mardi 22 septembre 2015

La Philosophie comme Voie Initiatique


La philosophie antique n’était pas un ensemble de connaissances à assimiler, mais une pratique de transformation de soi-même, une initiation. Pierre Hadot 

L’École d'Athènes selon Raphaël avec, au centre, Platon et Aristote

Dans notre précédent billet nous évoquions le programme du quatrième forum international de l’évolution de la conscience qui aura lieu à Paris le 10 octobre sur le thème Vivre son utopie. L’intervention de Jean-Yves Lung, professeur à Auroville, aura pour titre : « Réinventer l’éducation ». Il y sera question d’éducation intégrale et de la pédagogie du Libre progrès promue par Sri Aurobindo. A cette occasion, nous aimerions proposer aux lecteurs du Journal Intégral les réflexions de Serge Durand sur la philosophie comme voie initiatique et conception d’un idéal éducatif inspiré notamment par la pensée évolutionnaire du même Aurobindo. 

Professeur de philosophie dans un lycée français, fin connaisseur du mouvement intégral, observateur des mutations culturelles, Serge Durand est le co-auteur du Guide Almora de la Spiritualité, un ouvrage de référence qui présente aussi bien les grandes traditions spirituelles que les principaux mouvements contemporains. Nous avons évoqué ici quelques travaux de Serge Durand qui transmet certains éléments de sa réflexion à travers ses blogs Carnet philosophique et Foudre Évolutive

A l'heure d'un saut évolutif rendu nécessaire pour dépasser la crise systémique que nous affrontons, les autorités cherchent tout naturellement à refonder l’éducation. Mais parce qu'il leur manque la vision du nouveau paradigme en train d'émerger, elles le font - hélas - à partir d'un ancien modèle, devenu totalement inadapté, qui les enferme dans un laïcisme d'un autre temps. C’est pourquoi il est bon d’être à l’écoute de ceux qui, comme Serge Durand, sont à la fois des éducateurs en contact direct avec les élèves et des penseurs nourris d’une profonde culture philosophique et spirituelle. Son texte est, dans un premier temps, un commentaire et une réponse au billet de Anne Leguy intitulé « Proposer la philo en maternelle, pas au bac ! ». 

Il est, dans un second temps, une réflexion sur le but d’une éducation authentique : libérer l’influence de l’âme, ce principe d'individualisation qui commande le devenir d'un individu quand celui-ci est uni intuitivement, mentalement, émotionnellement à son intériorité. Ce processus d’individualisation est initiatique quand il permet de dépasser la conscience de séparation où l'égo nous enferme dans la mécanique régressive de l'individualisme. Alors que le sujet individualiste est autocentré, le sujet individué se décentre au-delà de l'égo pour participer de manière sensible à un milieu d'évolution qui est à la fois humain, naturel, culturel et spirituel. Cette pratique d'ouverture et d'éveil qui fut celle de la grande tradition philosophique doit aujourd'hui inspirer des formes d'éducation intégrale qui considèrent l'être humain comme une entité globale en développement au sein d'un monde qui est lui-même en évolution constante. 

La philosophie comme voie initiatique et conception d’un idéal éducatif. Serge Durand 

Dans son blog Heureux à l'école!, Anne Leguy écrit le billet suivant intitulé « Proposer la philo en maternelle, pas au bac ! » : "  Prenez des ados bien mûrs, vérifiez qu’ils n’ont jamais trempé dans le moindre exercice de questionnement et placez-les sur le grill stressant de la terminale pour découvrir d’un seul coup : les philosophes Grecs et Romains, (pas les Indiens, ni les Arabes ou les Chinois, pas les autres, pas le temps), les concepts énoncés au fil des siècles (à raison d’une séance par semaine sur moins de 6 mois, on survole). Sans oublier quelques astuces de rhétorique, thèse, anti-thèse, synthèse pour avoir au moins 10. 

Ce n’est pas de la philosophie mais du gavage. Le but étant d’apprendre par cœur des tonnes de trucs, sans formation initiale, sans imprégnation de l’expression, sans incorporation lente de l’exercice de philosopher. Sans aucun goût découvert au fil du temps pour le débat, l’écoute, l’art du contre-pied ou celui de l’élaboration. C’est tout simplement idiot et parfois néfaste. La plupart des adultes qui découvrent les sujets du bac philo de l’année le confessent : rien qu’un énoncé leur rappelle le haut-le-cœur de leur jeunesse à l’idée de plancher sur de telles phrases complexes. 

Les futurs bacheliers et les jeunes diplômés ont un challenge de taille dans leur viseur : leur capacité d’adaptation à la vie réelle qui les attend. La philo en conserve de leur terminale ne leur sera d’aucun secours, en imaginant même qu’ils en retiennent une seule once. Si l’éducation nationale investissait tout de suite et dès la seconde dans des modules pratiques prodigués sur 3 ans, tels que : prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle… Les jeunes seraient plus efficaces, moins perdus pour entamer leur premier job, ou tout simplement pour communiquer et prendre leur place. 


Ce sont nos amis québécois qui ont inauguré cette démarche et elle contient une puissance insoupçonnée, tant pour les individus que pour les communautés où ils progressent. Commencer la philosophie dès la maternelle, c’est possible, si les enseignants sont un peu formés. Et ça marche ! Car tout petit déjà, on s’en pose des questions ! La justice (« C’est pas juste !»), la liberté, la propriété (« C’est à moi ! »), le temps, qu’est-ce qui est bien ou mal ? Et puis peut-être aussi apprendre à écouter d’autres points de vue, douter, remettre en cause. Au fil des années, s’ajoutent la citoyenneté, plus tard l’éthique. 

Mais ce travail est l’œuvre d’une enfance, d’une adolescence, d’années de pratique. Pas d’une logique de presse-purée avec de jeunes adultes stressés par une note finale. Dans les quartiers difficiles, entamer un dialogue pourrait reprendre sens. En général, il y aurait peut-être enfin une autre perspective que de réduire nos enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons. C’est une invitation aux débats, à la rhétorique, à la palabre qui crée du lien. La philo au bac, oui mais pas comme ça ! La philo au bac à sable, là… vraiment oui ! " (Fin de l'article d'Anne Leguy)

Une expérience d’ouverture déterminante 

Ma réponse en l’état : cet article est assez provocant mais il pointe certains défauts de l'enseignement actuel de la philosophie que je reconnais. A) Il y a encore un risque de gavage malgré, il faut le préciser, la baisse de niveau de l'épreuve depuis une dizaine d'années qui favorise une approche plus fondée sur l'essentiel. B) Il demeure un stress de l'évaluation qui précipite nombre d'élèves du côté d'une philosophie scolaire. On échoue à les faire philosopher. Mais étant professeur de philosophie en terminale, je puis contester certaines des affirmations de l'article et en tant que philosophe, je me permettrais de critiquer fortement certaines conceptions et plus précisément la conception ici présentées "des atouts pour un adolescent". 

Baruch Spinoza
1 - Je garde un excellent souvenir de mon professeur de terminale C, Gilles Susong, qui nous offrait un autre monde culturel que le nôtre. Car c'est bien là un enjeu décisif, les adolescents ont un monde qui souvent est en train de se clôturer. Car ils pensent malheureusement assez pour ce faire. Le cours de philosophie est une chance d'apprendre à penser de manière plus ouverte. Savoir soutenir simultanément une thèse et une antithèse est une méthode sure pour ne pas s'endormir dans un sommeil dogmatique. Dans mon expérience je n'ai pas eu l'impression alors d'un survol de quoi que ce soit. Au contraire j'ai connu une expérience d'ouverture déterminante. 

2 - "Prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle…" sont aussi des techniques de base de tout "marchand de soupe" comme le dirait un Stephen Jourdain. Si vraiment on veut éviter de réduire "les enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons", il faudrait éviter de former les meilleurs à convaincre les autres de le devenir !.. Éduquer est-ce préparer nos enfants à reproduire un système ou à le faire évoluer ? 

Henri Bergson
Un des seuls atouts alors est bien la pensée philosophique qui reste le seul mode de pensée critique encore enseigné aujourd'hui capable de pointer les incohérences d'un discours et aussi de reconnaître les siennes (ce qui est plus enrichissant encore). La philosophie n'est pas seulement une façon de dialoguer : la Communication Non Violente est meilleure si le dialogue est le but… car ne confondons pas dialogue et dialectique difficile relationnellement tant qu'on défend un ego au lieu de chercher une vérité. 

La philosophie ne consiste pas seulement à se poser des questions comme le font les enfants, elle est aussi un art d'accéder à l'intuition surmentale (qui n'aurait rien d'un pressentiment) (au moins au double sens de Bergson et Spinoza si je puis me permettre d'indiquer des pistes pour entendre le signifié que ce concept pointe dans ma vision philosophique) car c'est aussi et avant tout un mode d'exploration spirituel. Ce que je lis concernant la philosophie pour les petits ignore dramatiquement cette dimension que seul notre XXème siècle occidental en philosophie a su complètement oublié ou presque. 

Un usage spirituel de la philosophie 

3 - Personnellement usant de ma liberté professorale, j'initie mes élèves à la pensée occidentale la plus spirituelle au programme mais aussi à la pensée non-dualiste (Douglas Harding, Stephen Jourdain), à la philosophie chinoise, hindoue, islamique ou encore à la philosophie intégrale (Sri Aurobindo - Ken Wilber) et à partir de là on peut d'ailleurs constater qu'il ne manque pas grand-chose à la tradition occidentale qui s'en trouve revigorée. 

A vrai dire, seuls quelques auteurs au programme négligent toute dimension spirituelle propre à la démarche philosophique. Or c'est bien l'usage spirituel de la philosophie, le Jnana Yoga comme disent les hindous, qui devrait être revigorée vu le genre de difficultés que nos sociétés vont devoir affronter. En fait les jeunes enfants ne pensent pas assez rigoureusement pour jouir pleinement de la philosophie comme phénoménologie herméneutique spiritualiste à la recherche d'une vision du monde adaptée aux défis non de la vie socio-économique actuelle mais des cinquante prochaines années. 


La spiritualité des enfants peut être soutenue par la poésie ou par des récits mais ils ne peuvent pas vraiment manipuler des concepts rigoureux et ils glissent facilement vers la croyance à partir de ce que dit un adulte. Certes en ces domaines mêmes, nous adultes manipulons des signifiants sans voir toujours le signifié et je me souviens que croyant faire de la phénoménologie j'étais encore en train de croire en pensant voir au lieu de percevoir. 

Mais quoi qu'il en soit, de nombreux adolescents aujourd'hui sont capables, comme je le constate, de percevoir au moins en partie ce que des concepts de philosophie spiritualiste pointent alors que des adultes s'y refusent : ils seront prêts à une évolution de la conscience quand le moment l'exigera et d'autres sans aucun doute y contribueront fortement. Car les adolescents d'aujourd'hui peuvent être des êtres engagés et authentiques à condition qu'on leur donne les moyens de penser. Souvent on rencontre aussi des adolescents qui ont une expérience spirituelle mais qui n'ayant pas de concepts sont en but à leur entourage ou restent incapables de s'y repérer. 

Une qualité d’être 

4) Plus le temps passe, plus je pense que la qualité d'être du professeur est déterminante pour rendre capable un élève de ce dont il ne croyait pas l'être. Les techniques pédagogiques sont très secondaires : la qualité d'être d'un enseignant est intimement liée au fait d'aider inconditionnellement l'enseigné à être plus authentiquement ce qu'il est en profondeur avant même de lui transmettre un savoir sur sa matière. En philosophie quand la dimension spiritualiste est retrouvée, le paradoxe est que la matière veut qu'on enseigne et questionne aussi ce qu'est la qualité d'être individuelle et collective. 

Le philosophe donnera donc forcément à ses élèves de quoi penser une éducation. Qui aujourd'hui donne aux futurs adultes des notions concernant la juste éducation des enfants ? N'est-ce pas à cet âge où un recul par rapport à l'éducation parental peut être envisagé surtout si cette éducation ignore ses maladresses (qui souvent vont tout de même jusqu'à justifier une certaine violence physique) ? 

Robin Williams dans Le Cercle des Poètes Disparus

5) Le baccalauréat garde un sens initiatique, peut-être faudrait-il un autre type d'épreuve ou bien l'envisager seulement quand on est prêt. Mais si l'élève n'était orienté en dépit du bon sens (partant de seconde 70% au moins des élèves doivent entrer en classe de première quel que soit leur niveau intellectuel, le niveau de leur classe et donc de l'établissement !..) et aujourd'hui on envisage de supprimer le redoublement sans même utiliser les évaluations par compétences pour remédier aux compétences déficientes. 

Si les classes n'étaient pas surchargées et si les professeurs avaient une assez bonne qualité d'être alors le défi pourrait être relevé, donnant à l’élève une estime de soi, une confiance dans ses capacités d'auto-dépassement... Imaginons un tournant spiritualiste de la philosophie, alors l'initiation aurait tout son sens. 

Quel est mon idéal éducatif ? 

J'adhère à l'évidence qu’un monde vivant pousse en ce moment même aux milieux des décombres du vieux monde dominé encore, quoi qu'il en pense, par la bestialité. Plus le temps passe, plus je sais que je vois ce Monde nouveau si et seulement si j'y participe. L'évidence de l'horreur du vieux monde fait partie des ruines. C'est même une impression de grisaille interne dépressive qui participe de l'auto-destruction du vieux monde. Le monde nouveau n'est vu qu'à partir d'une certitude de Joie sans objet qui accueille une force créatrice et transformatrice


Un deuxième point me saute aux yeux : l'éducation n'est plus une sortie (ducere) hors de soi (e-) mais une initiation à soi c'est-à-dire une intégration de puissance de pensées, d'émotions (voire de sentiments) ou encore de capacités physiques répondant aux besoins d'une âme. Ici je croise les valeurs chrétiennes selon lesquelles nous avons à rendre compte du développement de nos talents. La société du vieux monde ne connaît que des égos manipulables par leurs désirs égocentriques puisque foncièrement mimétiques et qui donc suscitent de la concurrence. Même la bonne conscience de ce vieux monde a cette mécanique. La société du vieux monde ignore tout de l'âme. 

L'éducation véritable consiste certainement à permettre à une âme de ne pas se perdre dans les mécaniques des pensées, des désirs et des pulsions. Aujourd'hui la paresse, l'inertie l'emporte souvent faute de souligner un idéal d'évolution et de création. La spiritualité contemporaine avec la non-dualité nous donne d'échapper peu à peu à la mécanique. Mais quid du mouvement de transformation du monde ? L'ego n'est que le visage défiguré de notre âme quand, pire malheur, il n'en est pas la tombe où elle se tient étouffée dans le silence. 

Le rôle de l’âme

L'éducation authentique est au service d'un principe d'individualisation. Celui qui aime ses enfants ou le professeur qui se soucie de ses élèves travaille pour leur proposer ce qui leur facilitera de devenir ce qu'ils sont : il leur donne de quoi s'individualiser. Un tel parent ou un tel professeur lutte parfois contre l'ego de l'enfant ou de l'enseigné pour en libérer l'influence de son âme, le principe d'individualisation qui au cœur de la conscience pure commande le devenir d'un individu quand il est uni intuitivement, mentalement, émotionnellement à cette conscience pure. 

Ceci commande même la manière dont parfois on peut introduire auprès d'un enfant ou d'un enseigné une manière de voir, y compris par exemple la non dualité : il s'agit juste d'une boîte à outils ou de moyens de partager une sensibilité (poétique) dont l'enfant peut user s'il le désire pour ne pas se faire engrener dans la mécanique ; il ne s'agit pas encore une fois de s'enfermer dans telle croyance mentale en niant telle possibilité ou au contraire en affirmant telle réalité sans en faire du tout aucune expérience. L'éducation ainsi entendue est clairement en opposition avec n'importe quelle attitude religieuse. 

Sri Aurobindo
Plus on s'approche du continent perdu de l'âme, plus on peut aider les plus jeunes âmes à se trouver au cœur de l'humanité. Il ne s'agit pas d'une manière de penser mais d'une aspiration au cœur de la conscience pure. C'est un monde paradoxal où la plénitude de la conscience se découvre un besoin d'être, une soif de conscience encore plus ample. Le monde de l'âme, le monde psychique vraiment libre du monde psychologique qui ne trouvera jamais de solution en lui-même, est une dimension spirituelle que l'éducation de demain devra sans aucun doute découvrir si elle veut s'accomplir. 

Pour l'instant à ma connaissance la tentative qu'est L'école du progrès telle qu'elle a été développée autour de Mère et Sri Aurobindo reste l'une des rares après certainement l'Académie platonicienne à souligner le rôle central de l'âme (principe d'individualisation au cœur de la conscience pure) qui donnerait tout son sens à une éducation de la pensée, de l'intelligence émotionnelle et de la maîtrise d'un corps en vue ensuite de lui offrir la capacité d'une évolution de la conscience par-delà les limites de la conscience ordinaire humaine. 

Ressources 

Les Blogs de Serge Durand : Carnet Philosophique et Foudre Évolutive

Le Principe de tout enseignement intégral  Serge Durand. Blog Carnet Philosophique

Le Guide Almora de la Spiritualité  par Serge Durand et David Dubois

Le But (3) Commentaires dans Le Journal Intégral. Sur les travaux de Serge Durand 

Proposer la philo en maternelle, pas au bac ! Billet de Anne Leguy dans son blog "Heureux à l'école ! " 

Les Goûters Philo de Brigitte Labbé et  Michel Puech. Une collection de livres de philosophie pour les enfants

Proposé en accès libre par la revue Troisième Millénaire : L’école du Libre Progrès de l'Ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry. Gabriel Monod-Herzen, Jacqueline Benezech. Plon 1972. 70 pages 

La méthode du libre progrès.  Blog Éduquer à la Joie. 



A lire dans le libellé Éducation du Journal Intégral, 22 billets consacrés à ce thème essentiel et dans le libellé Sri Aurobindo, 7 billets à son sujet.

vendredi 11 septembre 2015

Quatrième Forum International de l'Evolution de la Conscience


L'utopie est la vérité de demain. Victor Hugo

Le Forum International de l’évolution de la conscience propose sa quatrième édition samedi 10 octobre 2015 à Paris avec pour thème : Vivre son Utopie. Après avoir posé en 2012 le caractère indispensable de l’évolution de la Conscience comme clé de notre devenir, après avoir rappelé en 2013 notre responsabilité qui est de co-créer consciemment le futur puis, après avoir étudié en 2014 la science de l’évolution de la Conscience, cette quatrième édition vise à faire connaître et partager l’expérience de ces évolutionnaires qui consacrent leur vie à concrétiser leurs rêves, à réaliser leurs utopies. 

D’après une tradition que l’on fait remonter à La République de Platon, l’utopie représente une société idéale, un lieu imaginaire de bonheur et d’harmonie. Mais ce lieu peut-il réellement exister ? Savons-nous encore croire et, mieux encore, réaliser nos rêves, accomplir notre destinée et faire co-évoluer la Conscience et la Culture ? 

Pour approfondir ces questions, le forum sera l'occasion de recueillir les témoignages de femmes et d’hommes qui consacrent leurs vies à bâtir leurs utopies et qui partageront leurs découvertes, leurs joies mais aussi leurs difficultés. Ce voyage au-delà du connu, avec l’aide de pionniers de l’évolution de la Conscience et des 500 participants du Forum, explorera la source de nos idéaux pour prendre conscience des obstacles qui nous en écartent et découvrir comment contribuer au grand projet de l’évolution humaine. 

Programme


08:15 Accueil. 

08:45 Ouverture du forum 

Eric Allodi, directeur général d’Intégral Vision, sera le maître de cérémonie de la journée. Il sera le garant d’un fil rouge qui emmènera le public au cœur d’un voyage évolutionnaire dont le résultat sera l’évolution de leur propre niveau de Conscience (en 2014, près de 90% des personnes interrogées ont estimé avoir « un peu » ou « beaucoup » évolué à l’issue du Forum). 

09:10 Nicolas Hulot

Suite à la renommée de son émission télévisée Ushuaïa, Nicolas Hulot crée en 1990 la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme qui vise notamment à encourager un changement de comportement de tous les acteurs de la société. En 2007 pour les élections présidentielles, il propose un Pacte écologique qui sera signé par la plupart des candidats et 750.000 citoyens. Il est aujourd’hui Président de la Fondation Nicolas Hulot et depuis décembre 2012 a été nommé Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète. En 2015, année du climat, il lance la campagne My Positive Impact qui vise à faire émerger des projets et des acteurs vecteurs de changement. 

Quelle utopie pour l’humanité ? 

L’Homme est capable du meilleur comme du pire. Il a pourtant cette incroyable capacité à se révéler dans tout son génie et dans toute sa créativité, notamment dans les moments les plus difficiles. Car, c’est souvent dans l’adversité que nous sommes capables de révéler nos plus hauts et nos plus beaux potentiels. Maintenant que nous voilà dos au mur, face au plus grand défi auquel l’humanité n’a jamais été confrontée, comment allons-nous réagir ? Allons-nous laisser le système gérer notre désespérance ou allons-nous nous dresser pour rendre possible ce que nous souhaitons tous, individuellement et collectivement : un monde juste, uni, en harmonie avec la Nature et profondément humaniste ?

09:50 Peter et Cynthia Bampton : « Awakened Life Project » 

Peter découvre la méditation de façon spontanée puis commence à méditer comme bouddhiste Theravada. Il rencontre ensuite l’enseignant spirituel Andrew Cohen avec lequel il travaille pendant 13 ans dans le cadre de l’Éveil Évolutionnaire. Depuis, il a co-fondé, avec son épouse Cynthia, le Awakened Life Project situé au Portugal pour développer un mouvement spirituel, un centre de retraite et une ferme de permaculture, dédiés à l’évolution de la conscience et de la culture en harmonie avec une vie écologique. 

La source de l’utopie 

Quelle est la nature de cette impulsion utopique qui aspire à créer des expressions toujours plus grandes et intégrées de Vérité, Bonté et Beauté, et d’où vient-elle ? Et comment pourrions-nous définir et mettre en œuvre cette impulsion que ressent l’Etre Humain depuis toujours, en ce début du 21ème siècle ? Dans cet exposé, Peter et Cynthia Bampton examineront ces questions et partageront leurs propres expériences, positives et parfois difficiles, dans la création du « Awakened Life Project » (Projet de Vie Eveillée) et d’un réseau croissant de personnes et d’initiatives dédiées à l’évolution de la conscience et de la culture en harmonie avec un mode de vie écologique. 

10:30 Témoignages d’évolutionnaires

Anne Ghesquière est directrice de collection, fondatrice du magazine Féminin Bio et auteur d’ouvrages sur le bien-être au naturel. Elle pratique le Wutao, la méditation et le yoga. Formée à différentes techniques de développement personnel, elle co-organise aussi les rencontres « Changer le monde » à Paris. 

Marc de la Ménardière est co-auteur et narrateur du film « En quête de sens ». Diplômé d’une école de commerce et d’un troisième cycle universitaire, Marc débute sa carrière à New York comme business developer chez Danone. Suite à un accident et le visionnage intensif de documentaires anxiogènes sur l’état de la planète, il décide de faire une pause dans sa vie professionnelle pour se lancer avec son ami d’enfance Nathanaël Coste dans un road movie sur le thème du changement. Depuis son retour en France, Marc partage son quotidien entre la diffusion du film, le monde associatif et l’organisation d’événements sur l’innovation sociétale. 

11:00 Pause.

11:30 Ateliers évolutionnaires 


Cette expérience unique en intelligence collective avec les 650 participants du Forum permettra de répondre ensemble, dans différents ateliers, au 3 questions suivantes : Quelle est votre utopie ? Quelle est notre utopie collective ? Quels sont les obstacles à nos utopies ? A l’issue des ateliers, des représentants de chaque atelier témoigneront, en session plénière, des expériences et des découvertes vécues dans les différents ateliers. 

12:45 Déjeuner. 

14:00 Rapports des Ateliers évolutionnaires

Les portes-paroles des 6 ateliers évolutionnaires iront sur scène pour partager leurs expériences et leurs découvertes issues des ateliers. 

14:30 Présentation de la cité d’Auroville 

14:40 Jean-Yves Lung  : une éducation intégrale

Jean-Yves Lung est professeur à la Last School  d'Auroville où il enseigne le français, l’histoire et le sanscrit. Après une formation en sciences politiques, il exerce une activité de conseil en création d’entreprise en France puis rejoint Auroville en 1993 avec sa femme et sa fille. Il enseigne maintenant au sein d’une pédagogie dite du « Libre progrès », dans laquelle les élèves participent à l’élaboration de leur programme. Ce mode d’éducation met en relation découverte de soi et capacité à entreprendre : «Nous donnons progressivement à nos élèves une grande liberté d’auto-détermination mais soutenue par une exigence de progrès. Nous tâchons également d’offrir une éducation intégrale, qui développe toutes le facettes de leurs personnalités » 

Réinventer l’éducation

Jean-Yves Lung vit et travaille à Auroville depuis une vingtaine d’années, dans l’éducation et la recherche de nouvelles formes d’économie. Il s’intéresse particulièrement à la façon dont un changement de paradigme affecte à la fois l’éducation et l’économie. Une société qui remplace la recherche de satisfaction par le progrès constant d’un processus d’éveil et de développement de soi redéfinit nécessairement le travail, la richesse et ce que l’on nomme éducation. 

15:10 Uma Prajapati : Upasana Design Studio

Uma Prajapati est une styliste diplômée du NIFT (Institut national de la Technologie de la mode, New Delhi). Elle travaille à New Delhi pendant 2 ans en tant que designer puis elle s’installe à Auroville en 1996 et fonde Upasana Design Studio, dans lequel elle dirige des projets où la puissance créatrice du design est mise au service du changement social et de la protection de l’environnement. 

L’entreprise du changement (Design for Change) 

Donnons à l’argent une nouvelle mission ! A Auroville nous croyons que « Tout est Yoga » que « la vie est Yoga ». Je dirige une entreprise textile de mode éthique et cette entreprise est mon karma yoga. Durant ces vingt dernières années, jouer avec la puissance du business et lui donner de nouvelles missions a toujours été pour moi une aventure exaltante. Pourquoi ne pas faire du business une source de développement intérieur et extérieur, non seulement pour moi mais aussi pour les gens et la communauté autour de moi ? … Vous êtes septique ? Parlons-en lors du prochain Forum ! 

15:40 Aviram Rozin : Sadhana Forest

Aviram Rozin est l’un des fondateurs du projet de réhabilitation de la forêt tropicale : Sadhana Forest. En 2002, ce psychologue Israëlien quitte son pays natal pour s’installer dans le sud de l’Inde avec toutes ses économies et le rêve d’un monde meilleur. Il décide avec sa femme de redonner vie à la forêt tropicale sèche. Plusieurs années après, la forêt s’étend sur tout le territoire d’Auroville, compte plusieurs milliers de végétaux, 25 espèces d’oiseaux et quelques mammifères. La Sadhana Forest attire tous les ans des milliers de volontaires venus du monde entier. La démarche d’Aviram, basée sur l’utilisation respectueuse et durable de l’environnement, remporte en 2010 la troisième place du Trophée humanitaire pour l’eau et la nourriture ; elle est également un modèle qui se développe en Haïti et au Kenya. 

L’Amour en action

Chacune des actions dans notre vie est l’expression de notre relation avec notre vérité intérieure. Ce que nous pensons, disons, mangeons, consommons constitue, soit une étape vers la réalisation de notre potentiel évolutionnaire, soit une étape qui nous en éloigne. Dans mon parcours, je tente toujours d’être conscient des différentes étapes que je franchis. Il m’amène à comprendre la distance qui me sépare de l’état d’unité auquel j’aspire, tout en me permettant de valoriser la myriade de petites étapes que j’ai déjà franchies. Sadhana Forest est l’expression de ma vision d’une société idéale. C’est un projet rempli de défis et de difficultés mais qui incarne aussi une manière intégrale et simple d’évoluer en tant qu’êtres humains. Un projet qui aspire à ce qu’il y ait davantage de forêts pour faire grandir les Hommes ! 

16:10 Table ronde Auroville. Questions/Réponses entre les représentants d’Auroville et le public. 

16:30 Pause. 

17:00 Terry Patten 

Ecrivain et consultant en philosophie intégrale, Terry Patten est un des chefs de file dans les domaines émergents du leadership évolutionnaire et de la spiritualité intégrale. Coach, enseignant et auteur de quatre livres, Terry vit dans le comté de Marin, près de San Francisco en Californie. Il est co-auteur, avec Ken Wilber, de « Integral Life Practice: A 21st-Century Blueprint for Physical Health, Emotional Balance, Mental Clarity, and Spiritual Awakening ». 

Utopie et Conscience

Depuis les temps anciens, la conscience humaine a donné naissance à des expériences utopiques. Bien que la plupart aient échoué, certaines ont été cooptées et absorbées par la culture comme par exemple les expériences audacieuses engendrées par Bouddha et Jésus. Mais beaucoup de prétendus «échecs» ont apporté des contributions essentielles à l'évolution de la culture et de la conscience. Aujourd’hui, notre conscience post-postmoderne a donné naissance à une sensibilité « post-ironique », un idéalisme néo-romantique utopique. Cette impulsion utopique est une expression vitale de la responsabilité sociale reconnue par les structures psychologiquement saines de conscience éveillée. Elle a un rôle unique à jouer pour permettre aux êtres humains de briser et aller au-delà de nos modèles actuels rigides, et elle est essentielle si nous voulons lutter contre le réchauffement planétaire et nos autres crises imminentes. 

17:30 Table ronde animée par Stephane Alix d’INREES avec les orateurs du forum qui répondront aux questions du public. 

18:15 Clôture du forum par Eric Allodi.

Dimanche 11 Octobre - 09:30 Rencontre avec les Aurovilliens

Le lendemain du Forum, les organisateurs proposent aux personnes qui sont suivi le forum de s'inscrire, si elles le souhaitent pour 10 euros,  à une rencontre co-organisée avec "Auroville France" qui sera l'occasion d'approfondir le dialogue avec les représentants d'Auroville : Jean-Yves Lug, Uma Pratjapati et Aviram Rozin.

Ressources 


Première édition. L'évolution de la conscience, clé de notre devenir

Deuxième édition. Croire au futur pour le co-créer

Troisième édition. La science de l'évolution de la conscience

Radio Évolutionnaire consacre de nombreuses émissions aux diverses éditions du Forum et à leurs intervenants.

Integral Vision

My Positive Impact

Awakaned Life Project

En quête de sens  Film de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste

Upasana design studio

Sadhana Forest

Integral Life Practice

mardi 4 août 2015

Devoir de Vacance


Rien ne sert d’être vivant, s’il faut que l’on travaille. André Breton 


Alors que l’hypnose du quotidien nous réduit à un simple rouage d’une mécanique sociale rythmée par l’économie, cette « liberté conditionnelle » que représente la période des vacances peut ouvrir sur une autre temporalité : délivrés quelques jours de l’emprise économique, on peut se reconnecter à une dimension plus profonde de soi-même, négligée, oubliée ou niée le reste de l’année, en retrouvant ce que Paul Valéry nomme "la vacance bienfaisante qui rend à l'esprit sa liberté propre". Tel est l’Esprit de Vacance qui permet de dépasser les séparations abstraites établies par la rationalité instrumentale, pour participer de manière sensible et créatrice à l’unité organique qui nous lie à notre milieu d’évolution. 

Faire cette expérience c’est tout simplement redécouvrir que, comme le dit Krishnamurti : « nous sommes le monde et le monde est nous ». Au-delà de cette dualité formelle entre nous et le monde, réside une unité transcendante qui constitue l’essence même de la vie/esprit et qui anime le développement humain comme l'évolution cosmique. Se reconnecter à l’Esprit de Vacance c'est participer à cette dynamique évolutive qui régénère notre élan intérieur en éveillant la conscience à la plénitude qui la fonde. Dans cet état de connexion on perçoit douloureusement l'abîme existant entre la richesse créatrice de l'intériorité et la misère d'une organisation sociale qui réduit la vie à une survie en la transformant en abstraction économique. 

Nous avons consacré une série de six billets intitulée L'Esprit de Vacance à décrire celui-ci mais aussi les mécanismes d’aliénation qui résultent de son oubli et de sa perte ainsi que les réflexions de plus en plus nombreuses qui se font jour sur la « sortie de l’économie ». Nous vous proposons ci-dessous une présentation de ces billets afin d’accompagner votre réflexion durant cette période estivale en bronzant de manière intégrale. (Cliquez sur chaque titre pour lire le billet correspondant).

Un fait social total

Loin d'être un simple système économique, le capitalisme est plutôt l'application d'une même vision - utilitaire et quantitative - à toutes les sphères de la vie individuelle et collective. Face à ce qui apparaît comme un "fait social total", selon l'expression de Marcel Mauss, il faut élaborer une critique globale - à la fois existentielle et spirituelle, culturelle et socio-économique - sans laquelle aucun saut évolutif ni changement de paradigme ne s'avère possible. Des éléments fondamentaux de cette critique sont apportés par un courant de pensée né à la fin des années 80, la Critique de la valeur qui opère une analyse du capitalisme en reprenant à son compte les catégories centrales de la critique de l'économie politique opérée par Marx : le travail abstrait, la marchandise, la valeur et l'argent.

Arrachant la pensée de Marx à un marxisme traditionnel qui n'est rien d'autre selon Michel Henry que "la somme des contresens qui ont été faits sur Marx", cette nouvelle lecture - marxienne - du penseur allemand utilise ces catégories pour décrire la société capitaliste comme la seule forme historique où les rapports sociaux sont médiatisés par le travail. Activité spécifique au capitalisme, le travail est au cœur d'un système qui fait des hommes la "ressource humaine" de son auto-reproduction infinie. Cette critique catégorielle permet de dénaturaliser l'économie en montrant que celle-ci, loin d'être une donnée naturelle et universelle, est une construction récente, contemporaine d'une modernité fondée sur un modèle mécaniste, une anthropologie individualiste et une organisation capitaliste dont elle exprime la vision du monde.

Auteur du fameux Age de pierre, âge d'abondance, l'anthropologue Marshall Sahlins écrit : "Dans les sociétés traditionnelles... structuralement, l'économie n'existe pas". Et un autre célèbre anthropologue - Louis Dumont - de partager le même constat : " Il n'y a rien qui ressemble à une économie dans la réalité extérieure jusqu'au moment où nous construisons un tel objet" (Homo aequalis).

Comme l'écrit Anselm Jappe, un des auteurs phares de la critique de la valeur : "La dictature de l'économie n'est pas un problème économique, mais soumet l'ensemble des formes de vie à cette seule pseudo-nécessité de transformer un capital dans un capital plus grand à travers un travail sans contenu... C'est surtout le travail abstrait qui se révèle central pour comprendre la crise actuelle de la société marchande : dans le travail abstrait - dont les origines se situent à peu près à la fin du Moyen-Age - l'activité humaine n'est pas prise en compte pour ses qualités réelles et son contenu, mais seulement en tant que dépense d'énergie humaine indifférenciée, mesurée par le temps. Cela implique une inversion entre l'abstrait et le concret : chaque activité, chaque produit ne compte qu'en tant que quantité déterminée d'un travail sans contenu - son côté abstrait. Le côté "concret" - ce qui réellement intéresse les êtres humains - n'a droit à l'existence qu'en tant que "porteur" de l'abstrait. Nous le voyons dans le fait que le prix en argent décide du destin de tout objet, toute activité : cependant cela n'est pas dû à l'"avidité" d'une classe particulière, mais est un fait structurel. " (Critique de la valeur et société globale)

Dans ce contexte, il ne s'agit pas de libérer le travail du capital comme le pense la gauche depuis le dix-neuvième siècle mais de se libérer d'un travail dont la forme abstraite constitue le fondement social des sociétés capitalistes. Quand la valeur d'échange et la mesure quantitative dominent la valeur d'usage et la qualité sensible - tout comme l'abstraction économique domine la vie concrète - la relation vivante entre les hommes se transforme en échange marchands entre des choses mortes. Marx parle de "fétichisme de la marchandise" pour qualifier cette inversion du rapport entre sujet et objet. Selon Alain Bihr : " Il y a fétichisme chaque fois que le produit de l'activité sociale des hommes se fixe et se fige dans une forme où il s'autonomise par rapport à eux en une réalité qui les domine et les opprime et semble leur être extérieure et supérieure" (La critique de la valeur. Fil rouge du capital). C'est ainsi que "la domination du travail place les individus isolés devant leur propre lien social comme quelque chose d'étranger qui les domine" écrivent en écho les auteurs du Manifeste contre le travail.

Ce fétichisme se retrouve au cœur du fondamentalisme marchand qui fait régresser le psychisme des individus à un stade narcissique tout en détruisant l'ordre symbolique qui fonde les communautés humaines. Un fondamentalisme décrit avec talent en 1995 dans un tout autre contexte par Christiane Singer : " Le monde dit réaliste fait de moi le fidèle d'une religion sanguinaire en transformant ce qui un instant plus tôt était vivant en argent, en chiffres, en cours de la Bourse, en actualité télévisée, en froidure et en glace. Fondamentalisme hideux de nos mercantilismes occidentaux. Mirage mortel et planétaire. Mais tout ce puissant champ de conscience collective se dissipe sur le champ lorsqu'un instant, un seul, j'entre en contact avec la solennité d'un instant, la Présence" (Du bon usage des crises).

Déconomiser les esprits

Telle est la transfiguration opérée par l'Esprit de Vacance : participer à la présence vivante qui libère du fétichisme de l'abstraction. Cette conversion existentielle - une métanoïa - rétablit un rapport sain et hiérarchique entre la vie concrète de la subjectivité et une rationalité instrumentale qui, au lieu de la dominer, doit être à son service pour lui permettre de se développer. Si le désenvoûtement des formes capitalistes peut s'effectuer en partie de manière individuelle ou en petits groupes humains, cette libération cherche aujourd'hui à s'exprimer de manière collective à travers les diverses initiatives concernant la "sortie de l'économie". En effet, un certain nombre de théories, de mouvements et de pratiques visent à déconstruire l'économisme dominant en imaginant et en expérimentant un lien social délivré du fétichisme de l'abstraction.

C'est ce qu'a fait le groupe Krisis en 1999 dans son fameux Manifeste contre le travail : " Le malaise dans le capitalisme existe massivement, mais il est refoulé dans la clandestinité socio-psychique, où il n'est pas sollicité. C'est pourquoi il faut créer un nouvel espace intellectuel libre où l'on puisse penser l'impensable. Il faut briser le monopole de l'interprétation du monde détenu par le camp du travail. La critique théorique du travail joue ici un rôle de catalyseur. Elle doit combattre de manière frontale les interdits de penser et énoncer aussi ouvertement que clairement ce que personne n'ose savoir, mais que beaucoup ressentent : la société de travail est arrivée à sa fin ultime. Et il n'y a aucune raison de regretter son trépas... La renaissance d'une critique radicale du capitalisme suppose la rupture catégorielle avec le travail. Aussi seul l'établissement d'un nouveau but d'émancipation social, au-delà du travail et de ses catégories fétiches dérivées, rendra possible une resolidaristation à un niveau supérieur et à l'échelle de la société... Si, pour les hommes, l'instauration du travail est allée de pair avec une vaste expropriation des conditions de leur propre vie, alors la négation de la société du travail ne peut reposer que sur la réappropriation par les hommes de leur lien social à un niveau historique plus élevé.

Dans la perspective intégrale qui est la nôtre, ce niveau historique plus élevé peut être atteint par un véritable saut évolutif dans un stade supérieur de complexité. Une cartographie du développement humain à travers le temps permet d'imaginer l'émergence d'un nouveau paradigme dont Le Journal Intégral cherche à rendre compte. Dépenser pour éviter de penser, tel est l'idéologie capitaliste à une époque où l'économie impose son hégémonie. Dépasser "l'égosystème" pour développer une intelligence sensible et intuitive qui participe, de manière organique, au flux créateur animant les sociétés de l'information : telle est la sagesse collective qui annonce l'ère des créateurs en balisant les chemins d'une sortie de l'économie. On quitte alors le terrain abstrait où règne l'hégémonie de la valeur quantitative pour se réapproprier la dimension qualitative d'une valeur dont l'étymologie latine (valor) renvoie à la puissance d'une force vitale qui rend les individus "valeureux, vaillant et valide".

Sortir de l'économie c'est donc opérer le long chemin de conversion qui mène d'une valeur abstraite et quantifiable à cette valeur concrète et qualitative qu'est la force de la vie/esprit engagée de manière subjective et intersubjective dans son milieu d'évolution. A la fois corporelle, psychique et spirituelle, cette force créatrice est la dynamique qui tisse de nouvelles formes sociales et culturelles sur la trame sensible des subjectivités. Une telle création nécessite aujourd'hui de  " sortir l'économie de nos têtes, autrement dit de déconomiser les esprits" comme le dit Serge Latouche, ce penseur de la décroissance pour lequel déconomiser les esprits revient à "décoloniser l'imaginaire". Au cœur de ce processus de décolonisation se trouve "la vacance bienfaisante qui rend à l'esprit sa liberté propre". Tel est l'Esprit de Vacance qui permet de "déconomiser" les consciences en relativisant et en dépassant les limites abstraites de la raison instrumentale pour participer au flux créateur et régénérateur de la vie/esprit.


Pierre Lamalattie

Le travail a été ce que l'homme a trouvé de mieux pour ne rien faire de sa vie. Raoul Vaneigeim 

Vacance : état d'une place, d'une charge non occupée avance le Petit Larousse. Ce qui est vacant, c'est ce qui n'est pas occupé, qui est à remplir, confirme Le Littré. Étymologiquement, la notion de vacance renvoie à celles de vide et de vacuité. La spiritualité orientale fait de la vacuité la condition même de l’éveil de la conscience. Quand la conscience n'est plus occupée par l'abstraction mentale et l'illusion de l'ego, elle retrouve le vide qui la fonde et la transcende. La vacuité de la conscience devient alors la matrice d’une vision inspirée. 

Selon Eckhart Tolle : « Si le mal a une quelconque réalité, cette réalité est relative et non absolu - c’est aussi sa définition : l’identification complète à la forme - forme physique, forme pensée, forme émotionnelle. » La vacuité de la conscience permet de se libérer de cette identification aux formes qui, au cœur de l’ego, nourrit l’ignorance - c’est à dire la croyance en la séparation - pour s'ouvrir à cette plénitude de la vie qu'est l'Esprit. 

Cette vacuité s'atteint par un lâcher prise qui remplace l'activisme occidental par ce que les chinois nomment le Wu-Wei souvent traduit par le "non-agir". Pour Jacques Languirand « cette traduction porte à confusion, car elle suggère, en effet, l’idée de passivité et d’inactivité. Or, le taoïsme invite au contraire à s’engager sur la Voie. Il invite à l’action mais à l’action parfaite, c’est-à-dire menée en accord avec le dynamisme de la nature – du Tao. La nature, c’est aussi, selon les écoles, l’Intelligence universelle, la Conscience cosmique. C’est dans ce sens que l’on doit comprendre l’invitation de Marc Aurèle à "vivre selon la nature"».



Le travail est l’opium du peuple. Je ne veux pas mourir drogué. Boris Vian 

Nous analysons dans ce billet comment et pourquoi la modernité a disqualifié l'Esprit de Vacance en imposant le travail comme valeur centrale de nos sociétés productivistes à partir du modèle de l’Homo Œconomicus. Cette centralité renvoie à une civilisation où, selon Nietzsche, la sécurité étant devenue la divinité suprême, le travail représente la meilleure des polices pour «entraver le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance ». 

L'antiquité, dont Nietzsche était un fin connaisseur, avait une conception très différente du travail. Caractéristique de l'homme libre, l'Otium désignait le temps consacré à ce qui est proprement humain (la culture, la vie de la cité, l'amour et l'amitié, les relations sociales) tandis que le nec-otium (qui a donné négoce en français) renvoie à la production destinée à la satisfaction des besoins vitaux. Inspirée par l'Esprit de Vacance, cette vision traditionnelle privilégiait le développement de l'esprit et de la communauté politique à celui du travail et de la production. 

A l'heure où nous passons de l'ère des producteurs à celle des créateurs, le temps est venu de se libérer de cette addiction au travail devenu le nouvel opium du peuple pour des individus littéralement désœuvrés en proie aux passions tristes et aux fantasmes infantiles de toute-puissance. Et ceci afin d'inventer d'une manière singulière et collective "l'Otium du peuple" : une éthique du temps libre propre à l'ère des créateurs qui vise à développer les relations interpersonnelles et les qualités créatrices, l’intériorité méditative et l’intelligence sensible comme les passions jubilatoires... autant de moteurs du développement humain.



On nous a si bien mis dans les dispositions de travailler que ne rien faire exige aujourd’hui un apprentissage. Raoul Vaneigem 

En dépassant les limites abstraite opérées par le mental, l'Esprit de Vacance permet à l'être humain de participer de manière créative à la vie de son milieu social et naturel, cosmique et symbolique. Sous l’emprise de cette séparation abstraite, la conscience aliénée est en proie à une avidité qui lui fait chercher à l’extérieur ce qui lui manque à l’intérieur. Réduisant l’Esprit de vacance à sa forme marchande de loisirs organisés et chronométrés, cette conscience aliénée fait du productivisme, de l’activisme et du consumérisme les principes d’une vie dépourvue de sens c’est-à-dire de direction et de signification. 

Dans ce billet, nous analysons le lent processus de décadence à travers lequel l’esprit d’avidité s’est substitué à celui de vacance dans une dérive mortifère qui conduit de la production au productivisme et du productivisme à une prédation généralisée des ressources naturelles et humaines. Fondée sur cet esprit d'avidité qui n'est borné par aucune limite humaine, éthique ou spirituelle, l'ère des prédateurs a remplacé l'ère des producteurs. Cette démesure suicidaire mène à un effondrement général annoncé par la crise systémique à laquelle nous sommes confrontés. 

Plutôt que d'attendre cet effondrement dans la sidération et l'angoisse, l'heure est venue d'une refondation à travers l'émergence d'un modèle alternatif permettant ce saut évolutif que représente le passage de l'ère des prédateurs à celle des créateurs inspirés par l'Esprit de vacance. Une vision intégrale qui pense à la fois en termes de relations systémiques et de dynamique évolutive est à même d’éclairer cette mutation globale, à la fois culturelle, individuelle et organisationnelle. 



Faire totalement le vide n'est pas une chose dont nous devrions avoir peur. Il est essentiel pour l'esprit d'être oisif, vide et sans contrainte, car à cette seule condition il peut pénétrer dans des profondeurs inconnues. Krishnamurti 

L’Esprit de Vacance est l’antidote à l’activisme frénétique qui reflète le vide et l’avidité d’une civilisation littéralement désœuvrée. Georges Bernanos a écrit : « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Une des spécificités de cette civilisation moderne est d’avoir fait du travail une valeur centrale alors même que celui-ci était jusque-là considéré comme une simple nécessité vitale dans toutes les autres civilisations qui l’ont précédé. 

De nombreux auteurs, parmi les plus grands, ont analysé cet activisme économique comme l’expression d’un vide existentiel et d’une profonde aliénation, contraire au développement des liens sociaux et culturels qui assurent la cohérence des sociétés comme à celui des facultés créatrices et spirituelles qui assurent l’évolution de l’être humain. Ces auteurs réhabilitent l’Esprit de Vacance qui s’incarne dans la relaxation corporelle, dans le lâcher prise émotionnel, dans la vacuité mentale et la contemplation spirituelle, en permettant de se connecter aux sources profondes et créatrices de l’esprit.

A l’heure où s’invente un nouveau modèle de civilisation, il est impératif de déconstruire l’idéologie productiviste - fondée sur la valeur travail - qui consiste à aliéner l’être humain et le lien social aux impératifs comptables du calcul et de l’exploitation économiques. Et ce, pour affirmer une autre valeur : celle d’une activité créatrice qui est le contraire de l’activisme économique comme la vacuité de l'Esprit est le contraire du vide existentiel. 



Quelle imposture ! Tant de destins massacrés à seule fin d’édifier l’effigie d’une société disparue, fondée sur le travail et non sur son absence. Viviane Forrester 

Dans ce billet-ci, nous analysons le tragique hiatus qui régit nos sociétés post-industrielles : alors même que l’idéologie dominante réduit l’être humain à sa fonction économique de producteur/consommateur, le progrès technologique et la mondialisation financière réduisent le rôle du travail humain en le dévaluant. Issus des sociétés industrielles, nos représentations culturelles sont fondées sur la centralité du travail alors même que la financiarisation de l'économie transforme le travailleur en variable d’ajustement des stratégies capitalistes. 

Dès 1958, Annah Arendt analysait l’avènement d’une « société de travailleurs sans travail », c'est-à-dire une société fondée autour de la valeur travail dans un monde où le travail se raréfie. Au lieu de faire face à cette situation, nos sociétés, qui n’arrivent pas à faire le deuil d’un monde disparu, s’enferment dans le déni. Face à ce déni, il faut faire évoluer les mentalités pour prendre en compte cette situation nouvelle en proposant une vision émancipatrice de l’être humain, libérée des diktats économiques du modèle dominant.

Revendiquée par un nombre de réflexions individuelles et collectives de plus en plus important, cette « sortie de l’économie » passe par l’Esprit de Vacance qui transcende l’esprit d’avidité lié à l’égo - au cœur du modèle économique - afin de retrouver le chemin d’une sagesse collective. Sortir de l’économie est un projet global, à la fois social et culturel, politique et spirituel, individuel et collectif qui consiste à remettre simultanément l’esprit au centre de la conscience, l’homme au centre de la société et la société au cœur d'un écosystème naturel qu'elle respecte, entretient et valorise. 



Il ne s’agit pas de préparer un avenir meilleur mais de vivre autrement le présent. François Partant

Cela faisait quelques mois qu’une idée me trottait dans la tête : adapter et transformer La Cigale et la Fourmi, cette fable de La Fontaine qui donne aux enfants, dès leur plus jeune âge, une leçon de cynisme fondée sur une vision égoïste de la nature humaine. On se souvient de sa morale (qui est d’ailleurs tout sauf morale) : « Vous chantiez ? J’en suis fort aise et bien dansez maintenant ». Ce qui, traduit en langage moins littéraire, signifie : « Allez-vous faire foutre, vous pouvez crever !... » Cet hymne à l’indifférence pourrait être celui du néo-libéralisme dominant.

Inspiré par l’esprit du temps qui est celui de la « sortie de l’économie », il m’apparaissait évident qu’une nouvelle version de cette fable devait être écrite. J’imaginais donc que, suite à une catastrophe – incendie, tremblement de terre, défaillance d’une centrale atomique, krach économique, effondrement écologique – les réserves faites par la Fourmi avaient été détruites et qu’elle restait seule pour affronter l’adversité. Et ce, alors même qu’au cours des fêtes auxquelles elle avait participé, la Cigale avait constitué un réseau d’amis fidèles qui partageraient leurs ressources et unifieraient leurs forces en cas de coups durs. 

Pris par d’autres travaux d’écriture, je n’ai pas eu le temps d’écrire ce texte et de formuler cette inspiration. Venant de terminer le précédent billet sur l’Esprit de Vacance, je surfais sur la toile en atterrissant « par hasard » sur le blog de Jean-François Noubel. J’y découvrais, enthousiaste, une nouvelle version de la fable de La Fontaine intitulé La cigale et la fourmi 2.0 qui reprend à son compte le texte de La Fontaine en y ajoutant une suite inspirée par l’Esprit de Vacance. La Cigale et la Fourmi 2.0 met en scène et en images, de la manière la plus évidente qui soit, la fin de l'ère économique et l’émergence d’une ère nouvelle, celle des créateurs qui véhiculent les valeurs d'une nouvelle convivialité. 

La cigale et la fourmi 2.0. Jean-François Noubel 

La Cigale, ayant chanté 
Tout l’été, 
Se trouva fort dépourvue 
Quand la bise fut venue : 
Pas un seul petit morceau 
De mouche ou de vermisseau. 
Elle alla crier famine 
Chez la Fourmi sa voisine, 
La priant de lui prêter 
Quelque grain pour subsister 
Jusqu’à la saison nouvelle. 
“ Je vous paierai, lui dit-elle, 
Avant l’Oût, foi d’animal, 
Intérêt et principal. ” 
La Fourmi n’est pas prêteuse : 
C’est là son moindre défaut. 
Que faisiez-vous au temps chaud ? 
Dit-elle à cette emprunteuse. 
Nuit et jour à tout venant 
Je chantais, ne vous déplaise. 
Vous chantiez ? J’en suis fort aise. 
Eh bien! Dansez maintenant. … 

Inspirée par ce conseil, 
La Cigale, 
Heureuse et joyeuse, dansa, 
Puis chanta dans le soleil. 
Sa liesse alentour berça 
Insectes et fleurs du maquis. 
Ce bonheur, tous, les conquit. 
Du chant, elle tissait du rêve, 
Et de sa danse, du sourire. 
A notre Cigale ils offrirent 
Festin de nectars et sèves. 
La fourmi, docte économe, 
Travaillant comme bête de somme, 
Tomba gravement malade. 
Un jour, on la trouva roide. 
Sans été, ni chant, ni vers, 
Sa vie ne fut qu’un hiver.


Ressources

Et si nous profitions des vacances pour réfléchir à une sortie de l'économie fondée à la fois sur la critique du travail et sur un saut évolutif correspondant à un changement de paradigme ? 

Manifeste contre le travail  Groupe Krisis. A lire en ligne cet ouvrage, petit par sa forme (24 pages) mais grand par son inspiration, qui reprend en 27 thèses les principales réflexions élaborées par le courant de la Critique de la valeur. Largement diffusé, ce livre qui a connu de nombreuses traductions est idéal pour saisir la cohérence d'une pensée critique qui analyse les rouages d'un système aliénant en envisageant les moyens de s'en libérer.

Site Critique de la valeur  Repenser une théorie critique du capitalisme.

Critique de la valeur et société globale  Entretien avec Anselm Jappe.

La société marchande et le narcissisme  Entretien avec Anselm Jappe. France-Culture

Qu'est-ce que la critique de la valeur ? Site Serpent-Libertaire

Présentation de la critique de la valeur  Site Critique de la valeur

Textes contre le travail Site critique de la valeur

La critique de la valeur. Fil rouge du capital. Alain Bihr. Revue Interrogations

 Sortir de l'économie  Quatre numéros en ligne de la revue Sortir de l'économie, bulletin critique de la machine-travail planétaire.

Sortir de l'économie  Dans cet ouvrage écrit par Quelques ennemis du meilleur des mondes, une sélection des meilleurs articles de la revue Sortir de l'économie

La Décroissance Juillet/Aout 2015. Spécial Contre-sommet sur le climat : le tour du monde de la décroissance. Avec notamment J.C Michéa, Serge Latouche, Dominique Bourg.

Portraits en forme de C.V de Pierre Lamalattie. Cette série de portraits sous forme de C.V sont autant d'illustrations impitoyables de la déshumanisation et du conformisme propres à la société marchande.

Dans Le Journal Intégral

Table des Matières (15) Le Fondamentalisme Marchand : La Fin de l'ère économique (1). La Religion de l'économie (2). Une idéologie totalitaire (3).

Une crise évolutive (2) Sortir de l'économie

Bronzage Intégral. Une sélection de huit livres pour pratiquer un "bronzage intégral" durant l'été.

Bonnes Vacances aux fourmis et aux cigales. 
Rendez-vous mi-Septembre pour rendre le Devoir de Vacance.