mardi 6 août 2019

L'Esprit de Vacance (11) Ne Travaillez Jamais (3)


Il ne s'agit pas de rendre le travail libre, mais de le supprimer. Karl Marx


Dans notre série sur l’Esprit de Vacance, nous avons posté début Juillet un billet présentant le livre d’Alastair Hemmens intitulé "Ne travaillez Jamais" dont le contenu est résumé par son sous-titre: La critique du travail en France de Charles Fourier à Guy Debord. Dans cet ouvrage, l’auteur évoque effectivement la tradition française de la critique du travail dont les principales figures sont Charles Fourier, Paul Lafargue, André Breton et Guy Debord. S’il rend compte de la façon dont les avant-gardes culturelles expriment, de manière créative, l’évolution de la conscience collective à travers le temps, l’ouvrage d’Alastair Hemmens va plus loin en analysant à la fois les limites de ces auteurs comme les avancées dont témoignent leur réflexion dans l'histoire de l’émancipation humaine. 

Cette analyse s'appuie sur la perspective théorique développée par le courant de la "critique de la valeur" qui, dans la lignée du "Marx ésotérique", penseur du fétichisme de la marchandise, analyse le capitalisme comme un système global, structuré par ces catégories que sont le travail, la valeur, l'argent et la marchandise.  Dans la continuité du billet précédent, qu’il vaut mieux avoir lu avant de continuer avec celui-ci, nous vous proposons des extraits de l'introduction intitulée Théorie Marxienne et Critique du Travail. Dans ces extraits, l’auteur présente certains éléments fondamentaux de cette "critique catégorielle" qui analyse le travail comme une catégorie centrale du capital et la substance même de la valeur. 

Cette critique catégorielle ne remet pas en cause la nécessité humaine d'une activité productive  mais la forme - spécifique, aliénante, destructrice -  qu'elle revêt dans le capitalisme à travers le "travail abstrait". Le Capitalocène est cette période d’effondrement écologique, social et culturel qui est la conséquence des ravages opérés sur les milieux humains et naturels par ce "sujet automate" qu'est la valeur et donc par la substance de la valeur qu'est le "travail abstrait". D'où l'urgence vitale de mettre à jour les mécanismes fondamentaux qui régissent ce système destructeur. D'où la nécessité absolue de se libérer d'une idéologie travailliste profondément mortifère, au cœur d'une vision techno-capitaliste qui conduit notre humanité sur la voie d'une spirale infernale.
 
En ce mois d’Aout, nous avons bien conscience de demander aux lecteurs un effort de concentration qui nécessite de sortir de la torpeur et de la dispersion estivales. Mais, loin de se réduire à un repos réparateur qui vise à reproduire la force de travail, l'Esprit de Vacance n'est-il pas une ouverture de la conscience à une réflexion et une intuition profondes, par-delà les rythmes habituels de l’aliénation économique ? Une telle ouverture nous libère des modèles habituels, devenus totalement inadaptés, tout en mobilisant les ressources créatrices nécessaires pour imaginer le saut évolutif qui consiste à "sortir de l'économie" afin d'entrer en écosophie, cette sagesse de l'homme réconcilié avec son milieu de vie.

Théorie Marxienne et Critique du Travail
 Alastair Hemmens 

Marx Ésotérique


La notion selon laquelle Marx pourrait ouvrir la voie à une critique du travail en tant que tel est un concept relativement nouveau dans l’histoire des idées. Ce concept est peut-être exprimé de la façon la plus claire dans la théorie critique de Robert Kurz (1943-2012) et chez d’autres membres de la Wertkritik, ou "critique de la valeur", école de la théorie marxienne associée aux revues de langue allemande Krisis et Exit ! Il trouve également son expression dans la réinterprétation radicale des œuvres de maturité de Marx entreprise de façon totalement indépendante par Moishe Postone (1942-2018) professeur d’histoire à l’université de Chicago aux États-Unis. Postone est désormais, à juste titre, un théoricien critique et universitaire largement respecté. Kurz, cependant, reste encore peu connu dans le monde anglo-saxon malgré une réputation importante à l’étranger. Anselm Jappe (1962-), qui a lui-même contribué au développement du paradigme de la Wertkritik, particulièrement en France, a émis l’hypothèse que cela serait dû en grande partie à une certaine hostilité envers un corpus théorique bousculant de nombreuses hypothèses marxistes traditionnelles. 

On peut également mentionner le fait que la Wertkritik était, dès le départ, un projet critique forgé de façon consciente principalement en dehors des sphères des discours intellectuels officiels, tels que l’académie ou les médias, en faveur d’une position indépendante et plutôt polémique. Kurz, par exemple, était lui-même un ouvrier, au sens sociologique traditionnel, qui travaillait de nuit dans le conditionnement des journaux en vue de leur livraison. De plus, bien que Postone soit évidemment accessible aux lecteurs français, il existe une pénurie de traductions de la théorie de la Wertkritik, et ce n’est que relativement récemment que l’on commence à y remédier. Néanmoins, comme ce livre espère le montrer, l’approche critique de Kurz, et d’autres comme lui, représente un grand pas en avant en termes de compréhension du travail et donc, de ce en quoi une critique du travail pourrait principalement consister aujourd’hui. 

L’importance de ces théories critiques est d’avoir montré que, loin de présenter sans ambiguïté une vision positiviste de l’ontologie sociale du travail, Marx, dans une autre partie de son œuvre, avance une critique radicale du travail. Marx y présente le travail avant tout comme une catégorie intrinsèquement destructrice, fétichiste et antisociale de la synthèse sociale, constituant la base d’une "domination abstraite" par un "sujet automate", la forme-valeur (ou travail mort) qui précède, à la manière d’un a priori quasi-kantien, le "masque de caractère" sociologique porté indifféremment par les travailleurs et les capitalistes. 

Cet aspect "ésotérique" de l’œuvre de Marx – "ésotérique" parce que difficile à comprendre, peu connu et nécessitant une certaine initiation – était en grande partie ignoré par le marxisme traditionnel, qui, lorsqu’il considérait ce problème, tendait à réduire la discussion sur le fétichisme soit à une description d’un "voile" créé par les relations bourgeoises de propriété, soit à l’écarter entièrement comme un regrettable non-sens hégélien. Cependant, le marxisme occidental, qui comprenait des mouvements tels que l’École de Francfort et les situationnistes, allait assumer certains aspects de cette critique "ésotérique", et en particulier ce qui concerne le fétichisme de la marchandise, mais souvent d’une façon qui reproduisait la compréhension aporétique de Marx du travail. 

Pour ces théoriciens critiques, le travail  "dans le capitalisme" pouvait être en quelque sorte abstrait, mais l’abstraction elle-même était toujours maintenue comme rationnelle, tout comme la notion de prolétariat qui, en tant que sujet révolutionnaire, pourrait ou voudrait libérer le travail ou l’activité productive du joug de l’exploitation bourgeoise à travers la lutte des classes. Cela ne veut pas dire que la lutte des classes et la forme-sujet n’existent pas, elles existent bien évidemment (même si aucune des deux n’est nécessairement émancipatrice) ; mais cela signifie que l’importance radicale du Marx "ésotérique" qui suggère une conception très différente de la transformation sociale – c’est-à-dire par une "rupture ontologique" avec la forme-travail – n’a pas été pleinement comprise ni développée jusqu’à sa conclusion logique, ce qui aurait entraîné une rupture avec la modernisation, la forme-sujet et la lutte des classes. 

Une Théorie de la Crise 


Postone montre, par une relecture rigoureuse de ses œuvres de la maturité, que Marx fournit non seulement « une critique du capitalisme faite du point de vue du travail » , et donc une économie politique critique, mais aussi « une critique du travail dans le capitalisme », et c’est pourquoi le sous-titre du Capital nous précise : une "critique de l’économie politique", c’est-à-dire une critique des catégories de base elles-mêmes, qui médiatisent la réalité sociale dans le capitalisme

Le travail en tant que tel constitue donc la base d’une forme de "domination abstraite", propre à la modernité, qui ne peut pas être suffisamment comprise dans le cadre de la conception marxiste traditionnelle d’une domination "concrète" ou personnelle exercée par des individus ou des groupes, ni principalement comme une critique des relations de la propriété privée et du marché, c’est-à-dire des modes particuliers de distribution et d’échange. 

Au contraire, le travail (et le mode de production industriel lui-même), « constitue une forme quasi objective, historiquement spécifique, de médiation sociale qui, dans l’analyse de Marx, sert de fondement social aux traits essentiels de la modernité ». En d’autres termes, pour Marx, le travail n’est pas un fait neutre propre à toute vie sociale, pas plus que l’industrie moderne n’est une étape inévitable de l’évolution humaine, mais plutôt une forme sociale historiquement spécifique qui jette les bases d’un processus de domination impersonnelle, abstraite et sans sujet, qui donne à la réalité phénoménologique un caractère historique "directionnellement dynamique". 

Le travail, en tant que tel, est essentiellement une sorte de médiation sociale qui ne constitue la base de l’être social que dans le capitalisme, structurant à la fois des pratiques historiques déterminées et des formes quasi objectives de pensée, de culture, de visions du monde et d’inclinations. Le travail, dans la sphère limitée de la modernité capitaliste, médiatise et façonne donc l’ensemble de la réalité objective et subjective (et même dépasse et explique forcément de telles dichotomies théoriques). Robert Kurz, et la Wertkritik dans son ensemble, ont peut-être poussé plus loin que Postone la critique du travail en tant que catégorie de base de la synthèse sociale spécifique au capitalisme. 

Pour Kurz, le travail n’est pas seulement, comme pour Postone, le fondement social de l’oppression essentiellement abstraite incarnée dans la modernité capitaliste, il s’agit également d’une catégorie en crise depuis le milieu des années 1970. La Wertkritik se distingue des autres théories critiques en insistant sur le fait que la financiarisation des marchés et les diverses formes de crise actuellement visibles à tous les niveaux de la société s'inscrivent dans un processus plus vaste d'effondrement, le capitalisme atteignant ses limites internes d'accumulation à cause du développement technologique.

Cependant, une telle fin du capitalisme n’est pas nécessairement imaginée comme un moment d’émancipation, mais plutôt comme la menace d’une barbarie encore plus grande, précisément parce que les "sujets" qui, pour Kurz, ne sont rien de plus que des "objets"  du processus de valorisation, n’ont par définition aucun contrôle sur la "belle machine" de l’accumulation capitaliste et, en même temps, ont déjà intériorisé ses contraintes au plus profond de leur psyché…. 

"Travail vivant" et  "Travail mort"  


Dans le capitalisme pleinement développé, auquel nous faisons toujours référence ici, les êtres humains ne décident pas à l’avance de ce qu’ils vont produire ni dans quelles conditions. Au lieu de cela, les producteurs individuels – particuliers ou entreprises – produisent des marchandises pour des marchés anonymes dans des conditions de concurrence totale. L’activité humaine en tant que telle – qui n’est pas en soi abstraite, mais qui est constituée d’une variété infinie de formes d’activités concrètement différentes – ne "compte" au niveau le plus fondamental de la réalité sociale que comme une dépense abstraite d’énergie humaine indifférenciée. Cette dépense est mesurée en "temps de travail socialement nécessaire", qui correspond au temps moyen nécessaire pour produire une marchandise particulière. 

Si, par exemple, il faut en moyenne une heure à un artisan tailleur pour confectionner une chemise, celle-ci "vaudra" une heure de temps de travail socialement nécessaire. Cependant, si un propriétaire d’usine introduit une machine permettant à un ouvrier de produire une chemise en 30 minutes, le même tailleur, utilisant l’ancienne méthode, pourrait encore prendre une heure pour confectionner une chemise, mais cette chemise ne vaudrait alors que 30 minutes de travail socialement nécessaire dans les conditions sociales de production. De même, s’il faut deux heures pour fabriquer une bombe à fragmentation et une heure pour fabriquer un jouet pour enfant, la bombe vaudra deux fois plus que le jouet pour enfant, au sens capitaliste du terme qui reste le mode de socialisation le plus fondamental. 

Bien entendu, ce qui importe réellement du point de vue des acteurs concernés, c’est la différence de plus-value et, en fin de compte, le profit produit. Le travail est donc une forme sociale "abstraite" – c’est le "travail abstrait" – car il ne reconnaît que les différences de quantité et ne reconnaît pas, au niveau ontologique le plus profond, le contenu social qualitatif réel. S’il est plus rentable d’employer des gens pour fabriquer des bombes que des jouets, ce seront les bombes qui seront plutôt produites indépendamment des contraintes morales des différents acteurs impliqués. La forme particulière que revêt ce travail (que Marx appelle le  "travail concret") – la fabrication des armes ou la confection de chemises –, et les valeurs d’usage qu’il crée – des bombes ou des chemises – n’a aucune importance du point de vue de la "valeur". 

La forme "valeur", ou "travail mort", est la forme que prend le travail, ou "travail vivant" – c’est-à-dire le travail simplement au moment où il se produit – une fois qu’il a été dépensé. L’activité humaine, dans le capitalisme, se transforme donc en une "substance" abstraite, elle revêt une nouvelle fonction ou un caractère essentiel, son essence changeant par la médiation du travail. Il y a plus ou moins de "valeur", plus ou moins de "contenu" social, produits dans le processus de travail en fonction de la quantité de travail vivant transformée en travail mort. 1 heure de travail vivant dépensé, ou d’énergie humaine indifférenciée, mesurée en temps de travail socialement nécessaire, est matérialisée par 1 heure de travail mort ou de valeur. 

Le but de la production est de produire de la valeur (la valeur d’usage n’apparaît que comme un sous-produit nécessaire permettant de "cristalliser" le travail mort dans un objet qui n’est pas en soi abstrait). Cependant, la valeur créée au sein de la production ne compte que lorsqu’elle est reconnue comme une dépense valable de temps de travail socialement nécessaire. En d’autres termes, une valeur ne peut être réalisée que sous la forme de l’échange, c’est-à-dire sur le marché, car ce n’est qu’ici, une fois la production terminée, que l’énergie dépensée peut être socialement reconnue, par comparaison à tous les différents travaux effectués dans la société. Il est parfaitement possible, et cela se produit à chaque instant de la vie quotidienne, que le travail soit effectué et que des marchandises soient produites sans trouver d’acheteur. Dans de tels cas, le travail est simplement invalidé parce que sa valeur n’a pas été réalisée.

C’est précisément parce que les produits du travail ne sont pas créés pour satisfaire les besoins humains préexistants, pas plus qu’ils ne sont, comme dans les sociétés prémodernes, le résultat d’une discussion et d’une négociation sociales (même si, comme dans la société féodale, ce discours social et ce contrôle pouvaient être unilatéraux et hiérarchisés). Les producteurs individuels sont obligés, par des contraintes structurelles, de se faire concurrence afin de faire reconnaitre la validité sociale du travail engagé pour récupérer, sous forme d’argent, une partie de la masse totale de la substance sociale, ou « valeur », produite par la société. 

Un mouvement purement quantitatif


Nous pouvons déjà constater ici que cela n’a aucun sens d’essayer de définir le travail sans faire référence aux formes négatives spécifiques de médiation sociale qui se constituent dans la société capitaliste, car ce n’est que sur la base de ces formes sociales abstraites que la catégorie "travail", et l’ontologie sociale du travail, pourraient avoir une base matérielle pour exister. Ce n’est en effet rien de moins que le travail, sous sa forme de "travail mort", qui donne de la substance à la valeur, à l’argent et au capital. En même temps, c’est précisément dans la perspective du "travail mort", ou plutôt des formes qui en résultent – valeur, argent et capital –, que le "travail vivant" doit être constamment engagé. Les producteurs individuels, en particulier du point de vue du « "travail vivant", c’est-à-dire les travailleurs, une fois qu’ils ont réalisé une valeur sur le marché, en vendant par exemple leur force de travail, doivent répéter le processus formel de substantialisation pour se reproduire. 

De même, du point de vue des propriétaires de "travail mort", sous sa forme monétaire, le simple fait de répéter le processus pour arriver à la même quantité de valeur qu’avec laquelle on a commencé n’a aucun sens logique. Rappelons que le travail ne fait référence à aucun contenu concret ni à un quelconque besoin humain qualitatif. Il ne connaît que les différences quantitatives. Une plus grande quantité de valeur signifie une plus grande quantité de la substance de la richesse sociale dans le capitalisme. La valeur qui est simplement consommée en M-A-M (marchandise - argent – marchandise), ou qui aboutit à la même quantité de substance sociale, le A-M-A (argent - marchandise - argent), doit donc être considérée comme une perte, car disparaissant ou restant identique, elle n’est pas "productive" pour les producteurs individuels et les propriétaires du travail mort (personnes, entreprises, États, fonds de pension, etc.). 

En conséquence, le "travail mort" ne peut jamais rester inactif, mais doit se transformer, en un mouvement purement quantitatif, en une plus grande quantité de travail mort ou, comme le dit Marx dans Le Capital, en A-M-A’ (argent - marchandise - davantage d’argent). C’est donc ici que le "travail mort" prend logiquement la forme de capital : un travail mort qui s’investit dans du travail vivant pour produire une plus grande quantité de travail mort. L’ensemble de la société, quelle que soit sa classe sociologique, repose donc sur la réalisation fructueuse de la valeur et son auto-valorisation car, dans le capitalisme, c’est le seul moyen d’accéder à la "richesse" sociale et de la créer. 

Au fond, la forme-travail, c’est-à-dire le travail sans phrase, peut être définie comme la dépense d’énergie humaine indifférenciée, mesurée par le temps socialement nécessaire, dans le seul objectif d’un processus purement formel, quantitatif, fétichiste et autotélique qui consiste à transformer cette énergie en plus grande quantité d’elle-même, dans sa forme morte, autrement dit, à transformer 100 € en 110 €… 

Transformer la civilisation 


Face à la détérioration constante de la situation, nous avons besoin de mouvements sociaux qui cherchent à construire un mode de vie différent au-delà et contre la médiation du travail, du marché et de l’État. Jappe, par exemple, souligne la nécessité d’une nouvelle "révolution grassroots" qui n’hésiterait pas à se procurer des produits de première nécessité – nourriture, abri et autres objets nécessaires à un nouveau métabolisme avec la nature – en « court-circuitant la médiation de l’argent ».

Il plaide par ailleurs en faveur de l’unité de différentes luttes, sur l’environnement et la technologie, par exemple, afin de provoquer une véritable "transformation de la civilisation" qui serait bien plus profonde que tout ce qui pourrait se produire dans les urnes ou la saisie de l’État. C’est pourquoi il faut que les mouvements sociaux se développent dans le sens d’une "rupture catégorielle" avec l’ontologie du travail que nous avons décrite dans ce chapitre. La fin du capitalisme, en tant que telle, nécessite l’abolition du travail.

L’introduction d’Alastair Hemmens est à lire ici dans son intégralité, avec toutes les notes afférentes, sur le site Critique de la valeur. 

Ressources 

Ne travaillez Jamais La critique du travail en France, de Fourier à Debord. Site Critique de la Valeur. 

Théorie Marxienne et Critique du Travail  Introduction d’Alastair Hemmens. Sur le site Critique de la valeur.

Critique de la valeur-dissociation Un site qui se propose de nombreux textes fondamentaux pour repenser une théorie critique du capitalisme.

Dans le Journal Intégral :


Les lecteurs qui voudraient approfondir les divers thèmes abordés dans ce texte peuvent se référer aux nombreux liens proposés dans la rubrique Ressources de notre précédent billet : L’Esprit de Vacance (10) Ne travaillez jamais (2)

mardi 2 juillet 2019

L’Esprit de Vacance (10) Ne travaillez jamais (2)


L’esclavage humain a atteint son point culminant à notre époque sous forme de travail librement salarié. George Bernard Shaw 


Dans notre série de billets intitulée L’Esprit de Vacance, nous interrogeons le véritable culte que nos sociétés modernes vouent au travail. Un culte qui apparaîtrait incompréhensible et aberrant à des cultures traditionnelles non soumises à un paradigme économique réduisant à des quantifications abstraites et à des échanges marchands toutes les relations qualitatives que l’être humain entretient avec son milieu social et naturel. Pour résister au processus d’effondrement qui aspire nos sociétés dans le vortex d’une spirale infernale, il est donc urgent de dépasser ce paradigme mortifère en déconstruisant le culte du travail sur lequel il est fondé. Ce dépassement nécessite un saut évolutif de l'économie vers l'écosophie, cette sagesse commune qui réconcilie l'homme et son milieu de vie. 

Au fil de ces billets sur l'Esprit de Vacance, notre interrogation a pris diverses formes : historique, éthique, existentielle, philosophique, culturelle, psychologique, spirituelle. Cette esquisse d’une critique intégrale du travail nous permet d'envisager le capitalisme non pas comme un simple système économique mais comme une véritable "vision du monde" et un "fait social global" qui étend son emprise à travers toutes les dimensions - subjectives, culturelles et sociales - de la vie humaine. C'est dans cette perspective que nous nous sommes intéressés à la théorie développée par le courant de la critique de la valeur qui, à partir d’une relecture du "Marx ésotérique", le théoricien du fétichisme de la marchandise, considère le travail comme catégorie centrale du capital et sa substance même.

Publié en Septembre 2007, le dernier billet de cette série s’intitulait Ne Travaillez Jamais, reprenant ainsi le célèbre slogan que le situationniste Guy Debord, auteur de La société du spectacle, écrivit à la craie sur un mur de la rue de Seine en 1953. "Ne travaillez Jamais", tel est aussi le titre du livre d’Alastair Hemmens que viennent de faire paraître les Éditions Crise et Critique, avec un sous-titre qui résume son contenu : La critique du travail en France de Charles Fourier à Guy Debord. Dans cet ouvrage, l’auteur évoque cette tradition profondément française de la critique du travail dont les principaux acteurs sont Fourier et Lafargue, Breton et Debord, entourés et accompagnés, avant et après eux, par de nombreux autres groupes et personnalités. 

Nous proposerons ci-dessous une présentation de cet ouvrage et son sommaire, un commentaire d’Anselme Jappe à son propos, ainsi que de courts extraits de l'introduction intitulée Théorie Marxienne et Critique du Travail où l’auteur évoque l’esprit dans lequel il a conçu son livre : celui d'une critique radicale et catégorielle du travail qui analyse son rôle central dans le système capitaliste et son caractère destructeur du milieu - social et naturel - dans lequel peut s'épanouir et se développer l'être humain.

Ne travaillez jamais. La critique du travail en France de Charles Fourier à Guy Debord.

Qu'est-ce que le travail ? Pourquoi travaillons-nous ? Depuis des temps immémoriaux, les réponses à ces questions, au sein de la gauche comme de la droite, ont été que le travail est à la fois une nécessité naturelle et, l'exploitation en moins, un bien social. On peut critiquer la manière dont il est géré, comment il est indemnisé et qui en profite le plus, mais jamais le travail lui-même, jamais le travail en tant que tel. 

Dans ce livre, Hemmens cherche à remettre en cause ces idées reçues. En s’appuyant sur le courant de la critique de la valeur issu de la théorie critique marxienne, l'auteur démontre que le capitalisme et sa crise finale ne peuvent être correctement compris que sous l’angle du caractère historiquement spécifique et socialement destructeur du travail. 

C'est dans ce contexte qu'il se livre à une analyse critique détaillée de la riche histoire des penseurs français qui, au cours des deux derniers siècles, ont contesté frontalement la forme travail : du socialiste utopique Charles Fourier (1772-1837), qui a appelé à l'abolition de la séparation entre le travail et le jeu, au gendre rétif de Marx, Paul Lafargue (1842-1911), qui a appelé au droit à la paresse (1880) ; du père du surréalisme, André Breton (1896-1966), qui réclame une "guerre contre le travail", à bien sûr, Guy Debord (1931-1994), auteur du fameux graffiti "Ne travaillez jamais". Ce livre sera un point de référence crucial pour les débats contemporains sur le travail et ses origines

Ouvrage traduit de l’anglais par Bernard Ferry, Nicolas Gilissen, Françoise Gollain, Richard Hersemeule, William Loveluck, Jeremy Verraes.

A propos. Anselm Jappe 

Anselm Jappe est un des auteurs essentiels de la critique de la valeur dont l'ouvrage intitulé Guy Debord a été jugé par le situationniste comme le meilleur jamais écrit à son sujet. A. Jappe a publié récemment un livre remarquable et remarqué, intitulé La société autophage. Capitalisme démesure et auto-destruction auquel nous avons consacré deux billets l'année dernière.  Il écrit ceci à propos de l'ouvrage d'Alastair Hemmens : « De nos jours, l'adoration du ‘‘travail’’ semble presque aussi obligatoire que l'adoration de Dieu l'était dans les temps passés. D'autre part, il est également vrai qu'aujourd'hui, la " société du travail " est à court d'emplois et que ce qu'elle peut encore offrir est difficilement tolérable. Dans un tel contexte, la critique du travail est plus importante que jamais. L'excellent livre de Hemmens fournit un compte rendu très instructif et détaillé de la partie française de l'histoire de cette critique, de Fourier aux Situationnistes, et au-delà. 

Plus important encore, Hemmens ne se limite pas à une simple description de cet aspect peu connu de l'histoire intellectuelle moderne. Il fournit plutôt une analyse novatrice et approfondie des auteurs en question et souligne souvent les limites de leurs critiques respectives. Il le fait sur la base de la ‘‘critique de la valeur’’, une nouvelle lecture des catégories de base de Marx (y compris le travail). Le compte rendu exceptionnel de Hemmens sur cette nouvelle école de pensée fait en soi de ce livre une contribution importante aux débats contemporains sur le déclin du travail. Ne travaillez jamais ! Lisez plutôt ce livre

Le texte ci-dessus d'Anselm Jappe peut être complété par un extrait de sa préface :  « C'est donc un premier grand mérite du livre d'Alastair Hemmens que de tracer l'histoire de la critique du travail - de la critique argumentés et formulée en termes théoriques parce que le refus pratique du travail est encore une autre histoire. L'étude de l'auteur se limite à la France, ce qui d'ailleurs se justifie par le fait que la France a contribué à cette critique plus que tout autre pays, même si cela ne vaut pas autant pour la pratique. Les auteurs que Hemmens examine sont bien connus et parfois même, dans certains milieux, objet d'une véritable vénération. 

Ce qui frappe dans ce livre est la grande érudition, perceptible aussi dans la vaste bibliographie : l'auteur a pris soin de lire tout le corpus, ou presque d'auteurs comme Fourier, et non seulement les textes canoniques - condition essentielles pour dire quelques chose de nouveau. Il ne s'agit pas d'un pamphlet de plus contre le travail, mais d'une étude très fouillée et détaillée - qui est en même temps,, il faut le souligner, agréable à lire et toujours clair dans son argumentation

Sommaire 

Préface d'Anselm Jappe
Introduction. Théorie marxienne et critique du travail ( à lire dans son intégralité sur le site Critique de la valeur)
Chapitre 1. Charles Fourier, le socialisme utopique et le « travail attrayant » 
Chapitre 2. Paul Lafargue, les débuts du marxisme en France et le droit à la paresse.
Chapitre 3. André Breton, l’avant-garde artistique et la guerre au travail du surréalisme.
Chapitre 4. La critique du travail chez Guy Debord et les situationnistes.
Chapitre 5. Le nouvel esprit du capitalisme et la critique du travail en France après Mai 68.
Conclusion. Nouvelles de nulle part ou un ère de repos.

Théorie Marxienne et Critique du Travail


Le site Critique de la Valeur propose dans son intégralité le texte d'introduction de cet ouvrage intitulé Théorie Marxienne et Critique du Travail.  A lire... et à relire, surtout durant le temps des vacances, cette période de liberté conditionnelle où l'on peut s'évader quelques jours du rythme mortifère propre au travail aliéné. Auteur, chercheur et traducteur vivant à Cardiff, au pays de Galles, Alastair Hemmens évoque dans cette introduction passionnante  la perspective à partir de laquelle il a conçu son livre :

« Le principal argument philosophique de ce livre, et le mode d’analyse qu’il reprend, est qu’il n’y a en réalité que deux manières possibles de comprendre et d’aborder la critique du travail. La première développe effectivement une analyse critique empirique, historique, éthique et morale, partant du principe que le travail en tant que tel n’est pas problématique, mais peut le devenir dans certaines conditions. La seconde fonde son analyse des expressions phénoménologiques du travail au sein du capitalisme dans une critique de la catégorie elle-même. » 

Une critique "catégorielle" ne se contente pas d'une approche empirique qui aboutit  à des formes de réflexion fragmentées et superficielles. Elle s'inscrit dans la critique de l'économie politique inaugurée par Marx pour analyser le capitalisme comme un système global, structuré par ces catégories fondatrices que sont le travail, la valeur, l'argent et la marchandise. Nous proposons dans la rubrique Ressources de nombreux liens qui permettent de mieux comprendre cette critique radicale inspirée du "Marx ésotérique" (théoricien du fétichisme de la marchandise), par delà et parfois contre les interprétations du "Marx exotérique" (théoricien de la lutte des classes) véhiculées par le marxisme traditionnel.

La critique catégorielle ne remet pas en question l'activité productive de l'être humain mais la forme - spécifique, aliénante et socialement destructrice - du "travail abstrait" qu'elle revêt dans le capitalisme. L'effort soutenu que réclame l'immersion dans cette théorie "ésotérique" est largement récompensé par la compréhension des grandes catégories qui fondent le capitalisme en un système les agençant ensemble pour donner naissance à une forme de fétichisme dévastateur et régressif. 

Une critique "catégorielle" du travail


Si, dans cette introduction passionnante, Hemmens évoque longuement cette critique "catégorielle" du travail c’est qu’elle fournit une perspective théorique et radicale à partir de laquelle peuvent s'analyser les critiques passées du travail, en pointant du doigt leurs limites comme en célébrant  les avancées dont elles témoignent:

« Ce long exposé de la critique catégorielle du travail, telle que l’a développée la critique de la valeur, pourrait sembler déplacé dans un livre apparemment consacré à l’analyse critique d’un aspect de l’histoire intellectuelle française. Cependant, la perspective que j’ai exposée ici est fondamentale pour mon approche analytique et, du fait qu’elle est peu connue, j’ai jugé nécessaire de clarifier pour les lecteurs une perspective avec laquelle ils pourraient ne pas être familiers. En bref, la théorie critique du travail que je viens de décrire fournit une nouvelle perspective critique à partir de laquelle on peut analyser les critiques passées du travail. 

Les conceptions marxistes traditionnelles, anarchistes et libérales du travail pourraient, au mieux, ne voir dans ces formes historiques de discours anti-travail qu’une histoire de résistance populaire permanente à l’exploitation capitaliste de la classe ouvrière. Il est vrai que nombre de critiques examinées dans ce livre adoptent elles-mêmes quelque chose de cette perspective. Cependant, ce qui rend ces auteurs spécifiques – et la tradition anti-travail française en général – si intéressants, est précisément le fait que leurs travaux contiennent, à un degré plus ou moins grand, des éléments d’une critique "catégorielle" du travail. 

Nous pouvons donc nous appuyer sur la critique de la valeur pour dégager et expliquer les complexités et les ambiguïtés de ces discours, leur contexte historique et social, leurs forces et leurs faiblesses. La distinction fondamentale établie par Kurz et d’autres entre une critique du travail purement phénoménologique, et donc "affirmative", et une critique catégorielle négative est absolument essentielle à l’argumentation présentée dans ce livre. »

Loin d'être péjorative et dévalorisante, la négativité dont il est question ici est à comprendre, dans le cadre de l'approche dialectique développée par Hegel, comme l'expression dynamique du devenir qui, via le travail du négatif, remet en question des affirmations positives et les critique pour les dépasser à travers le mouvement thèse/antithèse/synthèse.

Une tradition ignorée 

Si la tradition française de la critique du travail a longtemps été ignorée ou dévalorisée c'est parce que sa vision radicale remettait totalement en question les représentations et l’ordre social dominants :

« La critique du travail a toujours été traitée comme un sujet marginal dans les débats de la pensée française. Bien que de nombreuses études aient été menées sur la résistance populaire au travail sur le lieu de travail même, l’analyse de l’histoire intellectuelle du discours anti-travail en France est au mieux fragmentaire et ne constitue que très rarement un centre d’intérêt critique. C’est une situation regrettable, car la tradition française est particulièrement riche dans le domaine de la critique du travail qui remonte au moins au début du XIXe siècle et qui a galvanisé certains de ses plus importants penseurs et mouvements culturels… 

Néanmoins, si on considère aujourd’hui à juste titre que nombre de ces personnalités ont largement contribué au développement de la pensée française, les aspects anti-travail de leurs projets intellectuels respectifs, ainsi que les idées clés qui ont nourri cette tradition dissidente dans son ensemble, n’ont pas fait l’objet de nombreuses analyses théoriques sérieuses. Il ne serait pas trop caricatural d’affirmer que, tout comme les travailleurs qui refusent d’obéir aux rythmes implacables de l’usine ont souvent été vilipendés et marginalisés, de même les penseurs français radicaux qui ont soutenu que le travail pouvait être suspect n’ont rencontré généralement qu’ignorance et rejet de cet aspect de leurs écrits, saisis comme naïvement utopiques voire réactionnaires… 

Le fait que les critiques du travail en théorie et en pratique rencontrent encore aujourd’hui beaucoup de résistance n’est pas surprenant. Le consensus politique, depuis au moins le XIXe siècle, est que le travail est à la fois une nécessité naturelle et, excepté l’exploitation du moins, un bien social. Nombreux sont ceux qui considèrent le travail comme la pierre angulaire de toute société humaine et la caractéristique même qui définit l’être humain. L’identification de l’humanité à l’homo faber, ou l’« homme qui fabrique », un être qui se construit consciemment et construit le monde qui l’entoure au cours du processus de production, est à la base de presque toutes les formes de pensée sociale moderne...»

La crise du travail


Mais le consensus autour du travail s'est progressivement effrité suite à ce que l'on a nommé la "crise du travail". Dans le chapitre concernant la critique du travail en France après 68, Alastair Hemmens évoque le contexte qui a donné naissance à cette remise en question : « Nous sommes, depuis les crises économiques successives à partir du milieu des années 70, confrontés au sous-emploi et au chômage généralisés, à la précarité, à l'inégalité croissante des richesses et à une attaque permanente contre les acquis sociaux et les droits des travailleurs au nom de la compétitivité. La promesse de la technologie (de nous libérer du travail), à laquelle certains s'attachent encore, ne paraît aujourd'hui que sous la forme d'une population "superflue" toujours croissante parce qu'elle ne trouve plus sa place au sein du procès de production."

Le nuage de mots ci-dessus décrit les conséquences funestes de cette situation en évoquant les divers troubles et pathologies vécues par les travailleurs condamnés à survivre dans un univers économique de plus en plus compétitif qui laisse moins en moins de place à l'humanité. A la détérioration généralisée des conditions de travail s'ajoute une évolution qualitative des mentalités chez les jeunes générations, plus hédonistes, qui remettent en question  à travers la valeur travail, l'idéologie ascétique et la modernité abstraite dont celle-ci est l'expression. Michel Maffesoli, sociologue de la postmodernité, analyse ainsi cette évolution culturelle :

« Aujourd’hui, la valeur travail, la foi dans un progrès matériel et technique infini, la croyance en la démocratie représentative qui ont permis la cohésion de la population et des élites ne font plus sens. Il est donc urgent de repérer les valeurs post-modernes en train d’émerger… Une époque fondée sur le triptyque : "Individualisme, Rationalisme, Valeur travail" cède la place à un monde fondé plutôt sur un autre triptyque : "Tribalisme, Raison sensible, Créativité"… 

Ce que je pointe quand je parle de la fin de la valeur travail, c’est le changement de rythme sociétal : la vie quotidienne n’est plus toute entière tournée vers la production, les activités domestiques ne sont plus ressenties comme de la pure reproduction de la force de travail, les identités individuelles ne sont plus déterminées par le statut professionnel. Et ce qui met en mouvement les jeunes générations, ce n’est plus tant la carrière, ni même la paye, que l’ambiance de l’entreprise, le copinage dans et hors temps de travail, la possibilité de participer à une aventure collective, bref la créativité commune. C’est cela la fin de la valeur travail et aussi de la valeur assistance. C’est de réciprocité qu’il s’agit, d’implication commune. » 

Une inspiration française


A partir d’une toute autre perspective, Alastair Hemmens opère le même constat : « Certains signes indiquent toutefois que le consensus social qui entoure le travail depuis plusieurs siècles est en décomposition. Bien qu’il y ait toujours eu des foyers de résistance et d’opposition au travail, car heureusement le capitalisme ne peut jamais se développer uniformément partout et à tout moment, ce à quoi nous assistons aujourd’hui, même dans les pays capitalistes les plus développés, semble être quelque chose de beaucoup plus généralisé, à mesure qu’une forme de désespoir s’installe. 

Le tollé suscité en France par la "Loi travail", qui a vu un gouvernement socialiste chercher à renverser certaines des maigres protections accordées aux travailleurs, a conduit à d’énormes protestations avec des manifestants qui défilaient dans les rues en tenant des pancartes indiquant "Le travail tue" et, dans une référence à Debord, "Ne travaillez jamais". On peut également penser au succès habituel en France de livres, tels que Bonjour Paresse : De l’art et de la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise (2004) de Corinne Maier, qui suggère des moyens de résister à la discipline d’entreprise dans le monde du travail moderne ; ou de documentaires tels que Attention Danger Travail (2003) de Pierre Carles qui suit le mouvement des "demandeurs d’emploi" français affirmant fièrement, d’une manière véritablement courageuse dans le contexte de la "société du travail", qu’ils veulent simplement être livrés à eux-mêmes et profiter de leur vie en vivant du chômage sans avoir à chercher du travail qui n’existe pas ou qui, dans les conditions imposées, ne vaut guère la peine d’être accompli. 

En effet, où que le regard se porte, on trouve de plus en plus de propositions émanant de toutes les couches de la société, même des écoles de management, pour traiter du "problème du travail" : des appels bien intentionnés en faveur d’un revenu de base, pour la "décroissance", pour un "salaire au travail ménager", ainsi que des arguments en faveur d’un meilleur équilibre travail-vie, d’une économie verte et du même refrain chanté depuis le début de la révolution industrielle : l’espérance que la technologie nous libérera enfin de la "nécessité naturelle" du travail à travers l’automatisation. 

Ne serait-ce qu’en Grande-Bretagne et en Amérique, ces dernières années ont vu une pléthore de titres prétendant offrir la possibilité d’une attitude plus critique à l’égard du travail. Nombre de ces études, à l’instar des mouvements sociaux qui se déroulent en France aujourd’hui, font référence à des figures historiques issues de la critique française du travail, bien que parfois très superficiellement, à la fois pour trouver une source d’inspiration intellectuelle dans le passé pour traiter des problèmes du présent, et pour se situer au sein d’une histoire récurrente de résistance populaire à l’exploitation capitaliste. Il n’est pas du tout surprenant que des auteurs britanniques et américains se tournent vers la France, car ils partagent l’histoire commune consistant à projeter sur les Français soit la qualité de la paresse, soit celle d’accorder une plus grande valeur culturelle à la vie en dehors du travail, selon le point de vue de chacun...»

Lire le texte de cette introduction ici dans son intégralité, avec toutes les notes afférentes, sur le site Critique de la Valeur.

Ressources

Ne travaillez jamais. Alastair Hemmens. Présentation sur le site Critique de la valeur.

Sur les origines et l'histoire du slogan Ne Travaillez Jamais. Wikipédia

Manifeste contre le travail. Groupe Krisis. En intégralité sous forme de brochure imprimable sur le Site Critique de la valeur.

Textes contre le travail  Une mine inépuisable de textes de qualité sélectionnés et proposés par le site Critique de la valeur.

Critique du travail Une vidéo de Guillaume Deloison illustrant un texte de Benoît Bohi-Bunel intitulé La critique radicale du travail... A voir... et à revoir. (28')

Pour les Zad, contre l’État de droit, contre le travail  Serge Quadruppani. Site Lundi Matin

Dans Le Journal Intégral 

Critique de la Valeur - Le Fétichisme de la marchandiseUne régression anthropologique : deux billets consacrés au livre d'Anselm Jappe, La société autophage. Capitalisme, démesure et auto-destruction - Le fétichisme de l'abstraction -

Devoir de Vacance  Présentation des six premiers billets de la série L’Esprit de Vacance. 

L’Esprit de Vacance (7) Contre le Travail (8) Travail Fétiche (9) Ne Travaillez Jamais 

On trouvera de nombreux liens intéressants sur la critique du travail dans la rubrique Ressources des différents billets de la série l’Esprit de Vacance. 

Lire les textes sélectionnés dans les libellés Critique de la Valeur. L’Esprit de Vacance. Sortir de l'Economie.