vendredi 1 août 2014

Bronzage Intégral


La nouvelle tendance de l’été pour ne pas bronzer idiot : Le Bronzage Intégral 


Durant la période privilégié des vacances, qu’il est doux de ne rien faire, allongé, le corps à moitié ou complétement nu, offert aux rayons lumineux du soleil, bercé par la symphonie grandiose de l’océan ou par la fugue ruisselante d’une rivière. La nuit, à l’écoute du chant des étoiles, accordé aux rythmes organiques de la vie naturelle, participant à la communion intime qui relie l’infime et l’infini, chacun a l’occasion de se sentir comme une partie vibrante d’un grand Tout vivant.

Dédiée à la vacance du corps, de l’âme et de l’esprit, cette période estivale permet de faire le vide en soi. De se déconnecter de la connerie ambiante et du conformisme dominant, de leurs relais médiatiques et marchands, pour se reconnecter au souffle d’une vie intérieure souvent délaissée au profit d’une course sans fin vers on ne sait quel mirage. 

Souffler enfin. Faire le point. Prendre du recul. S'ouvrir à une présence vivante. Se ressourcer. Résonner, bien au-delà du raisonnement. Imaginer. Être à l’écoute. Vibrer. Lâcher prise. Sentir. Ressentir. Se recentrer. Respirer tout simplement c’est-à-dire renouer avec la simplicité d’un rythme universel qui - à travers l’inspiration et l’expiration - unit le souffle de la vie à celui de l’esprit. 

Un paysage de sources vivifiantes s’ouvre alors en nous, libérant notre énergie des carcans et du stress d’une vie aliénée. A nouveau connectés à la dynamique créatrice de la vie/esprit, de nouvelles intuitions viennent nous inspirer. Pour nous accorder à ce flux intérieur, nous éprouvons le besoin de reconfigurer notre logiciel personnel en mettant à jour notre système de représentation afin de l'adapter à l'évolution de l'intelligence collective.

C’est pour répondre à ce besoin profond que nous vous proposons ci-dessous une sélection d’ouvrages évoqués dans Le Journal Intégral. Leurs auteurs participent au saut évolutif dont nous cherchons, semaine après semaine, à rendre compte. Ils  font partie d’une même famille d’esprits libres et créatifs qui refusent l’emprise des idées dominantes pour faire entendre les nouvelles voix d’évolution. Rien d'étonnant donc si ces ouvrages se répondent les uns aux autres comme autant de facettes d'un nouveau paradigme. La rapide présentation de ces ouvrages ci-dessous comprend des liens avec les textes plus détaillés que le Journal Intégral leur a consacrés. 

Huit Livres pour un Bronzage Intégral

On nous a si bien mis dans la disposition de travailler que rien faire exige aujourd'hui un apprentissage. Raoul Vaneigem


Guide Almora de la Spiritualité. David Dubois et Serge Durand 

Ca y’est ! Vous avez pris la décision de méditer régulièrement à la rentrée et vous aimeriez connaître des lieux près de chez vous dédiés à l’éveil de la conscience. Vous désirez vous informer sur un courant spirituel ou un enseignant dont un ami vous a parlé ? Vous avez envie d’avoir un panorama complet de la spiritualité en France ? Vous cherchez un stage dans un domaine précis ? Alors, lisez vite le Guide Almora la Spiritualité, écrit par deux philosophes spécialisés dans le domaine de la spiritualité : David Dubois et Serge Durand

Dédié au voyage intérieur, ce guide est destiné à tous ceux qui cheminent sur les voies escarpées de la spiritualité et qui cherchent des repères pour se retrouver à travers une multiplicité d’associations et de mouvements, de centres et d’enseignements, d’activités et de pratiques. Le Guide Almora de la Spiritualité – le plus complet jamais publié – présente les grandes traditions spirituelles (hindouisme, yoga, bouddhisme, taoïsme, christianisme, islam, judaïsme, chamanisme…) mais aussi les principaux mouvements contemporains (sagesse philosophique, non-dualité, néo-advaita, spiritualité laïque, arts, sciences et spiritualité..). A noter que cet ouvrage consacre un chapitre au mouvement intégral et à ses divers acteurs

Un ensemble de fiches et d’adresses donnent des appréciations et des informations utiles sur les enseignants et les centres afin de découvrir la pratique spirituelle qui convient à chacun au plus près de chez soi. Ce guide propose aussi des critères de discernement spirituel pour développer un esprit de discrimination capable de distinguer l’authenticité et la profondeur d’une expérience intérieure, des chausse-trappes et des faux-semblants. Dans la seconde édition en poche, parue à la rentrée 2013, la dimension "ésotérique" a été considérablement approfondie. Serge Durand anime deux blogs qui traitent régulièrement de la pensée intégrale : Foudre et Carnet Philosophique.

La Nouvelle Avant-garde. Vers un changement de culture. Sous la direction de Carine Dartiguepeyrou 

Ouvrage collectif dirigé par Carine Dariguepeyrou, La Nouvelle Avant-garde est une bonne introduction, synthétique et diversifiée, à l'émergence d'un nouveau paradigme dont nous essayons de rendre compte dans Le Journal Intégral. Dans ce qui s'apparente à un manifeste de la culture émergente, des auteurs de plusieurs pays analysent divers aspects de ce changement de paradigme qui s’exprime aujourd'hui à travers des formes novatrices de pensée, de sensibilité et d’organisation. Des textes inspirés et informés permettent de mieux comprendre la vision intégrale qui inspire le saut évolutif indispensable pour relever les défis auxquels doit faire face l'humanité aujourd’hui.

De tout temps, on a parlé d’avant-garde pour décrire des penseurs, des inventeurs et des personnes engagés qui ont tracé un sillon et rompu avec le traditionalisme et le dogmatisme de leur époque. En prenant des risques, ces personnes ont exploré de nouveaux contours d’une réalité à venir. La nouvelle avant-garde n'est pas seulement une pensée. C'est une culture, une communauté de valeurs et de quête, une intuition collective qui rassemble des personnes de tous horizons. C’est une vision poétique du monde et un espoir en la capacité humaine à évoluer, mais aussi un respect profond pour le vivant. Cet état d’esprit implique de se libérer des visions sceptiques, pessimistes, décourageantes et stériles des penseurs qui ne s’autorisent plus à imaginer, ni à rêver ou qui n’ont plus le courage de se remettre en cause.

Un des contributeurs, Michel Saloff-Coste, résume bien l'esprit qui préside à cet ouvrage : " A mesure que la crise s'amplifie, on voit aussi apparaître des réflexions de plus en plus hétérodoxes, ambitieuses et créatives. Comme dans les grandes évolutions et transformations humaines du passé, la transition que nous vivons s'élabore d'abord à travers la critique épistémologique des cadres de référence du passé. Face à des équations apparemment impossibles à résoudre, les solutions ne peuvent être trouvées qu'en changeant d'échiquier et en questionnant nos a priori. De nouvelles approches philosophiques, artistiques et scientifiques sont en train d'émerger et de se préciser." 

Une théorie de tout. Ken Wilber 


Après Grâce et courage et Les trois yeux de la connaissance de Ken Wilber, après Ken Wilber : la pensée comme passion de Franck Visser, trois livres auxquels nous avons consacré plusieurs textes, les éditions Almora poursuivent leur remarquable travail éditorial en proposant un nouvel ouvrage de Ken Wilber, l’un des auteurs phares du mouvement intégral. Ce livre constitue une bonne synthèse de son travail et une excellente introduction à son œuvre. 

Publié en 2001 aux États-Unis, Une théorie de tout propose une «vision intégrale» incluant la matière, le corps, le mental, l’âme et l’Esprit tels qu’ils se manifestent dans l’individu, la culture et la nature. Les quatre premiers chapitres présentent cette Théorie de Tout. Les trois suivants détaillent ses applications et sa pertinence dans le « vrai monde ». Sont examinés la politique intégrale, l'économie intégrale, l’éducation intégrale, la médecine intégrale, et la spiritualité intégrale, à travers leurs nombreuses applications déjà existantes. Le dernier chapitre traite d’une « pratique transformative intégrale », c’est-à-dire les moyens grâce auxquels une approche intégrale peut être utilisée comme outil de transformation psychologique et spirituelle, si on le désire. 

Selon Wilber : « La quête holistique est un rêve inatteignable, un horizon qui s’éloigne à mesure qu’on s’en approche, le pot d’or au pied de l’arc-en-ciel jamais atteint. Alors pourquoi tenter l’impossible ? Parce que je crois qu’une complétude, même partielle, vaut mieux que pas de complétude du tout, et une vision intégrale offre considérablement plus de complétude que les alternatives fragmentées. Nous pouvons être plus ou moins complets ; plus ou moins fragmentés ; plus ou moins aliénés – une vision intégrale nous invite à être un petit peu plus entier, et moins fragmenté, dans notre travail, notre vie, notre destinée… Un de mes enseignants définissait une bonne théorie comme « celle qui dure assez longtemps pour nous mener à une théorie meilleure ». La même chose est vraie pour une bonne Théorie de Tout. Ce n’est pas un système figé et définitif, mais simplement une théorie qui aura rempli son objectif si elle nous aide à en trouver une meilleure. » 

L'Eveil Evolutionnaire. Andrew Cohen 

Au cœur et au sommet de toutes les grandes traditions spirituelles, se trouve l’expérience non-duelle de la conscience, synthétisée en une formule par le Sutra du Cœur : "La forme est vide et le vide est forme". Andrew Cohen décrit cette expérience comme "la réalisation que tout ce qui existe - visible et invisible, connu ou inconnu, avec ou sans forme, temporel ou intemporel - est seulement Un". Andrew Cohen parle d'"Éveil évolutionnaire" pour rendre compte de l'éveil de la conscience à cette expérience non-duelle dans le contexte spécifique d'un monde contemporain. L'éveil évolutionnaire effectue la synthèse entre deux visions apparemment contradictoires : la sagesse orientale, fondée sur la transcendance intemporelle de l'Esprit et la science occidentale, essentiellement évolutionniste, qui prend en compte le monde immanent des phénomènes. 

Ken Wilber rend compte de l'originalité de cette démarche : " Dans l'Eveil Evolutionnaire, Andrew Cohen nous livre un travail remarquablement nouveau, important et profond, sur la nature de l'éveil spirituel dans le monde d'aujourd'hui. L'éveil est toujours vu comme une réalisation de la non-dualité, le "non-deux" de l'Absolu et du relatif, du Vide et de la Forme. Mais à notre époque, le domaine relatif de la forme s'est découvert lui-même être toujours en évolution. Une vraie réalisation de l'unité, c'est donc reconnaître la non-dualité de l’Être intemporel et du Devenir en évolution. Plus qu'une discussion intellectuelle, ce livre est un guide pratique, expliquant comment vraiment réaliser ce nouvel Éveil Évolutionnaire. C'est réellement l'un des livres sur la spiritualité les plus importants du monde postmoderne". 

Le livre de Cohen a reçu un accueil enthousiaste de l’autre côté de l’Atlantique, notamment de la part de nombreux auteurs connus des certains lecteurs français comme Don Beck, Howard Bloom, Mikael Murphy, Barbara Marx Hubbard ou Jean Houston, entre autres. Auteur de la préface, Deepak Chopra écrit : « Je n’ai jamais entendu un appel à la responsabilité aussi retentissant et tonique que celui que lance Andrew Cohen.» Don Beck, co-auteur de La Spirale dynamique : « Ce que j'ai lu m'a transporté, car la résonance avec les ''niveaux d'être'' du modèle conceptuel de Clare W. Graves est très puissante. L’éveil Évolutionnaire est un ouvrage très bien écrit, qui complète notre compréhension de la spirale développementale des peuples et des cultures. Je le recommande sans réserve. » 



Dans cet ouvrage, Véronique Guérin et Jacques Ferber décrivent comment la dynamique de l’évolution se manifeste à travers divers stades évolutifs, individuels et collectifs, auxquels correspondent des visions du monde, des valeurs spécifiques et des types de relations particuliers. Pour ce faire, les auteurs utilisent les modèles crées par Ken Wilber, théoricien de la vision intégrale, et ceux de la Spirale Dynamique conçus par Carl Graves et diffusé notamment par Don Beck

Dans la lignée de la psychologie humaniste, Wilber comme Graves s’inscrivent dans une perspective développementale qui est encore peu connue en France. Elle se révèle pourtant tout à fait pertinente pour appréhender plus clairement l'articulation entre le développement personnel et l'évolution des sociétés. En donnant un éclairage nouveau qui intègre la complexité du monde, cette approche développementale favorise un décryptage serein et tolérant des systèmes de valeurs et des conflits qui les accompagnent. Rentrer en relation avec l'autre - le plus proche comme le plus lointain - c'est comprendre la vision et les valeurs qui l'animent et qui sont l'expression d'une "vision du monde" lié à stade de développement spécifique qu’il faut pouvoir identifier. 

 La théorie n’a d’intérêt que si elle permet d’interpréter notre expérience sous un angle nouveau, plus riche et mieux adapté aux transformations de notre environnement. Cette approche originale permet à Ferber et Guérin d’interpréter le sens de nombreux phénomènes qui demeurent incompréhensibles si on ne se réfère pas à la dynamique évolutive qui les sous-tend et dont ils sont la manifestation. Il en est ainsi notamment de l’évolution de la médecine, des soins psychiques ou de la spiritualité, par exemple. Jacques Ferber est le créateur du site Développement Intégral, qui intéressera tous ceux qui désirent s'initier aux arcanes de la pensée intégrale.


Pour Alain Gauthier le leadership doit être repensé dans le contexte d’une profonde mutation vécue actuellement par l’humanité. Faire preuve de leadership aujourd’hui, c’est participer à cette mutation en étant capable de franchir un seuil ouvrant sur l’inconnu et de donner l’exemple en découvrant ou inventant de nouvelles possibilités à explorer et réaliser. Il s'agit d'examiner pourquoi et comment un co-leadership évolutionnaire - incarné à la fois individuellement et collectivement - peut catalyser l'émergence d'une société co-créatrice dont chaque membre se sent à la fois créateur et responsable, et dans laquelle chacun est invité à développer et utiliser ses dons singuliers tout en contribuant à l'évolution de l'humanité.

Dans une période où la complexité et l'incertitude croissantes peuvent engendrer le pessimisme, le co-leadership évolutionnaire ouvre un espace créateur où un ensemble de personnes peuvent conjointement faire acte de leadership en remettant en cause une longue tradition patriarcale et individualiste, à la fois en eux-mêmes et dans la société. Alain Gauthier propose un large éventail de pratiques éprouvées qui permettent de développer le co-leadership évolutionnaire et de transformer l'éducation des futurs leaders. Il examine les émergences déjà visibles de différentes formes de partenariat en esquissant quelques initiatives pour les approfondir et les amplifier localement et mondialement. 

Alain Gauthier nous invite à découvrir et construire le co-leadership évolutionnaire - au travers d'un double voyage, dans le champ des idées et de l'action : convoquant sans préjugés toutes les cultures et traditions, il relie ainsi avec bonheur les idées de Platon ou Teilhard de Chardin à la pratique du Tai Chi et du Qi Gong taoïste. Son nouvel ouvrage est un livre-ressource pour tous celles et ceux, éducateurs, entrepreneurs et autres acteurs engagés qui s’emploient à co-créer au quotidien une société ouverte et apprenante, riche et durable. 


Une militante du Bronzage Intégral en pleine action

Psychothérapeute et théologien, Werner Kaiser est un des membres fondateurs du parti suisse « Politique Intégrale » dont le programme s’inspire des travaux du philosophe suisse Jean Gebser (1905-1973). Ce dernier est le créateur d’un modèle concernant l’évolution de la conscience à travers divers stades évolutifs : de la structure "archaïque" à la structure "intégrale" en passant par les structures "magique" "mythique" et "mentale".

Reprise notamment par Ken Wilber, cette cartographie permet d'interpréter la crise systémique que nous vivons comme une crise évolutive fondée sur le passage du stade mental au stade intégral. Le livre de Werner Kaiser commence par un court résumé de la Théorie Intégrale, il traite ensuite à partir d’une perspective intégrale différents aspects de la vie humaine tels que la spiritualité, l'éthique et la vision de l'homme avant d’appliquer cette réflexion aux questions concrètes de la politique au quotidien. 

Idéal pour l’été, ce petit livre de 80 pages se lit rapidement et facilement à l’ombre d’un arbre ou au bord d’une rivière (A éviter : les plages bondées, traversées par le cri strident des marchands ambulants de cacahuètes grillés hurlant : ils sont beaux mes chichis !..). En introduisant une vision « intégrale » dans le domaine politique du vivre-ensemble, cet ouvrage peut ouvrir des perspectives à tous ceux qui ne peuvent plus s’identifier à des programmes et des partis inspirés par un paradigme totalement dépassé, liés à un contexte historique, culturel et social, révolu. 

Chaos Mode d’emploi. Bruno Marion 

Alors que, dans de nombreux domaines, l’humanité est entrée dans une phase de turbulence et de profond déséquilibre, il semble que les théories du chaos issues des sciences de la complexité permettent de mieux appréhender la situation actuelle de notre civilisation entre les risque d’un effondrement d’une part et de l’autre l’émergence d’un nouveau modèle. Dans son nouvel ouvrage intitulé « Chaos, mode d’emploi », Bruno Marion explique comment les théories du chaos, en proposant une autre manière de voir le monde, nous donne des outils pour évoluer sur le plan individuel et collectif dans un monde chaotique et turbulent.

Cet ouvrage n’a pas pour but de faire du lecteur un expert en physique fondamentale mais d’extraire des théories du chaos des outils pour voir, comprendre et agir dans nos sociétés de l'information en mouvement perpétuel. Bruno Marion a le talent d'expliquer de manière vivante, simple et pédagogique, à l'aide d'exemples concrets, des notions abstraites et théoriques qui s'avèrent indispensables pour surfer sur le flux de complexité propre aux "sociétés liquides" dans lesquelles nous vivons. 

Au lieu de subir l’effondrement lié à un paradigme dépassé, il nous est possible de surfer sur la vague du changement en œuvrant à l’émergence de nouveaux équilibres fondés sur une plus grande complexité. Car, comme le dit ce grand maître de sagesse que fut Francis Blanche : « Le meilleur moyen de ne pas avancer est de suivre une idée fixe ».

Après-Bronzage 


Après un bronzage intégral, on profitera de l’ombre, du calme et de la fraîcheur d’une chambre ou d’un bureau pour compléter ces lectures en allant sur la Toile, explorer les sites et les blogs proposés dans la Galaxie Intégrale ci-contre. Mention spéciale à deux sites, un ouvrage en ligne et une webradio.

Psychothérapie intégrative. Site d’Alain Gourhant. Une référence pour tous ceux qui ont envie de développer leurs connaissances et leurs recherches sur la « culture intégrale » en train d’émerger. Ce site ressemble à une caverne aux trésors à explorer avec patience, minutie et curiosité pour en découvrir toutes les richesses. On y trouve effectivement une mine de réflexions et de citations de nombreux auteurs du passé et du présent, tant sur l’esprit intégratif que sur ses applications dans le domaine de la création ou dans celui, thérapeutique, de la psychothérapie (intégrative) et de la médecine (intégrative). 

Expertise et prospective dans le monde réel. Site de Marc Halévy. Dans ce site-source qui peut alimenter la réflexion et l'action, Marc Halévy propose une somme rare et qualitative d'informations, de réflexions et de synthèse concernant la Noétique, les sciences de la complexité, la philosophie, la spiritualité, la prospective ou l'anthropologie. Une pensée au marteau qui décoiffe et informe à la fois.

Intelligence Collective, la révolution invisible de Jean-François Noubel. Dans ce livret en copyleft. Jean-François Noubel présente différentes formes d'intelligence collective : originelle, pyramidale, en essaim. Il analyse les nouvelles formes d’intelligence collective qui émerge avec les réseaux sociaux. Une lecture indispensable pour ceux qui veulent comprendre la mutation des mentalités comme des organisations. A lire aussi son site où l'on peut suivre son parcours personnel inspiré par l'économie du don.

Les sites et blogs sélectionnés dans La Galaxie Intégrale sont trop nombreux pour les évoquer chacun mais les documents, les textes et les analyses qu'il proposent permettent de nourrir sa propre réflexion à partir d'une vision plus globale, plus évolutionnaire et plus systémique. 

Radio Evolutionnaire est une radio qui a pour vocation de partager sa passion pour l’Évolution de la Conscience et de la Culture. C'est un outil de découverte, de communication, de relations et d'échanges entre des personnes qui reconnaissent déjà ou veulent découvrir que changer le monde implique de se changer soi-même. Présentation ici de cette webradio sur Le Journal Intégral.

Bonnes Vacances 

A tous ceux qui - en cette période estivale - auront eu le courage de lire ce billet jusqu’au bout, à ceux qui voyagent physiquement comme à ceux qui voyagent intérieurement, je souhaite de bonnes vacances. Le Journal Intégral ferme ses colonnes pour quelques semaines, le temps de faire le Vide pour puiser dans la Plénitude de nouvelles énergies créatrices. En attendant, les lecteurs impatients pourront explorer quelques-uns des 260 billets édités depuis 2010 et notamment une série de saison en six épisode intitulée L’Esprit de Vacance. Interrogation écrite à la rentrée !...

L’Esprit de Vacance (1) L’Otium du peuple (2) Changer d’ère (3) L’art de ne rien faire (4) L’horreur économique (5) La cigale et la fourmi 2.0 (6

L'Esprit de Vacance favorise ce que Cioran nomme "le plaisir de l'irresponsabilité méditative".

"Ce qui distingue les philosophes antiques des modernes vient de ce que ceux-ci ont philosophé à leur table de travail, au bureau, mais ceux-là dans des jardins, au marché ou le long de je ne sais quel bord de mer. Et les antiques, plus paresseux, restaient longtemps allongés car ils savaient que l'inspiration vient à l'horizontale: ils attendaient ainsi les pensées que les modernes forcent et provoquent par la lecture, donnant l'impression de n'avoir jamais connu le plaisir de l'irresponsabilité méditative, mais d'avoir organisé leurs idées avec une application d'entrepreneurs." Cioran. Crépuscule des pensées.

vendredi 11 juillet 2014

Chaos, Mode d'emploi


Et la vie elle-même m'a dit ce secret : "Vois, dit-elle, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même". Nietzsche


Dans une série de sept billets intitulée Effondrement et Refondation, nous avions analysé la relation entre un effondrement de plus en plus plausible de notre civilisation et l’urgence d’une refondation qui passe par l’émergence d’un nouveau modèle. Alors que, dans de nombreux domaines, l’humanité est entrée dans une phase de turbulence - hors des zones d'équilibre - il semble que les théories du chaos issues des sciences de la complexité permettent de mieux appréhender la situation actuelle entre émergence et effondrement. 

Les travaux de prospective de Bruno Marion l'amènent à animer dans le monde entier des conférences sur les grandes mutations culturelles et sociétales. Il accompagne des équipes dirigeantes dans leur réflexion stratégique et dans l'adaptation de leur organisation à un monde devenu chaotique. Dans son nouvel ouvrage intitulé « Chaos, mode d’emploi », il explique comment les théories du chaos, en proposant une autre manière de voir le monde, nous donne des outils pour évoluer sur le plan individuel et collectif dans un monde chaotique et turbulent. 

Cet ouvrage n’a pas pour but de faire du lecteur un expert en physique mais d’extraire des théories du chaos des outils permettant de voir, comprendre et agir dans un monde en mutation constante et en complexité croissante. Au lieu de subir l’effondrement, il nous est possible de surfer sur la vague du changement en œuvrant à l’émergence de nouveaux équilibres fondés sur une plus grande complexité. Car, comme le dit ce grand maître de sagesse que fut Francis Blanche : « Le meilleur moyen de ne pas avancer est de suivre une idée fixe ». 

La révolution de la complexité 

Quand la mécanique classique rend compte des systèmes à l’équilibre ou proche de l’équilibre, les théories du chaos étudient le développement des systèmes turbulents et/ou volatils en cherchant à comprendre les processus complexes et l’organisation subtile qui se déploient derrière le désordre apparent. Ces théories se sont développées dans le cadre des sciences de la complexité évoquées dans deux précédents billets : Intuition et complexité et La révolution noétique

Ce nouveau paradigme de la complexité envisage l’univers comme un tissu de processus et d’interrelations assorties de propriétés émergentes qui se manifestent à travers des formes évolutives de plus en plus intégrées. Pour Joël de Rosnay : « La complexité est la grande révolution scientifique de notre temps… Désormais, les chercheurs, quelle que soit leur discipline, évoluent d’une vision analytique et séquentielle vers une vision systémique et intégrative. » 

Dans son nouvel ouvrage comme dans sa conférence Naviguer dans un monde chaotique, Bruno Marion a le talent d'expliquer de manière vivante, simple et pédagogique, à l'aide d'exemples concrets, des notions abstraites et théoriques qui s'avèrent indispensables pour surfer sur le flux de complexité propre aux "sociétés liquides" dans lesquelles nous vivons. C'est ce qu'il fait dans l'extrait suivant de Chaos, mode d’emploi, avec les concepts d'équilibre, de rétroaction, de Tipping point, d'effondrement et d'émergence.

Émergence ou effondrement ? Bruno Marion 

Bruno Marion

Dans une de ses nouvelles, l’écrivain de science-fiction visionnaire Isaac Asimov nous raconte l’histoire d’un peuple qui de génération en génération, de civilisation en civilisation, demande à un ordinateur géant : « Serons-nous un jour capables de battre le second principe de la thermodynamique ? » Et pendant des générations et des générations, des siècles et des siècles, l’ordinateur répond systématiquement la même chose : « les données ne sont pas suffisantes pour répondre à cette question ».

Des milliards d’années passent, les étoiles et les galaxies meurent mais l’ordinateur, connecté directement à l’énergie de l’espace-temps, continue à calculer. A la fin, l’univers est mort mais l’ordinateur arrive enfin à sa réponse. Il sait maintenant comment battre le second principe… et c’est à ce moment-là qu’un nouvel univers nait. L’entropie règne et rien n’échappe à l’emprise implacable de la seconde loi de la thermodynamique. Voilà ce que nous avons appris à l’école : à chaque instant qui passe, notre monde, notre système solaire, voire notre galaxie toute entière se rapproche lentement de leur inévitable mort à la fin des temps. Le désordre ne peut qu’augmenter. Tout redeviendra poussière. 

Que disent les théories du chaos ? 

Mais les théories du chaos nous apprennent que cela n’est là qu’une partie de l’histoire ! Elles ne remettent pas en cause le second principe de la thermodynamique. Elles ne nient pas que tout redeviendra poussière mais elles nous montrent également une incroyable émergence de complexité depuis le début de l’univers. Depuis la nuit des temps, là où il n’y avait semble-t-il que le vide est apparu la matière, puis la vie, puis la conscience. L’univers n’a cessé de croitre en complexité. Il n’a cessé d’évoluer. L’homme, l’humanité ont fait de même

Des atomes aux molécules, des organismes unicellulaires aux organismes pluricellulaires, du cerveau reptilien au cerveau des mammifères jusqu’au néocortex humain, l’univers n’a cessé de faire preuve d’une créativité inépuisable. Il n’a cessé d’intégrer l’existant pour croitre en complexité et évoluer, en passant par le minéral et le vivant vers une plus grande conscience, vers plus de beau, de vrai et de bon. Evolution, auto-organisation, intégration sont l’autre partie de l’histoire.

Nous vivons un moment unique où l’humanité, elle-même le produit de milliards d’années d’évolution, prend soudain conscience de ce processus évolutif. Les théories du chaos nous apportent des éléments essentiels pour comprendre comment on peut favoriser cette évolution vers plus de complexité (des volontaires pour le retour vers la mort et la poussière ?) Elles nous montrent comment un système peut évoluer vers plus d’entropie ou vers plus de complexité. Elles nous permettent également, avec une manière radicalement nouvelle de voir le monde, de participer à cette évolution. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’homme prend conscience qu’il est à la fois le spectateur et l’acteur de l’évolution de l’univers. 

Alors redescendons des étoiles pour prendre un des exemples classiques utilisés dans les théories du chaos pour comprendre l’évolution des systèmes turbulents ou chaotiques : celui de l’eau qui s’écoule du robinet. Faite l’expérience chez vous (c’est encore plus évident à observer avec une rivière… mais c’est plus compliqué à réaliser en appartement !) 

L’équilibre 

Si vous ouvrez très doucement un robinet, vous pourrez sûrement obtenir un écoulement de l’eau régulier et d’apparence immobile. On appelle cela l’état stationnaire, linéaire, ou encore laminaire. Si avec une grande précaution vous continuez à ouvrir tout doucement le robinet, vous pourrez peut-être observer une légère pulsation régulière de la colonne d’eau. C’est l’état dit oscillant ou encore périodique. Si vous continuez toujours à ouvrir le robinet, la pulsation va devenir irrégulière, puis en ouvrant encore plus fort, l’écoulement devient franchement turbulent. Augmentez encore. A un certain point le filet d’eau va se transformer en un torrent totalement chaotique. C’est l’état turbulent ou chaotique. C’est le chaos ! Mais, ne vous arrêtez pas là ! Si vous augmentez encore le débit, un phénomène surprenant peut se produire. Des tourbillons peuvent apparaitre. L’ordre émerge alors du chaos. L’ordre apparait dans le désordre ! 

Nous pouvons illustrer ces phénomènes de manière simplifiée avec les schémas ci-dessous. 

Un système peut-être stable, à l’équilibre (symbolisé ici par une droite) : il ne bouge pas, il n’évolue pas. 

Puis, le système peut, à partir d’un certain moment, se mettre à osciller, telle l’eau du robinet décrite ci-dessus, ou comme un balancier. C’est la partie symbolisée par une sinusoïde dans les schémas ci-dessus. Dans cette partie, le système est encore sous une certaine forme de contrôle. Il y a des effets de rétroaction négative (negative feedback). C’est comme un thermostat. Si la chaleur dépasse une certaine température, on coupe le chauffage. De même, si la température baisse trop, on rallume le chauffage. 

Le Tipping Point 

A partir d’un certain seuil, appelé « Point de Déclenchement » ou « Tipping Point », le système peut alors sortir de l’équilibre. Les oscillations s’amplifient alors de plus en plus. Et les théories du chaos nous apprennent qu’une fois ce point dépassé, le système ne pourra jamais revenir à l’équilibre précédent. Il y a ce qu’on appelle des effets de rétroaction positive (positive feedback). Le phénomène s’auto amplifie. Plus la température est élevée, plus on met le chauffage.

Il y a de nombreux exemples de rétroactions positives dans les systèmes physiques, biologiques et sociaux. La rétroaction positive est ainsi à l’origine de notre naissance : la pression de la tête du bébé sur le col utérin stimule les contractions de l’utérus. Les contractions poussent davantage la tête sur le col, ce qui a pour effet d’accroître encore les contractions. La rétroaction positive contribue ainsi à l’expulsion du fœtus de l’utérus. Et nous voilà quelques années plus tard à écrire ou lire des livres sur l’avenir du monde ! 

Observons également la création d’un réseau social type Facebook. Si peu de gens l’utilisent, peu de gens ont envie de le rejoindre. Par contre plus vos amis l’utilisent et plus vous êtes tenté de vous y mettre. Plus il y a de gens qui l’utilisent, plus il y a de gens qui veulent l’utiliser, et plus il y a de gens qu’ils l’utilisent, et ainsi de suite. La rétroaction positive est donc une accentuation, une amplification, une accélération d’un processus par lui-même sur lui-même : croissance démographique, réaction thermonucléaire, capital placé à intérêts composés, dépression économique, panique d’une foule, etc. Dans le langage courant, on parle parfois aussi de cercle vicieux ou vertueux, selon si on aime ou pas l’accélération des effets… 

L’effondrement

Et enfin, après l’équilibre, les oscillations et la sortie de l’équilibre, que se passe-t-il ? Ensuite, après ce qu’on appelle le « point de décision », il y a alors deux possibilités : soit le système s’effondre, (collapse) c’est le second principe de la thermodynamique qui s’applique (« tout redeviendra poussière ») : 

L’émergence 

Soit il y a émergence (breakthrough) et le système trouve un nouvel équilibre à un niveau de complexité plus élevé. On retrouve alors les évolutions du vivant et de l’univers en général décrites ci-dessus : des atomes aux molécules, des organismes unicellulaires aux organismes pluricellulaires, du cerveau reptilien au cerveau des mammifères jusqu’au néocortex humain, le système intègre l’existant et s’auto-organise pour croitre en complexité : 


Il est intéressant de noter que les mots chaos et turbulent ont pour la plupart des gens une connotation négative. « C’est le chaos », ou « c’est un enfant turbulent » sont rarement des compliments. Il faut en fait voir derrière ces mots simplement la description d’un état des choses. Ni bien, ni mal. Comme l’eau peut être à l’état de gaz (vapeur), de liquide ou solide (glace), un ensemble d’éléments, un système, peut être dans un état d’équilibre, linéaire, oscillant, ou encore turbulent et chaotique. On peut donc voir l’état turbulent ou chaotique comme une phase particulière d’un système. Comme la matière qui peut être en phase gazeuse, liquide ou solide, un système peut ainsi être en phase linéaire, oscillant ou chaotique. Et nous allons voir dans la suite de ce livre que ce que nous appelons ici système, cela va s’appliquer à l’être humain, à nos organisations, nos entreprises et à l’humanité toute entière. 

Mieux voir et mieux comprendre le monde 

Le chou romanesco : un exemple naturel de structure fractale

Il s’agira donc de traiter un système avec les outils correspondants à la phase dans laquelle il se trouve. De nombreux aspects de l’humanité ou de nos organisations sont encore en phase d’équilibre, linéaire. On utilisera alors la mécanique classique pour comprendre et agir sur un système à l’équilibre ou proche de l’équilibre. Par contre comme nous l’avons vu dans la première partie de ce livre, l’humanité, dans de nombreux domaines, est sortie de l’équilibre et est entrée dans une phase turbulente et chaotique. 

On utilisera alors les théories du chaos et nous serons capables ainsi de développer de nouveaux outils, de nouvelles lunettes pour bien voir et comprendre les « signaux faibles ». Nous pourrons également comprendre et surtout agir sur les parties de nos vies personnelles, de nos organisations et de l’humanité qui sont passées à une phase chaotique. Nous pourrons voir et comprendre les différentes évolutions, les crises, et œuvrer à l’émergence de nouveaux équilibres et à des organisations plus complexes et harmonieuses. Nous pourrons alors choisir d’œuvrer à l’émergence, et non pas subir l’effondrement. 

Ressources 

Le site de Bruno Marion. On y trouvera de nombreux textes et documents permettant d'approfondir la réflexions initiée dans le texte ci-dessus.

Chaos, mode d'emploi. Présentation de l'ouvrage

Conférence de Bruno Marion (Vidéo) : Naviguer dans un monde chaotique (30')

Conférence de Bruno Marion : L'avis du public (Vidéo)

Vidéo de Michel Saloff-Coste à propos de Chaos Mode d'emploi

Dans Le Journal Intégral : Effondrement et Refondation (Une série de sept billets). Réagir à l'effondrement (2). Les Transitionneurs (3). Les Convivialistes (4). Les Créatifs culturels (5). Catastrophe ou métamorphose (6). La Cosomodernité (7).

vendredi 27 juin 2014

Intuition et Complexité


Le problème n'est plus d'être à droite ou à gauche, le problème est d'être en avant, c'est-à-dire engagé dans la percée inouïe du nouveau paradigme. Marc Halévy 


Dans notre avant-dernier billet, nous présentions les travaux passionnants de Marc Halévy - à la fois physicien de la complexité et philosophe de la spiritualité - qui annonce une véritable « révolution noétique » née du « passage de la sociosphère à la noosphère sur les passerelles de l'évolutionnisme et de la complexité » Au cœur de cette révolution noétique, la notion de complexité est à prendre ici dans son étymologie « cum-plectere » qui signifie « ce qui est tissé ensemble » dans un entrelacement (plexus). 

Le nouveau paradigme de la complexité voit effectivement l'univers comme un tissu de processus et d’interrelations assorties de propriétés émergentes qui se manifestent à travers des formes évolutives de plus en plus intégrées. Ce paradigme est holiste : il inspire une pensée qui ne fonctionne plus seulement en termes d’analyse réductionniste et de séparation abstraite mais en termes de relations dynamiques et d’ensembles intégrés. Cette irréductibilité du Réel nécessite un nouveau mode de connaissance qui intègre et dépasse la pensée symbolique des traditions liée au cerveau droit et la pensée analytique de la modernité liée au cerveau gauche. 

Parce que cette dernière convient mal à une complexité nécessitant des méthodologies holistiques et analogiques, l’intuition fait son grand retour dans l’épistémologie après en avoir été chassée par le rationalisme abstrait comme « irrationnelle ». Le recours à l’intuition est une condition fondamentale pour l’émergence d’une pensée « transrationnelle » seule à même de rendre compte des processus dynamiques qui sont au cœur de la complexité. 

Pour mieux saisir les enjeux fondamentaux du nouveau paradigme, nous proposons ci-dessous un texte de Marc Halévy intitulé Histoires de la complexité où l’auteur propose de manière synthétique une histoire de la complexité à la fois dans la nature humaine et dans la nature physique. Nous proposerons ensuite un court extrait d’un texte passionnant intitulé Implications philosophiques et spirituelles des sciences de la complexité où Marc Halévy évoque le rôle fondamental de l’intuition dans ce nouveau paradigme. 

Histoires de la Complexité. Marc Halévy

L'émergence du concept de Complexité et des sciences du Complexe est probablement le fait le plus essentiel au cœur de la grande mutation que nous vivons aujourd'hui. Elle a deux histoires … 

Histoire de la complexité dans la Culture humaine

L'homme a probablement toujours ressenti le monde qui l'entoure comme un problème difficile, incompréhensible, imprévisible. Dangers et menaces. Opportunités et chances. Survivre. Et pour survivre, se représenter le monde alentour et inventer les moyens d'en maîtriser, autant que faire se peut, les impacts favorables ou défavorables sur l'humaine condition. Maîtriser la complexité du monde a toujours été un souci humain essentiel. Souci de survie d'abord, souci de bonne vie ensuite. Souci moteur décliné en trois vagues successives. 

La première vague, la plus ancienne, affronte la complexité par les trois M de Mystère, Magie, Mythologie. Cette première vague sera dominante jusqu'au XVème siècle. Elle est alors remplacée par la seconde vague, celle des trois R de Religions, Rationalisme, Réductionnisme. Cette deuxième vague meurt sous nos yeux contemporains. Une troisième vague est en train de monter pour porter la culture humaine sur les trois S de Spiritualité, Systémique, Synergie


Cette troisième phase de la Connaissance intègre et dépasse les deux précédentes : celle des rites, symboles et visions du cerveau droit, celle des modèles, concepts et analyses du cerveau gauche. La complexité a enfin émergé comme fait reconnu, après avoir été respectivement exorcisée, puis niée. L'exorcisme magique rassure parfois, mais ne résout rien. Le simplisme rationaliste résout parfois, mais ignore presque tout et, surtout, l'essentiel. La porte s'entrouvre, aujourd'hui, sur un champ (chant) nouveau qui appelle de nouveaux outils, de nouvelles méthodes, de nouveaux concepts afin d'assumer pleinement cette complexité réelle et native du monde dont l'homme sait, à présent, qu'il fait totalement partie intégrante. 

L'homme fut d'abord victime-parasite du monde. Il fut ensuite spectateur-prédateur du monde. Il devient acteur-créateur dans le monde. L'heure est à l'aveu définitif : la complexité du Réel n'est réductible ni aux mythes et rites trop naïfs de la Magie blanche ou noire, ni aux schèmes et concepts trop pauvres de la Raison raisonnante. La complexité du Réel est irréductible. Et cette irréductibilité même fonde un nouveau départ, une nouvelle approche, un nouveau niveau de Connaissance : un saut de Connaissance

Histoire de la complexité dans la Nature physique

L'histoire de la Nature n'est que l'histoire de la complexification, de la montée en complexité. Cette histoire passe toujours par les mêmes étapes. A un niveau de complexité donné, les entités qui le peuplent, se rencontrent au gré de leur quête d'individuation et d'intégration. Des complémentarités et des antagonismes apparaissent. Des interactions se développent. Elles deviennent parfois récurrentes et stables sous forme d'interrelations. Ces interrelations se combinent en architectures plus ou moins durables qui intègrent, en un sur-système de niveau supérieur, les entités initiales. Ces sur-systèmes, parce qu'ils s'organisent à partir d'interrelations nouvelles, font émerger des propriétés radicalement nouvelles qui leur permettent d'inventer de nouveaux modes d'interactions. Et ainsi de suite, ad libitum … 

De la bouillie énergétique initiale, du magma lumineux, incandescent et vibrionnant originel, naissent des figures d'interférence et de résonance dont certaines configurations sont miraculeusement stables : les premiers grains de matières sont nés et avec eux cette propriété émergente qu'est la masse qui permet à ces granules d'interagir gravitationnellement entre elles. Le processus cosmique peut se mettre en marche et inventer le monde comme un peintre invente sa toile. 


Les granules massiques se combinent et donnent des structures plus ou moins stables que le scientisme appellera "particules élémentaires" (électrons, protons, neutrons et tous les autres) alors qu'elles ne sont ni particulaires, ni élémentaires. Avec ces "particules" émergent de nouvelles propriétés (la charge électrique et la "charge" nucléaire) et de nouveaux modes d'interaction (les forces électromagnétiques et nucléaires fortes et faibles). 

Au gré de leurs rencontres, ces "particules" s'agglomèrent en architectures de plus en plus complexes : noyaux, atomes et molécules. Avec les molécules émergent les propriétés chimiques et leurs nouveaux modes d'interaction électrostatiques ou covalentes. La Matière est née

Ces atomes et molécules, à leur tour, s'associent de diverses manières. Dans les fluides, elles s'accrochent les unes aux autres par des forces de viscosité : nuages, huile, rivière, lave, … Dans les solides, elles développent de somptueux édifices cristallins selon des maillages fort divers. Mais, à ce niveau, un nouveau type d'organisation, improbable mais miraculeusement riche, va émerger : la cellule vivante capable d'auto-reproduction et d'association symbiotique. 

La Vie est née

A partir de cette miraculeuse cellule, toute l'arborescence des organismes vivants va pouvoir se déployer avec ses trois branches faîtières : les arbres, les insectes et les vertébrés. Et tous ces organismes, pour survivre au mieux, inventeront de nouveaux modes d'interactions entre eux : sélection naturelle, symbiose, commensalité, mutuellisme, coopération, bref tous les mécanismes de l'écologie terrestre. Le Vivant est né

Certaines des espèces vivantes vont aller plus loin et inventer des architectures sociales qui vont fédérer les individus afin d'optimiser leur survie collective. Forêts. Fourmilières, termitières, ruches. Meutes, clans, tribus, royaumes, états. Pour l'homme, cela se passa il y a 6.000 ans. La Société est née. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Parmi les sociétés humaines émerge déjà une nouvelle étape de la complexification cosmique : l'étape noétique (du grec "noos" : esprit, intelligence), c'est-à-dire l'émergence de systèmes immatériels, vastes architectures d'informations et de connaissances, d'inventions et de mémoires


Nous vivons cette émergence aujourd'hui … celle de la naissance des espaces culturels souchés sur l'espace naturel, celle des champs immatériels souchés sur le champ matériel, celle des architectures cognitives souchées sur l'architecture sociale. Et de ces sur-systèmes cognitifs et créatifs, émergent déjà des propriétés nouvelles et des modes d'interactions nouveaux, insoupçonnés parce qu'insoupçonnables il y a seulement quelques décennies … 

Impact du saut de complexité contemporain

Nous vivons donc, aujourd'hui, l'émergence d'un nouvel échelon sur l'échelle de la complexité. Un échelon supérieur, plus complexe encore que tous ceux qui l'ont précédé dans la longue histoire du cosmos en perpétuelle complexification : celui prédit par Teilhard de Chardin sous le nom de noosphère vient se superposer aux lithosphère, biosphère et sociosphère antérieures. Mais en même temps, nous vivons l'émergence d'un nouveau paradigme, radicalement autre : celui de la Complexité elle-même au-delà de la Magie et de la Raison. La concomitance de ces deux ruptures n'est probablement pas fortuite. 

Ce saut, cette émergence neuve, cette révolution paradigmatique rendent singulièrement dérisoires et provinciales les chamailleries politiciennes de la "sociosphère" : le problème n'est plus d'être à droite ou à gauche, le problème est d'être en avant, c'est-à-dire engagé dans la percée inouïe du nouveau paradigme et des nouveaux univers immatériels de la connaissance et de l'imaginaire. L'homme, en tant qu'homme, devient singulièrement périphérique et futile : il n'est plus que vecteur de Pensée. Révolution néo-copernicienne : l'homme n'est plus le centre du monde ! 

Comme la Vie avait infiniment dépassé la Matière, comme la Société a infiniment dépassé les Individus, la Noosphère dépassera infiniment la Sociosphère dont elle se nourrit (comme les atomes se nourrissent de particules, les molécules d'atomes, les cellules de molécules, les organismes de cellules, etc …). Le problème n'est plus le "comment vivre ensemble ?" (pure intendance sans intérêt), mais bien "comment servir l'émergence des nouveaux mo(n)des de la Pensée ?" 

L’intuitivité 

Dans un texte intitulé Implications philosophiques et spirituelles des sciences de la complexité, Marc Lévy évoque le rôle fondamental de l’intuition dans l’émergence du paradigme de la complexité : "La raison raisonnante est un outil fabuleux, mais elle a une faiblesse intrinsèque : elle est analytique et convient donc mal à l'approche des processus complexes qui requièrent des méthodologies holistiques, téléologiques et analogiques. Le grand Henri Poincaré, peu suspect d'irrationalité, disait déjà : " C'est avec la logique que nous prouvons et avec l'intuition que nous trouvons." 

L'intuitivité, au côté de la rationalité, entre à présent par la grande porte dans l'épistémologie scientifique. Mais que sait-on, au juste, sur cette intuition ? L'intuitivité est la capacité à développer et à exploiter valablement son intuition, ses intuitions. Les phénomènes d'intuition se redécouvrent peu à peu. La tyrannie rationaliste et scientiste avait interdit jusqu'au mot. Le tabou se lève, à présent. Il y a des gens intuitifs qui perçoivent la réalité par d'autres canaux que leur cinq sens classiques, des gens qui ont développé un sixième sens, voire un septième ou un huitième ou plus.


Sixième sens, intuition féminine : être en prise directe avec la réalité, la sentir, la ressentir... Non plus raisonner, mais résonner. Être en phase avec le réel. Le ressentir. Vibrer avec lui. Point n'est besoin d'hurler au mysticisme. Nous avons tous connu des intuitions flagrantes. Nous avons tous expérimenté cette mystérieuse coïncidence mentale au moins une fois. Ressentir une présence. Avoir une prémonition. Pressentir un imprévu. etc ... Ressentir une antipathie ou une sympathie au premier regard avec un inconnu, première impression qui est souvent la bonne, dit-on (ce que nous confirmons). On ne sait pas pourquoi, ni comment, mais on sait. 

Depuis que le tabou a commencé à se lever, l'intuition est étudiée non plus comme un phénomène de foire, mais comme une réelle faculté humaine, objectivable et expérimentable. Nous n'en sommes qu'aux balbutiements, mais la récolte promet d'être fructueuse. Une chose, déjà, est claire : l'intuitivité, comme la créativité et la visualité (capacité à visualiser anticipativement les détails d'une action ou d'un événement ou d'un processus), se cultive, se muscle, s'exerce. 

Le "Transrationnel"

On naît tous un peu intuitif, mais seuls ceux qui travaillent leur intuition peuvent réellement prétendre en tirer quelque chose de valable. Ressentir les signaux faibles du milieu ambiant et développer une hypersensibilité en élargissant notre niveau de conscience, est une chose, tout à fait sérieuse et probable. Deviner le prochain numéro lors du tirage du loto en est une autre, tout à fait crétine et imbécile, totalement étrangère aux concepts d'intuitivité et d'intuition. Il suffit de se laisser surfer sur la toile pour voir combien le mot et le concept "intuition" attire les charlatans et les gogos. Il faut, dès lors, être prudent et bien comprendre que l'intuition n'est ni divination, ni mancie, ni magie. Il s'agit de pallier les carences de la raison mais pas de sombrer dans l'irrationnel. Peut-être faudrait-il parler de "transrationnel" ou de "méta-rationnel". 

Les mots-clés en matière d'intuitivité sont "signaux faibles", "hypersensibilité" et "niveau de conscience". Les millénaires techniques de méditation extrême-orientale nous éclairent en ce sens. L'entrée en résonance profonde avec le monde environnant est une réalité psychique largement démontrée et mesurée à partir d'électroencéphalogrammes de moines tibétains, par exemple, qui parviennent, volontairement et consciemment, à contrôler leurs ondes alpha et, ainsi, à atteindre des niveaux de conscience parfois vécus sous l'effet de drogues psychédéliques. 

Nos sens "normaux" ne sont sensibles qu'à des signaux grossiers, volumineux, physico-chimiques ; mais notre environnement émet quantités d'autres signaux, plus subtils, plus faibles, plus ténus mais au moins aussi "parlant" à qui sait les entendre. Ces signaux énergétiques faibles peuvent être captés et interprétés au moyen d'une petite antenne spéciale : l'intuitivité. Mais il faut, pour cela, que cette petite antenne soit convenablement activée : c'est l'hypersensibilité. Une fois capté, le signal faible doit encore être interprété dans une conscience élargie susceptible de le recevoir et de le com-prendre (de le prendre avec soi)."

Ressources

Noétique. Expertise et prospective dans le monde réel. Le Blog de Marc Halévy

Histoires de la Complexité. Marc Halévy

Implications philosophiques et spirituelles des sciences de la complexité. Marc Halévy 

Voir notre sélection de textes dans le blog de Marc Halévy au paragraphe Ressources de notre avant-dernier billet : Une Révolution Noétique

Dans Le Journal Intégral : Experts et Visionnaires (2) Intégrer la complexité 

Quatre billets d’une sérié intitulée La Voie de l’Intuition : La Voie de l’Intuition (1), La Métanoïa (2), La Voix de l’évolution (3), Raison et Intuition (4).

Quatre billets d'une série intitulée Les Trois Yeux de la Connaissance : Les Trois Yeux de la Connaissance (1) Une écologie de l'Esprit (2) La Confusion Pré/Trans (3)

mardi 17 juin 2014

Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !


Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes. Arthur Rimbaud


Tuer le Bouddha

Une des plus étranges injonctions du bouddhisme zen est : « Si tu rencontres le Bouddha, tue le ! ». Pourquoi donc cette exhortation des héritiers d’une sagesse millénaire à tuer le Bouddha, son fondateur ? Les freudiens y verraient l’expression orientale de cette scène primitive qu’est le meurtre du père. Une fois de plus, leur réduction de la métaphysique à la psychologie, de la psychologie à l’inconscient et de l’inconscient à la mémoire phylogénétique d’une scène primitive, les conduiraient à une impasse. 

Une formulation plus explicite de cette maxime nous permet de mieux en saisir la signification : « Si tu rencontres le Bouddha vivant, alors tue le, car le Bouddha ne se trouve qu’à l’intérieur de toi-même ». Pour le bouddhisme zen comme pour toute forme authentique de spiritualité, l’expérience intérieure est centrale. "Tuer le Bouddha" c’est traverser le monde abstrait des représentations, croyances et préjugés pour se ressourcer à la perception de l’instant présent. 

Quand elle ne procède pas, comme l'icône, d'une intention épiphanique, la représentation du sacré est le plus souvent une profanation qui nous éloigne du foyer intense et lumineux de l’expérience intérieure. "Tuer le Bouddha" c’est se libérer de la lettre mortifère pour retrouver le jaillissement créateur de l’esprit. C’est découvrir la puissance créatrice de la présence d’esprit en déconstruisant la représentation qui l’occultait. C’est reconnaître que la séparation est une illusion en reconnectant la conscience à sa nature véritable qui n’est pas mentale mais non-duelle.

Je est un Autre

Aujourd’hui dans la France contemporaine, ce n’est pas Bouddha qu’il faut tuer mais Arthur Rimbaud dont la culture officielle a fait un éveillé moderne. Car si on vénère Rimbaud le Voyant, figure embaumée dans les cimetières nécrophiles de la scolarité, c’est pour mieux ignorer tous ceux qui vivent aujourd’hui de leur vision comme la lumière vit de sa flamme. 

L’inspiration crée d’abord des marginaux car c’est dans les marges qu’une civilisation inqualifiable doit être corrigée. Ces marginaux centraux montrent la voix qui résonne en écho sur le fil du temps.

" Arthur Rimbaud jaillit en 1871 d'un monde à l'agonie qui ignore son agonie et se mystifie, car il s'obstine à parer son crépuscule des teintes de l'aube de l'âge d'or. Le progrès matériel déjà agit comme brouillard et comme auxiliaire du monstrueux bélier qui va, quarante ans plus tard, entreprendre la destruction des tours orgueilleuses de la civilisation d'occident.  " René Char

Si on se prosterne autant devant le tombeau de Rimbaud, c’est pour mieux tuer en soi l’Irréductible dont le fantôme hante ceux qui en sont réduits à n’être qu’eux-mêmes. Vite une statue afin de mieux faire taire une voix aussi salutaire !... C’est ce que pensent secrètement ceux qui honorent l’insurrection des consciences pour mieux l’étouffer. 

« Je est un Autre » disait-il. « Cet Autre c’est nous-même » lui répondent-il en s’appropriant le mystère pour mieux conjurer l’ennui d’une vie disqualifiée. Ils ne peuvent supporter le rire éclatant du Poète qui fait apparaître leur vie de cadavre et de caveau pour ce qu’elle est : l’errance hallucinée d’une conscience, abstraite du jeu créateur de l’esprit. Derrière leur autonomie illusoire : le fantasme d’une toute puissance infantile.

La Poésie n’est affaire ni de chaisières culturelles, ni de fonctionnaires déguisés en universitaires, ni de commerçants travestis en éditeurs. C’est l’affaire d’une rencontre fondamentale entre un homme et son âme. Une manière vivante et vécue de participer à l’expérience spirituelle qui fonde toute vérité humaine. Une façon de ne se référer à rien d’autre qu’à l’intuition profonde liant organiquement l’être humain à son milieu d’évolution, ce milieu à tout l’univers et l’univers visible à l’Unité indivisible qui le fonde.

Un conformisme abject

Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !... C’est le cri sans frontière de tous ceux qui, engagés dans la voix de leur vérité intime, ne peuvent supporter cette forme de servitude volontaire qui consiste à se plier devant l’illusion.

Tue-le car ils en ont fait l’idole d’une transgression aussi conformiste que confortable, le symbole de la subversion subventionné, une figure académique de la marginalité. Et ce, alors même que la révolte existentielle du poète s’érigeait contre ceux-là mêmes qui aujourd’hui le sanctifient : les gens de pouvoir, les installés, les positivistes, les assis, les médiocres, les endormis, les établis… tous ceux qui sont plus à l’écoute de leurs ambitions et de leurs intérêts que des Voix et des Visions intérieures susceptibles de les transcender. 

Effrayés par tout rayonnement spirituel, ces vampires sucent le sens des créateurs en réduisant leur puissance visionnaire et subversive à un conformisme abject. Une conspiration des asphyxiés contre toute forme de souffle créateur.

Ils donnent envie de vomir pour régurgiter le poison qui leur sert de bonne conscience. Mais ce monde manque de foie. Il ne saurait produire les torrents de bile nécessaires pour noyer cette engeance de mort-vivants qui ont condamné la postérité du poète à n’être plus que l’ombre du chant solaire qui l’inspirait. 

Antonin Artaud
Le rôle des professeurs n'a-t'il pas été de tout temps d'étouffer sous le poids de leur abstraction le cri vital et organique des prophètes ? N'est-ce pas Antonin Artaud ? : "Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où plus rien n'adhère à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n'est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses; et jamais on aura vu tant de crimes dont la bizarrerie gratuite ne s'explique que par notre impuissance à posséder la vie."

Cette impuissance à posséder la vie noie toutes traces de transcendance sous les eaux glacées du calcul égoïste. N'est-ce pas Jacques Ellul ? : « Si le christianisme est admis et honoré dans le monde, c’est qu’il n’est plus le christianisme. » Ils ont tué le Christ une seconde fois sous le poids d’une institution au service du pouvoir et d’un dogme au service de l’institution. Comme le Christ chassait les marchands du temple, le Poète chasse les idoles pour révérer les icônes. Les idoles enferment l’infini de l’esprit dans la prison des formes alors que l’icône épiphanise la forme pour dévoiler la force spirituelle où elle s’origine.

Devenir Voyant


Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !... Le Voyant est devenu l’image publicitaire d’une condition inhumaine et brûler cette image, c’est rendre sa liberté posthume à une puissance visionnaire qui ne peut se vendre ni s’acheter. C'est suivre de manière radicale la fameuse injonction des Surréalistes : " Vous qui ne voyez pas, pensez à ceux qui voient ".

Si tu rencontres Rimbaud, tue-le !... Et fuis loin de tous ceux qui trahissent la vie de l’esprit pour la lettre morte alors même que la Poésie doit incarner, au cœur de nos existences, l'intense mémoire de notre immensité. En cheminant sur les voies aventureuses de l’inouï et celles, inventives, de l’inédit, l’intuition guide cette vie intégrale que le poète incarne dans un souffle inspiré. Si tu as l’occasion de croiser un de ces visionnaires, évite donc de le tuer. Suis-le discrètement, à distance, sans l’importuner avec des questions inutiles. Son pas sera ta réponse.

Comment le reconnaître ? Par sa mauvaise réputation. Comme le dit Gide : " Dans un monde où chacun triche, c'est l'homme vrai qui fait figure de charlatan". Et René Char d'enfoncer le clou : "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience." Les asphyxiés confondent les charlatans dans lesquels ils reconnaissent leur propre vice et les enchanteurs qui suivent les chemins inexplorés de l’évidence, là où se rassemblent ceux qui ressemblent à l’élan infini qui les anime. Dans le monde inversé où nous vivons, celui qui gagne perd l'essentiel alors que celui qui perd gagne : exerçant sa force à résister, il transforme son intention créatrice en intensité existentielle.

Être voyant c’est regarder le monde avec les yeux de l’innocence et de l’insolence qui sont ceux de l’esprit créateur. Parce qu’il participe à la dynamique créatrice de la vie-esprit, le créateur subvertit les conformismes pour inventer de nouvelles formes à travers laquelle se reconnait la conscience collective en évolution.

" Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents... Tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanité. Là où certains ne voit que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent." Jack Kerouak. Sur la route