vendredi 30 avril 2021

Méditer et Militer (2)

Nous faisons notre chemin comme le feu ses étincelles. René Char 

Elena Ray
 
Ce billet est la suite du précédent. 
 
« Nous avons institué en Occident une séparation préjudiciable entre l’inspiration du cœur et l’inspiration de la raison. Comme si la raison était autosuffisante et que l’inspiration du cœur ne valait rien ! Étant donné la gravité de la situation, nous avons besoin de toutes les puissances de notre être. 
 
On ne peut plus se mobiliser à moitié. On a besoin de notre cœur, de notre raison, on a besoin de savoir méditer, de savoir s’engager et d’œuvrer en permanence sur deux plans : le plan spirituel et le plan politique. Ce serait là une vraie sortie de la modernité, mais une sortie par le haut – et non plus une modernité hémiplégique ou unijambiste, ne marchant que sur la jambe de la raison et de l’action. 
 
Cette voie d’avenir n’a rien à voir avec ce qu’on appelle aujourd’hui paresseusement "postmodernité", alors qu’il ne s’agit que d’une continuation désenchantée de la modernité. Nous atteindrions une autre ère de l’histoire de notre espèce : ce moment où l’on est aussi rationnel et politique que les modernes, tout en ayant autant de cœur et de puissance spirituelle que les anciens ». Abdennour Bidar 
 
Elena Ray
 
Méditer et Militer
 c'est opérer la synthèse 
Orient/Occident
entre 
le cœur et la raison
la sagesse et l'énergie
l'inspiration et l'expression
la présence d'esprit
et la puissance d'action
le développement
de la conscience
et l'engagement 
social
 
Méditez
 
La Présence 
est la clé 
qui ouvre 
le portail 
somptueux 
des origines 
 
Être là 
Tout simplement 
 
Vivant 
Vibrant 
Vaillant 
Valeureux 
Éveillé
Bienveillant 
 
Incarné 
dans
 l’instant 
au rythme 
du souffle 
 
Plus 
d’identité 
 
Plus
de repères 
 
Plus 
de territoire 
 
Plus 
de sol 
sous
les
pieds 
 
De
 simples 
traces 
dans 
l’espace 
 
Habiter 
l’Ouvert 
comme 
une 
Terre 
d’élection 
 
Aucun 
but 
à atteindre 
 
Aucune 
libération 
à attendre 
 
L’espoir 
est 
l’autre 
visage 
souriant 
de la peur 

Rien 
à perdre
c'est déjà
être
victorieux
 
Rien 
à comprendre 
 
Rien 
à espérer 
 
Rien 
à expliquer 
 
Non-Agir
c'est s'impliquer
tout simplement
dans la
Non-Pensée 
 
Non penser
c'est se libérer
de la confusion
pour accueillir
l'Immédiat
 
N’être 
rien 
pour 
naître 
au Tout
 
Tout est là
C’est à cela 
qu’on le reconnaît
 
Tout est 
son contraire
C’est à cela 
qu’on le méconnait
 
 
 
Militez 
 
La 
Présence
est
source
d'éveil
comme
l'éveil 
est 
source
de
Vaillance
 
Le 
Méditant
est
Militant
de la 
non-dualité
 
Soyez 
invincible 
en devenant 
indivisible
par delà
la dualité
du visible
et de l'invisible, 
ces deux faces
d'une même
illusion 
formelle

Corps,
cœur
et esprit
synchronisés
 
Prenez 
conscience 
et rendez-là 
au cœur/esprit 
dont elle est 
l’épiphanie
 
N’attendez 
rien 
d'un 
monde
à l'agonie
 
N’ayez
aucun
compte
à lui rendre
 
Il vous le 
ferait payer 
au prix fort
de votre 
liberté
 
Méfiez-vous : 
les barreaux 
du langage 
vous 
enferment 
dans la cage 
des abstractions 
 
Derrière
ces barreaux
des singes
jouent
aux sages
en imitant 
leurs
paroles
et leur
comportements
 
Les 
concepts 
sont 
des
 putains 
qui donnent 
du plaisir
à ceux qui 
se paient 
de mots 
 
Que 
de livres 
inutiles,
écrits 
par des 
sourds 
pour être 
lus 
par des 
muets
 
Sachez-le : 
"le livre 
qui dit la vérité"
ne contient 
que des 
pages blanches 
 
Les gardiens 
du songe
montent
 la garde 
autour de 
la Présence 
parce qu’elle 
est subversion 
de tous les savoirs 
et de tous 
les pouvoirs. 
 
Démunis, 
ces garde-fous
s’appuient
sur des idées 
abstraites 
comme 
l’aveugle 
sur sa canne 
blanche 
conduisant
à l’abîme 
ceux qui 
le suivent
 
En ces temps 
désenchantés, 
l’imprécation 
est le seul chant
dont l’écho 
peut encore 
émouvoir 
les aveugles
et bouleverser
les sourds-muets
 
Posez 
les questions 
puis laissez-les 
sur la table

Le mental, 
ce vampire 
avide de sens, 
les volera
pour nourrir
votre égo
 
Embrassez
l’angoisse 
du vide
 
Traversez la
avec courage
 
Transformez la
en grâce
pour accéder 
à la plénitude 
de la Vacuité
 
Telle est 
la quête
du Vaillant
dans un 
monde 
en voie 
d'effondrement
 
Le Vaillant
parle
au somnolent
le langage
vivifiant
de l'éveil :
 
" Être
aujourd'hui
un guerrier
du cœur/esprit
c'est oser
le grand saut
dans le vide
du nihilisme
contemporain
pour s'ouvrir
à l’expérience 
ineffable 
de la Vacuité

Comprenne 
qui pourra 
pourvu 
qu’on prenne 
les mots 
pour ce qu’ils sont : 
messagers secrets 
d’une indicible 
vibration. 
 
"Ceux qui croient 
en la substantialité 
ne sont que 
des vaches ; 
ceux qui croient 
en la Vacuité 
sont pires. "
Saraha (IXe siècle)
 
La Vacuité 
n’est ni une thèse, 
ni une croyance, 
mais l’expérience même 
au cœur de l’expérience

Ressources 

Dans Le Journal Intégral : Méditez et Militez  Dans ce précédent billet, nous avons proposé différents liens qui peuvent être des sources d'inspiration sur la connexion entre méditation et action. 

Une Révolution spirituelle (Une réflexion autour du dernier ouvrage d'Abdennour Bidar, suivie d'un entretien avec lui)

Vers une Synthèse évolutionnaire (entre une critique sociale radicale et un développement intégral de la conscience) -  Un Projet Éditorial - Vacance et/ou Vacuité - Abécédaire de la Méditation (1) - Abécédaire de la méditation (2) Une révolution silencieuse -

Buddha Wiki : une source d'information indispensable pour l'étude et la transmission du Dharma  

Vacuité dans le Buddha Wiki

La Voie du Chevalier de Fabrice Midal. Un ouvrage inspirant sur les relations entre spiritualité et engagement qui, à partir d'un point de vue européen, fait écho à l'ouvrage de son maître, Chogyam Trumpa : Shambhala, la voie sacrée du guerrier.


vendredi 16 avril 2021

Méditer et Militer

L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant. René Char

Anna Guegan pour la revue Troisième Millénaire

En mémoire d'Odette,
ma mère
née un 16 Avril.
 
« J’appelle deux grandes familles à se réunir : la famille spirituelle et la famille politique – autrement dit, celle des méditants et celle des militants. Je les appelle à s’inspirer mutuellement d’abord, pour s’élancer ensemble dans l’action. 
 
Je dis donc aux méditants qu’il ne suffit pas de rester assis sur son coussin de méditation, qu’il va aussi falloir aller dans le monde – ce qu’exprimait Martin Buber : « Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se préoccuper de soi. » Le but du travail sur soi est de se mettre au service de la transformation du monde à partir de la plus puissante énergie qu’on aura su libérer en soi. 
 
Mais de manière complémentaire, je dis à ceux qui ont déjà cet habitus de se lancer dans l’action : « N’oubliez pas votre âme ! Essayez de creuser en vous jusqu’à trouver la source de votre élan vital. » Abdennour Bidar 
 
 

 
Méditer 
comme un sage 
pour re-connaître 
la présence d’esprit 
et combattre 
comme un guerrier 
au service de celle-ci 
avec les armes
de la non-violence
contre l'ignorance
et l'aliénation
 
L'ignorance
c'est une science
sans conscience
et  l'aliénation
une conscience
sans vision
 
L'une
et l'autre
ont pour 
conséquence
une société
du spectral
hantée par
l'effondrement

 Méditer et Militer
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise
de l'égomanie
dans le champ
de la conscience
 
L'égomanie
c'est l'illusion
 que je suis
quand j'oublie
qui je suis

Méditer et Militer
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise 
de l'abstraction
dans le champ
de la culture
 
L'abstraction
c'est l'empire
conceptuel
de la séparation
 
Méditer et Militer 
pour déconstruire
et se libérer
de l'emprise
de l'économie
sur l'écosystème
social et naturel

L'économie
c'est la réduction
de toutes les
valeurs 
qualitatives
à une quantité 
de valeur
mesurée par
cet équivalent
général 
abstrait
qu'est
l'argent.

Que faire
face à cette
spirale infernale ?
 
Être là 
Tout simplement 
 
Présence 
Nue 
Attentive 
Ouverte 
Rayonnante 
 
Tout simplement 
Être là 
 
Intègre 
Inspiré
Intrépide
Imprévisible 
Irréductible 
Irremplaçable 
Insaisissable 
 
Telles sont les qualités 
du Guerrier Spirituel 
pour lequel
Méditer c’est Militer 
Militer c’est Méditer 
 
Méditer
c’est cheminer 
sur la voie royale 
du Non Agir
 
Le Non Agir
c'est  l’action 
libérée de l’ego 
de sa volonté 
et de ses intentions 
 
Militer 
c’est déconstruire 
ce qui fait 
obstruction
à la Non Pensée
 
La Non Pensée
c'est  l’esprit 
libéré de la saisie 
et de l’agitation 
mentale 
 
S’abandonner 
à la Vacuité, 
cet autre nom 
de la plénitude
 
Voguer 
sur la vague 
de l’impermanence 
 
Chevaucher 
le tigre 
de la confusion 
 
Effleurer 
les lèvres 
de la compassion 
 
Aborder
aux rives 
sacrées 
du poème
 
Participer
au flux 
magnétique
de l’intuition 
 
Rentrer 
dans le vif 
du sujet 
pour faire
la paix
avec
soi-même
 
Explorer 
le silence 
comme 
un puits 
de science
 
Ouvrir 
la porte 
à l’Un 
Connu
 
Ne pas 
se contenter 
de connaître 
mais reconnaître 
le cœur/esprit 
comme
source 
de toute 
connaissance
 
Embrasser 
le mystère 
comme le fait 
le fils prodigue 
qui revient 
chez lui 
après un 
long voyage 
au pays 
illusoire 
de la séparation 
 
Partir
en quête
du Chevalier
en nous
qui se met
au service
de ce qui est
 
Faire l’amour 
à la peur 
pour enfanter 
le courage, 
cette puissance 
du cœur 

Prêcher 
dans le désert
en transformant
chaque grain 
de sable
en graines 
de sagesse
ineffable
 
Distinguer 
les domaines 
du relatif 
et de l’absolu
 
Le domaine 
du relatif
propre 
au militant : 
celui du devenir 
et de la dualité
 
Le domaine 
de l’absolu
propre 
au méditant : 
celui de l’instant 
et de la non-dualité. 
 
Reconnaître 
la dualité 
comme une 
manifestation 
de l’unité : 
telle est la voie 
de la non-dualité
 
Avec l'arme
de l'attention
déconstruire 
toutes les formes, 
toutes les perceptions 
et toutes les représentations 
qui font obstacle
au rendez-vous
 
Rendez vous 
Tout simplement 
à l’intensité 
de la Présence
 
Quand 
la représentation 
touche à sa fin
elle entre en extase
 
Le Méditant
et le Militant 
accèdent alors
à la synthèse
du Mutant, 
ce chevalier 
du temps
acteur et vecteur 
de la dynamique
évolutionnaire.
 
Ressources
 
Dans Le Journal Intégral : Révolution Spirituelle (une réflexion autour de la pensée d'Abdennour Bidar, suivie d'un entretien avec lui) - L'Art de la Conversion - Les Deux Couronnes - René Char. Une poétique intégrale(1) - René Char. Une poétique intégrale (2) - Vers une Synthèse évolutionnaire (entre une critique sociale radicale et un développement intégral de la conscience) -
 
Blog d’Anna Guegan, dessinatrice inspirée.
 
Revue Troisième Millénaire  Dernier numéro : Pour une médecine holistique
 
Deux sites pour explorer la voie du Guerrier Spirituel: Shambhala (enseignements de Chogyam Trungpa, auteur de Shambhala, la voie sacré du guerrier) - Buddha University (enseignements francophones autour de Denys Rinpoche) -

jeudi 4 mars 2021

Vers une Santé Intégrale

J'ai décidé d'être heureux parce que c'est bon pour la santé. Voltaire

Je ne sais pas si, comme moi, vous êtes saturés par le déluge d’informations, de polémiques et de théories en tous genres, souvent contradictoires (parfois fantasques ou carrément délirantes), diffusées par les réseaux sociaux et les médias depuis le début de la pandémie de Covid19. C’est ainsi que nous assistons, passifs et impuissants, à la guerre opposant les différents acteurs de la santé avec la mobilisation d'une armée d’anonymes, en soutien dans les tranchées numériques, qui se découvrent soudainement une vocation d’épidémiologiste, de virologue ou de vaccinologue ! Sans compter les émasquologues dont l'obsession consiste à retirer les masques en y mettant autant de passion que des ados soulevant  les jupes des filles.

Nous sommes ainsi pris en otage dans l'affrontement entre deux camps qui se renvoient, l'un l'autre, deux images caricaturales : d'un côté, l'image diabolique d'une techno-médecine totalement corrompue par des multinationales qui instrumentalisent la santé et la maladie pour en faire exclusivement des sources de profit, et de l'autre côté, l'image effrayante d'une médecine "naturelle" ou "holistique" aux mains des charlatans qui utilisent la pensée magique pour escroquer leurs victimes en souffrance !...  Devant ce "gloubi-boulga" aussi grotesque que régressif, vient un moment où l'on a envie de siffler la fin de cette guéguerre profondément infantile. 

Pour éviter l’infobésité, il faut prendre ses distances avec cette "infodémie" en se hissant vers une vision synthétique qui mettrait un peu d’ordre dans la confusion ambiante. C’est dans cette perspective que nous consacrerons ce billet à une approche intégrale de la santé, implantée dans de nombreux pays, dont l’ambition est de créer des liens entre les diverses approches de la santé et de la guérison. Cette vision intégrale vise à dépasser une approche disciplinaire, trop cloisonnée et trop spécialisée, pour développer une perspective globale capable de prendre en compte la santé dans toutes les dimensions – intérieures et extérieures, individuelles et collectives – où évolue chaque être humain. 

Un tel programme soulève bien des questions. Comment rassembler dans une vision synthétique la perspective de la médecine moderne hyper technique et celles des sagesses traditionnelles ? Comment assurer une continuité entre le monde extérieur objectivable du biologique et le monde intérieur et subjectif du psycho-spirituel ? Comment établir des ponts entre la médecine moderne, les médecines ancestrales, et les approches dites complémentaires ou alternatives ? Comment interconnecter l’individualité du patient au collectif du monde qui l’entoure ? 

Pour répondre à ces questions, Jean Luc Monsempès propose sur le site Coaching de santé, une série de quatre textes passionnants où il développe en profondeur les divers aspects d’une santé intégrale : Une approche intégrale de la santé – Santé intégrale et intégrative – Santé intégrale et évolution de la conscience – Santé intégrale et intentionnalité (voir Ressources). Nous vous proposerons ci-dessous deux extraits de ces textes dont un où l’auteur utilise le modèle des Quatre Quadrants de Ken Wilber, bien connu des lecteurs du blog, pour proposer une carte intégrale de la santé. 


 Coaching de Santé

Crée et animé par le docteur Jean-Luc Monsempèse le site Coaching de Santé a pour but de promouvoir le métier de coach de santé et de diffuser l’information la plus complète possible sur une vision globale, dynamique, systémique et responsabilisante de la santé individuelle et collective en valorisant le rôle du patient dans son processus de santé et de guérison. 

Docteur en médecine, Jean Luc Monsempès a exercé en France et surtout à l’étranger (Brésil, Sahara, Arabie Saoudite, Thaïlande) avec différentes organisations dont Médecins Sans Frontières. Il a également une longue expérience de l’entreprise en tant que directeur médical, marketing et opérationnelle d’une activité d’exportation dans l’industrie pharmaceutique. Sa troisième expérience professionnelle est celle de la formation continue, d’abord en tant que formateur, consultant et coach indépendant, puis en tant que dirigeant de l’Institut Repère pendant 16 ans.

Sa réflexion originale et synthétique sur la santé intégrale intéressera tous ceux qui sont fatigués d’assister à la guerre des égos et des récits opposant, de manière aussi violente qu'artificielle, les différents professionnels de la santé campés dans leur spécialité et leur paradigme comme sur un territoire à défendre contre les envahisseurs. Loin d’être un problème, la diversité des paradigmes, des théories et des pratiques est une richesse dès lors qu’une vision intégrale est capable de les mettre en relation à travers une approche globale et systémique qui prend en compte l’être humain tant dans sa totalité que dans sa diversité. 

Patrie de l'abstraction, de l'analyse et du cloisonnement disciplinaire, la France est, comme bien souvent en manière d'innovation, très en retard dans cette approche intégrale de la santé. Faites en l'expérience en tapant "Integral Health"  sur Google et vous verrez la multiplicité des sites anglophones qui y sont consacrés. Les polémiques d'arrière garde qui parcourent actuellement le champ médical montre que le temps est venu de rattraper ce retard et la réflexion passionnante du Dr Monsempès nous y invite.

Une approche intégrale de la santé. Jean Luc Monsempès 

Le terme anglais health provient du vieil anglais "hoelth" qui signifie intégrité, globalité et sécurité du corps, et qui a donné naissance au mot holistique. Le terme santé provient du latin "saluto" qui signifie préserver sain et sauf, et de "sano" qui signifie rendre sain, guérir, réparer, et ramener à la raison. La santé se rapporte donc à un "tout", une "intégralité" qui conserve ses qualités sans altérations, et qui concerne le corps et la raison. 

Le terme intégral se rapporte à ce qui est entier, à ce qui ne fait l'objet d'aucune restriction, d'aucune coupure, et ce qui réalise pleinement une qualité ou une caractéristique. Dans une définition d’une santé intégrale, c’est la santé qui se réalise pleinement. Ce qui implique que la santé n’est pas un état mais un processus avec des stades ou différents niveaux de santé, adaptés à des niveaux de conscience. Ce qui n’est pas restreint ou limité nécessite de l’espace et de l’ouverture. La santé intégrale se doit donc de proposer un cadre conceptuel et pratique en mesure de rassembler l’ensemble des connaissances et perspectives à propos de la santé. Ce qui ne fait l’objet d’aucune coupure nécessite des liens et une continuité plutôt que des divisions et des polarités. 

Les défis d’une approche intégrale de la santé

… Seule une approche véritablement holistique et évolutive de la santé est en mesure de répondre à ces défis. Mais le jeu en vaut la chandelle, car les gains potentiels sont d'une grande portée : il ne s’agit plus seulement de guérir les symptômes et de soulager la souffrance, mais de créer une prise de conscience favorable à un épanouissement du corps, du mental et de l'esprit, à une santé durablement en expansion, pour nous-mêmes et pour l'humanité. 

Ces buts peuvent paraître utopiques, et pourtant ils s’inscrivent dans le cadre de la définition de la santé par l'Organisation Mondiale de la Santé : « Un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » et représente « l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soit sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale » Inscrite au préambule de la constitution de l'OMS en 1946, cette définition n'a pas été modifiée depuis. Elle implique la satisfaction des besoins fondamentaux de la personne, qu'ils soient physiques, affectifs, sanitaires, nutritionnels, sociaux ou culturels. 

En 2011, H. Hubber et coll. proposent dans le British Medical Journal une nouvelle définition de la santé à l’OMS « La santé est la capacité à s’adapter et à se prendre en charge face à des problèmes physiques, émotionnels et sociaux ». Cette nouvelle définition complète et transforme la précédente en y ajoutant deux distinctions majeures : on passe de la notion "d’état de santé" à celle de processus « "d’adaptation", et aussi des solutions extérieures du "droit à la santé" aux solutions intérieures : "se prendre en charge". La santé intégrale doit être capable d’inclure et mettre en pratique ces nouvelles perspectives de la santé. 

Une carte intégrale de la santé selon Ken Wilber - Jean Luc Monsempès 

 

… Comme le déclare Bateson, un réseau de communication relie le monde du dedans et le monde du dehors. Les problèmes ne viennent que des séparations et catégorisations que nous pouvons faire avec notre mental « La monstrueuse pathologie atomiste que l’on rencontre aux niveaux individuel, familial, national et international - la pathologie du mode de pensée erroné dans lequel nous vivons tous - ne pourra être corrigée, en fin de compte, que par l’extraordinaire découverte des relations qui font la beauté de la nature.» dit G. Bateson. Comment dépasser les divisions et catégorisations mentales sources de souffrance humaines pour réunir sur une même carte les différents domaines de vie qui contribuent à ce « tout » ? 

Pour Ken Wiber, philosophe moderne et l’auteur de la "théorie intégrale", toute connaissance humaine sur un sujet se déploie dans quatre catégories distinctes, qui sont complémentaires et non en compétition. À ces quatre catégories de la réalité correspondent des modes de connaissance et des critères différents de validité de la connaissance. La carte intégrale commence en reconnaissant simplement que l'expérience humaine s'exprime de quatre façons : le biologique, le psycho-spirituel, le culturel et le social. Ces quatre aspects de notre expérience sont illustrés à la figure 1. 

Le côté droit de la carte contient les deux aspects de la vie que nous appelons extérieurs : le biologique et le social. Sur le côté gauche se trouvent les deux aspects de la vie que nous appelons intérieurs : le psycho-spirituel et le culturel. Les deux quadrants supérieurs, le biologique et le psycho-spirituel, sont des domaines personnels de développement. Les deux quadrants inférieurs du culturel et du social, sont des domaines de vie que nous développons et partageons avec les autres. Cette approche holistique englobe donc nos expériences intérieures et extérieures et nos expériences individuelles et partagées. Chacun de ces domaines doit être pris en compte lorsqu’on veut aborder la souffrance et la maladie de manière globale, et que l’on cherche à atteindre une santé et une vie plus riche de sens. 

Appliquons maintenant le modèle de la carte intégrale de Ken Wilber au thème de la santé, de la maladie et de la guérison. Cette carte nous donne accès à la notion de totalité si attachée à la notion de santé. Quand le corps subit des modifications objectivables (ce que nous appelons "l’événement"), ces changements peuvent être observés et interprétés selon les différentes cartes du monde du modèle intégral de Ken Wilber. 

La carte de l’objectif, "du physique et du biologique".

Dans une perspective matérialiste, la médecine conventionnelle focalise son attention presque exclusivement sur le biologique et le physique, à partir de critères observables et mesurables. Cette forme de médecine croit essentiellement aux causes physiques et biologiques des symptômes des maladies physiques, mentales et émotionnelles et par conséquent ses interventions seront chimiques et physiques (Chirurgie, Médicaments, Thérapie génique, Dispositifs médicaux, Modifications comportementales). Une personne est guérie lorsque des mesures physiques (respiration, cardiovasculaire, force musculaire...etc.) ou biologiques (constantes sanguines, hormonales…etc.) rentrent dans des "normes" déterminées de façon consensuelle (voir la carte du culturel). Cette carte du monde est celle de la médecine scientifique moderne, dont les formidables exploits ont quelque peu mis dans l’ombre les autres aspects de la santé, de la maladie et de la guérison. 

La carte du subjectif, du "psycho-spirituel individuel".

Des approches nouvelles comme la psycho-neuro-immunologie et l’épigénétique ont clairement démontré le rôle essentiel des états internes de la personne et du stress comme causes et aussi comme ressources de guérison des maladies mentales et physiques. D’autres études ont montré l’impact positif des techniques de visualisation, d’affirmation, de gestion du stress, de méditation sur de nombreux paramètres de santé. Cette carte se rapporte au vécu subjectif et relatif de l’événement médical (capacités, croyances et valeurs, identité et spiritualité). 

Ce vécu est interprété à partir de critères subjectifs (évaluation de la douleur, impact social et économique, handicap potentiel par rapport à des projets de vie.) La mesure est relative et intentionnelle car le niveau de santé est évalué en fonction des circonstances dans laquelle se trouve la personne, et aussi en fonction de ses projets de vie. L'âge, le sexe, le niveau de scolarité, le revenu et les caractéristiques psychosociales sont des facteurs qui impactent les différences de perception de l'état de santé. 

Cette carte très personnelle de la réalité est sans cesse influencée, d’une part par ce à quoi nous donnons du sens (projets de vie, rêves, valeurs) pour notre vie future, et d’autre part par des événements du passé qui peuvent s’opposer à leur réalisation. L'une des principales composantes de nos cartes personnelles de la réalité est celle des empreintes, c’est-à-dire des mémoires qui se forment dès le plus jeune âge et qui peuvent servir de racine aux croyances limitantes et/ou facilitantes que nous pouvons élaborer en tant qu'enfants. 

Certaines croyances limitantes résultent d'expériences douloureuses voire traumatiques qui ont été oubliées. Ces croyances vont déterminer, consciemment ou inconsciemment la manière de percevoir notre état de santé et ses possibilités de changement. De part son fonctionnement systémique, le cerveau pourra tenter de corriger lui-même les souvenirs négatifs ou les croyances sous la forme d'une réponse immunologique. 

Les approches subjectives et individuelles de la santé existent depuis la nuit des temps. Elles ont particulièrement développées dans les sociétés qui sont restées éloignées de la technicité de la médecine moderne. Ces médecines dites "traditionnelles" visent à rétablir l’équilibre de vie de la personne, par l’intercession de nombreuses forces ou esprits propres à chaque culture. Dans les pays occidentaux, l’intérêt pour ces approches dites "psycho-spirituelles" se retrouve maintenant dans ce qu’on appelle les médecines alternatives et complémentaires. 

La carte culturelle des "inter-subjectivités".

Le domaine de la santé sous forme de quadrants. Site Développement Intégral

La conscience individuelle d’une personne malade est intimement liée aux valeurs, aux croyances et aux visions partagées par la communauté d’appartenance. Nous parlons alors d’une anthropologie de la maladie. La façon dont la communauté considère une maladie particulière peut profondément impacter la manière dont l’individu affronte cette maladie, et influencer le cours de sa maladie physique. Cette carte inclut l’ensemble des facteurs intersubjectifs cruciaux qui influencent toute relation humaine. La relation avec les professionnels de santé, la définition du normal et du pathologique, la manière d’annoncer un diagnostic ou un pronostic, les croyances des soignants sur les possibilités de guérison d’une maladie… tous ces facteurs peuvent impacter le cours de la maladie ; 

Les statistiques médicales sont des cartes qui gomment les individualités et édictent des vérités pour tous et toutes ; Certaines maladies (dépression, ménopause, parasites intestinaux, crise de foie…etc.) ont une réalité très culturelle qui fait qu’elle existe dans une communauté et pas dans une autre ; La manière de labéliser les pathologies (par ex. les tumeurs ou les addictions..) donne un sens positif ou négatif à l’événement ; 

L’attitude de soutien de l’environnement proche (famille et amis) et distant (rôle de la prière et des intentions de guérison) jouent un rôle démontré dans l’évolution de l’état de santé ; La culture médicale dominante vis à vis de certaines maladies (maladies dites incurables, mortelles, handicapantes, maladie professionnelles ou non…etc.), ou vis à-vis des approches dites alternatives ou complémentaires (shamanisme, naturopathie, magnétismes, homéopathie, bols tibétains…) peuvent exclure certaines personnes de soins utiles ; 

Un comportement peut être considéré comme pathologique dans une société donnée (par exemple, la transe dans la culture occidentale) et normal dans une autre (par exemple, les transes rituelles en Afrique ou au Brésil). Une maladie (Coronavirus), peut être interprétée en tant que menace ou opportunité de remettre en cause la culture dominante (maladie du libéralisme, de la mondialisation ou de l’écologie). Les croyances religieuses sur les causes (faute et péché) et conséquence (punition et enfer) de certaines maladies vont également colorer tout événement médical. 

Selon les cultures, l’intérêt porté à un organe ou différentes parties du corps peut être différent. La culture occidentale porte toute son attention au cœur qui est la source de vie. Dans le Japon traditionnel, le siège de la vie est l'abdomen (hara) et ce dernier condense les significations que nous attachons en occident à la fois au cerveau et au cœur. 

Les valeurs et croyances collectives vont forger une sorte de dogme qui va profondément impacter les représentations de l’individu et ses possibilités de guérison. Les croyances des autres peuvent parfois s’insinuer en nous, comme un virus de la pensée, et se développer en nous de façon à ce qu’elles deviennent les nôtres. Nous pouvons mourir par conformité à une vérité collective. S’il n’est pas aisé de se définir en dehors de normes culturelles, c’est parfois un élément clé du processus de guérison. Guérir implique bien souvent de se libérer du "bruit de fond" de la pensée des autres, et redéfinir de façon autonome la direction que nous souhaitons donner à notre vie. 

La carte sociale et de "l’économie de la santé".

Cette carte est celle des relations d’un individu avec un environnement externe (observable) susceptible de contribuer à sa santé et sa guérison. Ce sont les facteurs sociaux, économiques et matériels qui sont peu souvent considérés comme faisant partie de l’entité de la maladie, mais qui sont comme pour les autres quadrants, causatifs de la maladie et de l’efficacité des soins. 

 Ce quadrant inclut des facteurs tels que l’économie (la possibilité d’avoir un travail et un revenu, de se loger et de se nourrir) ; les systèmes de soin (présence et organisation des infrastructures médicales, nombre de professionnels de santé, aménagement des locaux) ; l’accès aux soins (prise en charge, assurances maladie) ; les systèmes sociaux (allocations chômage, familiales, de logement et médecine du travail…) ; l’environnement physique (pollutions diverses) et humain (l’engagement social de l’individu). Tous ces facteurs vont jouer un rôle important dans les causes des maladies mais aussi dans les solutions apportées à ces mêmes maladies. 

L’interdépendance des quatre cartes de la santé.

Évolution des niveaux de conscience dans les 4 domaines de la santé. Coaching de Santé
 

Ces quatre domaines de notre expérience sont liés et interdépendants. Ils s'influencent toujours les uns les autres. Une vie psycho-spirituelle peu développée entraîne à la fois une physiologie perturbée et des relations insatisfaites avec le monde extérieur. Des relations perturbées mènent à une vie mentale perturbée et à une physiologie perturbée, et ainsi de suite. La carte intégrale nous rappelle la présence de ces interactions et nous oblige à aborder les relations entre chaque aspect de notre expérience. 

La guérison intégrale est souvent décrite comme "holistique". Un élément clé de la philosophie de Ken Wilber est le Holon, une notion issue des travaux d’Arthur Koestler. Pour Wilber, toute entité, tout concept, partage une double nature : une totalité en lui-même et la partie d’un autre tout. Par exemple, une cellule est une totalité et également une partie d'un tissu, d’un organe et d’un organisme. Les holons individuels sont des membres d'un holon social et culturel. Toute chose, depuis les particules de matière en passant par l’énergie et jusqu’aux idées, peut être considérée sous cet angle. De ce point de vue, toute chose est un holon. Ainsi l’infiniment petit du fonctionnement subatomique de nos molécules est, par l’intermédiaire de holons enchâssés, en lien avec l’infiniment grand de notre vie collective et spirituelle. 

Voyons comment chacun de ces quadrants peut faire une différence sur le plan de la maladie et de la santé. Une pathologie cardiaque a une composante biologique avec par exemple un rétrécissement des artères coronaires, une alimentation trop riche et un niveau de forme physique insuffisant. Le problème cardiaque comporte également une composante psycho-spirituelle, par exemple un mélange de stress excessif, d'anxiété et de dépression, et une composante interpersonnelle avec des relations malsaines et un faible niveau d'engagement social. Enfin, le problème cardiaque a une composante sociale, avec le stress d’un travail dépourvu de sens, la sédentarité, le manque aux soins de santé préventifs. Une approche globale d’une pathologie cardiaque ou de toute autre pathologie, mérite la prise en compte de toutes ces cartes de la maladie. 

Dans des pathologies aiguës, les efforts actuels de guérison de la maladie et de rétablissement se limitent bien utilement aux interventions biomédicales (médicaments, chirurgie, thérapies diverses) situées dans le quadrant supérieur droit. La détresse mentale pourra également être réduite à des anomalies neurobiologiques, un désordre hormonal, et traitée avec des antidépresseurs ou des anxiolytiques. Par contre, une pathologie chronique présuppose l’existence d’une cause non biologique au déclenchement et au maintien du problème de santé. 

Dans ces situations, nous devons élargir notre conscience aux différents domaines de vie qui participent à notre santé et à notre bien-être. Cette vision globale n’est pas toujours aisée, car la science moderne a tendance à réduire la vie à son expression la plus extérieure et la plus petite, en ignorant ses autres aspects. Dans nos sociétés occidentales, nous ne sommes pas en mesure de guérir définitivement ou de prévenir les pandémies actuelles de souffrances mentales et de mal-être, et encore moins d'atteindre une santé et une vie radieuses. Pour y parvenir, il est nécessaire d'aborder tous les aspects de notre vie, c’est-à-dire chacun des quatre quadrants. Cela exige une approche holistique authentique, une approche intégrale. 

Ressources 

Sur le site Coaching de santé  : Une approche intégrale de la santéSanté intégrale et intégrativeSanté intégrale et évolution de la conscience Santé intégrale et intentionnalité -

Dans Le Journal Intégral :  Introductions à la Vision Intégrale – Vous y trouverez une sélection des billets du Journal Intégral consacrés à la présentation de la théorie intégrale et des travaux de Ken Wilber. Psychothérapie intégrative (2 billets) 

L'approche intégrale : introduction aux quadrants  Site Développement Intégral

Une vue d'ensemble de la Théorie Intégrale - Un modèle global pour le XXIème siècle. Sean Esbjor-Hargens Site de Kevin Solinsky 

mercredi 10 février 2021

Une Révolution Spirituelle

C’est quand tout semble perdu que tout est sauvé. Abdennour Bidar 

Plus d'un an de pandémie mondiale !... Et si, au lieu de nous lamenter en rugissant comme des fauves en cage, nous tentions de chevaucher le tigre, en utilisant, selon l'ancienne sagesse tantrique, le poison comme remède ? Nous pourrions alors vivre cette période non comme une calamité mais comme une chance: une forme d'initiation collective permettant d'initier ou d'approfondir la "révolution spirituelle", évoquée par Abdennour Bidar dans son dernier ouvrage, que notre monde en crise rend à la fois urgente et nécessaire.

Dans Le Journal Intégral, nous avons à plusieurs reprises fait référence à la réflexion du philosophe Abdennour Bidar dont la pensée est cousine de celle développée dans ce blog. Docteur et agrégé en philosophie, bien connu pour ses travaux sur l’islam contemporain, Abdennour Bidar a développé dans ses deux précédents ouvrages, Les Tisserands et Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation, une réflexion qui articule spiritualité, culture et politique à travers le paradigme du "Triple Lien" : à soi, aux autres et à la nature. 

Nous évoquons nous-même ce Triple Lien sur ce blog depuis une décennie à partir d’une perspective intégrale qui rend compte d’une évolution systémique concernant à la fois la conscience (Je, le lien à soi médiatisé par une conscience psycho-spirituelle), la culture (Tu, le lien à l’autre médiatisé par des codes culturels) et le milieu de vie (Il, le lien à l’écosystème médiatisé par l’organisation socio-économique). Dans son dernier livre-poème, Abdennour Bidar fait le constat que ce monde capitaliste et consumériste nous oblige à vivre une existence sans âme, sans esprit et sans humanité. Ce qui conduit l'auteur à lancer un vibrant appel à une révolution spirituelle fondée sur la reconnaissance et l'expérience vécue du Triple Lien. 

Abdennour Bidar croit aux forces de l'Esprit et à la capacité de la jeunesse de trouver en elle-même, dans un retournement intérieur vers l'Absolu, les puissantes ressources nécessaires pour nous sortir des impasses où l'exploitation du monde nous a perdus : impasse climatique, impasse économique, impasse matérialiste... Le philosophe nous engage à retrouver un horizon d’espérance métaphysique en réponse à cette "hubris" qui trouve son origine dans une science sans conscience et dans une conscience sans vision dont la conséquence est la prolifération cancéreuse d’un techno-capitalisme qui détruit nos milieux de vie, sociaux et naturels. 

« C’est quand tout semble perdu que tout est sauvé » considère Abdennour Bidar. A charge pour chacun d’entre nous de participer à cette révolution spirituelle en profitant de cette initiation collective que représente la pandémie pour nous remettre en question et développer le Triple Lien. Après avoir évoqué certains aspects de la pensée du philosophe et du contexte  socio-culturel dans laquelle celle-ci se développe, nous proposerons ci-dessous l'entretien donné par Abdennour Bidar au journal Le Monde le 17 Janvier au sujet de la révolution spirituelle en général et de son nouveau livre en particulier.

Une Conspiration Universelle

Auteur d’une fameuse Lettre ouverte au monde musulman, le philosophe Abdennour Bidar fait partie de ces consciences éveillées qui ont su interpréter avec le plus de profondeur le message véhiculé par ces signes du temps que sont les attentats terroristes perpétrés en France ces dernières années. Le 19 Novembre 2015, suite aux attentats du Bataclan, il publie dans plusieurs quotidiens en Europe un article où il écrit notamment ceci : 

« A partir de ma double culture française et musulmane, j'essaie d'expliquer que nous sommes tous maintenant, musulmans et occidentaux, et la planète entière avec nous, confrontés à une immense question qui fait son grand retour au milieu du monde humain: la question du sacré. Voilà le défi du siècle qui s'ouvre. Il nous renvoie non pas à la crise écologique, ni aux crises financières ou politiques, ni aux crises géopolitiques, mais à la mère de toutes les crises: celle du spirituel. » 

Dans une société en voie d’effondrement, hystérisée par une multitude de  délires complotistes, il convient de remettre les pendules à l’heure comme l’a fait Abdennour Bidar quand il constate : « Et s’il y en a un, voilà le vrai visage du totalitarisme aujourd’hui : la conspiration terrible, tyrannique et secrète de toutes les forces intellectuelles et sociales qui condamnent l’être humain à une existence sans aucune verticalité. » 

Nous avions mis cette pensée  en exergue d’un billet intitulé État d’urgence spirituel où nous évoquions le parcours du philosophe. Un tel constat rejoint d’ailleurs très précisément celui effectué par Georges Bernanos en 1947 dans La France contre les robots : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas tout d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Dénoncée par Bidar comme par Bernanos, cette "conspiration" n'est, bien-sûr, ni le fait d'individus malfaisants, ni celui de sociétés plus ou moins secrètes, mais l'expression d'une mentalité moderne fondée sur une idéologie à la fois matérialiste et scientiste à l'origine d'un techno-capitalisme, destructeurs des milieux humains et naturels.

En niant la dimension heuristique et la puissance cognitive de la sensibilité et de l'intuition, de l'imagination et du symbole, cette mentalité moderne réduit la complexité multidimensionnelle de la conscience au jeu abstrait et unidimensionnel d'une rationalité instrumentale et analytique. Cette hégémonie de l'abstraction et du calcul a instauré ce que René Guénon a nommé Le Règne de la Quantité dans un ouvrage paru la même année que celui de Bernanos, tout comme La Dialectique de la Raison en Allemagne, ce fameux livre où Adorno et Horkheimer analysent le processus par lequel les Lumières se sont transformés en leur contraire. Pas de hasard si, en cette même période d'après-guerre, des penseurs inspirés établissent le même constat à partir de perspectives différentes !..

Conspiritualité

Ces remarques de Bidar et Bernanos ouvrent une piste pour mieux comprendre comment cette "conspiration du nihilisme", en étouffant la voie du cœur et en barrant la voie de l'esprit, est devenue la matrice secrète générant la vague et la vogue du complotisme aujourd'hui  Quand on nie la puissance heuristique de l'intuition et la force symbolique du mythe qui furent au cœur des sagesses traditionnelles, quand on réduit l'imagination à la "folle du logis" (Mallebranche), il ne faut pas s'étonner que celle-ci revienne - à travers ce fameux "retour du refoulé" analysé par Freud - sous une forme sauvage, plus ou moins délirante

Les complotistes d'aujourd'hui vivent dans des sociétés qui n'ont pas d'autre mythe fondateur que celui - déshumanisant - de la techno-science. Parce qu'ils se vivent comme des victimes, ils s'inventent alors des mythologies de pacotille, souvent pathétiques et paranoïdes, fantasmant des bouc-émissaires en monstrueuses figures pédo-satanistes pour apaiser leur colère et conjurer leur mal-être. Le double sens du verbe conjurer, qui relève à la fois du complot et de l'exorcisme, rend bien compte de la dimension cathartique propre à l'imaginaire complotiste qui consiste à se libérer de ses propres démons en les projetant sur un Autre fantasmé. Ce n'est pas pour rien que toute une mythologie satanique peuplée de démons hante l'imaginaire et l'iconographie complotistes.

Faisons l'hypothèse suivante : au-delà des justifications factuelles propres aux situations vécues par chacun, la souffrance et la confusion des complotistes ont fondamentalement pour origine la perte du sacré - cette connexion organique de la subjectivité à son milieu d'évolution - naturel, social et symbolique - qui fut au cœur de toutes les sagesses traditionnelles. En paraphrasant une célèbre formule de Chesterton, on pourrait dire que la perte du sacré ne conduit pas à croire en rien mais à croire en n'importe quoi !

Certains, conscients du vide laissé par la perte du sacré, réagissent en initiant ou en suivant des démarches alternatives qui réenchantent notre rapport au monde. D'où le succès de nombreuses pratiques qui, comme la méditation ou le yoga, permettent de dépasser les limitations du mental par un retour aux sources vitales de l'intériorité. Mais, parmi les tenants de ces pratiques alternatives, il en est qui s'arrêtent à mi-chemin pour se réfugier dans ce que des chercheurs ont nommé la conspiritualité. Ce néologisme, mélange de conspiration et de spiritualité, décrit l'hybridation du complotisme identitaire (raciste, antisémite et suprématiste) avec certaines approches holistiques et ésotériques du new age et du bien-être, des médecines et des spiritualités alternatives. 

A titre d'exemple, on peut lire ceci dans un article de Slate intitulé Le Yoga, terrain fertile pour les théories du complot ? : "Pour Matthiew Remsky, animateur d'un podcast sur le lien entre complot et croyance du New Age, la mouvance du "bien-être" est un terrain fertile pour ce genre d'idées. Le yoga partage en fait trois croyances avec les théories du complot : tout est lié, rien ne ne passe sans raison et rien n'est comme il apparaît". Si, en France, le yoga semble encore à l'abri de ce phénomène, on constate dans certains milieux alternatifs des formes de conspiritualité qu'une remarque de Pierre-André Taguieff permet de mieux comprendre : "La tournure d'esprit des complotistes est proche de celle des initiés qui croient détenir un savoir secret, une gnose confidentielle. Le transfert de la logique ésotérique  à la pensée complotiste se fait très facilement".

Les uns et les autres partagent une croyance commune, celle d'un complot des élites qui trahissent l'intérêt général en manipulant le peuple pour en tirer des bénéfices personnels. Si, chez les uns comme chez les autres, on retrouve les idées de "grand réveil" et de transition vers un "nouveau monde", ils se rejoignent aussi dans leur incapacité à développer une analyse à la fois critique et rigoureuse du paradigme dominant, préférant les frissons émotionnels de la fiction et les jouissances pulsionnelles de la catharsis qui s'expriment à travers des anathème haineux contre des milliardaires (Bill Gates, Rockefeller) et/ou des juifs (Soros, Rothschild), réactivant ainsi - sans grande originalité - des préjugés millénaires dont on a pu mesurer les conséquences mortifères au siècle dernier. 

Comme l'écrit un groupe d'écrivains italiens sous le pseudonyme "Wu Ming" dans une analyse très détaillée du mouvement QAnon : " Les fantasmagories complotistes proposent des représentations simplistes - souvent caricaturales - du capitalisme et des substituts à la critique du système. Ils occupent un vide d'analyse et d'initiatives, ils prennent des raccourcis mentaux, ils détournent le mécontentement là où il ne peut s'exprimer que par des grognements impuissants, ils déresponsabilisent... Si je projette mon malaise sur un ennemi occulte, je peux éviter une auto-analyse inconfortable et continuer dans mon train-train quotidien... Je choisis les fantasmagories du complot parce que par rapport à l'analyse de l'économie politique, elles sont plus faciles et confortables. " Et ce qui vrai en ce qui concerne l'économie politique l'est aussi bien sûr en ce qui concerne leur analyse superficielle de l'hégémonie culturelle, bien souvent réduite à des poncifs issus de celle-ci.  

Intuition et Raison

Si les adeptes de la conspiritualité peuvent avoir parfois de bonnes intuitions sur l'état de décomposition de nos sociétés et sur l'impérieuse nécessité d'un changement radical, leurs capacités d'interprétation sont très insuffisantes pour transposer ces intuitions à travers la cohérence d'une pensée critique et inspirée proposant une voie de libération personnelle et un programme d'émancipation collective.

Auteur de Pourquoi croit-on ?, Thierry Ripoll, chercheur en psychologie cognitive, évoque cette problématique : " Un cerveau intuitif, peu porté sur l'analyse, adhère à des croyances infondées qui font le lit des théories du complot" (Le Monde). Dans un autre entretien où il présente cet ouvrage, à la question " Quelle est la croyance la plus dangereuse ?", il répond : " Celle qui consiste à croire que ce que nous savons par le biais de notre seule intuition a plus de valeur que ce que nous offre la raison ou l'évidence empirique. L'intuition est un merveilleux outil que j'ai beaucoup étudié en tant que psychologue cognitiviste... Mais l'intuition non assujettie à l'analyse critique peut-être à l'origine de croyance les plus délirantes et dangereuses.

Les études sur les deux systèmes de la pensée ont montré que, dans de nombreux cas, les biais cognitifs propres aux réponses immédiates de l'intuition (système 1) doivent être contrôlés et corrigés par la rationalité (système 2). Il ne faudrait pas cependant oublier que les formes supérieures de l'intuition sont au cœur de la créativité et de la spiritualité. Ce qui faisait dire à Einstein : " L'esprit intuitif est un don sacré et l'esprit rationnel doit être à son service." Pour exprimer tout son potentiel visionnaire, la vigueur créatrice de l'intuition doit s'enraciner dans une rigueur rationnelle qui la canalise en la structurant, ce qui permet d'éviter la confusion entre l'imaginaire et la réalité telle qu'elle se manifeste notamment dans les délires complotistes. Les lecteurs réguliers du blog savent que l'approche intégrale est fondée sur une diversité épistémologique décrite par Ken Wilber comme les Trois Yeux de la Connaissance (intuition, raison et sensation).

Les complotistes tombent dans le piège fantasmagorique des délires victimaires dès lors qu'ils se révèlent incapables d'équilibrer et d'intégrer intuition et rationalité dans une vision synthétique. Seule une telle approche intégrale est à même de rendre compte de la dynamique évolutive qui transforme, de manière systémique, les champs de la conscience et de la culture, de la société et de l'écosystème. Pour éviter les illusions, les dangers et les confusions dont la conspiritualité est le vecteur, il est bon de connaître ce phénomène aujourd'hui bien documenté, surtout dans l'espace anglophone (taper conspirituality sur Google ou voir la rubrique Ressources pour des articles en français). 

Mais ce phénomène du complotisme est d'autant plus complexe à aborder que les institutions dominantes et leurs porte-paroles médiatiques ont pris l'habitude, par facilité, de disqualifier des approches critiques, alternatives et créatrices, en opérant trop souvent l'amalgame entre celles-ci et des démarches complotistes. Tous ceux qui contestent le paradigme dominant, en proposant des alternatives à celui-ci, risquent ainsi d'être discrédités en se faisant précisément traiter de "complotistes" !... C'est dans cette perspective qu'en observant les Paniques anti-complotistes, Frédéric Lordon a analysé dans plusieurs articles la stratégie qui consiste à disqualifier pour mieux dominer à travers qu'il ce qu'il nomme le "Complotisme de l'anticomplotisme !"

Métanoïa et Paranoïa 

Les acteurs de la révolution spirituelle doivent avoir conscience des impasses de la conspiritualité comme des stratégies de disqualification, afin de les dépasser toutes les deux. Animés par des individus qui sont à la fois militants et méditants, cette révolution spirituelle doit être capable de déconstruire de manière rigoureuse, à partir d'une vision intégrale, le système hégémonique issu du paradigme abstrait de la modernité, aujourd'hui en voie d'effondrement. Cela demande à la fois une pensée critique, une vision globale, une intuition créatrice et un engagement existentiel capables de remettre en cause les habitudes de pensée et leurs certitudes dépassées. 

Pour cela il faut quitter le confort des conformismes académiques et l'entre-soi des reconnaissances institutionnelles ou médiatiques pour explorer son intériorité, s'aventurer vers de nouvelles voies théoriques et expérimenter des pratiques, individuelles ou collectives, qui sont autant d'expressions d'un paradigme émergent. Cette ligne de crête est une voie étroite et un chemin initiatique qui permet de se libérer des conditionnements faisant obstacle au saut évolutif vers une nouvelle étape de notre humanité. 

Un tel saut qualitatif provient d'une conversion intérieure qui remet à l'endroit ce que l'hégémonie du matérialisme et du réductionnisme avait inversé. C'est une telle inversion qui a progressivement transformé l'être humain en "Homo Œconomicus" en le privant de ressources essentielles afin qu'il s'identifie de manière exclusive à ses intérêts égoïstes. Cette inversion est à l'origine d'une compétition et d'une méfiance généralisée entre monades isolées, voire parfois d'une guerre de tous contre tous, générée par une paranoïa ambiante dont le complotisme est une manifestation spectaculaire et exacerbée. 

Dans son sens astronomique, la révolution est le retour d'un astre à un point de son orbite. Dans son sens politique, c'est le renversement d'un système en place. Dans un sens figuré, pour l'être humain, une révolution spirituelle est un retour aux sources de l'esprit, enrichi par l'expérience d'un cycle évolutif. Un tel retournement déclenche le renversement du paradigme dominant, lié au cycle dépassé. Un tel mouvement de l'esprit, bien connu des grecs, qui le qualifiaient de Métanoïa, remet l'envers à l'endroit en nous libérant des illusions de la séparation, au cœur de la paranoïa ambiante. Et s'il ne s'agit pas de revenir simplement à des traditions de sagesse souvent fantasmées, le temps est venu de corriger les dérives de la modernité et d'en dépasser les limitations pour aborder un nouveau stade du développement humain, celui d'une cosmodernité capable d'intégrer, dans une synthèse supérieure, modernité abstraite et sagesse traditionnelle.

Les Droits de l’Âme


Parce qu'elles libèrent l'individu d'une conscience égoïste  et aliénée, les aspirations d’ordre spirituel représentent le tabou essentiel de nos "sociétés du spectral". C'est dans cette perspective qu'Abdennour Bidar publie en 2017 avec 23 co-auteurs un texte intitulé "Coming out spirituel" qui vise à promouvoir le droit inaliénable de tout être humain à la spiritualité. Il s’agissait de redonner une visibilité à la dimension spirituelle en l'inscrivant dans le débat public, en particulier en cette année présidentielle où le choix politique ne correspondait en rien à l’urgence et à la profondeur des enjeux de civilisation. 

Dans ce texte publié dans Le Journal Intégral, Abdennour Bidar évoque "un droit spirituel inaliénable de tout être humain": "Notre lutte pour ce nouveau droit s'inscrit dans le prolongement de tous les grands combats historiques pour les droits sociaux et politiques. Ce droit spirituel est le couronnement à venir des droits de l'homme, le seul à pouvoir relancer partout dans le monde la dynamique de leur réalisation.

La civilisation des droits de l’homme doit donc s’enrichir, évoluer et se métamorphoser pour devenir celle des droits de l’âme. Dans un article écrit durant la période du confinement en Avril 2020, Abdennour Bidar réfléchissait à l’émergence de cette civilisation des droits de l’âme fondée sur le paradigme du Triple Lien : 

« Voilà le dénominateur commun de toutes nos crises: la souffrance ou rupture de nos liens essentiels, notamment ce triple lien vital qui nous fait respirer, ouvrir grands nos poumons et notre cœur, grandir en humanité: le lien à soi, le lien à l’autre, le lien à la nature. Avec ce triple lien viennent naturellement pour nous le sens et la joie de la vie. Ni plus ni moins. Car le sens de la vie, n’en déplaise aux relativistes et aux nihilistes, est d’être en accord avec soi, de vivre en fraternité avec autrui et en harmonie avec la nature. Telle est la formule de la grande santé humaine. Voilà donc un nouveau paradigme possible: la vie bien reliée. Et voilà du même coup un objectif majeur pour les luttes de demain qui commencent aujourd’hui: réparer ensemble le tissu déchiré du monde… » Avant le coronavirus, nous  étions déjà enfermés mais nous ne le savions pas.

La révolution sera spirituelle (ou elle ne sera pas) !

Dans un récent billet du Journal Intégral, nous citions cet article et lui répondions en écho : " Réparer ensemble le tissus déchiré du monde, c'est aussi développer une vision intégrale capable de penser le monde dans sa complexité en participant de manière intime à la dynamique évolutive d'une mutation intégrale. Une dynamique qui s'exprime simultanément dans le champ de la subjectivité personnelle, de l'intersubjectivité culturelle et de l'objectivité des structures socio-économiques qui déterminent le rapport à notre écosystème.

Dans ce billet intitulé Sagesse du confinement, nous évoquions la prise de conscience spirituelle vécue par un certain nombre de personnes durant les confinements. L’épreuve du confinement pourrait être une forme d’initiation collective facilitant chez certains une mutation de conscience, synchrone avec l’effondrement du paradigme dominant. Un réflexion de Walter Benjamin peut nous aider à comprendre la dimension révolutionnaire de la pandémie : « Marx a dit que les révolutions sont la locomotive de l'histoire mondiale. Peut-être que les choses se présentent autrement. Il se peut que les révolutions soient l'acte par lequel l'humanité qui voyage dans le train tire les freins d'urgence » 

Dans cette perspective, la pandémie a un potentiel révolutionnaire dès lors qu'elle active les freins d’urgence d'une civilisation lancée à toute vitesse dans une course suicidaire, tout comme le confinement quand il freine la train-train quotidien d'une vie insensée, aliénée au travail, au productivisme comme au consumérisme. Cette crise sanitaire nous offre l'occasion inespérée de nous remettre en question en observant notre vie individuelle et collective avec un regard distancié vis à vis des routines hypnotiques. Pour peu que l'on ne passe pas son temps étalé sur le divan en ingurgitant, de manière addictive, pizzas et séries télévisées, un telle période peut permettre de réévaluer nos choix de vie en échappant à la dynamique centripète des habitudes et des divertissements par lesquelles nous tentons de nous évader de nos impasses existentielles.

Activer les freins d'urgence, celui d'une civilisation en déshérence comme celui du train-train quotidien, c'est imaginer et expérimenter dès aujourd'hui, de manière individuelle et collective, dans un contexte exceptionnel de crise sanitaire, les conditions d'une vie bien reliée qui permet de résister à la spirale infernale d'un effondrement global. Nous avons pour notre part déjà abordé cette dynamique révolutionnaire qui intègre de manière systémique conscience, culture, société et écosystème, dans de nombreux billets, notamment dans Une Insurrection Spirituelle (2015), De la crise religieuse à la révolution intérieure (2015), Une révolution silencieuse (2014) ou Éveil à  une révolution totale. (2016) (voir Ressources). 

Pour résumer, en évoquant le Triple Lien cher à Abdennour Bidar, on pourrait dire que la révolution au 21ème siècle sera spirituelle (ou elle ne sera pas) si on entend par spiritualité l'expérience d'une présence non-duelle et d'une perception multidimensionnelle au niveau de la conscience (Je), d'une vision synthétique fondée sur l'intégration de l'intuition et de la raison au niveau de la culture (Tu), d'une communauté écosophique et conviviale, libérée de l'emprise de l'économie et intégrée harmoniquement à son écosystème (Il). Vaste programme à réaliser ici et maintenant, à la fois seul et ensemble.

Pour nourrir plus avant cette réflexion, nous proposons ci-dessous, ce passionnant entretien donné par Abdennour Bidar au journal Le Monde le 17Janvier. 

Révolution spirituelle ! 

« Nous ne pouvons pas faire l’économie du spirituel » 

Abdennour Bidar

Qu’est­-ce qui, selon vous, nous a conduits à l’impasse climatique, économique et matérialiste que vous dénoncez ? 

Nous sommes les enfants d’une modernité qui n’a pas su maîtriser le surcroît de puissance acquis à partir de la Renaissance. Des découvertes techniques ont alors transformé le monde et nous ont confrontés à notre hubris – notre démesure. Depuis lors, ce progrès n’a été utilisé que pour satisfaire des besoins de confort, de possession et de prédation, sans aucun horizon d’espérance métaphysique. 

La domination technologique acquise par l’Occident lui a donné la force de se projeter à l’extérieur pour coloniser la planète entière dans une logique de prédation des ressources et d’inféodation des cultures. Nous vivons aujourd’hui dans des systèmes ultralibéraux qui instituent la guerre, c’est-à-dire la compétition généralisée, la concurrence, comme mode de fonctionnement normal. Sous couvert d’idéaux démocratiques ou des droits de l’homme, nos sociétés s’avèrent extrêmement pyramidales et engendrent des inégalités terribles à l’échelle de la planète. En outre, notre civilisation a déclaré la guerre à l’environnement depuis le projet cartésien de devenir « maître et possesseur de la nature ». Tout cela nous a tragiquement séparés du reste du vivant.

Vous ne partagez donc pas le point de vue de certains intellectuels qui affirment que nous vivons la période la moins violente de l’histoire ? 

Nous parlons ici de la civilisation humaine dans son ensemble ; il s’agit donc d’un phénomène complexe, qu’on ne peut caricaturer tout blanc ou tout noir. De fait, ces progrès technologiques, médicaux ou politiques nous ont orientés vers des principes de justice et de démocratie qui, malgré tout, ne sont pas restés que théoriques. La question est de savoir ce qui l’emporte. Et là, je suis beaucoup plus critique. Nous sommes de jeunes dieux enivrés par leur toute-puissance, mais qui ne savent pas encore s’en servir de manière éclairée. Sur 7 milliards d’êtres humains, la moitié vivent avec moins de 5,50 dollars par jour. Si nous avons tous les moyens de faire de nos progrès une aurore spirituelle, il serait paresseux de penser que nous pouvons faire l’économie d’un tout autre niveau d’exigence envers nous-­mêmes. 

Vous semblez pourtant résolument optimiste – vous vous qualifiez d’ailleurs d’"optimiste conscient".

L’optimiste conscient, c’est celui qui essaie de se tenir entre deux extrêmes : la béatitude inconsciente de ceux qui pensent que le progrès est déjà là, et le désespoir de ceux qui parlent d’effondrement. L’optimiste conscient est celui qui conserve une vraie foi en l’homme et une très forte espérance dans l’avenir de l’humanité. Je pense que nous avons à développer vis-à-vis de nous-mêmes cette foi en une dignité de l’humain qui nous attend toujours à l’horizon de ce que nous sommes, plutôt que de basculer dans une forme d’autosatisfaction qui serait indécente vu les problèmes de la planète.

La vertu des théories de l’effondrement est de faire prendre conscience de la gravité de la menace et du dysfonctionnement radical de nos systèmes, pour créer une sorte d’électrochoc. Mais elles produisent chez certains un véritable effondrement intérieur. Or l’individu contemporain a totalement intériorisé l’idée d’une impuissance face à la complexité des problèmes. Inutile de l’accabler davantage avec une théorie qui lui présente la fin de l’humanité comme inéluctable. Je ne pense pas que l’avenir soit écrit. Dans ces périodes noires, il convient de cultiver l’espérance que nous avons la possibilité de tout changer. Hölderlin a écrit : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. » Je réponds : « C’est quand tout semble perdu que tout peut enfin – ou encore – être sauvé. »

N’est-ce pas utopique, à l’heure où la planète étouffe ?

Je ne pense pas. Observez la manière dont la vie se projette en avant : elle crée en détruisant. Tout ce qui est détruit sert d’humus à l’apparition du nouveau. Si les êtres humains ont une capacité impressionnante à créer du chaos, il y a là, en même temps, l’opportunité d’une régénération du monde. Il ne s’agit évidemment pas de célébrer la destruction, mais, comme Janus, elle est toujours à double face : un drame qui offre l'opportunité du renouveau.

On peut, c’est vrai, faire l’hypothèse que cette fois, nous sommes allés trop loin. Mais y a-t-il dans la vie un mal d’où ne sorte aucun bien ? Quand on regarde les grandes épreuves auxquelles l’humanité a été confrontée, derrière les tragédies, il y a eu la résolution et l’énergie unique du sursaut. Voyez le pardon entre la France et l’Allemagne après la seconde guerre mondiale, et la volonté de créer l’Union européenne. Pour l’heure, cependant, nous n’avons pas cette maturité de s’arrêter avant la catastrophe. Dans la conjoncture où nous sommes, la vertu paradoxale du mal est de nous contraindre à puiser dans l’énergie du désespoir. 

Qu’est­-ce qui distingue la révolution que vous appelez de vos vœux de celles qui ont déjà eu lieu ?

Quand tout à l’extérieur désespère, c’est le moment d’aller chercher à l’intérieur de soi. C’est pourquoi je parle de révolution spirituelle, et non politique. Nous n’allons pas refaire la Révolution française ou renverser les institutions. A la place de ces révolutions politiques, souvent sanglantes, il y a une révolution d’un autre ordre à mener, à partir de nos intériorités. Gandhi disait : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Il s’agit de cultiver en nous­-même ce que Bergson appelait une « "énergie spirituelle", un "élan vital", car tous nos liens à ce vital, lien à nous-­mêmes, à la nature, aux autres, sont en souffrance. 

Qu’entendez-­vous par le terme de "spiritualité", souvent assimilé à la religion et vu comme antinomique à la laïcité ? 

La laïcité n’est pas antireligieuse. Sa vocation historique a été de donner à tous, croyants, athées ou agnostiques, la garantie des mêmes droits et des mêmes devoirs. Grâce à la séparation des Églises et de l’État, les religions n’exercent plus de pouvoir dans la société. Ce n’est donc pas contre le fait de croire ou de pratiquer un culte qu’intervient la laïcité, mais contre la volonté de puissance des institutions et des dogmes religieux. On sait très bien que dans la religion se trouvent le meilleur et le pire. Le meilleur : donner à l’être humain des ressources de sens, de transcendance, d’éveil ; le pire, car les religions ont souvent témoigné d’une "sacrée" volonté de puissance, qui a pu produire des systèmes de domination, d’aliénation et d’intolérance. 

Mais pour moi, la spiritualité n’est pas seulement ni forcément la religion. La vie spirituelle, c’est la vie bien reliée, le fait de se relier à plus grand que soi – ce qui peut être Dieu pour le croyant, et tout autre chose pour l’athée. Il existe trois directions de transcendance : en soi­-même, pour se relier au plus grand que soi, qui dépasse notre petit ego (« Apprenez que l’homme passe infiniment l’homme », disait Pascal) ; la transcendance existe aussi dans la relation à l’autre, qui nous invite à nous décentrer : dès que je me soucie de l’autre, il y a vie spirituelle car on s’ouvre à plus grand que soi, à l’amour, la fraternité, l’intérêt général ; et enfin, la transcendance du lien à la nature qui nous conduit vers les mystères fondamentaux de la vie : qu’est-ce qui se joue dans l’univers ? N’est-il qu’un jeu de forces matérielles, ou est-il animé par une intention ?

Je ne pense pas qu’on puisse, dans une existence humaine – personnelle ou collective –, faire l’économie du spirituel. Je suis autant attaché à la séparation du religieux et du politique que je suis attaché au lien entre la vie spirituelle et le reste de l’existence humaine. Si je me relie bien à quelque chose qui me transforme en m’ouvrant progressivement, cela va me donner l’inspiration nécessaire pour avoir quelque chose à apporter aux autres. Le XXIe siècle a un grand rendez-vous avec la vie spirituelle.

Militants et Méditants

Nuit Debout

Le chantier est considérable. Par où commencer et pourquoi recommandez-vous aux spirituels de devenir pragmatiques et, au contraire, aux pragmatiques de méditer ?

On ne peut donner que ce qu’on a et que ce qu’on est. Si moi, avec mes bonnes intentions, je me précipite dans l’action, je n’irai sans doute pas bien loin. Cela ne signifie pas qu’il faille ajourner cette action, mais comprendre qu’il faut travailler sur deux plans en même temps : à la fois au progrès spirituel et éthique de ma conscience, et au progrès pratique et politique de la société à laquelle j’appartiens.

J’appelle deux grandes familles à se réunir : la famille spirituelle et la famille politique – autrement dit, celle des méditants et celle des militants. Je les appelle à s’inspirer mutuellement d’abord, pour s’élancer ensemble dans l’action. Je dis donc aux méditants qu’il ne suffit pas de rester assis sur son coussin de méditation, qu’il va aussi falloir aller dans le monde – ce qu’exprimait Martin Buber : « Commencer par soi, mais non finir par soi ; se prendre pour point de départ, mais non pour but ; se connaître, mais non se préoccuper de soi. » Le but du travail sur soi est de se mettre au service de la transformation du monde à partir de la plus puissante énergie qu’on aura su libérer en soi. Mais de manière complémentaire, je dis à ceux qui ont déjà cet habitus de se lancer dans l’action : « N’oubliez pas votre âme ! Essayez de creuser en vous jusqu’à trouver la source de votre élan vital. »

Nous avons institué en Occident une séparation préjudiciable entre l’inspiration du cœur et l’inspiration de la raison. Comme si la raison était autosuffisante et que l’inspiration du cœur ne valait rien ! Étant donné la gravité de la situation, nous avons besoin de toutes les puissances de notre être. On ne peut plus se mobiliser à moitié. On a besoin de notre cœur, de notre raison, on a besoin de savoir méditer, de savoir s’engager et d’œuvrer en permanence sur deux plans : le plan spirituel et le plan politique.

Ce serait là une vraie sortie de la modernité, mais une sortie par le haut – et non plus une modernité hémiplégique ou unijambiste, ne marchant que sur la jambe de la raison et de l’action. Cette voie d’avenir n’a rien à voir avec ce qu’on appelle aujourd’hui paresseusement "postmodernité", alors qu’il ne s’agit que d’une continuation désenchantée de la modernité. Nous atteindrions une autre ère de l’histoire de notre espèce : ce moment où l’on est aussi rationnel et politique que les modernes, tout en ayant autant de cœur et de puissance spirituelle que les anciens.

Beaucoup de nos concitoyens s’investissent pour créer une société plus juste, plus fraternelle, moins matérialiste. Comment expliquer les résultats en demi-teinte obtenus jusque-là ? 

Soyons clairs, le cours d’une civilisation ne se change pas en quelques décennies. Nous sommes engagés sur un effort de long terme qu’il s’agit de bien conscientiser : c’est la première étape. Si je lance cet appel dans le livre, c’est parce que je vois des choses qui me rendent extrêmement confiant, en particulier dans la jeunesse – c’est pourquoi je m’adresse en premier lieu à elle, ainsi qu’à tous ceux qui ont en eux une force de résistance. Si j’avais le sentiment d’être un philosophe un peu mystique qui prêche seul dans le désert, enfermé dans son propre délire, je n’écrirais pas un livre comme celui-là.

Nombre de jeunes gens, aujourd’hui, cherchent d’abord et avant tout leur âme. Ils ne veulent plus s’engager dans la société simplement pour se conformer à ses standards de réussite matérielle. Je vois cette recherche devenir de plus en plus ardente, tout en étant dans une quête de surcroît de conscience de soi. Kant posait la question « Que m’est-il permis d’espérer ? » Je voudrais dire à cette jeunesse que de grandes choses lui sont permises d’espérer si elle prend le chemin de son âme.

On ressent dans votre pensée de réelles affinités avec la philosophie indienne : Gandhi, que vous avez cité, mais aussi, entre les lignes, Sri Aurobindo. Où en êtes-vous de votre relation avec l’islam ?

Étant de tradition soufie [la voie mystique de l’islam], je pratique quotidiennement le dhikr, méditation qui vise à éveiller le cœur, son énergie, son intelligence. Mon rapport à l’islam s’exerce sur deux plans : le premier est ce lien purement spirituel que je viens d’évoquer ; mais je suis aussi un penseur réformiste, critique de l’islam dogmatique, afin qu’il sorte enfin de son sommeil. Et qu’il examine avec courage, lucidité et humilité ce que j’ai appelé dans ma “Lettre ouverte au monde musulman” les racines du mal qui le ronge.

Quand on regarde l’ensemble du monde musulman – même si certains considèrent que ce faisant, on tombe dans « l’essentialisation » – il y a des invariants extrêmement préoccupants : l’absence de démocratie, l’infériorisation des femmes, l’interdiction faite à la pensée de contester le dogme ou d’aborder de manière critique la lecture du Coran, etc.

En tant qu’intellectuel musulman, j’ai une responsabilité critique quant à cette civilisation. Certains m’accusent d’être trop sévère avec l’islam. Je pense au contraire que ceux qui flattent l’islam en pensant le défendre ne font que l’encourager dans sa paresse intellectuelle et dans son illusion d’être une civilisation spirituellement forte – alors qu’elle est selon moi le contraire, déficiente, mal en point, et de ce point de vue pas du tout à la hauteur de son propre génie. L’amour que j’ai pour cette religion est à la mesure de ma sévérité car, comme le dit l’adage, « qui aime bien châtie bien ».

A un niveau plus personnel, j’ai grandi dans une culture spirituelle très ouverte. Ma mère était une catholique mystique qui s’est convertie à l’islam sans renier sa culture d’origine, et qui m’a parlé autant du christianisme que de l’islam. Pour moi, encore quotidiennement aujourd’hui, il est aussi important de lire les Évangiles que le Coran. Également par ma mère, j’ai été très nourri par l’hindouisme : Sri Aurobindo, Shankara et ses commentaires des Upanishads, la Bhagavad Gita, et j’ai un amour particulier pour Ramana Maharshi.

Ma culture spirituelle est large car j’ai cette conviction que tous les chemins mènent à Rome – ou, plus exactement, qu’ils mènent à un rendez-vous profond que chacun a avec le mystère qui gît aussi bien dans son intériorité la plus profonde que dans tout ce que nous dit l’univers. D’une manière que j’essaie en permanence d’équilibrer, il y a également, bien sûr, toute l’influence qu’a eue sur moi la philosophie occidentale.

Pourquoi avoir choisi d’écrire cet appel sous la forme d’un poème ? 

La forme s’est imposée à moi, ce qui a été une énorme surprise (rires). Comme d’habitude, je comptais écrire un essai philosophique en prose. Mais ça n’allait pas : ce que je cherchais à transmettre était un souffle, une espérance, un élan, la possibilité d’encourager cette jeunesse à aller vers ces horizons de sens et de spiritualité engagée. Grâce à la musicalité et au rythme, il y a quelque chose de contagieux qui se communique, un enthousiasme, une confiance. Si j’avais fait un essai philosophique classique, je ne me serais adressé qu’à la raison des gens. Or je souhaite que nous mobilisions ensemble la raison et le cœur. 

Au-delà d’un appel à la résistance, vous vous livrez dans ce livre de manière intime, puisque vous dites avoir vécu deux expériences mystiques. Avez-vous hésité à le faire ?

Non, j’ai dépassé ce genre de peur du ridicule quant au jugement que cela pourrait provoquer (rires). Je ne me livre pas toujours de manière aussi personnelle, mais j’ai la conviction qu’une pensée s’incarne toujours dans un parcours de vie. C’est pourquoi j’éprouve parfois le besoin d’en témoigner, de dire à celui qui me lit que je ne me contente pas de concevoir intellectuellement ce que j’écris, mais que cela vient de mon vécu personnel le plus profond. Et que je lui donne ce vécu en toute confiance, en toute sincérité, parce qu’il y a là pour moi, avec lui, dans le silence de sa lecture, la condition d’une relation authentiquement humaine. J’essaie de témoigner de manière personnelle pour me donner une chance de rencontrer l’intériorité de mon lecteur, son humanité.

Vous écrivez à la fin du livre que vous serez dorénavant muet. N’est-ce pas au contraire le moment de se livrer bataille, pourquoi pas en vous investissant en politique ?

Être un leader politique n’est pas ma vocation. Le philosophe adore pouvoir rester à ses chères études ou y revenir régulièrement. Écrire que je vais me taire est surtout une façon de dire que j’appelle maintenant cette jeunesse à s’engager. Rassurez-vous, je vais continuer à écrire et à m’engager aussi moi-même. Je préside deux associations, Fraternité générale et le Sésame, et nous travaillons avec beaucoup d’autres dans des réseaux solides, au carrefour du spirituel et du politique, pour essayer de faire notre part de la révolution spirituelle.

Je suis un pèlerin. Cela fait longtemps maintenant que je m’engage. Je viens d’avoir 50 ans ; à cet âge, on ne s’imagine plus, comme ça peut être le cas quand on est plus jeune, qu’on est seul au front. Ce qui était très important pour moi en écrivant ce livre, c’était d’être dans le geste de la transmission d’un flambeau.

Propos recueillis par Virginie Larousse.

Ressources

Révolution Spirituelle !  Abdennour Bidar. Éditions Almora. Cet excellent éditeur a publié, entre autre, plusieurs traductions françaises des livre de Ken Wilber évoqués dans Le Journal Intégral.

Abdennour bidar : « Je ne pense pas qu’on puisse, dans une existence, faire l’économie du spirituel. » Le Monde. 

Avant le coronavirus, nous étions déjà enfermés mais nous ne le savions pas. Abdennour Bidar Huffington Post

Autres livres d'Abdennour Bidar : Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommationLes Tisserands Lettre ouverte au monde musulman

Dans le Journal Intégral à propos d'Abdennour Bidar : État d’urgence spirituelComing-out spirituelSagesse du Confinement

Dans le Journal Intégral : Une Insurrection Spirituelle - De la crise religieuse à la révolution intérieure   - Éveil à une Révolution Totale - Une Révolution silencieuse - La Cosmodernité - La Métanoïa - Les Trois Yeux de la ConnaissanceUne Insurrection des Consciences

Sur la Conspiritualité

Conspiritualité : voyage entre complotisme et ésotérisme. Tom Macdonald. Site Homo Sociabilis. 

Le monde de QAnon. Seconde partie. Site Le Grand Continent. Cette enquête très approfondie en deux parties, sans doute la plus complète que nous ayons lu sur QAnon, pose entre autre la question suivante : quelles sont les vérités que QAnon déforme et pervertit ?

QAnon, la nouvelle conspiritualité.  Dominique Hartman. Site Le Courrier

Médecines parallèles et extrême-droite, alliés improbables. Dominique Wolfshagen. Agence Science-Presse.

La conspiritualité : mariage étrange entre influenceurs bien-être et extrême droite américaine. Audio 4' de Marie Misset sur Nova.

Sur les stratégies de disqualification.

Conspirationnisme : la paille et la poutre (2012) -  Le complotisme de l'anti-complotisme  (2017) - Paniques anti-complotistes (2020) -