque particule et chaque force connue dans le cosmos. 

La Théorie M (la lettre M peut notamment être interprétée comme l’initiale de matrice, membrane, mystère, ou mère comme dans la « mère de toutes les théories »), est sans aucun doute un modèle prometteur et stimulant, et si elle s’avérait scientifiquement valide – elle doit encore recueillir une rigoureuse approbation expérimentale – elle serait effectivement une des découvertes scientifiques les plus importantes de tous les temps. Et c’est pourquoi, pour celles et ceux qui en ont connaissance, la théorie des cordes ou théorie M est le nec plus ultra des théories, un super-modèle explosif et révolutionnaire qui relègue même la psychologie évolutionniste au domaine trivial du vaguement intéressant. 

La Théorie M a certainement amené les intellectuels à réfléchir et à penser différemment. Quelles seraient les implications d’une théorie qui expliquerait tout ? Et qu’est-ce qu’on entend par « tout », d’ailleurs ? Est-ce que cette nouvelle théorie dans le domaine des sciences physiques allait permettre d’expliquer la signification de la poésie ? Ou le fonctionnement de l’économie ? Cette nouvelle physique serait-elle en mesure d’expliquer les mouvements des écosystèmes, les dynamiques de l’histoire ou encore les raisons pour lesquelles la tragédie des guerres humaines se perpétue inlassablement ?

À l’intérieur des quarks, dit-on, il y a des cordes vibrantes, et ces cordes sont les unités fondamentales de tout. Eh bien, si c’est le cas, c’est un tout étrange, pâle, anémique, étranger à la richesse du monde qui chaque jour s’offre à nous. Les cordes sont indubitablement une partie importante, fondamentale du vaste monde, mais peut-être pas aussi prédominante qu’on semble le dire. 

Vous et moi savons déjà que les cordes, si tant est qu’elles existent, sont seulement une fraction infime du tableau d’ensemble, et nous le savons à chaque fois que nous regardons autour de nous, que nous écoutons la musique de Bach, que nous faisons l’amour, que nous nous immobilisons au son du fracas déchirant du tonnerre, que nous nous laissons inonder d’un coucher de soleil, que nous contemplons un monde resplendissant qui semble bel et bien constitué d’autre chose que simplement de microscopiques élastiques unidimensionnels ... 

Le Kosmos 

Les anciens Grecs avaient ce mot magnifique, Kosmos, pour décrire le Tout de l’existence aux multiples facettes, qui embrassait les sphères physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles. La réalité ultime n’était pas seulement le cosmos, la dimension physique, mais le Kosmos, avec ses dimensions physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles. Pas simplement la matière, inerte et insensible, mais la Totalité vivante de la matière, du corps, du mental, de l’âme et de l’Esprit. 

Le Kosmos ! Voilà une authentique théorie de tout ! Mais nous autres pauvres modernes avons réduit le Kosmos au cosmos, nous avons bradé la matière + le corps + le mental + l’âme + l’Esprit pour la matière seulement, et dans ce monde terne et plat du matérialisme scientifique, nous avons fini par croire qu’une théorie unifiant la totalité de la dimension physique était effectivement une théorie du tout... La nouvelle physique, nous dit-on, nous donne accès à l’intelligence de Dieu. Peut-être, mais alors seulement lorsque Dieu songe à un tas de sable. 

Sans aucunement chercher à nier l’importance d’une physique unifiée, il nous faut aussi nous poser ces questions : pouvons-nous avoir une théorie, non seulement du cosmos, mais du Kosmos ? Peut-on envisager une véritable Théorie de Tout ? Est-ce seulement raisonnable de se poser la question ? Et par où commencer ? 

Une « vision intégrale », une authentique Théorie de Tout, tente d’inclure la matière, le corps, le mental, l’âme et l’Esprit tels qu’ils se manifestent dans l’individu, la culture et la nature. C’est une vision qui se veut exhaustive, équilibrée et inclusive. Une théorie qui, par conséquent, embrasse la science, l’art et la morale ; qui inclut équitablement aussi bien la physique que la spiritualité, la biologie que l’esthétique, la sociologie que la prière contemplative ; qui se manifeste à travers une politique intégrale, une médecine intégrale, un commerce intégral, une spiritualité intégrale... 

Tenter l’impossible 

Ce livre est une brève présentation de cette Théorie de Tout. Bien sûr, une telle entreprise, comme toute tentative de la sorte, brillera par ses limitations et ses échecs. Elle portera la marque de ses insuffisances et de ses généralisations non justifiées, rendra les spécialistes fous, et échouera globalement dans son objectif annoncé d’atteindre une compréhension holistique. 

Ce n’est pas simplement qu’aucun cerveau humain n’est à la hauteur de la tâche; la tâche elle-même est intrinsèquement impossible : l’expansion de la connaissance est plus rapide que celle des moyens de la classifier. La quête holistique est un rêve inatteignable, un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche, le pot d’or au pied de l’arc-en-ciel jamais atteint. 

Alors pourquoi tenter l’impossible ? Parce que je crois qu’une complétude, même partielle, vaut mieux que pas de complétude du tout, et une vision intégrale offre considérablement plus de complétude que les alternatives fragmentées. Nous pouvons être plus ou moins complets ; plus ou moins fragmentés ; plus ou moins aliénés – une vision intégrale nous invite à être un petit peu plus entier, et moins fragmenté, dans notre travail, notre vie, notre destinée. 

Théorie, applications et pratiques

Certains bénéfices sont immédiats, comme vous le verrez dans les pages qui suivent. Les quatre premiers chapitres présentent une Théorie de Tout. Les trois suivants détaillent ses applications et sa pertinence dans le « vrai monde ». Nous y examinerons la politique intégrale, le commerce intégral, l’éducation intégrale, la médecine intégrale, et la spiritualité intégrale, à travers leurs nombreuses applications enthousiastes déjà existantes. 

Le dernier chapitre traite d’une « pratique transformative intégrale », c’est-à-dire les moyens grâce auxquels une approche intégrale peut être utilisée comme outil de transformation psychologique et spirituelle, si on le désire. Surtout, prenez les idées proposées dans ce livre comme de simples suggestions. Voyez si elles vous semblent pertinentes, si vous pouvez les améliorer, et plus que tout, si elles vous aident à formuler vos propres idées et aspirations intégrales. 

Un de mes enseignants définissait une bonne théorie comme « celle qui dure assez longtemps pour nous mener à une théorie meilleure ». La même chose est vraie pour une bonne Théorie de Tout. Ce n’est pas un système figé et définitif, mais simplement une théorie qui aura rempli son objectif si elle nous aide à en trouver une meilleure. Et entre-temps, il y a l’émerveillement et la gloire de la recherche elle-même, baignée, dès le début, de la radiance de l’existence, et toujours déjà entière avant même de commencer. 

K.W. Boulder, Colorado. Printemps 2000

Table des Matières

1. L'incroyable spirale : Fragmentation de l'avant-garde. La boomérite. Les vagues d'existence. Le projet "conscience humaine". Le saut vers une conscience de second palier.

2. La Boomérite : Le développement comme déclin de l'égocentrisme. La spirale de compassion. Combat le système ! Hiérarchies de croissance contre hiérarchies de domination. La boomérite. Les nombreuses contributions du Vert. Au-delà du pluralisme. La culture intégrale.

3. Une Vision Intégrale : Une transformation intégrale. Sexe, Écologie, Spiritualité. Une approche du spectre entier de la conscience. Tous quadrants. Une carte plus intégrale. Transformer le cartographe. La directive première. Une grandeur mieux évaluée. La vision intégrale dans le monde.

4. Science et Religion : La relation entre la science et la religion. Non-recouvrement des magistères ? Le cerveau d'un mystique. Tous quadrant, tous niveaux. La bonne science. Le religion profonde. La révélation intégrale. Vive la différence ! La religion étroite. Spiritualité et libéralisme.

5. Le Vrai Monde : Une politique intégrale. La gouvernance intégrale. La médecine intégrale. Le commerce intégral. L'éducation intégrale. La recherche sur la conscience. Une spiritualité engagée aux niveaux social et relationnel. Une écologie intégrale. L'assistance aux minorités. Une présentation de l'UNICEF. La terreur de demain. L'institut intégral.

6. Cartes du Kosmos : Un système d'indexation holistique. Vision du monde. Profondeur verticale. Francis Fukujima : La fin de l'histoire et le dernier homme. Samuel P. Huntington : Le choc des civilisations. Vertical et horizontal. Le méchant mème Vert. Une civilisation planétaire. Thomas L.Friedman : La lexus et l'olivier. Les vagues d'expérience spirituelle. Pourquoi la religion ne disparaît-elle pas tout simplement ? Une pratique intégrale.

7. Une Saveur Unique : Une pratique transformative intégrale. Recommandation. Vrai mais partiel. Et tout est défait.

Ressources

Pour les nombreux textes consacrés à l’œuvre de Ken Wilber dans Le Journal Intégral, se référer à la section Ressources des deux derniers billets : L'approche intégrale de Ken Wilber et Le monde de Ken Wilber.

Voir le libellé Ken Wilber dans Le Journal Intégral avec 30 références.