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vendredi 13 mars 2015

Table des Matières (15) Le Fondamentalisme Marchand


Si les fanas sont prêts à tout pour leur Dieu, vous, vous êtes prêt à tout pour l'argent. Joumana Haddad


Chaque billet du Journal Intégral est la pièce d’un puzzle qui dessine, entre intuitions créatrices et réflexions critiques, la vision intégrale d’un homme réunifié dans un Kosmos réenchanté. Les résumés des articles présentés dans cette Table des Matières permettront aux lecteurs de reconstituer ce puzzle en allant se référer à telle ou telle pièce afin de mieux comprendre et intégrer les autres. 

Table des Matières 2010 1 - Demandez le programme !... 2 - Une philosophie du Tout. 3 - La Petite Princesse. 4 - Évolutions. 5 - Évolutions (fin). 6 - Post-Matérialisme. 7 - Penser la nouvelle civilisation 


Table des Matières (15) du 14/12/11 au 19/01/12 

Le Fondamentalisme Marchand 

A la suite des attentats djihadistes de Janvier, plusieurs auteurs ont fait remarquer le lien organique existant entre le fondamentalisme religieux et ce que Joseph Stiglitz nomme le fondamentalisme marchand à savoir l’extension démesurée de la sphère de la marchandise à tous les aspects de la vie sociale, affective, politique, culturelle et même spirituelle. Selon Patrick Viveret : « Les deux fondamentalismes s’entretiennent mutuellement, car le fondamentalisme marchand détruisant la substance de la société, les repères, les identités, devient le terreau du fondamentalisme identitaire. » Ne soyons pas dupes : fondamentalismes identitaires et marchands représentent en fait les deux pôles d’un même système et c’est une profonde illusion que de vouloir combattre l’un sans s’attaquer simultanément à l’autre. 

A la fin de l’année 2011, nous écrivions une série de billets intitulée La fin de l’ère économique dont les titres évoquent le contenu : La religion de l’économie, Une idéologie totalitaire. Nous y définissions le néo-libéralisme comme un intégrisme fondé sur « l’extension de la norme marchande et du modèle de l’Homo œconomicus à l’ensemble de la société et à toutes les sphères de l’activité. Cette volonté de voir la complexité et la diversité du réel à travers une grille unique d’interprétation est une expression typique de l’intégrisme. Là où les cultures traditionnelles peuvent connaître l’intégrisme religieux, les cultures modernes développent une nouvelle forme - économique - d’intégrisme qui considère comme hérétique toute approche sensible, humaine et qualitative, qui tenterait d’échapper à ce réductionnisme économique. » 

En Novembre 2014, l'Obs se pose la question : Les économistes sont-ils des imposteurs ? Poser la question, c'est déjà en partie y répondre. Ces derniers mois de nombreux ouvrages analysent les diverses formes d’emprise que l’économisme fait régner sur toutes les dimensions de notre vie. Parmi ceux-ci et dans des styles très divers : L’imposture économique de Steve Keen, un livre qui ébranle la pensée néo-libérale; L’erreur de calcul où Régis Debray analyse comment l'économie "gouverne notre intimité aussi bien que la vie publique et déjà intellectuelle". Dans Houellebcq économiste, le regretté Bernard Maris, mort dans la tuerie de Charlie-Hebdo, évoque le travail du romancier décrivant "le triste monde dans lequel nous vivons asservi par la religion de l'économie". Sans oublier "Quelques ennemis du meilleur des mondes" qui écrivent dans "Sortir de l'économie" : "il ne s'agit pas de remplacer une "mauvaise économie" par une "bonne", "alternative", "à visage humain". Il s'agit d'arrêter de croire à cette religion de l'économie"

L'Infâme

Légitimement effrayées par la conversion au djihadisme de jeunes français nourris au lait de la République, les belles âmes devraient une fois pour toutes examiner la poutre qui les aveugle en se souvenant du célèbre mot de Bossuet : « Le ciel se rit des prières qu'on lui fait pour détourner de soi des maux dont on persiste à vouloir les causes ». Il faut, en effet, avoir une bien courte vue pour déplorer l'expansion du fondamentalisme religieux sans remettre en question le fondamentalisme marchand qui le nourrit en lui permettant de se développer.

Voltaire : "Écrasez l'Infâme'
A l'heure de poster ce billet, je lis un article du sociologue Alain Accardo dans le journal La Décroissance de Mars, intitulé Néo-cléricalisme, où l'auteur fait parler Voltaire, promu pourfendeur du fanatisme et chantre de la tolérance depuis les attentats de Janvier. S'il revenait aujourd'hui, selon Accardo, Voltaire s'en prendrait non plus aux religions mais au système capitaliste qui a réglé la question religieuse en Occident " en organisant pour la première fois dans l'histoire le culte mondial d'une nouvelle divinité : l'Argent auquel toutes les populations se sont converties à l'exception de quelques poignées d'hérétiques. 

La voilà la nouvelle Église universelle, la nouvelle Infâme. Et c'est elle qui écrase le monde. Ses temples sont les Bourses et les Banques, sa Curie est à Wall Street, sa Kabaa à la City, ses medersas et ses grands séminaires sont des IEP et des écoles de commerce, ses cardinaux occupent les fauteuils ministériels, ses évêques enseignent à la Harvard B.S et à la London SE, ses théologiens ont le prix Nobel, ses prédicateurs sont journalistes et économistes, ses bedeaux et sacristains sont députés, ses révérends s'appellent Hollande, Cameron ou Merkel, entre autres...

Mais il semble que vous ne voulez pas voir la réalité. Sans doute parce que vous pressentez qu'il faudrait vous remettre vous-même en question. car c'est vous qui êtes à la fois les fidèles soumis et le clergé dévoué du Mamon capitaliste... Votre dénonciation du terrorisme djihadiste serait plus crédible si vous combattiez avec la même énergie le terrorisme des grands prédateurs capitalistes qui souillent et dépècent la planète, y compris notre pays. Le dévoiement de votre soi-disant esprit laïque a fait de vous des idolâtres pire encore que ceux d'autre fois. Franchement, je trouve votre monde aussi misérable intellectuellement que répugnant moralement... 

Si je devais remonter au créneau aujourd'hui, il est sûr que ma cible principale, ça ne serait pas les tonsurés ni les barbus qui ne savent plus de quel pape ou de quel mufti baiser la babouche. Ma cible serait bien plutôt ce néo-clergé, toute cette cléricaille laïque de petits-bourgeois obsédés d'eux-mêmes, ratiocineurs et inconsistants, dont tout l'idéal est de servir la messe œcuménique libéro-sociale-démocrate, pour en tirer quelques bénéfices. "

Un même continuum

A quand des "cellules de déradicalisation" chargées de déconditionner les prédateurs financiers comme les petits soldats du capital totalement shootés à la consommation, à l'image de celles qui existent pour les apprentis djihadistes qui se sont fait prendre dans les serres du fanatisme religieux. ? La trajectoire de ces derniers est plus spectaculaire mais, en vérité, est-elle la plus dangereuse ?

En utilisant tous les leviers de la servitude volontaire, en aliénant la substance même de la vie et de l’esprit, en réduisant l'être humain à un acteur économique à la fois producteur et consommateur, en détruisant l’ordre symbolique et le lien social, le fondamentalisme marchand est à l’origine d’un vide spirituel et existentiel que le fondamentalisme religieux vient remplir de ses normes régressives et de sa passion identitaire.

Ce dernier aura beau jeu de dénoncer avec raison la corruption morale et spirituelle de l’Occident quand le fondamentalisme marchand pointera avec tout autant de raison l’emprise exercée par le dogme sur l'individu fanatisé. Qu'on le veuille ou non, fondamentalismes marchands et identitaires participent d'un même continuum, celui d'un système mondialisé dont ils constituent les deux polarités à la fois contraires et complémentaires. Ces deux intégrismes se renforcent l'un l'autre en s'opposant et en enfermant ainsi les sociétés comme les individus dans le cercle vicieux d'une double impasse qui peut rendre fou.

Une Insurrection des Consciences


On ne pourra se libérer de ce cercle vicieux que par une véritable Insurrection spirituelle évoquée dans un récent billet. Ce n'est d'ailleurs par un hasard si cette année le Printemps des Poètes - du 7 au 22 Mars - a pour thème L'Insurrection Poétique ainsi présenté par Jean-Pierre Siméon : " Fait de langue, la poésie est peut-être d'abord, "une manière d'être, d'habiter, de s'habiter" comme le disait Georges Perros. Parole levée, vent debout, chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir,  le vœu d'une vie intense et insoumise. Elle est insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est "le sentiment du oui". Elle invite à prendre feu".

En 2002, Pierre Rabhi lançait déjà un Appel à l'insurrection de la conscience en présentant de manière symbolique sa candidature à la présidence de la République. Ces jours-ci le mouvement Colibris dont il est l'inspirateur lance une nouvelle campagne sur le thème de la (R)évolution intérieure qui fait suite à plusieurs autres concernant les principaux leviers d'une transition de la société. La vraie (R)évolution est celle qui nous amène à nous transformer nous-mêmes pour transformer le monde. Au cœur de cette (R)évolution intérieure la question posée par Pierre Rabhi : " L'être humain, la société humaine, doivent changer de cap, et confier leur destin aux forces du cœur plutôt qu'au pouvoir trompeur de la peur et de la division.... Sommes-nous capables de transcender nos réactions primaires pour nous élever au rang d'humains libérés des oripeaux d'une histoire révolue et pourtant, sans cesses, redondante ?  ". (Préambule)

Celui qui sait lire entre les signes voient dans ces divers évènements autant d'expressions d'un nouvel esprit du temps : on ne pourra changer la société sans se changer soi-même, ni se changer soi-même sans décoloniser notre imaginaire collectif en opérant une transition culturelle qui passe par un changement de paradigme. Tout est lié : le processus personnel d'individuation, le champ culturel de l'intelligence collective et l'organisation socio-économique qui en est la manifestation extérieure. L'insurrection des consciences est une expression de la dynamique évolutive qui nous permet de sortir de la double impasse où nous enferment les fondamentalismes marchands et religieux. C'est dans ce contexte évolutif que se joue la nouvelle expérience spirituelle vécue par l'homme contemporain et adaptée aux sociétés de l'information dont il fait partie. 

Cette dynamique évolutive nous conduit à un saut qualitatif qui intègre de manière créative le meilleur de la tradition et de la modernité. Le meilleur de la tradition c'est sa capacité à répondre au besoin de sens et d'appartenance, d'ordre et de convivialité. Le meilleur de la modernité c'est sa capacité à répondre au besoin de rationalité et d'efficacité technologique, de pluralisme et d'autonomie personnelle. La crise systémique que nous vivons est, en fait, une crise évolutive marquée par l'émergence de ce nouveau paradigme global qui, sur le plan socio-politique, inspire des projets de sociétés post-capitalistes à la fois sobres et conviviales fondées sur une "sortie de l'économie". Les lecteurs intéressés par cette évolution socio-politique n’ont qu’à se référer aux nombreux billets proposés sous le libellé Société Post-Capitaliste


La crise systémique que nous vivons est celle d'une civilisation arrivée à la fin d’un cycle qui annonce un nouveau stade évolutif. L’émergence de ce nouveau modèle nécessite de déconstruire l’ancien, ce que nous nous efforçons de faire dans cette série de textes intitulée La Fin de l’ère économique. Dans ce premier texte, nous analysons l’histoire d’une modernité marquée par la phase ascendante de « l’ère démocratique » et par la phase décadente de « l’ère économique » ainsi nommée parce que l’économie a pris une place centrale dans les représentations collectives jusqu’à devenir le modèle d’interprétation dominant au sein des sociétés occidentales. 

Dans les époques pré-modernes, les dimensions qualitatives de la religion, de la tradition et de la culture fixaient des bornes au pouvoir économique. Au vingtième siècle, mue par les pulsions égoïstes et les fantasmes infantiles d’un individu désocialisé et désaffilié, l’économie s’affranchit de toutes limites dans une hubris destructrice. Fondée sur le calcul égoïste, l’ère économique étend l’empire de la quantification abstraite, propre à la science moderne, aux rapports sociaux et progressivement à toutes les sphères de la société régies jusque-là par une régulation éthique, un consensus culturel et une référence partagée à un ordre symbolique. 

Déjà à son époque, Sri Aurobindo considère la crise de la civilisation moderne comme une crise évolutive : le signe qu’il est nécessaire pour l’espèce humaine de dépasser l’individualisme de l’ère économique pour accéder à un processus d'individuation créatrice correspondant à un nouveau stade de l'évolution humaine. 


Dans ce second billet, nous avons cherché à comprendre comment la pensée utilitariste et l’imaginaire narcissique, au cœur de l’ère économique, sont à l’origine d’une nouvelle forme de religion adaptée aux temps sans religion car, comme l’écrivait Voltaire : « Lorsqu’il s’agit d’argent tout le monde est de la même religion ». Avec ses clercs et ses dogmes, ses rituels, ses saints et ses livres sacrés, l’économie est donc ce dogme chargé de donner du sens à un monde devenu insensé et une cohérence à une société d’individus atomisés. 

 Le Dieu de cette religion c’est le Marché, dont la main invisible fixe la valeur des choses et des personnes selon les lois transcendantes de l’offre et de la demande ; le fils de ce Dieu est l’Individu, entité abstraite qui cache mal l’égoïsme calculateur et le narcissisme infantile de « l’homo œconomicus » ; quant au St Esprit, c’est l’Argent, cet équivalent universel réduisant à une valeur marchande les valeurs qualitatives qui fondent les rapports humains. Dans Le Divin Marché, le philosophe Dany-Robert Dufour énonce les " dix commandements " de cette religion économique, vecteur d’une révolution culturelle néolibérale qui bouleverse nos représentations, fonde de nouveau rapports sociaux et formate la psyché individuelle. 


Dans ce troisième billet, nous analysons comment cette religion de l’économie s’est transformée durant les dernières décennies, en idéologie totalitaire sous l’influence d’un néo-libéralisme imposant un modèle hégémonique à la fois délirant et déshumanisant De tous temps, les classes dominantes exercent leur pouvoir par une violence symbolique qui impose leur vision en transmettant aux dominés une représentation du monde qui justifie leur aliénation et les empêche de s’émanciper. 

Loin de décrire des lois naturelles, transhistoriques, la pseudo « science économique » est, en fait, une construction sociale et culturelle, historiquement datée, à travers laquelle la bourgeoise a pu imposer sa vision mercantile des rapports sociaux en déniant tout ce qui, dans les relations humaines, est irréductible à l’échange marchand. Pour Serge Latouche, le dogme économique « se révèle alors la plus prodigieuse construction symbolique inventée par le génie humain pour justifier la souffrance qu’une partie de l’humanité inflige à l’autre ». 

Dans L’individu qui vient... après le libéralisme, Dany-Robert Dufour analyse le néo-libéralisme comme une nouvelle forme de totalitarisme : « Après avoir surmonté en un siècle différents séismes dévastateurs - le nazisme et le stalinisme au premier rang -, la civilisation occidentale est aujourd'hui emportée par le néolibéralisme. Entraînant avec elle le reste du monde. Il en résulte une crise générale d'une nature inédite : politique, économique, écologique, morale. subjective, esthétique, intellectuelle... Une nouvelle impasse ? Il n'y a là nulle fatalité. En philosophe, mais dans un langage accessible à tous, Dany-Robert Dufour s'interroge sur les moyens de résister au dernier totalitarisme en date. »



Souhaiter Bonne Crise plutôt que Bonne Année c’est une manière un peu provocante de profiter de cette période de Nouvel An pour réfléchir en envisageant autrement le contexte de crise qui est le nôtre actuellement. Ne plus considérer cette situation simplement de manière évènementielle et superficielle comme le font les médias mais dans toute sa profondeur existentielle et spirituelle. Cette profondeur nous fait percevoir les opportunités de changement et de développement que toute crise recèle et, ce faisant, nous libère de la peur qu'elle suscite pour l'aborder comme une extraordinaire source de créativité. 

Un texte de Christiane Singer sur le bon usage des crises peut nous guider dans cette méditation sur ces temps incertains où les anciens repères s’effondrent pour laisser advenir un nouveau monde : « Les crises, dans la société où nous vivons, sont vraiment ce qu’on a encore trouvé de mieux, à défaut de maître, quand on n’en a pas à porté de main, pour entrer dans l’autre dimension. Dans notre société, toute l’ambition, toute la concentration est de nous détourner, de détourner notre attention de tout ce qui est important. Un système de fils barbelés, d’interdits pour ne pas avoir accès à notre profondeur. 

C’est une immense conspiration, la plus gigantesque conspiration d’une civilisation contre l’âme, contre l’esprit. Dans une société où tout est barré, où les chemins ne sont pas indiqués pour entrer dans la profondeur, il n’y a que la crise pour pouvoir briser ces murs autour de nous. La crise, qui sert en quelque sorte de bélier pour enfoncer les portes de ces forteresses où nous nous tenons murés, avec tout l’arsenal de notre personnalité, tout ce que nous croyons être. » 


Christiane Singer évoquait le bon usage des crises qui, à défaut de maître, sont encore ce qu’on a encore trouvé de mieux, pour entrer dans l’autre dimension. Nous continuons cette réflexion avec Denis Marquet dans un texte où celui-ci présente la crise comme l’initiation sauvage du civilisé : 

« La réintroduction d’une compréhension initiatique, dans nos vies et dans la conscience collective, est donc la grande tâche de notre temps. Cela passe par une nouvelle écoute de certains mots-clés : entendre la crise en son sens étymologique de moment où se décide le chemin ; et l’épreuve comme le temps où l’on s’éprouve soi-même de manière neuve. 

Ne soyons pas nostalgiques : dans les sociétés traditionnelles, l’initiation n’avait pour objectif que de permettre à l’individu de tenir son rôle social dans un contexte de grande coercition. Si la crise est une initiation sauvage, c’est qu’elle répond à une autre ambition humaine : accoucher d’un être unique, irremplaçable, qu’aucun discours social ne peut déterminer - soi-même. » 



Les initiations traditionnelles permettaient à ceux qui les vivaient de participer à une intersubjectivité communautaire structurée par un ordre symbolique. Durant la modernité, les crises jouent le rôle d’une initiation sauvage dans la mesure où elles remettent en question l’individu pour faire émerger une singularité créatrice. Dans la période cosmoderne où nous entrons, la vie elle-même est conçue comme un processus de développement continu qui se manifeste à travers une série de stades évolutifs de plus en plus complexes et intégrés. Ainsi la dynamique évolutive qui anime la vie humaine fait de celle-ci une longue initiation rythmée par une série de morts et de renaissances. 

Les penseurs du développement nous ont montré que pour passer d’un stade évolutif au suivant, supérieur en complexité, nous devons nous désidentifier progressivement d’un niveau de conscience et d’une vision du monde propre au stade que nous allons quitter. Les différents stades du développement psycho-spirituel permettent ainsi à l’individu de se libérer progressivement de l’égoïsme infantile, des perceptions limitées et des conceptions réductrices pour s’accorder à la puissance créatrice de l’esprit qui nous guide et nous anime. 

La métamorphose de la chenille en papillon a souvent illustré dans les traditions, les mythes ou la littérature, le courant intégratif de la vie/esprit. La chenille meurt pour que puisse advenir le papillon mais ce qui ressemble à une destruction est, en fait, une renaissance dans un niveau de complexité supérieure. Dénommé Aufhebung par Hegel, ce processus d’intégration est à la fois conservation et dépassement. 


Les trois précédents billets ont été l’occasion de mieux comprendre comment les situations de crise peuvent devenir autant d’occasions de grandir en nous libérant des limitations du passé. Dans les temps cosmodernes que nous abordons, la crise apparaît comme une expression de l'évolution créatrice au cœur de la vie/esprit. Gramsci, le révolutionnaire italien, avait l’habitude de dire : « La crise, c'est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître ». 

Parler de crise c’est donc, en référence à la maïeutique socratique, parler d’un « accouchement », une des traductions possibles du mot « apocalypse » comme nous l’apprend Jean-Yves Leloup dans sa traduction et ses commentaires de l’Apocalypse de Saint Jean qui vient de paraître : « J’appelle "apocalypse" l’accouchement du « nouveau » (une tout autre conscience, un tout autre amour) dans le corps douloureux de l’ancien... la venue au jour, toujours bouleversante, de l’Autre que nous sommes. » 

Jean-Yves Leloup évoque ainsi l’Apocalypse : « Son rôle n’est pas de nourrir nos phobies, ni même d’éveiller une peur ou une angoisse qui face à la situation pourrait s’éprouver comme salutaire ; c’est davantage la révélation d’une issue, l’exercice d’une lucidité non désespérée. Certains diront que tous ces avertissements sont des préparations efficaces à un « accouchement » (traduction également possible du mot « apocalypse ») : anticiper la douleur permet de mieux l’affronter ; apprendre la détente, le lâcher-prise au cœur de l’expérience déchirante permet de la traverser, si ce n’est "sans douleur", moins douloureusement ». 

Ressources

La religion du marché  Une passionnante critique, à tonalité bouddhiste, de la religion du marché par David R. Loy, enseignant zen et professeur à l'Université Xavier de Cincinnati. Site Zen Occidental 

L'erreur de calcul Article de Régis Debray dans Le Monde Diplomatique

Le capitalisme ne durera pas éternellement Entretien de l'Obs avec Bernard Maris au sujet de son dernier ouvrage : Houellebecq économiste. 

L'imposture économique, le livre qui ébranle la pensée libéraleArticle de Dan Israël  

Sortir de l'économie ?  Steeve. Site Critique de la dissociation-valeur 

Chronique d'Alain Accardo dans Terrains de Lutte

L'Insurrection Poétique  Le Printemps des Poètes

Une (R )évolution Intérieure   Les Colibris

Une Insurrection Spirituelle   Le Journal Intégral 

mardi 20 mai 2014

Table des Matières (14) Les Chemins de l'Ame


A chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir. René Char 


Chaque billet du Journal Intégral est la pièce d’un puzzle qui dessine, entre intuitions créatrices et réflexions critiques, la vision intégrale d’un homme réunifié dans un Kosmos réenchanté. Les résumés des articles présentés dans cette Table des Matières permettront aux lecteurs de reconstituer ce puzzle en allant se référer à telle ou telle pièce afin de mieux comprendre et intégrer les autres. 

Table des Matières 2010  1 - Demandez le programme !... 2 - Une philosophie du Tout. 3 - La Petite Princesse. 4 - Evolutions. 5 - Evolutions (fin). 6 - Post-Matérialisme. 7 - Penser la nouvelle civilisation 



Table des Matières (14) du 14/10/11 au 03/12/11
Les Chemins de l’Âme


Leur crime : un enragé vouloir de nous apprendre à mépriser les dieux que nous avons en nous. 

Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience. 

Mais qui rétablira autour de nous cette immensité, cette densité réellement faites pour nous, et qui, de toutes parts, non divinement, nous baignaient ? 

Le réel quelques fois désaltère l'espérance. C'est pourquoi contre toute attente, l'espérance survit. 


La vision intégrale n’est pas une connaissance morte, réductible à des modèles abstraits, mais une expérience vécue qui prend sa source dans une intime connexion entre l’esprit supérieur et l’énergie interne. Vivre cette connexion c’est affiner sa sensibilité et son désir en canalisant son énergie pour la transmuer à travers des niveaux d’intensité et de subtilité de plus en plus fins. 

A travers sa formation au tantra intégral, Jacques Ferber ouvre à la fois les portes de la perception et de la conception sur ce nouveau stade évolutif qui est celui d’une vision intégrale. Cette formation est une occasion, encore très rare en France, de faire le lien entre une démarche intérieure – à la fois corporelle, énergétique, méditative, créatrice et psycho-spirituelle – et des références théoriques puisées aux meilleures sources de la théorie intégrale 


Tu es pressé d'écrire, 
Comme si tu étais en retard sur la vie. 
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources. 
Hâte-toi. 
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance. 


Poète, essayiste, éditeur, producteur à France culture, Michel Camus (1929-2003) était aussi, et surtout, un homme de l’être faisant partie « des chercheurs de vérité aux yeux de qui la poésie initiatique orientée vers la connaissance unitive tend à relier l'essence de l'homme à l'essence de l'univers ». 

En retrouvant ses origines initiatiques, la poésie apparaît essentiellement comme une forme singulière de gnose qui révèle le lien secret et analogique unissant l’homme et le monde. La singularité de cette connaissance unitive est à l'origine de ce que Michel Camus nomme la Transpoésie : « On pourrait appeler transpoétique la voie transfiguratrice du poète sourcier orientée vers l'autoconnaissance et l'unité de la connaissance. Visée qui traverse et dépasse la poésie. » 

 Dans ce texte, Michel Camus développe sa vision transculturelle de la poésie : « Le paradigme de la poésie transculturelle, c'est avant tout la nécessité de l'éveil de l'homme à ce qui le fonde, à ce qui le traverse et à ce qui le dépasse... Etre transculturel, c'est, pour l'essentiel, ne pas se laisser aliéner par des formes et des croyances, par des systèmes de pensée et des enseignements formels. » 



Au formalisme qui règne en maître dans les lettres françaises, Michel Camus oppose la tradition d’une poésie initiatique - celle des origines - fondée sur une expérience métaphysique qui dépasse les perceptions et les états de conscience ordinaires. L’expérience spirituelle du poète sourcier est à l’origine d’une intuition créatrice qui révèle l'union symbolique entre le sens et le signe qui l'exprime.

Michel Camus en appelle à un retour aux sources sacrées de la poésie comme mode de connaissance « initiatique » fondée sur l’intuition visionnaire. A travers celle-ci se révèle la relation organique et cosmique entre le sujet et le monde objectif dans lequel il se pro-jette pour évoluer. Cette connaissance initiatique participe d’une démarche transdisciplinaire dont Michel Camus fût un des principaux artisans. Démarche qui le conduit à déclarer, contre le matérialisme ambiant : « la poésie de l’avenir sera métaphysique ou ne sera pas ». 


Global et dynamique, l’esprit intégratif considère la psyché comme un élément d’une totalité humaine et celle-ci comme partie intégrante d’un Kosmos pluridimensionnel en évolution. Au cœur du paradigme intégratif, le processus de développement à travers lequel la subjectivité intègre progressivement les éléments du milieu – social, culturel et naturel – où elle évolue en actualisant ainsi sa puissance créatrice. L’être humain est un être de relation et la psyché est au cœur de ces relations. Le développement psychique naît d’un accroissement de la complexité de ses relations et de l’élaboration de cette complexité dans des niveaux qualitatifs liés à des stades évolutifs de plus en plus intégrés. 

Alain Gourhant décrit ainsi sa pratique : « La psychothérapie intégrative s'appuie sur une vision de l'être humain, globale, holistique et multidimensionnelle. Elle tente de structurer et de rendre cohérent l'utilisation des différentes techniques selon cette vision... Dans sa pratique, la psychothérapie intégrative met en place des stratégies thérapeutiques empruntées aux différents courants et techniques de la psychothérapie ainsi que des pratiques liées au courant du développement personnel et du transpersonnel. Ces stratégies sont personnalisées et adaptées à chacun. Les effets de ces techniques utilisées conjointement sont démultipliés, ce qui place la psychothérapie intégrative parmi les thérapies brèves... » 


Nous présentons dans ce billet certains éléments du contexte culturel et épistémologique permettant une nouvelle approche de la psyché qui se traduit notamment par l’émergence de la psychothérapie intégrative. Alors que le rôle de l’intellect est de distinguer et de séparer, la psyché est un agent de liaison entre l’être humain et les divers milieux où il évolue. Au cœur de cette dimension relationnelle propre à la psyché : son caractère dynamique et associatif, adaptatif et évolutif. 

Parce qu’il s’avérait incapable de connaître toute la profondeur, la dynamique et la complexité de la psyché, l’ancien paradigme en imposait une vision à la fois réductrice et caricaturale, castrée de son enracinement archaïque et ancestral, de son implication collective, à la fois sociale et culturelle, comme de sa connexion intuitive aux états supérieurs de conscience. 

Le mouvement créateur de la vie invente toujours des formes nouvelles adaptées à la dynamique de son évolution alors que les anciennes formes se désintègrent progressivement parce qu’ayant fait leur temps, elles ne sont plus du tout adaptées à celui qui vient. Selon Alain Gourhant : « La psychothérapie intégrative appartient au mouvement de la vie qui aime se déployer en une créativité absolue et insolente... Les quatre cent techniques de psychothérapies différentes, annoncées par les médias, font partie de ce mouvement de créativité ininterrompue, de cette psychothérapie intégrative qui combine à l'infini les différentes techniques provenant des courants les plus importants de la psychothérapie. » 



Les pionniers d’une « culture intégrale » ont souvent un point commun : ils associent rigueur intellectuelle et sensibilité inspirée, deux dimensions qui peuvent apparaître contradictoires mais qui sont en fait complémentaires quand elles participent d’une même intelligence intuitive. 

Pour Alain Gourhant, la création apparaît comme une manifestation essentielle de l’esprit intégratif : « Deux éléments ou parties habituellement séparés, se rapprochent, se mêlent, rentrent en fusion pour créer une nouvelle réalité qui transcende et inclut les éléments précédents. En ce sens toute intégration réussie est une création, cela dans n'importe quel domaine : la science, l'art, mais aussi bien sûr la psychothérapie intégrative. L'essence de l'intégration, c'est la création.» 

 C’est ainsi qu’à travers une synthèse créatrice, le mouvement évolutif de la vie/esprit fait émerger de nouvelles formes d’organisation toujours plus complexes et intégrés. L’émotion esthétique est un moyen de participer, de l’intérieur, à ce mouvement créateur de la vie/esprit. L’art est donc le terrain privilégié où l’esprit intégratif prend la forme de l’inspiration créatrice. 


Un homme est riche de tout ce dont il peut se passer. H-D. Thoreau 

Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer. Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. Jean-François Brient 

Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. Jean Monnet 

Nous sommes enfermés dans une cage de fer : encouragés à dépenser de l'argent que nous n'avons pas, pour acheter des choses dont nous n'avons pas besoin, pour créer des impressions qui ne dureront pas, sur des gens qui ne nous importent pas. Tim Jackson 


Ce billet est la suite de la série intitulée La Petite Princesse (1à 7) dans laquelle une rencontre entre le narrateur et Delphine est prétexte au portrait d’une génération perdue qui se retrouve dans une quête d’infini. 

Mets-toi à l'écoute de tous ces messages secrets qui te sont adressés par l’Esprit sous les multiples formes de l’enthousiasme et de l’émerveillement. Redeviens cette muse inspirée qui vibre au vent de l'immensité poétique en éloignant de toi les pièges illusoires de la gravité. Combats avec détermination, avec sérénité, tout ce qui n'affirme pas cette dignité qui est l’écho, en toi, de cette immensité. 

Remets le monde formel à la place infime qui est la sienne dans la chaîne multidimensionnelle des univers visibles et invisibles. N'abandonne jamais le sens de cet infini qui t'anime. Le quotidien, cette maille serrée d'habitudes coincées dans la trame du temps, n'est qu'un certain regard du passé posé sur la vie. Et ce que ces fous appellent folie n'est rien d'autre que la trace exaltée de ton génie. 

Tout ce qui n'est pas accordé à la spontanéité créatrice de l'instant devient vite répétitif, lassant, limité, insatisfaisant pour ces graines d'infini qui germent dans nos regards. Les hommes sont malades de ne pas se ressourcer à cette intensité créatrice qui les guident, les animent et les transcendent. C'est toi et toi seule qui doit retrouver la trace secrète de ton être dans l'inextricable jungle de ce que tu n'es pas, en suivant la voix d’une inspiration qui indique la voie.

vendredi 1 novembre 2013

Table des Matières (13) Un Paradigme Post-Capitaliste


L'économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l'économie. Guy Debord


Chaque billet du Journal Intégral est la pièce d’un puzzle qui dessine, entre intuitions créatrices et réflexions critiques, la vision intégrale d’un homme réunifié dans un Kosmos réenchanté. Les résumés des articles présentés dans cette Table des Matières permettront aux lecteurs de reconstituer ce puzzle en allant se référer à telle ou telle pièce afin de mieux comprendre et intégrer les autres. 


1 - Demandez le programme !... 2 - Une philosophie du Tout. 3 - La Petite Princesse. 4 - Evolutions. 5 - Evolutions (fin). 6 - Post-Matérialisme. 7 - Penser la nouvelle civilisation 

Table des Matières 2011



Un paradigme post-capitaliste 
Table des Matières (12) du /07/11 au 02/09/11 


Sortir de l’économie 

Quelques mots d’introduction pour présenter le contexte qui préside à la réflexion sur un paradigme post-capitaliste. Dans La société du Spectacle, Guy Debord écrit : « L'économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l'économie. » Effectivement, le monde dans lequel nous vivons est un monde économique c'est-à-dire un monde où l’économie est devenue le modèle d’interprétation dominant dont l’hégémonie disqualifie et diabolise toute autre approche

Fondé sur une rationalité instrumentale et utilitaire, ce monde économique est animé par un processus inhumain qui saccage l’environnement, crée sans cesse de faux-besoins tout en brisant les liens sociaux et culturels afin de les remplacer par les lois du marché qui sont, en fait, celles d’une compétition généralisée où prévaut le combat de chacun contre tous. Face à cette régression profondément mortifère, des réflexions individuelles et des projets collectifs de plus en plus nombreux s’inscrivent dans la perspective d’une sortie de l’économie. 

Dans La Grande Transformation, l'économiste Karl Polanyi évoque le processus de "désencastrement" de l'économie hors de la société qui prend ainsi son autonomie en faisant du marché la forme d'organisation dominante des relations sociales. Sortir de l’économie c’est se libérer d’un monde centré sur l’économie en ré-encastrant celle-ci dans la société comme on ré-encastre la société dans l'ordre symbolique qui régit les relations sociales et culturelles. 

Global, ce projet de civilisation est à la fois social et culturel, politique et spirituel, individuel et collectif. Il consiste à remettre simultanément l’esprit au cœur de la conscience, l’homme au cœur de la société et la société au cœur de l’économie. Parce que toutes ces dimensions – spirituelle, culturelle, politique, économique – sont liées les unes aux autres, elles doivent co-évoluer toutes ensemble dans une perspective intégrale. ( Lire à ce sujet : Se libérer de l'horreur économique)

Une approche intégrale de l’économie 

C’est ce projet qui anime notre réflexion sur une approche intégrale de l’économie comme condition nécessaire et transitoire pour penser la sortie de l’économie. Une approche intégrale de l’économie envisage non seulement l’économie sous tous ses aspects – individuel et collectif, culturel et social, synchronique et diachronique – mais elle décrit aussi les interactions entre ces diverses formes d’économie que sont les économies psychique et symbolique, politique et spirituelle. 

L’ « économie des profondeurs » dont nous évoquons ici quelques travaux est une étape indispensable à ce renversement de perspective permettant de passer d’une société du tout-économique à une vision intégrale de l’être humain qui envisage les divers formes d'économie psychique, symbolique, politique et spirituelle de manière simultanée et systémique.

Inspirée par le nouvel esprit du temps, l’émergence des monnaies libres est un phénomène qui participe du nouveau paradigme post-capitaliste, en train de se construire à travers des milliers d’expérimentations concrètes et novatrices mais aussi dans la tête de chercheurs inspirés et dans un profond silence médiatique. 



Lundi 19 et Mardi 20 septembre 2011 ont eu lieu à Paris la treizième session de l'Université Intégrale sur le thème : « Nouvelles valeurs, nouvelles richesses, nouvelles mesures, nouvelles monnaies ». Alors que nos économies et sociétés sont en pleine transformation et connaissent des ruptures majeures, que les voies de réinvention nous obligent à puiser dans nos inspirations les plus globales (sociales, économiques, écologiques, culturelles, artistiques, spirituelles…), nos indicateurs de richesse principalement dominés par le Produit Intérieur Brut ne semblent pas évoluer et restent figés sur des schémas passés. 

En 2008, soit 6 ans après la parution du Rapport Viveret « Reconsidérer la richesse», le Président de la République Française sollicite des experts français et internationaux qui donneront naissance au « Rapport Stiglitz » sur la mesure des performances économiques et du progrès social. 

Cette démarche n’est pas uniquement française puisqu’au niveau international d’autres indicateurs sont développés comme l’indice du développement humain (Rapport mondial sur le développement humain, 1990), l’indice du bien-être économique développé par Osberg et Sharpe ou plus récemment le Bonheur Intérieur Brut déployé au Bhoutan. Les expériences en matière de nouveaux indicateurs de mesures, de création de monnaies, que cela soit dans des communautés présentielles ou numériques, des territoires ou des réseaux foisonnent. 


Parmi les ouvrages parus récemment, certains analysent l’évolution de la monnaie et de son rôle à travers l’histoire, d’autres proposent des visions novatrices permettant à la société civile de se réapproprier la création monétaire au service du bien commun alors qu’elle est aujourd’hui, trop souvent, au cœur des stratégies spéculatives d’une oligarchie financière. 

A ce travail théorique correspondent des initiatives novatrices : des monnaies alternatives voient le jour comme autant de laboratoires sociaux permettant de vivre et d’expérimenter de nouvelles formes d’économie fondées non plus sur la compétition mais sur la solidarité. A toutes ces réflexions et initiatives, il manque souvent une vision globale permettant d’envisager la monnaie sous tous ses aspects, ceux qui relèvent de la subjectivité individuelle et des comportements personnels comme ceux qui sont liés aux représentations collectives ou aux fonctions économiques et sociales. 

La création de nouveaux modèles économiques et politiques inspirés par une vision intégrale ne peut faire l’impasse sur la monnaie, son rôle à la fois social, symbolique et fiduciaire C’est ainsi que Bernard Lietaer utilise le modèle des Quatre Quadrants de Ken Wilber pour envisager le phénomène monétaire sous ses divers aspects, intérieur et extérieur, individuel et collectif. 


Nous avons oublié que la monnaie ne devient un instrument financier que parce qu’elle est avant toute une ressource symbolique qui fonde et irrigue le corps social comme le sang irrigue le corps physique. Dans un ouvrage intitulé Au cœur de la monnaie, Bernard Lietaer développe une analyse de la dimension archétypale de la monnaie qui, selon lui, joue un rôle fondamental dans les fluctuations monétaires. Pour ce faire, il nous convie à un passionnant voyage de vingt huit mille ans - de la préhistoire à Wall Street – qui met en lumière la dimension émotionnelle de la monnaie, liée aux tréfonds de notre psyché individuelle et collective. 

L’approche de la monnaie en termes de circulation énergétique et symbolique renvoie à la dynamique d’un imaginaire collectif à travers lequel s’exprime le caractère organique et créateur de toute société humaine. Parce qu’elle permet de participer de manière sensible à l’imaginaire collectif qui fonde la société, la monnaie est au cœur d’une vision du monde partagée qui s’exprime à travers un projet de civilisation. 

Chaque individu doit pouvoir reconnaître la monnaie comme expression manifeste d’un lien social qui émane d’une intersubjectivité communautaire. La monnaie peut être est un vecteur de ce lien social fondé sur un ordre symbolique sans lequel il n’existe pas de communauté. Reconnaître le rôle symbolique de la monnaie, celui des archétypes, des affects et de l’imaginaire collectif qu’elle véhicule, c’est retrouver le sens d’une communauté de destin fondée à la fois sur un ordre symbolique et un bien commun

 
A la crise profonde de l’hypercapitalisme dont nous sommes les spectateurs bien souvent sidérés, correspond l'émergence de nouvelles formes économiques et sociales. Il existerait actuellement à travers le monde plus de 5.000 monnaies, qualifiées de complémentaires, qui sont autant d’occasions de refonder la dimension économique sur la base d’une éthique communautaire. 

Ces initiatives cherchent à retrouver le rôle fondateur de la monnaie : celui d’un échange et d’une relation sociale qui réfère à l’ordre symbolique sur lequel est fondée toute intersubjectivité. Comme leur nom l’indique, les monnaies complémentaires sont des compléments au système financier géré par les banques et les états comme les médecines complémentaires viennent en complément de la médecine officielle. 

Certains pionniers, comme Jean-François Noubel veulent aller plus loin. En utilisant les technologies de l’information pour créer des « monnaies libres », ce spécialiste en intelligence collective cherche à démocratiser une création monétaire réservée jusque là au pouvoir étatique. C'est en ce sens qu'il participe à l’invention du prochain système monétaire global : une plateforme distribuée permettant à des millions de monnaies libres de circuler à travers les réseaux - Internet et téléphones mobiles. 


Jean-François Noubel
Nous nous sommes fait l’écho des initiatives concernant les « monnaies libres » distribuées à travers les réseaux sociaux par Internet et la téléphonie mobile. De la même façon que le micro-ordinateur a donné leur autonomie informatique à toutes les unités humaines (maisons, entreprises, écoles, institutions...) et que les technologies vertes promettent de leur donner une autonomie énergétique (solaire, éolien, géothermie, etc.), voilà qu’arrivent les monnaies libres (« open money »), censées donner à chacun son autonomie monétaire... chacun pourra bientôt devenir émetteur/récepteur de monnaies - ce qui va métamorphoser l’économie et la société, mais aussi nos vies et nos esprits. 

Les monnaies libres fonctionnent à partir d’un paradigme post-capitaliste. La monnaie n’est pas émise par une source extérieure : elle est l’expression des échanges entre les participants d’un même écosystème. Ce type de fonctionnement renvoie une culture du flux et de l’interconnexion ainsi qu’à une éthique communautaire et une intelligence collective qui émergent des réseaux sociaux. 

Comme le dit Jean-François Noubel : « Finement comprendre la monnaie est une expérience incroyable, quelque chose de l’ordre du film Matrix. On se libère des conditionnements du système, pour le contempler du dehors, dans ses structures fines. La plupart des échanges sont aujourd’hui monétarisés. La monnaie imbibe tout, nos psychés, nos comportements, bien au-delà de ce que nous imaginons. L’ensemble du monde actuel est modelé par la monnaie. Réaliser cela est très secouant. C’est du même ordre que découvrir la rotondité de la terre... » 


Jean François Noubel : « La monnaie du futur émane des agents eux-mêmes. C’est un processus monétaire révolutionnaire, comparable à ce qui s’est passé pour les médias. Revenez vingt ans en arrière, nous avions quelques dizaines de mass-médias, journaux, télés, radios, pour des dizaines de millions de citoyens. Ces médias étaient tous propriété d’États ou de grands groupes. En face, l’individu était isolé, démuni. 

Aujourd’hui, grâce à Internet, nous sommes des millions à avoir des blogs et des sites, qui diffusent toutes sortes d’informations, provenant de millions d’émetteurs. La source n’est plus extérieure à nous. Ce phénomène est en train de bouleverser les flux d’information, la gouvernance et donc la réalité du monde. La monnaie constitue la prochaine étape. Il n’y a plus aucune raison, ni économique, ni idéologique, ni technique, pour que la monnaie continue à émaner d’une source extérieure, prise dans une architecture centralisée et inégalitaire

Désormais, l’infrastructure technique, les connaissances, l’idéologie, tout est prêt pour que chacun puisse créer sa ou ses monnaies. Dans les années qui viennent, vous allez voir apparaître des millions de monnaies, comme vous avez aujourd’hui des millions de médias. Si je vous avais parlé de millions de médias il y a vingt ans, vous m’auriez ri au nez. » 


Loin de l’idéologie dominante qui consiste à réduire l’économie et la monnaie à une dimension purement abstraite et instrumentale, les travaux de chercheurs comme Bernard Lietaer et Patrick Viveret montrent à quel point l’organisation économique et monétaire des sociétés est le reflet des croyances et des émotions collectives. La valeur économique et monétaire renvoie toujours à une intersubjectivité émotionnelle et culturelle fondée sur des valeurs collectives et qualitatives. 

On assiste à l’émergence d’une véritable « économie des profondeurs » qui ne se limite pas à l’observation superficielle des comportements individuels mais qui rend compte des dynamiques collectives et culturelles qui animent en profondeur les sociétés humaines comme les individus.  Cette « économie des profondeurs » met en rapport et en correspondance l’économie psychique, l’économie symbolique et l'économie politique


Patrick Viveret
Dans ce billet, nous proposons les vidéos des conférences de Patrick Viveret, Bernard Lietaer et Michel Saloff-Coste qui se sont déroulées lors de la treizième session de l’Université Intégrale et qui apparaissent comme autant d’illustrations d’une « économie des profondeurs » décrivant les interactions entre les économies psychique, symbolique et monétaire. 

La Résilience face à la Crise Financière. Patrick Viveret analyse les crises financières comme des crises de foi et de confiance vis-à-vis d’un modèle capitaliste dont le rôle historique se termine. Il observe les dynamiques régénératrices qui s’expriment à travers de nombreux phénomènes économiques et monétaires, culturels et spirituels. 

Au Cœur de la Monnaie. Pour Bernard Lietaer, la monnaie représente une projection de l’inconscient collectif des sociétés. Il utilise les concepts de la psychologie collective élaborés par Jung pour interpréter le rôle des archétypes qui structurent cet inconscient collectif à travers des séquences d’émotions et d’actions pouvant être observés à travers le temps et les cultures. 

Redonner une âme à la monnaie c’est, selon Michel Saloff Coste, faire le constat que la valeur monétaire est toujours le reflet des valeurs collectives autour desquelles les êtres humains font société. Une économie intégrale prendra en compte les divers niveaux de l'échange monétaire qui traduisent sur le plan quantitatif les différents types de relations qualitatives que l’être humain entretient avec son milieu.

mardi 15 octobre 2013

Table des Matières (12) Sri Aurobindo


L'Homme est un être de transition. L'évolution continue et il sera dépassé. Sri Aurobindo


Chaque billet du Journal Intégral est la pièce d’un puzzle qui dessine, entre intuitions créatrices et réflexions critiques, la vision intégrale d’un homme réunifié dans un Kosmos réenchanté. Les résumés des articles présentés dans cette Table des Matières permettront aux lecteurs de reconstituer ce puzzle en allant se référer à telle ou telle pièce afin de mieux comprendre et intégrer les autres.


1. Demandez le programme !... 2. Une philosophie du Tout 3. La Petite Princesse 4. Evolutions  5.Evolutions (fin) 6. Post-Matérialisme 7. Penser la nouvelle civilisation 

Table des Matières 2011 



Sri Aurobindo 
Table des Matières (12) du 26/07/11 au 02/09/11 


L’heure n’est plus où l'on peut encore s’identifier à une histoire idéaliste ou à une contre histoire matérialiste de la philosophie. L’idéalisme et le matérialisme apparaissent en fait comme les deux faces à la fois contradictoires et complémentaires d’un même dualisme à quoi la conscience humaine n’est pas réductible

Une conscience éveillée, c'est-à-dire non-duelle, n’oppose pas transcendance et immanence mais perçoit le monde de la manifestation comme l’expression immanente et évolutive d’un Esprit transcendant. Animée par une inspiration poétique, la sagesse la plus profonde interprète la finitude existentielle comme l’épiphanie sensible et créatrice de l’Esprit infini. 

Trop souvent, aujourd’hui, le terme de philosophie désigne, par anti-phrase, l’ennemie désignée de la sagesse, réduite à la figure d’un infantilisme sectaire, et destituée au profit d’une abstraction intellectuelle qui absolutise la rationalité. On pourrait utiliser le terme d’ « asphilosophie » pour désigner cette lente asphyxie de l’intuition créatrice par l’abstraction formelle, menant tout droit à ce formalisme intellectuel qui est la mort même de toute pensée. 



Aphorismes est cette chanson où Georges Moustaki met en musique une partie du poème de Sri Aurobindo intitulé Le But. Avec des mots simples sur une musique méditative, cette chanson exprime l’essence d’une vision évolutionnaire au cœur de la pensée intégrale. Dans cette perspective dynamique, l’être humain évolue du savoir à la connaissance en dépassant la raison, il évolue des velléités au pouvoir en dépassant l’effort, de la jouissance à la béatitude en dépassant le désir, de l’individualisation à la personne réelle en dépassant le moi et de l’humanité à l’Homme en dépassant l’animal. 

Aphorismes est cette porte musicale qui nous permet de retrouver Georges Moustaki et son univers poétique tissé de rêves et de révoltes, d’hédonisme et de sensualité, d’Orient mythique et de Brésil nonchalant. Peu de chanteurs ont réussi comme lui à évoquer ce lâcher prise "oriental" que certains prennent pour de la langueur alors qu’il est surtout un art de vivre et de vibrer qui permet de distinguer l’essentiel de l’accessoire en prenant le Le temps de Vivre, En méditerranée et en se rappelant qu’hier encore, Il y avait un jardin qu’on appelait la terre, trois chansons dont nous proposons une vidéo.

04/08/11. L'Esprit de Vacance


Etymologiquement, la notion de vacance renvoie à celles de vide et de vacuité. La spiritualité orientale notamment le bouddhisme, a fait de la vacuité la condition même de l’éveil de la conscience. Quand, dépassant l'abstraction mentale, la conscience retrouve le vide qui la fonde et la transcende, elle se libère des limites qui sont celles de l’identification aux formes pour s’ouvrir à la plénitude de la vie et de l’esprit. 

L'esprit de vacance se développe ainsi dans une conscience libérée des attractions et des distractions formelles. Le pouvoir de l'attention se retourne vers la puissance libératrice de l'intention créatrice. Cette conversion intérieure naît de la reconnexion intime de la subjectivité à une plénitude à la fois existentielle et essentielle. De cette conversion émerge un nouveau regard qui remet en questions aussi bien notre mode de vie et de pensée habituel que le modèle de société profondément matérialiste dans laquelle nous évoluons. 

Les vacances modernes reproduisent en effet de manière absurde l’idéal productiviste, transformant l’oisif et le paresseux en activiste laborieux du loisir, en bagnard du string, du bob et du beignet, traînant son boulet de bambins piailleurs, en stakhanoviste de la fête et de la partouze, dopé à la chimie, en troupeau d’estivants avachis et hagards, broutant les rayons du soleil, en touriste expert, soucieux de la rentabilité de son temps et de son budget, mesurant ses plaisirs comme un géomètre et les rapportant à leur coût comme un comptable sourcilleux. 


Dans un pays comme la France où règne une pensée abstraite, il est rare de trouver un philosophe qui ose se référer à une pratique et à des enseignements spirituels. Et pourtant l’expérience intérieure et la réflexion conceptuelle, loin d’être étrangères, se nourrissent et s’éclairent l’une, l’autre dans toutes les grandes traditions. En réactualisant cette alliance traditionnelle entre raison et vision, le philosophe Serge Durand, co-auteur du Guide de la spiritualité, offre des éléments de sagesse pour le vingt et unième siècle. Dans ce billet il propose un commentaire éclairant sur le poème Le But de Sri Aurobindo, mis en musique et chanté par Georges Moustaki sous le titre Aphorismes. 

Quand nous avons dépassé les savoirs, Alors nous avons la connaissance. La raison fût une aide, La raison est l'entrave. Sri Aurobindo. Commentaire de Serge Durand : « La raison n'est pas la véritable connaissance qui ne peut être qu'une connaissance par identité, une conscience consciente d'elle-même. Ainsi Cela n'est connu que par Cela. Lorsque Cela est envisagé par la raison, il est représenté par des images mais Cela n'est pas connu. Cela n'est connu que par Cela c'est-à-dire sans médiation. L'ego qui est connu en Cela reste un voile de Cela qui interdit plus ou moins la prise de Conscience de Cela. L'ego induit encore une aventure vers une connaissance de Cela par Cela sans voile. L'ego est mental, vital et physique pour Sri Aurobindo.» 


Avant bien d’autres, Sri Aurobindo a discerné et diagnostiqué la crise du modèle occidental devenue une évidence aujourd'hui à travers ses expressions diverses et variées dans tous les domaines. Cette crise systémique est une crise évolutive ainsi définie : « Actuellement l'humanité traverse, dans son évolution, une crise ou se dissimule pour elle l'obligation d'un choix qui déterminera sa destinée. Nous sommes arrivés en effet à un stade où le mental humain a réalisé, dans certaines directions, un développement immense, alors que dans d'autres il est arrêté, désorienté et ne peut plus trouver sa voie... 

C'est ainsi qu'au lieu d'une société harmonieusement ordonnée, il s'est développé un formidable système organisé de concurrence, un industrialisme forcené et unilatéral, en rapide expansion, et, sous le masque de la démocratie, une tendance croissante vers une ploutocratie qui choque par son ostentation grossière et l'immensité des gouffres et des distances qu'elle crée. Tel est le dernier aboutissement de l'idéal individualiste et de son mécanisme démocratique, et c'est le début de la banqueroute de l'âge rationnel. » 

« … Seule une orientation spirituelle totale donnée à la nature toute entière peut élever l'humanité au-delà d'elle même... Ce qui est nécessaire c'est que quelques individus sentent un tournant dans l'humanité, aient la vision de cette transformation, en éprouvent le besoin impérieux, aient conscience de la possibilité et veuillent la rendre possible en eux-mêmes et en tracer la voie. » 


A l’occasion du centenaire de la naissance de Sri Aurobindo, Satprem a écrit un texte intitulé Sri Aurobindo et l’avenir de la Terre où il résume la perspective évolutive du sage indien pour qui « par-delà l'homme mental que nous sommes, s'ouvre la possibilité d'un autre être qui prendra la tête de l'évolution, comme un jour l'homme a pris la tête de l'évolution parmi les singes. » 

Dans cette conférence, Satprem rend compte de la crise évolutive vécue par l’humanité : « Cet éclatement paroxystique de toutes les vieilles formes, nous le voyons partout autour de nous - nos frontières, nos Églises, nos lois, nos morales s'écroulent de tous les côtés. Et elles ne s'écroulent pas parce que nous sommes méchants, immoraux, irréligieux, ni parce que nous ne sommes pas assez rationnels, pas assez savants, pas assez humains - mais parce que nous en avons fini d'êtres humains ! Fini de la vieille mécanique - parce que nous sommes en transition vers AUTRE CHOSE

Ce n'est pas une crise morale que traverse la terre, c'est une "crise évolutive". Nous ne sommes pas en marche vers un monde meilleur - ni pire -, nous sommes en pleine MUTATION vers un monde radicalement différent, aussi différent que le monde de l'homme pouvait l'être du monde des singes au Tertiaire. Nous entrons dans une nouvelle ère, dans un quinquénaire supramental


Satprem

Plus connu sous le nom de Satprem, Bernard Enginger (1923-2007) est déporté à vingt ans pour faits de résistance au camp de concentration de Mathausen où il passe dix-huit mois. En lui enlevant toutes ses illusions, cette expérience fondatrice le met en présence d’un essentiel qu’il cherchera à vivre et à développer tout au long de sa vie. C’est ainsi qu’à Pondichéry, il rencontre Sri Aurobindo et Mira Alfassa, cette française surnommée Mère qui fut l’âme de l’ashram crée par Sri Aurobindo. C’est en 1957 que Mère lui donne son nom, Satprem qui signifie « celui qui aime vraiment » 

Nous vous proposons d'écouter un entretien entre Satprem et Jacques Chancel qui, au cours des années 70, recevait dans Radioscopie, sa célèbre émission de radio sur France Inter, toutes les grandes personnalités du monde des arts et de la littérature, du spectacle et de la vie publique. 

Dans cette émission enregistrée en 1977, Satprem fait part de son expérience et relate son aventure intérieure. Il parle de Mère, de Sri Aurobindo et d’Auroville. En répondant aux questions de Jacques Chancel, Satprem évoque divers sujets comme l’évolution de la conscience, le rôle complémentaire de l’homme et de la femme, la nécessité de dépasser religions et idéologies pour expérimenter dans son corps la mutation en cours annoncée par Mère et Sri Aurobindo.