jeudi 6 janvier 2011

Université Intégrale (3) Quel futur ?

Photo ci-dessus : Ervin Laszlo et Michel Saloff-Coste à l'Université Intégale

Sur le blog de l’Université Intégrale, Michel Saloff-Coste, son fondateur, propose un texte intitulé Bilan et réflexion sur le futur de l'Université Intégrale écrit en mars 2010. Après avoir fait référence au bilan des trois derrnière années, que nous avons publié dans notre dernier billet, il dresse quelques perspectives concernant le futur de l’Université Intégrale. En analysant le contexte social et culturel en France, il pointe ce qui fait la spécificité de l’Université Intégrale : « ...la remise en cause des modes de pensée mécanistes et la nécessaire émergence d’une nouvelle culture systémique et intégrale et donc d’une nouvelle civilisation basée sur nouvelle approche de la science, de l’art et de la spiritualité. »

De nombreux visionnaires comme Edgar Morin, Ervin Laszlo ou Thierry Gaudin, ont annoncé l’émergence nécessaire de cette « nouvelle civilisation » qui rencontre des résistances d’autant plus fortes qu’elle implique une transformation des modèles de pensée et des modes de sensibilité : passage d’une pensée mécaniste et positiviste, scientiste et matérialiste, à une vision systémique et intégrale, dynamique et évolutive. Michel Saloff Coste parle à ce propos d’une véritable « guerre épistémologique, sous-jacente à beaucoup de débats qui traversent tout le XXème siècle ».

Un des enjeux de cette guerre épistémologique est, selon l’auteur, la création d’un « développement durable intégral » qui allierait de manière systémique économie, social et écologie. L’Université Intégrale est une émanation du Club de Budapest qui a une légitimité historique en ce domaine car il a non seulement fait depuis 30 ans le diagnostic de la crise que nous traversons mais il a surtout " replacé cette analyse dans un contexte systémique et intégral."


Bilan et réflexion sur le futur de l'Université Intégrale. Michel Saloff-Coste
« ... La question essentielle qui se pose aujourd’hui est l’orientation générale de l’Université Intégrale ces prochaines années. C’est une question que j’ai été amené à aborder avec beaucoup d’entre vous lors de multiples occasions, et sous des angles différents. J’aimerais ici structurer l’ensemble du travail effectué dans ce domaine afin de pouvoir clarifier le débat et que nous puissions l’enrichir en intelligence collective. Le document de synthèse sur les deux années passées se terminait par une ouverture sur le futur qui était une première tentative de clarifier un certain nombre de points déjà débattus :

« Le futur de l’Université Intégrale est aujourd’hui en débat. Différentes suites se dessinent, et leur réalisation dépendra des motivations des uns et des autres et des moyens que nous pourrons réunir pour le développement des projets.

Une piste en cours d’exploration consiste à développer des ateliers et des séminaires de mise en pratique permettant la réappropriation de l’approche intégrale dans la vie au quotidien.
. »

Ces cinq pistes ne sont pas exclusives les unes des autres. Elles sont, bien au contraire, complémentaires mais chacune d’elles est très ambitieuse et demande la constitution d’une équipe plus particulièrement intéressée à l’approfondir. Il serait intéressant de connaître les affinités des uns et des autres et le degré d’engagement possible de chacun.


Un ensemble de thématiques
Par ailleurs, un ensemble de thématiques apparaissent plus ou moins incontournables, et appellent un approfondissement. J’en ai fait une liste qui peut servir de base à nos réflexions et qu’il faudrait ordonner :

1) Santé et bien-être intégral - 2) Echange, économie et monnaies - 3) Entreprises et organisations intégrales - 4) Conseil et coaching intégral - 5) Science, art et spiritualité intégrale - 6) Peuples premiers et vision intégrale - 7) Le Kosmos dans une vision intégrale et les possibles vies extra-terrestres et supra-humaines - 8) Les technologies intégrales - 9) Les jeux intégraux - 10) Urbanisme, architecture et décoration intégrale - 11) Le cinéma intégral - 12) Le roman intégral - 13) La famille intégrale - 14) La relation à l’autre, le couple, la sexualité intégrale - 15) La mode et l’habillement intégral - 16) La politique intégrale - 17) Le yoga, la méditation et le développement personnel intégral - 18) Histoire, évolution et systèmes de valeurs d’un point de vue intégral
Cette liste est non exhaustive et il est intéressant de la compléter même s’il est évident qu’il va nous falloir des années pour traiter tous ces sujets. Par ailleurs, un certain nombre des journées inaugurales sont par nature susceptibles d’être reconduites tous les ans ou tous les deux ans : la première journée sur l’approche intégrale en général peut donner lieu chaque année à une journée d’introduction pour les néophytes par exemple. Cela est vrai aussi pour la thématique « Comment intégrer l’approche intégrale ? ». Les quatre autres thématiques, l’éducation, la crise, le développement durable, et les civilisations du futur, pourraient donner lieu à des actualisations périodiques, par exemple tous les deux ans.

Il serait aussi intéressant de consacrer des journées entières à l’approfondissement d’un auteur, d’un concept ou par exemple d’un lieu qui a marqué particulièrement le développement de l’approche intégrale.

L’approche intégrale étant par définition transdisciplinaire, les thématiques à traiter foisonnent. Il est d’autant plus nécessaire, compte tenu de nos ressources et notre temps limité, de définir un axe de recherche central qui nous permette, au-delà du zapping culturel (nécessaire pour explorer les différentes facettes de la problématique intégrale), de nous concentrer sur quelques sujets où nous serions susceptibles d’apporter des éclairages nouveaux.


Le développement durable intégral
Une proposition serait d’approfondir la problématique plus particulière du « développement durable intégral ». Plusieurs considérations nous font converger vers cette idée particulière. Historiquement, le diagnostic effectué par le Club de Rome et répété et approfondi à plusieurs reprises dans les différents livres d’Ervin Laszlo amène de manière impérative la problématique du développement durable. Les enjeux de développement durable sont devenus en quelques années des sujets incontournables largement partagés par la société civile.

Répéter sans cesse le diagnostic de la catastrophe annoncée n’est pas d’une grande valeur ajoutée. Par contre, le « développement durable » tel qu’il est aujourd’hui envisagé, par les entreprises, les politiques, et la plupart des ONGs, est une vision relativement superficielle, et participe bien souvent d’une tentative de greenwashing alimentant une nouvelle pensée unique, unidimensionnelle et factice.
Approfondir la thématique du développement durable intégral nous permettrait d’attirer l’attention sur ce qui est peut-être la véritable valeur ajoutée du Club de Budapest et de l’Université Intégrale : la remise en cause des modes de pensée mécanistes et la nécessaire émergence d’une nouvelle culture systémique et intégrale et donc d’une nouvelle civilisation basée sur nouvelle approche de la science, de l’art et de la spiritualité.


Les forces en présence
Cela m’amène à partager avec vous quelques réflexions sur l’actualité de ces deux dernières années. Il faut bien mesurer les forces en présence. Une grande majorité de citoyens, y compris au plus haut niveau de décisions, restent enfermés dans le déni de la crise systémique, économique, sociale et écologique à laquelle nous sommes confrontés. Ils sont convaincus que le système actuel pourra se perpétrer moyennant quelques adaptations à la marge. Le rapport Stern notamment est une tentative remarquable pour adapter le système existant au défi actuel.

Une minorité, au contraire, est aujourd’hui pleinement convaincue de la nécessité d’une transformation en profondeur et d’un changement de paradigme. Edgar Morin, Joseph Stiglitz, Ervin Laszlo, Thierry Gaudin, sont de bons exemples de personnalités qui font ce diagnostic. Cependant, il faut bien constater qu’ils sont en général difficilement compris par la majorité et, d’une certaine manière, rejetés et marginalisés.

Beaucoup d’énergie est investie dans ce débat qui met en scène toutes les formes de résistance au changement et les combats sous-jacents plus profonds qui sont essentiellement épistémologiques : passage d’un mode de pensée mécaniste et scientiste à un mode de pensée systémique et intégral. Cette guerre épistémologique est sous-jacente à beaucoup de débats qui traversent tout le XXème siècle. Nous sommes déjà en 2010, et si la crise a jeté de l’huile sur le feu de ce débat, les clivages restent plus que jamais présents.


La « nouvelle civilisation »
Dans ce contexte, il est intéressant d’analyser les différentes propositions politiques en termes de développement durable : la droite reste attachée à la relance par l’économie, la gauche à la relance keynésienne par le social, et Europe Ecologie met l’emphase sur différentes mesures spécifiquement écologiques.
Tous sont enfermés dans une vision mécaniste et partielle du problème, et n’arrivent justement pas à penser un véritable développement durable qui allierait de manière systémique économie, social et écologie. Dans une grande mesure, cela est dû à leur enracinement historique et monolithique dans une vision unidimensionnelle et archaïque pour la droite de l’économie, pour la gauche du social, et pour les écologistes de l’écologie.

Europe-Ecologie, à travers les discours qu’ils ont tenus à l’arche de la Défense le samedi 13 février 2010 est le parti qui sans aucun doute analyse le plus en profondeur la crise actuelle. Voir dans ce domaine l’analyse économique et sociale de l’ancien président de la Banque Mondiale et Prix Nobel, Joseph Stiglitz. Mes analyses convergent avec son analyse. Cependant, même s’il y a un appel incantatoire à la construction d’une nouvelle civilisation sur de nouvelles bases, cette nouvelle civilisation et ces nouvelles bases restent encore mal dessinées et apparaissent peu dans les propositions d’Europe-Ecologie en tant que parti politique.

Tant qu’une vision claire, opérationnelle et pragmatique de la « nouvelle civilisation » appelée de tous leurs vœux par Edgar Morin, Ervin Laszlo et Thierry Gaudin n’est pas explicitée, il me semble que nous continuerons à perdre beaucoup d’énergie dans des combats d’arrière-garde qui, finalement, précipitent dans le désespoir la plus grande partie de l’humanité qui a, surtout, le sentiment que son avenir s’obscurcit, toujours un peu plus.


Une légitimité historique
Construire une vision détaillée de la civilisation du futur et de ce qu’est un développement durable véritablement intégral me semble être la mission tout à fait particulière à laquelle nous devons nous atteler. Le Club de Budapest au niveau mondial a une légitimité historique dans ce domaine car il est la seule ONG au niveau international à avoir depuis 30 ans, non seulement fait le diagnostic de manière remarquable de la crise que nous traversons, mais surtout d’avoir replacé cette analyse dans un contexte systémique et intégral, ce qui est tout à fait particulier et unique.

La psychologie a montré (Elisabeth Kübler-Ross) que face à n’importe quelle annonce qui nous bouleverse, nous traversons tous quatre phases : 1) Le déni, 2) L’acceptation, 3) L’exploration, 4) La reconstruction. Beaucoup d’énergie est toujours perdue dans la phase intermédiaire entre déni et acceptation. Le combat intérieur est parfois tellement fort qu’il consume toute l’énergie vitale et rend impossible la renaissance. C’est le danger de cette phase intermédiaire.

La force d’une vision positive et constructive est ce qui permet aux individus et aux groupes de traverser plus facilement cette transition. Il me semble essentiel aujourd’hui de construire des briques susceptibles de redonner l’espoir à l’humanité. »
Une deuxième piste consiste à approfondir les thématiques de recherche fondamentale pour apporter des éclairages nouveaux sur certains aspects théoriques.

Une troisième piste vise à tisser des liens avec les autres centres de recherche et d’enseignement utilisant l’approche intégrale dans le monde.

Une quatrième piste pose la question de l’accessibilité et de la diffusion de l’approche intégrale à un plus grand nombre.
Une cinquième piste consiste en un travail de comparaison (benchmarking) des meilleures pratiques au niveau international de l’approche intégrale et systémique appliquée au développement durable

lundi 3 janvier 2011

Université Intégrale (2) Trois ans de réflexions novatrices

Dans notre dernier billet nous présentions l’Université Intégrale ainsi que le contexte socio-culturel dans lequel s’inscrit une telle initiative novatrice. Dans celui-ci, nous voudrions présenter les divers thèmes traités durant les journées d’études qui se sont déroulées depuis la création de l’Université Intégrale, avec les liens qui permettent de se connecter aux vidéos correspondantes pour tous ceux qui aimeraient suivre ces activités sans toujours avoir le temps ou la possibilité de se déplacer.

Car l’Université Intégrale, c’est aussi une banque de données vidéos destinée à tous ceux qui désirent visionner sur la toile nombre de conférences qui ont eu lieu depuis le début de ses activités. C’est, enfin, un réseau de personnes intéressées par le développement d’une perspective intégrale et qui peuvent communiquer soit à travers un réseau social dédié, soit à travers Facebook.

Carine Dartiguepeyrou et Michel Saloff Coste ont réalisé avec l'aide de Michel Nguyen The un bilan rétrospectif des deux premières années de l’Université Intégrale. Ce document de deux pages en français a servi de base à un article rédigé par Michel Nguyen The en français pour le blog de l’Université Intégrale et en anglais pour la revue Integral Leadership Review qui s’est fait l’écho de ces activités.

Ces articles permettent de mesurer l’ampleur des sujets explorés en deux ans ainsi que le caractère novateur des thématiques abordés et de la pédagogie mise en œuvre. Au bilan rétrospectif de ces deux premières années, en 2008 et 2009, réalisé par les animateurs de l’Université Intégrale, nous avons nous-même ajoutés pour être complet le programme des quatre journées ayant eu lieu en 2010. Ceci afin d'avoir une vision exhaustive des réflexions novatrices engagées au sein de l'Université Intégrale depuis trois ans.


28 Février 2008. Qu’est-ce que l’approche intégrale ?
"Lors de cette journée, nous avons explicité ce que nous entendons par l'approche intégrale. Pour cela nous avons fait référence et nous avons utilisé les trois grands types d'entrées utilisés dans tout travail encyclopédique. Nous avons premièrement attiré l'attention sur des concepts et des notions qui nous paraissent structurer l'approche intégrale. Deuxièmement, nous avons nommé un certain nombre d'auteurs reconnus pour avoir apporté des éléments essentiels à l'approche intégrale. Troisièmement nous avons constitué une liste de lieux emblématiques où l'approche intégrale depuis un siècle s'est développée d'une manière singulière.

Pendant cette première journée nous avons affirmé notre volonté de construire l'Université Intégrale à Paris sur les bases d'une logique internationale, ouverte à tous les courants de l'approche systémique et intégrale dans leur diversité épistémologique."

Intervenants : Eric Allodi, Etienne Avronsart, Carine Dartiguepeyrou, Bruno Marion, Marion Peterson, Eric de Rochefort, Michel Saloff Coste, Brian Van Der Horst.

16 Octobre 2008. Comment intégrer la pensée intégrale ?
"Durant cette deuxième journée, nous avons focalisé notre attention sur la question centrale de la cohérence entre la pensée et l'action. La journée était construite autour de témoignages de personnalités singulières qui ont expliqué comment ils ont découvert l'approche intégrale, comment ils l'ont appliquée et comment ils l'ont développée à travers des actions et créations significatives."

Intervenants : Eric Allodi, Thierry Gaudin, Ervin Laszlo, Chris Peytier, Michel Saloff-Coste, Brian Van Der Horst, Robin Wood.

13 Janvier 2009. Comment repenser notre façon de penser ?
"La troisième journée a eu comme thème l'éducation. Quelles sont les caractéristiques d'un « Bon, Beau, Vrai » enseignement intégral ? Ouverture et compréhension des autres cultures par l'intérieur. Respect de la singularité de chacun et de son altérité. Education physique et mentale, mais aussi éducation du cœur et de l'esprit à travers le sport, la science, l'art, la philosophie et la spiritualité. Capacité critique à « méta analyser » la démarche analytique que l'on met en œuvre. "

Intervenants : Etienne Avronsart, Diane Baran, Robert Branche, Justine Caulliez, Delphine Charvolin, Henri Conze, Carine Dartiguepeyrou, Marc Fleuriet, Bénédicte Fumey, Marine Goodmorning, Alain Gourhant, Caroline Guidetti, Sophie Laleman, Martine Laval, Solen Penchèvre, Chris Peytier, Cécile Priou, Michel Saloff Coste, André Staropoli, Antonella Verdiani.


10 Mars 2009. Comment répondre de manière positive, durable et intégrale à la crise systémique contemporaine ?
"La quatrième journée a eu comme thème la crise. Quelles sont les grandes caractéristiques de la crise systémique contemporaine dans ses dimensions, économiques sociales et écologiques ? En quoi cette crise est différente des précédentes et quel diagnostic en faire ? Les réponses apportées aujourd'hui dans le monde et en France sont-elles pertinentes, adaptées et suffisantes ? " On trouvera ici le programme complet de la journée.

Intervenants : Jean-Eric Aubert, Etienne Avronsart, Carine Dartiguepeyrou, Thierry Gaudin, Sophie Laleman, Bruno Marion, Edgar Morin, Michel Saloff Coste, Gérard Schoun, Patrick Viveret, Robin Wood.

23 Juin 2009. Sociétés durables et écologie intégrale : comment passer de la vision à l'action ?
"La cinquième journée eu comme thème le développement durable. Aujourd'hui, l'heure n'est plus uniquement aux bilans. Les premières initiatives telles que Limits to Growth de Meadows (1973), le Manifeste du Club de Budapest pour une conscience planétaire (1980) et plus récemment la Déclaration de l'état d'urgence d'Ervin Laszlo (2009) nous donnent un aperçu international et synthétique des faits et diagnostics que l'on peut faire en matière de durabilité sur l'ensemble de la planète.

La question est à présent de sortir de nos contradictions pour déployer une réforme de nos modes de pensée et de vie. C'est bien avec cette ambition que nous avons placé cette cinquième journée de l'Université Intégrale : replacer l'homme au cœur du vivant et dégager des pistes de congruence entre la vision et l'action pour accélérer la transformation de nos sociétés vers la durabilité.

Nous avons cherché en particulier à répondre aux questions suivantes : Pourquoi le développement durable, tel que défini par les instances internationales (environnemental, social et économique), nous confronte-t-il à nos contradictions ? Comment arbitrer les priorités entre écologie, économie et société ? Quelles sont les pistes de gouvernance pour mettre en œuvre la durabilité ? Comment le vivant peut-il inspirer notre vision du monde ? Comment repenser et organiser notre agriculture ? Quels sont les éléments clés d'une vision durable ? Comment agir de manière écologique et intégrale au quotidien ? Qu'est-ce que l'écologie intégrale ? " On trouvera ici le programme détaillé de la journée.

Intervenants : Etienne Avronsart, Amandine Barthélémy, Tapas Bhatt, Gauthier Chapelle, Carine Dartiguepeyrou, Philippe Desbrosses, Bénédicte Fumey, Caroline Gervais, Yolaine La Bigne, Karim Lapp, Elisabeth Laville, Michel Saloff Coste.

Samedi 24 Octobre 2009. Civilisations du futur et futur des civilisations ?
"Nous sommes dans une période de transformation économique, sociale et écologique. Il devient important de développer des solutions pour survivre à court terme sans négliger de construire un futur durable et d'investir sur le long terme. Comment civiliser le futur ? A quoi ressembleraient les possibles civilisations du futur ? Quelles sont les nouvelles approches en matière économique, sociale et écologique qui permettent d'illustrer les civilisations du futur ? Comment civiliser le futur pour le rendre enthousiasmant et redonner à l'humanité confiance dans son destin ? A quoi ressemblerait, une civilisation qui réponde aux enjeux actuels par des solutions innovantes ? Des initiatives nouvelles, parfois relevant de nouveaux paradigmes, se manifestent un peu partout à travers de multiples initiatives et expérimentations : comment les expliciter et les catalyser ? On trouvera ici le programme détaillé de cette journée."

Intervenants : Etienne Avronsart, Anne de Bétancourt, Carine Dartiguepeyrou, Jean-Baptiste de Foucault, Bénédicte Fumey, Thierry Gaudin, Sophie Laleman, Jacques Lesourne, Bruno Marion, Michel Saloff Coste, Jean Staune.

Samedi 23 Janvier 2010. Ecovie, Ecoville, Ecovillage.
"Comment développer en ville et à la campagne un art de vivre écologique ? Comment imaginer une nouvelle socialité inclusive et reliée qui soit porteuse de sens ? Comment associer développement personnel et transformation sociale ? Comment agir à toutes les échelles territoriales de la plus grande à la plus petite proximité?
Cette journée nous donnera des clés pour impulser le changement de manière active : créative, concrète et enthousiaste ! Les différentes interventions et nos échanges seront l'occasion de réfléchir et d'expérimenter ensemble la façon dont nous pouvons utiliser la pensée intégrale aux niveaux individuel et collectif pour une transformation intérieure et extérieure de nos cadres de références. On trouvera ici le programme détaillé de cette journée."

Intervenant : Carine Dartiguepeyrou, Michel Saloff-Coste, Bruno Marion, Esther Dubois, Bénédicte Fumey, Etienne Avronsart, Pierre Dommergue et Marie Francoise Guyonaud, Anne de Béthencourt, Philippe Desbrosses, Robert Lion, Pascale d'Erm, Jean-Yves Fromonot, Véronique Bouthegourd, Brian Van Der Horst.

Mardi 20 avril 2010. Asie et Occident : vers une culture intégrale ?
"Au travers de la comparaison, de la confrontation et de l’intégration des points communs et des différences entre les cultures asiatiques et occidentales, nous étudierons ensemble comment la rencontre de l’Asie et de l’Occident nous permet de décrypter et comprendre les grandes mutations en cours ? Que nous enseignent les cultures spirituelles et philosophiques asiatiques et occidentales ? Comment intégrer l’ensemble de ces connaissances dans nos vies quotidiennes ? Asie, Occident : l’harmonie de la civilisation du futur ? " On trouvera ici le programme détaillé de cette journée.

Intervenants : Michel Saloff Coste, Bruno Marion, Etienne Avronsart, Coriam, Pierre Pyronnet, Denis Marquet, Charlotte de Silguy, Jean Larroquette, Danya Quing, Jean Staune, Floriana Pagliano

Mercredi 16 juin 2010. Prospective d'un monde en mutation
" Une journée exceptionnelle organisée par le Club de Budapest et l'Université intégrale à l'occasion de la sortie du livre collectif Prospective d'un monde en mutation (sous la direction de Carine Dartiguepeyrou) auquel ont notamment contribué Ervin Laszlo, Edgar Morin et Matthieu Ricard.

Comment expliquer les grands changements planétaires que nous vivons ? De quelle nature est cette transformation et comment impacte-t-elle nos systèmes politiques, économiques et sociaux ? Comment construire un développement durable au-delà du débat sur la croissance et la décroissance ? S'agit-il d'un « virage » ou d'une « métamorphose » qui nous conduit vers une nouvelle civilisation ?

L'enjeu de nos sociétés est de parvenir à dégager des stratégies créatives qui allient vision et action pour construire un avenir meilleur, plus proche des hommes et du vivant. Cette journée se concentrera sur les éléments de diagnostic et les solutions." On trouvera ici le programme détaillé de cette journée.
Intervenants : Jean-Baptiste de Foucauld, Thierry Gaudin, Ervin Laszlo, Tristan Leconte, Bruno Marion, Michel Saloff Coste, Jean Staune, Antonella Verdiani

Le 17 novembre 2010. Une approche intégrale de la santé.Il semble que les vidéos de cette journée ne soient pas encore en ligne.

"Dès 1986, avec la Charte d’Ottawa, la santé de la population devient une responsabilité collective. Il paraît fondamental, en ces temps de mutation sociétale, que notre approche de la santé évolue. La considérer de façon intégrale est une invitation, comme dirait Einstein, à « formuler un nouveau mode de pensée, nécessaire à l’humanité, pour survivre et atteindre un plan de conscience plus élevé. »

Nous souhaitons évoquer l’être vivant dans une approche intégrale, à travers ses composantes physiques, psychiques, mentales et spirituelles, en constantes interactions. La dimension écologique sera abordée, avec l’influence de notre environnement sur notre bien-être global. Comment, par une meilleure connaissance des effets sur l’organisme, de l’alimentation, la qualité de l’air et de l’eau, les rythmes et modes de vie, pouvons-nous créer les bases d’une bonne santé ? L’art et la créativité, qui nous mettent en mouvement, auront une place de choix dans cette journée de rencontre et de partage.

Nous aborderons aussi les nouvelles approches thérapeutiques, pour la Santé de demain, avec un autre regard sur la maladie, sur nos potentiels, nos qualités intérieures, sur la relation au patient et sur la nécessité de repenser un système de soin plus global et plus responsabilisant." On trouvera ici le programme détaillé de cette journée.


Prochaines Journées en 2011
19 février 2011 : L’Entreprise et l’économie intégrales
6 juin 2011 : La Société et la politique intégrales
Ces événements ont lieu au Forum 104, 104 rue de Vaugirard, 75006 Paris. Des détails seront mis en ligne prochainement sur le site du Club de Budapest France.

mercredi 22 décembre 2010

Université Intégrale (1) Une Régénération Culturelle

Photo ci-dessus : Edgar Morin à l'Université Intégrale

Dans nos trois derniers billets, nous avons présenté le Club de Budapest et Michel Saloff Coste – fondateur en 1995 du Club de Budapest en France – à l’origine de la création de l’Université Intégrale en Février 2008. Cette dernière initiative met en lumière dans l’espace francophone l’émergence planétaire d’une nouvelle approche épistémologique qualifiée d’intégrale :
« Une manière évolutionnaire d'envisager le monde, s'appuyant sur l'ensemble des sciences et connaissances existantes, modernes et traditionnelles, occidentales et orientales, scientifiques, artistiques et spirituelles. Cette démarche globale, inclusive, systémique et holistique donne un relief différent à chaque discipline et un autre regard sur la vie. Elle est indissociable de la nécessaire mutation en cours du modèle socio-organisationnel actuel du monde. »

Pourquoi l’Université Intégrale ?

Dans un texte intitulé : « Pourquoi l’Université Intégrale ? » les animateurs de l’Université Intégrale analysent ainsi le sens de leur initiative : « Nous vivons une période de grands changements, avec un progrès des techniques considérable et une mondialisation de la pensée et de la vie humaine, notamment aux niveaux commercial, culturel et politique. Des civilisations qui ne se connaissaient pas et qui se développaient indépendamment les unes des autres, sont amenées à vivre ensemble, pour le meilleur et pour le pire. Par le biais de transports de plus en plus rapides et de réseaux informatiques qui recouvrent toute la planète, l’homme a virtuellement accès à toutes les connaissances de l’humanité.

Cette richesse de connaissances et de rencontres prend place dans un contexte de crise civilisationnelle, qui se décline notamment sur les plans écologique, social et économique, mettant sérieusement en question la survie de l’humanité. L’approche intégrale entend à la fois répondre aux grands défis qui se présentent à l’humanité, et annoncer l’émergence d’une nouvelle pensée au niveau planétaire, ouverte aux différences culturelles et au dialogue entre les civilisations.


Ervin Laszlo, le fondateur au niveau international du Club de Budapest, est reconnu comme un des initiateurs de l’évolution de la théorie des systèmes, la systémique, vers une approche plus intégrale. En créant l’Université Intégrale à Paris, notre souhait était premièrement de faire mieux connaître l’approche intégrale en France où elle était restée encore relativement méconnue et deuxièmement de mettre en perspective les travaux d’Ervin Laszlo en les replaçant dans le contexte plus large des autres chercheurs de ce domaine.

Nous nous sommes intéressés plus particulièrement en France aux travaux de Jean-Eric Aubert,
Carine Dartiguepeyrou, Thierry Gaudin, Jacques Lesourne, Bruno Marion, Edgar Morin, Michel Saloff Coste, Jean Staune et dans le monde aux travaux de Ken Wilber, Don Beck et Steve McIntosh. Dans le futur, nous aimerions élargir cette mise en perspective à d’autres chercheurs, en France et à l’international. Les quelques journées que nous avons pu organiser ne sont que des premiers balbutiements par rapport à un véritable travail universitaire, à développer dans l’avenir. »

De nouvelles formes de compréhension

La création de l'Université Intégrale nous apparaît comme le symbole d’une profonde régénération culturelle et d’une résistance spirituelle à la doxa dominante, à la fois réductionniste et matérialiste. C'est notamment pour ces deux raisons qu’une telle initiative mérite toute l'attention de ceux qui s'intéressent aux mouvements des idées et des sensibilités.

En résonance avec diverses initiatives dans d’autres pays, la création d’une Université Intégrale dans la nation du cartésianisme est révélatrice d’un contexte culturel en pleine évolution. Elle exprime l’émergence de nouvelles formes de compréhension adaptées à une société de l’information en mutation constante et en complexité croissante. Ces nouvelles formes de compréhension sont la manifestation de la dynamique évolutive qui anime la conscience collective en ce début de millénaire.

Selon le discours officiel de la technocratie au pouvoir, les diverses crises rencontrées par l’humanité nécessitent d’agir de manière technique et sectorielle, c'est-à-dire en utilisant le mode de pensée et le modèle d’organisation à l’origine même de ces crises. Pour les avant-gardes culturelles qui refusent cet aveuglement, les crises économiques et écologiques, sociales et culturelles, ne pourront en aucun cas être résolues à partir du champ de référence qui les a généré.
En exprimant la saturation d’un modèle qui a fait son temps, ces crises sont autant des signaux qui servent à baliser le chemin d’une nécessaire évolution : elles provoquent littéralement une remise en question de nos modes de vie et de pensée qui nécessite de nouvelles réponses inspirées par une évolution de notre regard sur le monde.

L'émergence d'un paradigme intégral

Notre vision du monde est déterminée directement par les représentations culturelles et par le paradigme épistémologique qui les sous tend. Ce paradigme est une sorte de perspective implicite, propre à une culture donnée, qui valide le système d’interprétation à travers lequel nous donnons à notre expérience un sens qui nous permet d’agir et de faire société.

Pas d’organisation sociale qui ne s’inscrive dans une forme culturelle fondée sur un paradigme épistémologique. On peut dire du paradigme que c’est le modèle sous-jacent qui fonde la vision commune sans laquelle il n’est point de société. Ce modèle exprime la dynamique de l’évolution à un moment et à un stade évolutif donné. C’est pourquoi l’accès à un nouveau stade de complexité fait toujours émerger un nouveau paradigme.

Les évolutions épistémologiques, culturelles et sociales sont donc synchrones et systémiques. Elles interagissent de manière constante les unes sur les autres. Nous avons déjà abordé ici les rapports entre évolutions épistémologiques et culturelles. Tout lien social est fondé sur un lien culturel, lui-même tissé sur le cadre d’un consensus épistémologique. L’interaction systémique entre changement social et changement culturel s’inscrit dans la dynamique d’une évolution épistémologique.

Ce n’est pas un hasard si, dans la situation de crise globale où se trouve l’humanité, émerge un nouveau paradigme - intégral - capable de prendre en compte simultanément l’évolution de la subjectivité individuelle et de l’intersubjectivité culturelle comme celle du milieu social et naturel. Ce qui fait la spécificité d’une perspective intégrale, c’est de réfléchir et d’agir simultanément sur trois plans : celui du paradigme épistémologique, de l’organisation sociale et des représentations culturelles...

Ces trois plans correspondent aux champs de la connaissance, de la communauté et de l’imaginaire, expressions sociales de ces trois grands archétypes universels que sont le Vrai, le Bien et le Beau. Vérité des lois et des principes architectoniques élaborée dans le champ de l’épistémologie. Bien commun qui tisse la solidarité du lien social dans le champ de l’éthique. Beauté des formes qui expriment l’Esprit du temps dans le champ esthétique de l’imaginaire et de la sensibilité.

Les marchands d’illusion

Le problème de l’homme moderne, fasciné par le monde des apparences et victime d’une vision fragmentée, c’est qu’il voudrait résoudre les problèmes qu’il rencontre, en transformant uniquement le monde extérieur. Et ceci sans avoir à faire le moindre effort pour se changer lui-même, sans comprendre que ces problèmes ne lui sont pas étrangers et qu'ils sont à la fois des signaux d’alarme et des opportunités pour évoluer. C’est ainsi qu’il voudrait transformer l’organisation socio-économique sans percevoir que celle-ci est l’expression d’une mentalité collective, corrélée à un paradigme sous-jacent.

Beaucoup de marchands d’illusions s’exonèrent des efforts nécessaires à une transformation personnelle et collective en s’engageant dans une perspective de changement socio-politique ou d’activisme écologique qui ne sont pas étayées par une nouvelle vision du monde. C’est une profonde illusion dont l’humanité a payé le prix fort au siècle dernier que de vouloir changer la société ou les comportements sans prendre en compte la nécessaire transformation des mentalités qui doit présider à toute évolution sociale ou comportementale.

La pensée systémique se fait l’écho de ce que tous les grands penseurs ont affirmé avec force : il ne peut y avoir de changement social sans transformation du cadre épistémologique et culturel qui forme les mentalités. Il est bien plus facile de proposer de nouvelles formes d’organisation que de transformer les structures cognitives à travers lesquelles nous interprétons le monde. Rien de plus difficile en effet, et de plus lent, que de changer les filtres perceptifs et cognitifs à l’origine de notre vision du monde.

L'écologiste Edouard Goldsmith écrit à ce sujet : " Autre obstacle à la modification d'une vision du monde : les individus et les sociétés qui ont misé, psychologiquement, sur cette perception dans son intégralité, la défendent contre tout savoir qui en entamerait le crédit. C'est le « principe de la préservation des structures cognitives» de l'anthropologue américain A.F.C. Wallace. Il s'applique, par exemple, aux professionnels cherchant à conserver le paradigme, leur discipline, alors même que celle-ci est depuis longtemps totalement déconsidérée aux yeux des gens de bon sens."

Symptômes et crises

Tout ceux qui ont entrepris une thérapie savent combien il est compliqué de faire évoluer notre carte du monde en sortant de ces ornières dans lesquelles nous sommes enfermés et qui nous font tourner en rond dans des scénarii répétitifs, nous empêchant ainsi de participer à la dynamique créatrice de la vie et de l’esprit.

Les symptômes, psychique ou physiques, se manifestent toujours pour exprimer le fait que certains fonctionnements et comportements qui étaient adaptés à un moment donné de notre évolution ne le sont plus à une nouvelle situation. Ce qui est vrai d’un individu l’est aussi pour la société. Les crises sont des symptômes qu’il faut savoir écouter pour trouver des solutions adaptées à notre évolution.

Mais les résistances au changement sont énormes. Nous sommes prêts à tout pour conserver nos anciennes références, même si elles sont sources de souffrance, car ce dont nous avons peur plus que tout c’est de l’inconnu qui nécessite de mobiliser toutes nos énergies alors même qu’une grande partie de celles-ci sont investies dans la routine confortable d’habitudes mortifères.

Reste alors la « pédagogie des catastrophes » seule à même de briser les cadres sécurisants auxquels nous nous sommes identifiés. Cette catastrophe peut être personnelle – la maladie, la précarité économique, la rupture des liens amoureux ou familiaux – comme elle peut être collective – crise écologique, économique, social, culturelle, géopolitique – avec pour horizon la disparition possible de l’espèce par une synergie de ces crises.

Comme le dit Christiane Singer : « Les crises, dans la société où nous vivons, sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à portée de main, pour entrer dans l’autre dimension... Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer en profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être. » (Du bon usage des crises) 

Sociothérapie

Si l'on désire éviter cette douloureuse pédagogie des catastrophes, avec son lot de souffrances, on peut entreprendre un psychothérapie pour élargir notre carte du monde, en prenant en compte les messages exprimés par ces signaux que sont les symptômes. Comme il existe des psychothérapies, il existe pour répondre aux crises sociales des sociothérapies fondées sur l’apprentissage de nouveaux modèles permettant à la société de se construire un système de référence adapté au nouveau stade évolutif qu'elle aborde. C’est ainsi qu’au cours de l’histoire humaine apparaissent régulièrement des mouvements d'avant-garde qui sont les vecteurs de ces nouveaux modèles.

Ce sont ces minorités créatives qui, depuis une cinquantaine d'années, ont fait lentement émerger d'autres modèles de pensée, accordés à de nouvelles formes de sensibilité, sous le regard amusé ou inquisiteur des tenants de l'idéologie dominante. Ces mouvements novateurs jouent toujours dans l'histoire des sociétés le rôle qui est celui de l’intuition au niveau de l’individu : celui d’une sensibilité visionnaire qui participe de manière organique à la dynamique évolutive de la vie et de l’esprit. C’est cette sensibilité intuitive et créatrice qui permet l'émergence de nouvelles formes de compréhension.

Le matérialisme dominant réserve à ces minorités créatives le sort qu’elle réserve à l’intuition : un sujet de dérision traité avec condescendance par une pensée abstraite - déconnectée du mouvement créatif de la vie - qui n’en comprend ni le sens, ni l’usage. Arthur Schopenhauer décrit assez précisément les trois étapes du passage d’un ancien à un nouveau paradigme.: « Toute vérité franchit trois étapes. D'abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle rencontre une vive opposition avant d’être acceptée comme une évidence. »

Une exception culturelle

Où en sommes-nous de cette transformation du paradigme réductionniste qui fut celui de la modernité industrielle à un paradigme intégral qui est celui d’une « Kosmodernité » correspondant à l’ère informationnelle ? Dans un pays comme la France où règne l’exception culturelle d’une pensée analytique et d'un formalisme abstrait, assez rétive à l’interdisciplinarité ainsi qu’à l’intégration des facultés cognitives et des connaissances (c'est un euphémisme...), la création de l’Université Intégrale montre que ce mouvement profond de régénération culturelle est en cours.

Parce qu’il transforme profondément notre vision du monde, ce mouvement est difficilement accepté par les tenants de l'institution, bien souvent enfermés dans des perceptions et des représentations d’un autre âge, tout comme ne fût pas accepté par les clercs au pouvoir le mouvement des Lumières à la fin de l’Ancien Régime.

Cette régénération culturelle est une véritable sociothérapie animée par des créateurs et des penseurs inspirés qui doivent, bien sûr, comme de tout temps, affronter les obstacles et les difficultés dus à l’inertie, aux résistances et au scepticisme ambiants. Mais rappelons-nous de la phrase prononcée par J.F Kennedy : « Les problèmes du monde ne peuvent être résolus par des sceptiques ou des cyniques dont les horizons se limitent aux réalités évidentes. Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé. »

samedi 11 décembre 2010

Penser la nouvelle civilisation (2)


Dans notre dernier billet, nous proposions la première partie d'un entretien avec Michel Saloff Coste sur le site de l’Université Intégrale : Au-delà de la crise, penser la « nouvelle civilisation ». Pour Michel Saloff Coste, la crise que nous vivons est avant tout le symptôme d'un phénomène bien plus profond, celui de l'émergence d'une « nouvelle civilisation » dont il décrit certaines caractéristiques dans la seconde partie de cet entretien.


Entretien avec Michel Saloff Coste : Au-delà de la crise, penser la « nouvelle civilisation ». Seconde partie
- Quels grands traits caractérise cette nouvelle civilisation ?

- L'ère de la création et de la communication se définit dans tous les domaines par contraste avec les ères qui l'ont précédée. En étudiant l'ère de l'industrie et du commerce, on peut clairement séparer trois grande phases distinctes : une première phase, jusque dans les années 60, où l'offre est inférieure à la demande. À ce moment-là, le facteur clé déterminant de la création de valeur est le capital. C'est en effet le capital qui permet la construction des grands sites de production, qui serviront à proposer des produits sur un marché à forte demande.

Or dans les années 70, commencent à apparaître des dysfonctionnements. Les systèmes communistes produisent des biens de masse, mais en étant incapables d'ajuster l'offre à la demande ; le système libéral, lui, sait parfaitement adapter l'offre à la demande en recourant notamment au marketing, aux études de marché, à l'écoute client ; mais dans le même temps, il convainc le consommateur d'acheter toujours plus. Le citoyen tend dès lors à se transformer en consommateur. On passe d'une économie de marché à une société de marché, où tout se met à tourner autour de l'économique.

Dès « Le Management du troisième millénaire », je posais que la création de valeur ne résultait pas uniquement, comme au plus fort de l'ère de l'industrie et du commerce, de la valorisation classique du capital investi. De même, le couple capital-outil de production, qui est au cœur du processus de création de valeur de la société industrielle, se marginalise. Ce qui devient essentiel, dans la nouvelle ère, c'est l'accès à l'information et la capacité à créer une information innovante.
Pourquoi ? Parce que le passage d'une économie de la demande à une économie de l'offre, dans les années 70, a introduit l'innovation comme un facteur-clé de compétitivité. Les entreprises ont besoin d'idées afin de se diversifier dans un contexte de concurrence accrue. Ce mouvement ne cesse de s'amplifier : la nouveauté, qui était à l'origine un « plus », devient une condition nécessaire pour exister. Ce qui fait la valeur n'est donc plus la capacité de production. Ce qui permet d'écouler et de vendre avec profit un produit, c'est sa « nouveauté », le caractère créatif et innovant du produit.

De ce fait, le facteur de production différenciant n'est plus le capital, mais l'intelligence créatrice et proactive. Quelques exemples illustrent parfaitement cette idée. General Motors, par exemple a fait preuve de réactivité en renouvelant sans cesse son offre de 4x4 au moment où les Américains désiraient acheter ce type de véhicules. Mais Toyota a mieux senti et ancipité la transformation planétaire. Le groupe japonais s'est lancé dans la recherche sur les véhicules hybrides, de façon pro-active, quand personne ne réclamait de tels produits.
De même, Steve Jobs n'a jamais lancé et trouvé d'inspiration dans les études de marché pour lancer le Macintosh, l'iPod et l'iPhone, tout simplement parce que les besoins, au moment où ont été créés ces produits, n'existaient pas. C'est cela la différence entre la réactivité et la pro-activité.

Dès lors, pour les entreprises - et j'ai défini cela dans un second ouvrage, Le Dirigeant du troisième millénaire - le défi consiste à adopter un management qui repose sur l'écoute, la valorisation des caractéristiques personnelles, l'épanouissement collectif et individuel. Cela en s'appuyant et en maîtrisant les modes de management qui ont précédés lors des trois autres ères – la fascination, l'instinct, l'enthousiasme dans l'ère chasse-cueillette, l'organisation hiérarchique, l'ordre, le contrôle de l'agriculture-élevage, la compétition, la négociation, l'intéressement aux résultats de l'ère du commerce et de l'industrie… Mais il s'agit de replacer toutes ces dimensions du management au service du processus créatif.

- Vous avez aussi évoqué bien d'autres traits de cette nouvelle civilisation. Quels sont ceux qui vous paraissent les plus centraux, et que doivent connaître les dirigeants d'aujourd'hui pour mieux comprendre leur environnement ?

- Comme nous l'avons évoqué, l'ère industrielle est avant tout basée sur les techniques, la capacité à maîtriser et à mobiliser l'énergie, et le développement des sciences, qui ont permis de connaître et d'approfondir le monde de l'infiniment grand et de l'infiniment petit. La grande caractéristique de la nouvelle ère, et chacun peut en faire le constat, c'est le développement extraordinaire de l'informatique.

De même, le pétrole, le nucléaire, étaient des énergies placées au cœur de l'ère industrielle, dominée par le modèle de la voiture et celui de l'agriculture industrielle, rendue possible à la fois par le développement du machinisme agricole et des engrais, eux-mêmes dérivés du pétrole. Or l'énergie clé de la nouvelle civilisation, c'est la circulation de l'information, la capacité à la comprendre, à la transformer et à la proposer avec une valeur qui apporte une différence et réponde à des aspirations fondamentales de l'homme.

Google,
les réseaux sociaux, correspondent en cela parfaitement aux innovations caractéristiques de cette ère. Inventer un moteur de recherche qui permette d'avoir accès à une multiplicité de connaissances disponibles sur la planète, relève bien de l'essentiel pour nos sociétés. Le ressort de ces innovations n'est plus le pétrole, mais la création, l'intelligence, l'innovation.

Le pouvoir, ensuite, n'est plus lié à la détention du capital, mais à la capacité de faire émerger de l'altérité et de la différence. Si l'on n'est pas capable de créer de la différence, de révéler des besoins profonds, authentiques, qui répondent dans le même temps à un développement durable de l'homme, alors on ne crée pas de valeur dans la société de la création et de la communication.

Tout cela nous amène aussi à une nouvelle manière de penser le monde. À l'ère de la chasse-cueillette ont prévalu les animismes. L'ère de l'agriculture et de l'élevage a vu le développement des grands monothéismes. L'âge du commerce et de l'industrie est celle du triomphe de Descartes, c'est-à-dire de la pensée scientifique mécaniste. Or le moteur de pensée de l'ère de la création et de la consommation, c'est la pensée systémique.

Apparue dans les années 50, elle a notamment été diffusée en France par Joël de Rosnay ( Le Macroscope) et Edgar Morin. Mon ouvrage « Le Management du troisième millénaire » est une tentative pour appliquer la pensée systémique à la dimension économique et entrepreunariale. Aux Etats-Unis, Peter Senge, dans « La Cinquième discipline », adopte à peu près au même moment une approche identique. La nouveauté de la systématique consiste à substituer à une pensée mécaniste scientifique, qui pense la réalité comme une succession de relations et chaînes de causes à effets, une réalité beaucoup plus complexe, faite d'un ensemble de systèmes qui interagissent entre eux.

Cette nouvelle appréhension de la réalité constitue une rupture majeure. Jusqu'alors, les sciences et tous les champs de la connaissance étaient appréhendés dans des processus de décomposition qui séquençaient la réalité en sous-domaines de spécialités. Notre civilisation a ainsi des connaissances approfondies sur une toute petite partie des savoirs, et une grande méconnaissance du tout. Or il est fondamental aujourd'hui d'aborder les problèmes dans leur globalité.

La crise écologique, par exemple, est une crise du tout
, et non de la partie. Le premier apport de la systémique est la découverte des interrelations et interactions qui gouvernent le monde, et vient poser la nécessité des approches transdisciplinaires. C'est notamment ce constat qui a conduit plusieurs chercheurs français à créer, en février 2008, l'Université Intégrale. De nombreux think tank se sont déjà constitués par le monde selon cette philosophie, comme la New Economics Foundation*, ou le Club de Budapest**.

* Créée au Royaume-Uni en 1986, la NEF est un groupe de réflexion et d'action travaillant à un « nouveau modèle de création de richesses fondé sur l'égalité, la diversité et la stabilité économique ».
** Le Club de Budapest est un réseau international sur les enjeux du futur rassemblant des personnalités comme Michael Gorbatchev, le Dalaï Lama. Il est actuellement présidé par le philosophe des sciences Ervin Laszlo.

- Dans cette nouvelle ère, l'information occupe une place tout à fait majeure. Pouvez-vous détailler cette dimension ?

- Sous l'ère de la chasse-cueillette, prévalaient la communication orale et le bouche-à-oreille. L'ère de l'agriculture-élevage est celle de l'écrit, qui a permis la naissance d'une approche historique, et la création, finalement, de l'Histoire. L'ère de l'industrie et du commerce a vu le développement extraordinaire de l'imprimerie et celle des mass-media. La grande rupture de l'ère de la création et de la communication, c'est celle du développement des réseaux, qui dépassent de loin les mass media, parce qu'ils font de nous à la fois des émetteurs et des récepteurs. Nous ne sommes encore qu'au balbutiement des sociétés en réseau, mais ses implications sont multiples. Nous passons ainsi d'une société où des dirigeants et des élus gèrent une information peu fluide, à un monde de diffusion et d'interactions en temps réel entre dirigeants et citoyens.

Cette nouvelle civilisation d'individus qui ne cessent d'échanger entre eux a également comme caractéristique de faire évoluer leur conscience en temps réel. Nous sommes à ce titre les premiers êtres humains à naître dans un système de représentation donné, à se développer et à apprendre à vivre dans d'autres systèmes de représentation, avant de mourir dans un autre encore différent.
Pour chacun d'entre nous, le temps s'accélère, nous sommes appelés à changer au moins tous les dix ans de métier, et ces changements s'accompagnent à chaque fois de bouleversements de nos systèmes de représentation. Du fait de la globalisation et de la communication en réseaux, nous sommes de surcroît sans cesse confrontés à d'autres cultures, à d'autres systèmes de représentation du monde, qui viennent réinterroger les nôtres.

C'est en ce sens que je pense que la création, dans cette nouvelle ère, tient une place fondamentale. Dans les domaines des sciences, de l'art, de la philosophie, la création vient constamment réinitialiser le cosmos sur de nouvelles bases. Ce n'est d'ailleurs par un hasard si, à l'heure où se développaient les théories d'Einstein sur la relativité, Kandinsky concevait en 1910 sa première toile abstraite.
Les créateurs nous invitent sans cesse à porter un nouveau regard sur l'ensemble de nos représentations, et réinitialisent notre vision spirituelle du monde. Tout cela ne nous éloigne pas du management, bien au contraire : dans le monde de l'entreprise, des sociétés comme Google, Apple, ont su générer des innovations porteuses de nouvelles visions de la société.

- Votre analyse remonte au milieu des années 80. N'êtes-vous pas surpris par la justesse avec laquelle la réalité vous donne raison sur tous ces points ?

- Ce qui me surprend, ce n'est pas tant la rapidité avec laquelle les techniques que je décrivais – l'informatique, les réseaux… - sont venues s'inscrire dans notre quotidien, mais c'est plutôt l'aspect spectaculaire avec lequel la société de la création et de la communication s'est imposée. La royauté a mis 1000 ans en France pour s'affirmer pleinement, la dynastie Rothschild 100 ans, Microsoft 10 ans, et Google un an !
Et le plus étonnant, de mon point de vue, est le temps de réaction qu'il faut pour que les hommes politiques construisent un discours adapté. Cela s'explique fort bien, puisque la plupart d'entre eux restent enfermés à l'ère du commerce et de l'industrie. Ils ne sont pas les seuls. Tous les grands appareils – les partis politiques, les syndicats, les Universités, la presse… - nés au XIXème siècle, se pensent encore sous cette ère-là. Ces modes de pensée deviennent obsolètes.

Un point me surprend encore : lorsque j'écrivais « Le Management du troisième millénaire », je pensais qu'il y aurait dans le futur beaucoup moins de manifestations spectaculaires dans les techniques et l'instrumental, mais beaucoup plus d'efforts dans la réflexion et la recherche sur la nouvelle civilisation en émergence. D'ailleurs, il y a vingt ans en arrière, je n'avais aucun souci pour trouver des financements qui permettent d'explorer ces voies innovantes.

Aujourd'hui, alors que ces réflexions deviennent urgentes, les difficultés pour trouver des financements sont extrêmes ! Encore un autre point d'étonnement : je n'avais pas non plus anticipé que les limites de planète surgiraient aussi rapidement sous nos yeux, de toutes parts. Et pourtant, nous sommes dans l'incapacité de penser tout cela ! D'où la nécessité d'investir dans cette réflexion novatrice, de créer des échanges, des interactions entre les centres de recherche, et de promouvoir, comme il y a eu des chambres de commerce et d'industrie pour accompagner l'ère précédente, des chambres de réflexion et de communication fonctionnant en réseaux !

- Pour finir, qu'est-ce qui vous donne l'espoir que la société progresse dans la prise de conscience des changements à opérer ?

- Rappelons-nous qu'une crise, ce sont à la fois des risques et des opportunités. Or la France a de grandes opportunités devant elles. La plupart des penseurs qui ont évoqué cette nouvelle civilisation de l'immatériel – qu'il s'agisse d'Edgar Morin, de Thierry Gaudin, de Joël de Rosnay - sont Français. Lors du passage de la civilisation de l'agriculture-élevage au commerce et à l'industrie, la France a déjà su inventer des concepts clés, comme la séparation des pouvoirs, la démocratie moderne ; le Code Napoléon a aussi été repris dans le monde entier.
Nous vivons une période historique où la France pourrait prendre la tête d'un mouvement. On évalue entre 20 et 30% de la population totale le nombre de « créatifs culturels » sensibles aux enjeux écologiques et planétaires, au droit et à l'émancipation des minorités, intéressés par les cultures dans leur diversité.

Ce sont des individus qui font du développement personnel pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui. Ils sont dans des logiques proactives. C'est le parti des gens enthousiasmés par exemple par l'élection, aux Etats-Unis, de Barack Obama, qui ne sont ni de droite, ni de gauche, mais qui réfléchissent en terme de transformation de la société. Or il est capital aujourd'hui de mener ce travail collectif, car une nouvelle civilisation ne sort jamais de la tête de quelques-uns. Elle ne peut résulter que d'un grand débat mondial. Et tout nous invite aujourd'hui à devenir les créateurs de cette nouvelle civilisation !

vendredi 10 décembre 2010

Penser la nouvelle civilisation (1)


Michel Saloff Coste

Dans notre dernier billet, nous avons présenté le Club de Budapest à l’origine de la déclaration sur l’Etat d’Urgence Mondiale. Cette association s’est donnée comme mission l’émergence d’une conscience planétaire fondée notamment sur l’interconnexion des cultures et l’intégration de la spiritualité, des sciences et des arts. La spécificité du Club de Budapest - et son originalité - c'est la démarche systémique qui la fonde et qui révèle la connexion entre l'évolution de la conscience, des modèles et des stratégies à mettre en oeuvre pour le vingt et unième siècle.

Peintre, photographe, cinéaste, écrivain, enseignant et consultant, Michel Saloff Coste a un parcours multimédia et pluridisciplinaire. C’est en 1995 qu’il prend l'initiative de la fondation du Club de Budapest en France. En 2007, sous l’égide du Club de Budapest France, il crée l’ Université Intégrale.

Michel Saloff Coste est l’auteur de « Le Management du troisième millénaire » paru en 1991 et réédité plusieurs fois. Ce livre est devenu un des livres de prospective, stratégie et management de référence en France. La réflexion de Michel Saloff Coste le conduit à proposer une théorie générale des systèmes de représentation fondée sur une analyse de l’évolution humaine en quatre grands types de civilisation : la Chasse Cueillette, l'Agriculture Elevage, l'Industrie Commerce et la Création Communication.
La mutation contemporaine n’est pas, selon lui, assimilable à un nouvel avatar de la révolution industrielle mais doit être comprise comme un véritable changement de civilisation : le passage de "l'ère de l'industrie et du commerce" à "l'ère de la création et de la communication". Le blog de Michel Saloff Coste rassemble l'ensemble de son activité passée, présente... et futur.

Sur le site de l’Université Intégrale, on peut lire un entretien avec Michel Saloff Coste intitulé : "Au-delà de la crise, penser la nouvelle civilisation". L'auteur est interrogé sur les réponses apportées par nos gouvernants à la crise économique. Michel Saloff Coste s’inquiète des mesures de court terme adoptées pour tenter de résoudre l'une des plus graves crises économiques de notre temps. Il s'alarme aussi du décalage croissant entre l'évolution générale de la société et les modes de gouvernance et de management des entreprises. Pour lui, la crise est un symptôme d'un phénomène bien plus profond, l'émergence d'une « nouvelle civilisation » dont il décrit les caractéristiques. Éléments de vision à la fois critiques et prospectifs pour « un management du troisième millénaire ».


Entretien avec Michel Saloff Coste : "Au-delà de la crise, penser la « nouvelle civilisation »". Première partie.

- Quelles réflexions, quelle analyse personnelle vous inspire la crise et cette période tout à fait singulière que nous vivons aujourd'hui ?

- Dans de telles situations de crise, il est impératif de garder son sang-froid. Toute réaction « à chaud » risquerait en effet de générer des effets pervers et contreproductifs. Notamment, en se trompant de diagnostic, les décisions prises pour tenter de porter remède à la crise pourraient au contraire la précipiter et l'aggraver. Cette question du diagnostic me paraît actuellement d'autant plus importante que la crise que nous traversons est profonde.
Pour ma part, la gravité de la crise ne me surprend pas, puisque dans ma réflexion présentée dans « Le Management du troisième millénaire », initiée dans les années 80 et qui a donné lieu à une publication en 1990, j'expliquais que nos économies avancées fonctionnent de telle façon qu'elles allaient connaître une crise majeure. Pour moi, le diagnostic est clair : nous traversons une vraie « crise de civilisation ». Nous sommes de plus en plus nombreux à partager ce point de vue, aux côtés d'Edgar Morin et de Thierry Gaudin notamment.

- En quoi pousser plus loin l'analyse devient aujourd'hui urgent, et l'absence de réflexion sur ce thème vous inquiète-t-elle ?

- Si la crise des subprimes et du système financier n'était qu'une spéculation de plus, sur un fond de croissance mondiale infinie, alors nous repartirions comme par le passé. Mais ce qui fait la gravité de cette crise, c'est que, précisément, elle s'inscrit dans un contexte tout à fait particulier. L'idée d'une croissance mondiale de l'ordre de 5 à 10% qui nous permettrait de payer à la fois les dettes de nos États, les systèmes de protection sociale - y compris en Inde et en Chine - dans un système qui continue à rémunérer toutes les parties prenantes, devient impossible, parce qu'insoutenable pour la planète et ses habitants. Les subprimes aux Etats-Unis, à ce titre, peuvent déjà apparaître comme une tentative de distribuer du pouvoir d'achat pour que le système se survive à lui-même et que des intermédiaires se rémunèrent « comme avant ».

C'est pourquoi apporter des solutions à cette crise uniquement en tirant les leçons des années 30 me paraît très insuffisant. Bien sûr qu'il s'agit pour les États d'actionner tous les leviers d'une relance keynesienne – réamorcer la pompe du crédit, investir massivement dans des plans de relance par les grands travaux et des plans de relance de la demande. Ces trois leviers sont absolument nécessaires pour ne pas bloquer le système à très court terme.
Mais la vraie question qui n'est pas traitée aujourd'hui, à la fois par les politiques, les banques, les entreprises, c'est à quoi ressemblerait une économie qui continue à croître et à se développer, dans un monde fini et aux ressources limitées. Parce que la croissance, c'est la vie ! Et à quoi ressemblerait une civilisation fondée sur d'autres principes que celle qui vient de s'achever ?

Effectivement, je suis profondément inquiet, car si l'on fait l'impasse sur le diagnostic, le risque est grand que le patient ne se réveille après la crise encore plus malade. Aujourd'hui, ce sont les États qui prennent le relais des banques. Avec le risque, demain, que les États entrent en faillite… L'urgence est donc qu'une vraie réflexion démarre. Or vous ne voyez poindre cette réflexion ni à droite, ni à gauche.

- Que préconisez-vous dans cette situation d'urgence ?

- Nous entrons dans un moment très dangereux, où personne, parmi les hommes politiques, les dirigeants de multinationales, ne pourra dire, face à la multiplicité des rapports ou des alertes, qu'ils ne savaient pas ! Ne pas prendre les virages devient un acte d'irresponsabilité majeure. Alors oui, adoptons les mesures de très court terme qui permettront, nous l'espérons tous, de relancer temporairement la machine. Mais après ? Sur les milliards injectés pour la relance, ne peut-on pas conserver quelques moyens pour réfléchir à ce qui sera possible et souhaitable demain ?

Un dirigeant dans le monde, Nicolas Sarkozy, a eu très tôt l'intuition de dire qu'il s'agissait de « refonder le capitalisme », et de mener « une autre politique de civilisation ». Les mots sont forts, et le diagnostic est juste. Mais où est le comité de recherche pour travailler sur ce futur modèle de civilisation et les modèles économiques qui lui sont associés ? Les 1000 milliards injectés dans l'économie pour sauver le système bancaire, vont-ils accélérer et précipiter la mort du système précédent, comme l'injection d'amphétamines à un mourant ?

Certains États sont au bord de la faillite, et beaucoup d'entre eux, demain, n'auront plus les marges de manœuvre nécessaires pour agir du fait de leur endettement. Devant les masses financières mises sur le marché, des économistes redoutent de surcroît des phénomènes d'hyper-inflation à moyen terme. Tout le monde met sa dernière cartouche pour sauver le système ! Face à la gravité de la situation, il ne s'agit plus de se réclamer de la droite ou de la gauche. Chacun doit apporter sa contribution pour repenser les liens entre matières premières, capital, travail, production. C'est cette chaîne-là qui est à réinventer.

- Précisément, dès « Le Management du troisième millénaire », vous pressentiez l'émergence d'une nouvelle ère et vous en dessiniez les contours. Quels signes avant-coureurs vous permettaient d'établir ce constat ?

- Faisons un bref retour en arrière : les fondements de la société du commerce et de l'industrie sont apparus entre le XVIIème et le XVIIIème siècles. Ils ont été érigés sur les vestiges de l'ère précédente, celle de l'agriculture-élevage, dont la finalité était le maintien de structures hiérarchiques à l'identique (monarchie absolutiste, aristocratie, corporations…). Les modes de management dominants de l'agriculture-élevage étaient l'ordre, le contrôle. Or au XVIIIème siècle, on a vu poindre des concepts très novateurs – l'Égalité, la citoyenneté, les principes de séparation de pouvoir, et puis la démocratie, réinventée sur les bases de la démocratie grecque.

Dès lors, les élites aux capacités guerrières, dédiées à la conquête du territoire dans l'ère de l'agriculture-élevage, ont laissé la place à des élites reconnues selon leur mérite et leur capacité à générer de l'argent. La compétition, la négociation, mais aussi l'avancement, la progression en professionnalisme et en rémunération, ont pris toute leur place dans cette société-là ; la guerre de territoires a laissé la place à la guerre économique. En parallèle, un nouvel état du monde s'est construit autour du concept de Nation et du développement des démocraties.

Dès les années 70-80, j'ai pris conscience –avec d'autres sociologues et philosophes comme Edgar Morin, ou Thierry Gaudin, président de Prospective 2100 - que nous étions arrivé à la fin de cette ère ; j'ai commencé à réfléchir sur les contours de la nouvelle période qui allait se présenter à nous. Quels sont les éléments de fond qui la caractérisent ? Au XVIIIème siècle, bien sûr, il était difficile d'imaginer que l'homme puisse, un jour, atteindre les limites de la planète.
L'état de développement des sciences, le degré d'utilisation des ressources naturelles, étaient loin de le laisser supposer à l'époque. Or la deuxième partie du XXème siècle a signé l'heure de cette prise de conscience. En 1972 exactement, le Club de Rome, rassemblant des scientifiques, des économistes, des chercheurs de 53 pays, a émis un rapport baptisé « Halte à la croissance » qui a fait date et suscité le débat.

Pour la première fois, grâce à l'utilisation de la puissance des premiers supercalculateurs, des experts issus de nombreuses disciplines ont pu extrapoler les tendances en cours, et montrer qu'une croissance infinie, sur une planète à la géographie et aux ressources finies, n'était plus possible, et qu'elle aurait pour effet de faire imploser notre monde à l'horizon 2100.
Les tenants de ces thèses ont été taxés de catastrophisme. Mais depuis, force est de constater que les nombreuses mesures et observations collectées – accumulation des gaz à effets de serre, réchauffement climatique, disparition de nombreuses espèces… - leur ont plutôt donné raison, et même plus rapidement que prévu. Tout montrait déjà, dans ce rapport, que l'on ne pouvait plus raisonner et fonctionner « business as usual ».

- Ce constat a aussi donné naissance au courant de la décroissance. Comment vous en distinguez-vous ?

- Nous pouvons être d'accord sur les constats, sans l'être tout à fait sur les conclusions à en tirer. Des observateurs se sont par exemple saisis de ces évolutions pour condamner la notion même de progrès. Ce n'est pas mon propos. Le progrès, c'est un fait, a apporté beaucoup à l'humanité, dans le domaine de la santé, de l'hygiène, de l'élévation des niveaux de vie et du mieux-être des populations. On ne pourra revenir complètement en arrière sur tout ceci. D'autres courants ont aussi condamné le capitalisme, accusé de tous les maux. Certes, le système capitaliste comporte des faiblesses et il a déjà traversé de nombreuses crises.

Mais là encore, la question n'est pas tant pour moi de condamner le modèle, que de discerner ce qui peut prendre la suite dans un monde que nous savons limité, et de comprendre ce que peuvent être, dans un tel contexte, les valeurs, la culture, les principes de fonctionnement, d'une nouvelle civilisation. Cette civilisation, je l'ai décris dans le management du troisième millénaire comme celle de la société de l'information et de la création, qui vient poursuivre la société du commerce et de l'industrie.
(A suivre...)

mardi 7 décembre 2010

L'Etat d'Urgence Mondial

Le Club de Budapest

Un certain nombre d’organisations non gouvernementales sont apparues ces cinquante dernières années pour agir et sensibiliser l’opinion publique internationale sur un certain nombre de sujets particuliers. On connaît notamment Greenpeace qui se bat pour des causes écologiques et Amnesty International pour les droits de la personne.

A une autre échelle, le Club de Budapest fondé en 1993 par le philosophe des sciences hongrois Ervin Laszlo, est une association internationale dédiée au développement d’une pensée et d’une éthique nouvelles aidant à résoudre les défis sociaux, politiques, économiques et écologiques du vingt et unième siècle. Sa philosophie est fondée sur le constat que ces défis gigantesques ne peuvent être relevés que par le développement d’une conscience culturelle globale.

Le Club de Budapest a donc pour mission d’être un catalyseur pour la transformation vers un monde durable en travaillant à l’émergence d’une conscience planétaire, à l’intégration de la spiritualité, des sciences et des arts ainsi qu’à l’interconnexion des générations et des cultures. Ce qui fait l'originalité de cette organisation c'est sa démarche systémique et intégrale qui opère la connexion entre l'évolution de la conscience, des modèles et des stratégies à mettre en oeuvre pour le vingt et unième siècle.

C'est dans cet esprit que le Club de Budapest propose en France un certain nombre de soirées à thème et d'activités dont on peut prendre connaissance sur son site. Parmi ces activités, les membres du Club de Budapest ont fondé et animent l’Université Intégrale, initiative sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. Sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, le Club de Budapest vient de réaliser un ouvrage intitulé Prospective d’un monde en mutation auquel ont notamment contribué Ervin Laszlo, Edgar Morin et Matthieu Ricard dont on peut consulter ici un entretien qu'il a donné lors de la sortie de cet ouvrage.

Cet ouvrage propose une série de contributions d'auteurs venus de divers horizons, tous amis du Club de Budapest, oeuvrant chacun à leur façon pour la conscience planétaire. A travers leurs visions originales, ils cherchent à répondre aux questions suivantes : « Comment expliquer les grands changements planétaires que nous vivons ? De quelle nature est cette transformation et comment impacte-t-elle nos systèmes politiques, économiques et sociaux ? Comment construire un développement durable au-delà du débat sur la croissance et la décroissance ? S'agit-il d'un « virage » ou d'une « métamorphose » qui nous conduit vers une nouvelle civilisation ? »

Nous proposons ci-dessous la lecture d’une déclaration du Club de Budapest intitulée « L’Etat d’Urgence mondial » rédigée par Ervin Laszlo et David Woolfson en réaction à la préoccupante situation de la planète. Cette déclaration est un véritable appel aux dirigeants pour un changement de civilisation fondée sur une profonde transformation culturelle.

On peut y lire notamment ceci : «Le mode de pensée dominant actuel ne peut être maintenu plus longtemps... Toute crise porte en elle une opportunité de changement et de transformation. Les idées et modèles nécessaires aux nouveaux systèmes existent déjà... des millions d'individus et de groupes d’avant-garde ont depuis des années mentionné ces menaces et défis. Cet « éveil” est un signal positif de la vitalité de l'esprit humain et de sa capacité à répondre avec souplesse et créativité aux dangers qui menacent l'humanité... Un mode de pensée et des outils différents peuvent accélérer l'émergence d'un monde nouveau pour échapper aux scénarii les plus pessimistes. Mais il faut agir maintenant. Le temps est compté et la tâche est sans précédent. »

On trouvera sur le site français du Club de Budapest la traduction de trois annexes à cette déclaration qui rappellent quelques données thématiques quantitatives et qualitatives sur l'état de la planète et quelques solutions pour y remédier.


L'Etat d'Urgence Mondial. 30/09/08 - Ervin Laszlo et David Woolfson

Préambule

La crise financière et économique globale, le changement climatique mondial, les guerres en cours, le terrorisme, les risques et enjeux nucléaires, l'apogée ou la fin des ressources naturelles non renouvelables, la crise naissante de l'eau, l'accroissement net annuel d'environ 80 millions de la population mondiale, l'accroissement de la pauvreté, du manque de logement, de la famine en quantité absolue, de l'écart croissant entre riches et pauvres, au sein d'une nation comme entre pays, et autres macro -tendances associées, constituent autant de preuves croissantes et indubitables que le monde actuel est fondamentalement non-viable et que l'humanité se dirige rapidement vers un effondrement des systèmes sociétaux et écologiques actuels.

Malgré ces crises d’envergure mondiale globale qui menacent la communauté humaine, le mode de pensée et les actions de la majorité des décideurs politiques, ou du monde des affaires, restent fixés sur le court-terme plutôt que sur le long-terme, sur les priorités nationales plutôt qu'internationales, sur les intérêts personnels plus que sur les intérêts communautaires, sur la confrontation et la militarisation plutôt que sur la coopération et le dialogue, sur les valeurs et le niveau de conscience du XIXème siècle plutôt que sur ceux du XX ème, sur le maintien du statu quo des affaires courantes, plus que sur le passage urgent à de nouveaux systèmes économiques, énergétiques et sociaux, localement, nationalement et internationalement.

Par conséquent, conscients de ces crises globales émergentes et du manque constant de gouvernance nécessaire aux niveaux nationaux et mondiaux dans l'ensemble de la politique et des affaires, nous lançons un appel à l’action urgente, une “Déclaration de l'Etat d'Urgence Mondial” au nom des habitants de notre planète et pour leur bénéfice.


La Situation Globale

La crise globale à laquelle l'humanité est confrontée affecte aujourd'hui toutes les personnes et toutes les sociétés. Si nous continuons au rythme actuel, au milieu de ce siècle notre Terre pourrait devenir en grande partie inhabitable pour l'humain et la plupart des autres formes de vie. Un tel effondrement global du système pourrait se produire bien plus tôt par un emballement du réchauffement climatique ou d'autres éco-catastrophes, ou par des guerres nucléaires déclenchées par des conflits religieux, ethniques ou géopolitiques, ou une utilisation exagérée des ressources naturelles décroissantes.

Les macro- tendances se confirment depuis plusieurs décennies et sont en train d’atteindre un palier irréversible. La modélisation scientifique de systèmes complexes démontre que lorsque les systèmes atteignent un état critique d'instabilité, soit ils se décomposent, soit ils atteignent un niveau de meilleur fonctionnement. À partir de ces “points de non-retour”, il n'est plus possible maintenir le statu quo et ce mode d'organisation et de fonctionnement.

Diverses estimations ont été données concernant une date de “point de non-retour”. Il a été par exemple prédit que la température moyenne de la Terre augmenterait d'environ 3 degrés Celsius en 2100, puis il a été dit que ce niveau serait atteint vers la moitié du siècle, et plus récemment que ce niveau pourrait être atteint dans une décennie. Le chiffre de réchauffement général a augmenté, passant de 3 degrés à 6 degrés ou plus. Un réchauffement global de 3 degrés créerait de sérieuses ruptures de l'activité humaine, tandis qu'un accroissement de 6 degrés engendrerait un effondrement global, rendant la plus grande partie de la planète impropre à la vie humaine.

Ces prévisions cependant ne prennent en compte qu'une seule tendance à la fois : le réchauffement global, la disponibilité de l'eau, la production de nourriture, la pauvreté, la pression démographique, la pollution de l'air, etc. Elles ne prennent pas en considération les impacts créés par l'interconnexion des macro- tendances, ni celui des effets de boucles en retour. Lorsqu'une tendance atteint un point critique, son effet sur les autres tendances peut être très conséquent. Par exemple, si le réchauffement global crée une sécheresse prolongée dans certaines zones et des inondations côtières dans d'autres, les masses de personnes démunies et sans- abris envahiront les régions moins atteintes, y créant des mouvements sociaux et économiques avec des manques d'eau et de nourriture critiques.

2012

L'accélération de ces évolutions et le croisement de leurs implications indiquent que pour sortir de la présente crise globale et atteindre un monde plus pacifique et soutenable, nous ne disposons vraisemblablement qu’à peine trois ou quatre ans après 2008. Ceci se rapproche de la prophétie Maya marquant 2012 comme la fin du monde actuel.

La période autour de la fin de 2012 sera probablement une période turbulente pour les raisons évoquées ci-dessus et pour d'autres. Les prévisions venant des sciences physiques anticipent des perturbations dans les champs géomagnétiques, électromagnétiques et autres entourant la planète, causant des dommages significatifs aux télécommunications et impactant de nombreux aspects de l'activité et de la santé humaine. Pour les traditions ésotériques, la fin de 2012 sera la fin du monde connu, d’autres interprétations plus optimistes parlent d'un nouveau monde prenant la place de l'ancien.

Bien que la majorité de la population du monde n'ait pas encore reconnu le risque d'un effondrement total à grande échelle, des millions d'individus et de groupes d’avant-garde ont depuis des années mentionné ces menaces et défis. Cet "éveil” est un signal positif de la vitalité de l'esprit humain et de sa capacité à répondre avec souplesse et créativité aux dangers qui menacent l'humanité. Ceci doit être soutenu et facilité par tous les moyens appropriés, car l'échelle et l'urgence de la transformation requise sont largement supérieures à l'étendue des efforts actuels. Cela sera “trop peu, trop tard” sauf si la communauté humaine toute entière se mobilise rapidement pour renverser ces tendances macro-économiques avant qu'elles ne deviennent irréversibles.

Ceci doit à présent devenir notre priorité planétaire. Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Nous risquons l'effondrement de notre civilisation et la disparition de nos espèces. Nous reconnaissons la réelle possibilité qu'un enfant né aujourd'hui puisse être témoin du chapitre final des 200 000 ans d'existence de l'homme moderne sur cette planète.


La voie à suivre

Nous devons faire face et gérer de façon créative les conséquences inattendues de la pensée étroite et court-termiste qui nous a menés à la situation globale actuelle et qui ne peut être maintenue. Aucune “recette rapide” ou “technologie miracle” ne nous sauvera des conséquences des valeurs erronées et des actions du passé. C’est en engageant l'esprit humain dans toute sa créativité et sa sagesse potentielle que l’on pourra donner naissance aux nouveaux modes de pensée et d'action nécessaires.

Le mode de pensée dominant actuel ne peut être maintenu plus longtemps. Nous devons dépasser l'inertie sociétale générée par les puissantes réminiscences autodestructrices des ères dépassées afin de préparer chaque région, nation et communauté aux ruptures systémiques et aux effondrements possibles. Nous devons reconsidérer radicalement notre vision du monde et restructurer nos systèmes tels que l’énergie, l’économie, la gouvernance, les transports, la nourriture, l’utilisation et la distribution des ressources. Nous devons agir pour élargir la fenêtre de tir dont nous disposons avant qu'il ne soit trop tard, afin d'éviter un effondrement d’échelle globale. Toute crise porte en elle une opportunité de changement et de transformation. Les idées et modèles nécessaires aux nouveaux systèmes existent déjà.

Aujourd'hui nous redécouvrons les éléments essentiels de la sagesse inhérente aux grandes traditions culturelles du monde, et faisons d'importantes découvertes scientifiques sur les relations entre la nature et nous. En même temps, nous développons des sources d'énergies alternatives, des technologies durables, des communications et des flux d'information globales, les biotechnologies, les nanotechnologies, l’intelligence artificielle et autres technologies capables d’ouvrir la voie vers un mode de durabilité globale pour les communautés humaines et l'environnement.

Un mode de pensée et des outils différents peuvent accélérer l'émergence d'un monde nouveau pour échapper aux scénarii les plus pessimistes. Mais il faut agir maintenant. Le temps est compté et la tâche est sans précédent.

Pour faire face à cette urgence, des solutions effectives et pragmatiques doivent dès que possible être portées à l'attention du plus grand nombre. La communication globale et la collaboration entre les peuples, nations, cultures, religions, secteurs de société, professions, associations, réseaux, organisations, et autres groupes, est essentielle pour assurer la survie de l'humanité sur cette planète.

Le nouveau rapport “Worldshift 2012” du Club de Budapest propose le passage (“world shift”) d'une voie de non- durabilité, de conflit et de confrontation, vers une voie de durabilité globale, de bien-être et de paix. Les propositions de ce Rapport, ainsi que les propositions des signataires de la Déclaration ont inspiré ce document.

Ainsi nous lançons ici un appel pressant à tous les habitants de notre planète afin qu’ils témoignent de leur conscience de l'état d'urgence mondial et de leur ferme intention de contribuer à mettre en place un changement significatif dans tous les secteurs de la société (éducation, gouvernance, économie, média, culture, technologie) et à tous niveaux (local, national et global) pour le bien commun de toutes les personnes, toutes les sociétés et toute vie sur Terre.


On peut se rendre ici pour soutenir la proposition de Déclaration d'Etat d'Urgence Mondial. Dédié au développement durable et à l’évolution de la conscience.Le réseau social WorldShift 2012 permet de suivre cette initiative et d'y participer.