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jeudi 29 septembre 2022

Incitations (13) Sobriété

Moins c'est plus (Less is more). Mies van der Rohe

En cette rentrée, par la voix d'un "prédisant" transformé en techno-pythie, le Système prend acte d'une évolution majeure des sociétés marchandes au seuil d’une grande bascule : « un bouleversement marqué par la fin de l'abondance, des évidences et de l'insouciance » . Rien que ça !... Refusant de percevoir et de comprendre ce qui est, en fait, un processus d'effondrement, le Système à l'agonie fait donc l'apologie de la sobriété pour perdurer quelques temps encore. Une sobriété si longtemps honnie parce qu'elle était, pour la doxa économique, synonyme de décroissance et de dépression.

Comme l’écrit Vincent Cheynet, rédacteur en chef du journal La Décroissance : « Ce virage historique, loin d’être un ralliement à nos thèses, est bien la concrétisation des alertes visionnaires des grands précurseurs de la décroissance. » Alertes dont nous avons régulièrement rendu compte, notamment ici : Décroissance ou Barbarie. Une décroissance ainsi résumée par Alain Coulombel dans le même journal : « Oui, nous devons consommer moins, produire moins, travailler moins, voyager moins. Moins c’est-à-dire Plus. Plus de temps, de "vivre ensemble", d’attention au vivant. Vive la simplicité, le don, la lenteur, le soin ! Plutôt que la violence et la prédation, la convivialité et le sens de la mesure ! »

Nous réservons l’analyse de cette "conversion" inattendue de l'oligarchie à la sobriété pour d’autres espaces. Dans ce billet, comme nous le faisons régulièrement dans la série intitulée "Incitations", nous proposerons, sous forme d'aphorismes et de fragments écrits au fil des jours, des éléments de réflexion et d’intuition qui évoquent l’air du temps à travers quelques notations. Entre l’aphasie et le bavardage, l’aphorisme comme le fragment se lovent autour du silence pour susciter la méditation en échappant à cette manie conceptuelle de l’explication qui tend à diluer l’essentiel dans l’eau tiède de l’idéologie, fût-elle à prétention scientifique. 

Or, en cette période de réchauffement climatique, le temps des pensées tièdes est dépassé. Certaines formulations pourront paraître abruptes et lapidaires, voire incompréhensibles ou scandaleuses, à ceux qui, n’étant pas des lecteurs habituels, ignorent les analyses, les idées et les points de vue défendus dans Le Journal Intégral. Dans le billet lui-même et dans rubrique Ressources qui le clôt, nous proposons une série de liens permettant de mieux saisir le sens des propos tenus ici d’une manière synthétique et aphoristique. Propos qui pourraient paraître provocateurs à des esprit non avertis alors même que, face à l'abime, il est grand temps de se réveiller.

Sortir de l'économie

Si, selon Céline, « l'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches », l’économie c’est la barbarie à l’usage des comptables : un monde abstrait, dépourvu de qualités sensibles et qui tend à les éradiquer toutes. Issu d’un imaginaire formé et informé par l’abstraction, l’économie est littéralement un récit de science-fiction qui n'a que faire de la vie concrète des individus et des sociétés comme des milieux naturels. D'où la spirale infernale qui mène, de manière inéluctable, à un effondrement global à la fois individuel et culturel, écologique et social, économique et financier (à lire : L'effondrement qui vient).

L'appel de l'oligarchie à la sobriété fait irrésistiblement penser aux mots prononcés sur l'échafaud par Jeanne Bécu, alias la comtesse du Berry, dernière maîtresse de Louis XV : "Encore un instant, monsieur le bourreau". Un appel qui démontre, par l’absurde, l’état d’ébriété dans lequel se trouve notre société, ivre de travail et de consommation comme elle est soumise à cette addiction destructrice qu’est le productivisme. Nous avons consacré plusieurs billets à l’Esprit de Vacance qui  anime l’expérience méditative comme il pourrait inspirer un processus de désintoxication au cours duquel une société totalement bourrée pourrait cheminer sur la voie de la sobriété. Loin d'être, comme on nous le propose aujourd'hui, une rustine sur une jambe de bois, cette sobriété-là serait un choix de vie fondée sur le contentement (à lire : Contentez-vous !).

La sobriété (au sein du capitalisme d'effondrement) est à la décroissance ce que celle-ci est à une nécessaire "sortie de l'économie". Car loin d'être une fin en soi, la décroissance initie une démarche à la fois existentielle, intellectuelle et spirituelle qui conduit à se libérer de cette "vision du monde" qu'est l'économie. Comme le dit Guy Debord : "L'économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l'économie." 
 
Sortir de l'économie c'est d'abord se libérer de la colonisation de nos esprits par les catégories du capitalisme inculquées dès l'enfance par le formatage idéologique, la propagande médiatique et la culture de masse. D'où l'absolue nécessité de déconstruire ces catégories à travers lesquelles nous percevons le monde, nous interprétons nos expériences et nous pensons notre existence (à lire : Sortir de l'économie).
 
Initiée depuis plus d'un siècle par la critique sociale, cette entreprise de déconstruction s'est renouvelée de manière exemplaire depuis vingt ans par la réflexion théorique autour de la Critique de la Valeur qui offre à notre époque un nouvel horizon d'émancipation individuelle et de transformation sociale. Mais déconstruire ne suffit pas, encore faut-il refonder, notamment grâce au legs des traditions spirituelles et des pratiques méditatives qui, en dévoilant les illusions de l'égo et son avidité au cœur du système capitaliste, permettent d'imaginer et de vivre des forme de socialité fondées sur la coopération plutôt que sur la compétition. (à lire : Le Fétichisme de l'Ego).

En nous plaçant devant l’inimaginable, l’effondrement oblige à se ré-imaginer : c’est quand tout est fini que tout peut commencer à nouveau et à un autre niveau. Sortir de l'économie c'est cheminer sur la voie d'une écosophie où l'homme ré-accordé à l'essentiel participe pleinement à son milieu d'évolution qui est à la fois naturel et social. (à lire : Ecosophie, une sagesse commune)

La Dépossession

Pour une fois, soyons lucide sur ce que nous sommes devenus : les enfants sauvages de la dépossession et de l’effondrement. Dépossession et effondrement représentent l'avers et le revers d'une même médaille : la dépossession est, sur le plan individuel et culturel, à la fois la cause et la conséquence de l'effondrement d'un milieu à la fois social et naturel.

Arrêtons d’être lucides, devenons extra-lucides et osons le reconnaître : une société qui vit sous l’emprise totalitaire de l’argent transforme chacun d’entre nous en prostituées qui jouent en surface aux mijaurées désintéressées. J’entends vos cris d’or frais : mais non, mais non, mais non, je ne suis pas celle que vous croyez. Arrêtons de faire semblant et osons regarder dans nos miroirs, au fond des yeux, ce que nous sommes devenus. L’angoisse et la honte qu'on peut y lire sont signes de notre possession (à lire : Le Fétichisme de la Marchandise).

La dépossession est une perte des références culturelles et identitaires qui sous-tendent l'expérience subjective et qui constituent, par imprégnation et intégration, cette entité qu'est le moi. Dans le pire des cas, cette perte initie une spirale infernale qui conduit à un écroulement psycho-mental et à des formes d'auto-destruction. Cette spirale régressive mène à des états archaïques et pré-individuels dominés par la pulsion et la toute puissance infantile.  Mais, dans le meilleur des cas, cette perte peut-être vécue comme une forme d'ascèse qui permet d'initier une spirale évolutive en transcendant ce que les traditions spirituelles considèrent comme l'entité illusoire de l'égo qui doit être dépassée pour accéder à la nature non duelle de l'esprit. (à lire : Initiation (12) Effondrements).

De nos jours, la spiritualité ne consiste pas à s’élever dans des cimes immatérielles pour fuir une situation catastrophique mais à vivre pleinement l’expérience de la dépossession comme une initiation au cœur de l’effondrement. Selon notre niveau de conscience, la dépossession peut être vécue comme une aliénation profondément destructrice ou comme une libération salvatrice. Si la dépossession est une horreur pour ceux qui s’identifient à leur égo, elle peut aussi devenir un exorcisme spirituel qui libère les consciences possédées par l’égo. Elle apparaît dès lors comme une fin de moi difficile qui annonce l'émergence d'un "Nous" communautaire au-delà de l'égo (à lire : Méditer et Militer ).

Méditation ou Machination

Polarisé entre une spirale évolutive et une spirale infernale, l'homme contemporain doit choisir entre deux options : la Méditation (symbole d'une évolution spirituelle) ou la Machination (symbole d'une déshumanisation régressive). Au cœur des grandes traditions, la Méditation est une pratique spirituelle qui nous éveille, via la pleine présence, à la nature non duelle de l'esprit. La Machination c'est l'absence d'humanité qui se produit avec le grand remplacement de l’organique par le mécanique, de la présence vécue par la représentation abstraite, de la vie sensible par la survie économique, de l'usage collectif par l'échange marchand. C'est ainsi que la Machination remplace la vie concrète et symbolique des communautés enracinées dans un écosystème par l’abstraction techno-capitaliste des sociétés marchandes qui se développent hors sol en détruisant les écosystèmes comme les communautés humaines (à lire : Une Révolution Spirituelle).

Méditer c’est, littéralement, se rendre à cette évidence qu’est la vacuité en déposant les armes du mental qui visent à s'approprier le monde par la saisie cognitive. Ne jamais confondre compréhension et connaissance. Il faut dépasser la saisie conceptuelle qui permet la compréhension pour renaître, via la connaissance, à une sagesse éveillée (à lire : La Désaisie).

La méditation permet de s’abstraire de l’abstraction. L’abstraction est fondée sur la négation du monde sensible. Nier l’abstraction en se connectant au corps vivant, via la méditation, c’est accéder à la pleine présence qui libère de l’emprise du mental et de sa pensée instrumentale. Cette double négation mène à une nouvelle affirmation dans un niveau supérieur de conscience : celle d'une raison sensible qui intègre l'intuition spirituelle et la rationalité abstraite (à lire : Abécédaire de la méditation (2) Une Révolution Silencieuse ).

Convertir le cynisme et le scepticisme de l’époque en détachement spirituel, tel est le défi contemporain qui consiste à passer de la prise de conscience au lâcher prise existentiel.

Critique du Travail

Dans le contexte capitaliste, l’activité productive se dénature pour devenir travail : une mécanique plaquée sur du vivant qui transforme la mobilisation concrète de l’énergie humaine en une valeur abstraite et monétaire proprement inhumaine. Le capitalisme est fondé sur ce "travail abstrait" dont la fonction n'est pas de répondre à des besoins concrets mais d'être l'agent d'une accumulation de valeur incarnée dans la richesse monétaire. Ce n'est pas un hasard si, de la gauche à la droite, tous les tenants du système font l'apologie de ce "travail abstrait" qui est la cellule germinale du capitalisme et des sociétés marchandes qui lui sont affiliées. 

A travers le travail, une critique sociale radicale remet en cause l'instrumentalisation de l'activité productive par une abstraction monétaire et une spéculation financière si déconnectées des besoins concrets qu'elles deviennent incapables de les satisfaire. Déconstruire les catégories du capitalisme c'est comprendre le rôle fondamental du travail dans la création de valeur et dans la prédation destructrice dont celle-ci est responsable. Observé aux États-Unis comme en France, un phénomène comme la Grande Démission conteste de fait ce travail considéré par l'idéologie dominante (c.a.d le capitalisme) comme la valeur fondatrice du lien social. Cette prise de conscience collective fait écho au fameux slogan écrit par Guy Debord en 1953 sur un mur de la rue de Seine : "Ne travaillez jamais" (à lire : Ne travaillez jamais).

Dans Le Droit à la paresse, Paul Lafargue nous avait prévenus : cette sagesse de l’inertie qu’est la paresse permet de résister à ce délire de toute-puissance qu’est l’activisme forcené et prédateur du techno-capitalisme. La fascination du pire épargne les innocents, c'est à dire étymologiquement ceux qui ne veulent pas être les agents de la nocence (de la nuisance en français moderne). Ces innocents refusent d'être enrôlés dans l'armée du nombre pour participer à la folie productiviste qui détruit le milieu social et naturel. Crée il y a près de quarante ans par des post-situationnistes, en réponse à l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, L'Encyclopédie des Nuisances proposait, à partir d'une approche anti-industrielle, une critique  à la fois radicale et visionnaire des sociétés marchandes.

Aphorismes et Périls

Triomphe contemporain du faux, du mal et du laid, cette trinité apocalyptique des époques à l’agonie. 

Il faut avoir été l’esclave du langage et de la logique pour connaître vraiment le prix du silence et du paradoxe. 

L’industrie de l’hébétude fabrique en série des individus cyclothymiques, voire bipolaires, qui oscillent sans cesse entre désespoir et exaspération, entre anxiété et exaltation. 

Dans le même temps où Dieu est mort, la mort est devenue divine, adorée par tous sous la forme fétichiste de son avatar : l’Argent.

La première des dignités consiste à voir le monde tel qu’il est. La seconde à en témoigner. 

Évoluer c’est trahir ces habitudes qui conspirent à voix basse, en coulisses, en répétant de manière mimétique le langage insignifiant de la banalité.

Être mal compris, voilà l’honneur de tout visionnaire qui n'attend rien d'autre de son époque que l'ostracisme et l'injure, jamais la reconnaissance. Comment une société pourrait-elle se reconnaître dans une critique radicale et une inspiration créatrice qui la condamnent en ouvrant de nouvelles perspectives.

L’écrivain devient maudit dès lors qu’il dit les mots que la société refuse d’entendre et d’écouter. Partout et de tous temps, pas un visionnaire qui ne soit ou n’ai été mis à l’index par la propagande officielle, académique et médiatique, à moins que l'anonymat, neutralisant sa voix, ne le protège de la curée. 

Si les petits auteurs ont une grande audience médiatique, les grands auteurs doivent parfois se contenter de petites audiences judiciaires parce que leurs inspirations bravent le conformisme dominant et ses chiens de garde. 

Ne faut-il pas que le génie soit à moitié fou pour que l’autre moitié soit visionnaire ? 

La solitude du créateur est la sœur jumelle de sa singularité. 

Oser le pas suivant sans se soucier de la trace. 

Le journaliste est l’archétype de l’homme spectaculaire : sa prétention démesurée est fonction de son conformisme abyssal.

On a récemment découvert que les intestins fonctionnent comme un "second cerveau". Rien d’étonnant, tout compte fait, si on observe que le cerveau de certains contemporains ressemble souvent à un intestin : fatigués de vivre et de penser, ils se contentent de digérer des informations prémâchées avant de se soulager dans ces sanitaires numériques que sont devenus les réseaux sociaux. 

Sagesse du "second cerveau" : celui à qui notre époque ne donne pas envie de vomir est condamné au "bonheur" infâme d'un consumérisme fondé sur l'insatisfaction programmée. 

L'algorithme de la sagesse : plus on en sait et moins on en dit. L'algorithme des réseaux sociaux : moins on en sait et plus on en parle. Les réseaux sociaux sont colonisés par des bataillons d'incultes qui veulent à tout prix vous expliquer ce qu'ils n'ont pas compris sur des sujets dont ils ignorent à peu près tout.

D’une démarche à la fois lourde et désespérée, l’homme moderne traîne le boulet accablant d’une liberté dont il ne sait que faire. Une liberté dont il cherche à s’évader à tout prix par l’addiction, le fanatisme ou le suicide.

Jeu de l’oie : gaver ces amateurs de foie gras qui ont la cruauté gourmande. L'effondrement commence ici : dans le manque tragique d'empathie conduisant à torturer des êtres vivants et sentients qui ressentent aussi bien la douleur que le plaisir (lire : Une vision intégrale du végétarisme).

Notre époque, cette gamine dépressive aux cheveux bleus, née du mariage entre l’ennui et l’absurdité. Au cœur du désespoir, se trouve la clé pour le surmonter ou la serrure pour s’y enfermer. 

Les intégrismes sont des associations de défense du littéral face aux dangers de pollution intellectuelle que représentent pour eux toute interprétation et toute contextualisation des textes et des pratiques.

Le rire, cette extase libératrice dont la puissance subversive effraie tous les pouvoirs, telle une arme fatale qui débusque et déconstruit tous les fétichismes. 

 
 
L'idéal démocratique
 
Il est des idées qui sont plus difficiles que d'autres à déconstruire, celles d'une modernité dont nous sommes les héritiers et qui, ayant fait son temps c'est à dire le nôtre, est incapable d'imaginer le suivant. Ainsi en est-il du choix majoritaire. Organiser une société selon la loi de la majorité : voilà une idée récente inspirée par ce que René Guénon nommait Le Règne de la Quantité. Une idée qui a montré ses limites car, pour le meilleur ou pour le pire, l’histoire a toujours été faite par des minorités que la majorité suit ou bien subit.
 
Parce qu’elle représente le plus petit dénominateur commun, la majorité réduit l’individu à ce qu’il est de plus commun, castrant ainsi l’élan novateur et l'esprit visionnaire des minorités créatrices qui ont toujours permis aux sociétés de se régénérer. Comme le dit Margaret Mead : " Ne doutez jamais qu'un petit nombre de gens réfléchis peuvent changer le monde, en fait c'est toujours ainsi que le monde a changé" ( à lire : Entre l'Ancien et le Nouveau Monde ).
 
Le choix politique n'est pas à faire entre majorité et minorité mais entre minorités créatrices et oligarchies dominatrices. Si l'oligarchie et ses relais, ultra-minoritaires se satisfont du conformisme majoritaire et l'encourage c'est parce qu'ils n'ont aucun intérêt à voir la société se transformer. Ils savent que ce conformisme ira toujours dans le même sens, celui de l'inertie, à travers de réformes cosmétiques qui consistent à tout changer pour que rien ne change. Pendant ce temps-là, cette minorité dominante détient la vérité du pouvoir et l'exerce en fonction de ses intérêts, notamment grâce aux relais médiatiques dont elle a la propriété quasi-exclusive.

L'engagement politique est trop souvent cette loi du moindre effort qui consiste à se démettre de sa responsabilité personnelle pour la projeter sur l'organisation sociale et la remettre aux mains d'une idéologie et/ou d'un parti. Fondée sur une pensée magique consistant à croire qu’on peut transformer les individus en changeant les structures sociales, la politique est l’opium des peuples désenchantés, la religion des individus séparés. Cette pensée magique tend à oublier que l’individu, en transformant ses relations – à lui-même, aux autres, à son milieu social et naturel – se met à inventer de nouvelles formes de vie et de sensibilité, de pensée et de socialisation qui se diffuseront progressivement, par cercles concentriques, à l'ensemble de la société (à lire : Le saut évolutif, un nouveau récit d'émancipation).

Il ne s'agit pas de nier l'importance de la réflexion collective autour de l'organisation sociale mais de refuser une approche idolâtre de la politique, celle de tous les idéologies sectaires qui, face au vide de sens et à la détresse existentielle propres aux sociétés modernes, réduisent la spiritualité à la morale et celle-ci à une stratégie de transformation sociale. 

Est-ce un hasard si, dans les sociétés occidentales, la "démocratie" s’est généralisée au vingtième siècle ? Les techniques de propagande médiatique, de formatage idéologique et d’abrutissement de masse étaient alors assez développées pour corrompre et pervertir ce que l'idéal démocratique avait de subversif par rapport à l'absolutisme de l'ancien régime : à savoir l'état de droit et l'égalité des droits, l'auto-détermination des individus, la liberté d'expression et le pluralisme. En diabolisant et en neutralisant toutes les formes de pensées irréductibles à l’illusion économique, le capitalisme a perverti cet idéal démocratique en le transformant en auxiliaire servile du Marché. 

C'est ainsi que la "démocratie" est devenu synonyme d'une société marchande dont le totalitarisme économique est résolument opposé aux valeurs émancipatrices inspirées pas l'idéal démocratique. Le retour aux sources de cet idéal ne pourra se faire qu'en se libérant du fétichisme économique qui l'a instrumentalisé, en dépassant le conformisme majoritaire qui l'a perverti et en le revitalisant à travers une écosophie où l'individu s'accorde de manière harmonique à son milieu naturel et social.

 La civilisation : ce mixte de civilité et de compassion qui peut se résumer à une formule de politesse : après vous.

Ressources

Dans Le Journal Intégral

Incitations (12) Effondrements  - Décroissance ou BarbarieLe fétichisme de l'égo - Critique de la Valeur - Une vision intégrale du végétarisme - Sortir de l'économie - Ne travaillez jamais - Méditer et Militer - Une révolution spirituelle - Abécédaire de la méditation (2) Une révolution silencieuse - Entre l'Ancien et le Nouveau Monde - La Désaisie -  L'effondrement qui vient - Le Fétichisme de la Marchandise - Le saut évolutif : un nouveau récit d'émancipation

Devoir de Vacance  : présentation de six billets consacrés à L'esprit de vacance

Pour mieux comprendre l'état d'esprit qui anime Le Journal Intégral Introductions à la Vision Intégrale - Vers une Synthèse évolutionnaire - Un projet éditorial -

Sommaires.  On trouvera ici le lien avec les sommaires, année après année, des textes proposés de 2010 à 2021 dans le Journal Intégral :  Sommaire 2021

Libellés. Ceux qui désirent mieux connaître les réflexions du Journal Intégral sur un thème particulier peuvent cliquer sur les différents libellés (tags) où sont sélectionnés une série de billet concernant ce thème. 

Autres Sites 

Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme. Le site propose un ensemble de textes et de vidéos portant les courant de la Critique de la Valeur (werktkritik)

Journal La Décroissance 

jeudi 20 janvier 2022

Le Saut Evolutif : un nouveau récit d'émancipation

La plus haute forme de l'espérance c'est le désespoir surmonté. Georges Bernanos 

Dans une perspective intégrale, conscience, culture et société constituent les trois grands champs d’un même système global en évolution que sont la conscience individuelle (Je, le lien à soi), l’intersubjectivité culturelle (Tu, le lien à l’autre) et l’objectivité des structures socio-économiques dans un écosystème (Il, le lien à un milieu de vie). Ce système global évolue au cours de l’histoire humaine à travers des stades de développement à complexité croissante qui sont autant d’étapes évolutives dont la cartographie a été élaborée à partir des travaux de nombreux chercheurs, notamment en sciences humaines et en sciences contemplatives. (cf. Introductions à la Vision Intégrale)

On ne pourra résoudre la crise de civilisation propre à notre époque qu’en posant la question de l’évolution de ce système global vers un nouveau stade de son développement, comme cela a toujours été le cas dans la très longue histoire de l’espèce humaine marquée par une série d’étapes évolutives. Dans un monde totalement intégré où selon Jaime Semprun : « la causalité s’est reportée sur la totalité », on ne peut pas penser le monde d’aujourd’hui avec les pensées linéaires et analytiques d’hier. A ce changement fondamental de paradigme correspond l'émergence de nouveaux modes de pensée : pensée complexe, approche systémique, vision intégrale, démarche holistique etc... Ces méthodes, dans leur diversité, visent toutes à développer une vision globale apte à saisir les relations et l'interdépendance entre les divers éléments d'un même système en évolution. 

C'est ainsi qu'une vision intégrale peut mettre à jour les synergies évolutives entre conscience, culture et société pour envisager le saut évolutif urgent et nécessaire en réaction au processus d’effondrement global en cours.  Ce qui permet d'élaborer, en complément, une véritable critique intégrale qui analyse les processus régressifs à l’œuvre dans les principales dimensions où évolue l’être humain : le "fétichisme de l’égo" dans le champ de la conscience, le "fétichisme de l’abstraction" dans le champ de la culture et le "fétichisme de la marchandise" dans le champ social.

Après une clarification de la méthodologie inhérente à cette critique intégrale, nous analyserons les processus archaïques et régressifs d’identification et de projection, d’aliénation et de soumission à l'origine de ces diverses fétichismes. Ces réflexions concernant la polarisation entre la dynamique créatrice d'une spirale évolutive et la dynamique régressive d'une spirale fétichiste sont à l'origine d'un nouveau récit d'émancipation que des minorités créatrices et cognitives sont en train d'écrire en traçant les perspectives créatrices d'un saut évolutif. 

De la Causalité à la Totalité 

La campagne électorale pour l'élection présidentielle est l’occasion de mesurer le vide sidéral des propositions faites par les pseudo-élites politiques et technocratiques, intellectuelles et médiatiques, qui servent, le sourire aux lèvres, des plats surgelés et sans saveur tout juste sortis du congélateur où les idéologies obsolètes ont dépassé depuis longtemps leur date de péremption. Ces élites auto-proclamée n'ont absolument rien à dire et elles le font savoir à coup de discours fleuves dont la seule utilité est de noyer l'essentiel dans l'accessoire. Les pratiquants de la secte économique, tel les passagers du Titanic, ne font que répéter les sempiternels mantras de la croissance alors que tout change autour d'eux et qu'eux-mêmes sont incapables de changer, aveugles qu'ils sont aux mutations actuelles et à l'effondrement en cours dans la mesure où les idéologues ne voient que ce qu'ils croient et non ce qui est.

Jaime Semprun explique bien cette impuissance cognitive : " Le fond de la question, c'est que la société a réellement atteint un degré d'intégration, d'interdépendance universelle de tous ses moments, où la causalité comme arme critique devient inopérante. Il est vain de chercher ce qui a dû être cause, parce-qu'il n'y a plus que cette société elle-même qui soit cause. La causalité s'est, pour ainsi dire, reportée sur la totalité, elle devient indiscernable à l'intérieur d'un système où tant les appareils de production, de distribution et de domination que les relations économiques et sociales ainsi que les idéologies, sont entrelacés de façon inextricable." (Dialogue sur l'achèvement des temps moderne). 

Il fut un temps, celui d’une modernité illustrée par Descartes, où connaissance et démarche analytique était synonymes. Il paraissait évident qu’il fallait, pour mieux les comprendre, séparer à travers des frontières disciplinaires rigides et abstraites, les champs du personnel et du collectif, de l’intériorité et de l’extériorité. Si ce type de pensée analytique a permis d’immenses progrès dans le domaine de la science et de la technique, il est aussi à l’origine d’un délitement du sens et d’une pensée en miettes, soumise aux diktats abstraits d’une raison instrumentale au service d’un pouvoir technocratique. 

Parce que "la causalité s’est reportée sur la totalité", c’est une erreur fondamentale que de vouloir comprendre ce monde totalement intégré avec les mécanismes d'une causalité linéaire propres à l’abstraction moderne. D’autres épistémologies, d’autres méthodologies, d'autres vision sont nécessaires pour rendre compte d’une monde à la fois complexe (cum-plexus : tissé ensemble), intégré et dynamique.

Synergie


Dans cette perspective, une approche peut être qualifiée d’intégrale dès lors qu’elle met à jour ce réseau de relations et d’interdépendances qui associe de manière systémique société, culture et conscience c’est-à-dire infrastructure organisationnelle, superstructure culturelle et intrastructure psycho-spirituelle. Nous renvoyons nos lecteurs désireux de mieux comprendre ce saut cognitif aux multiples billets que nous avons consacrés à la pensée intégrale et dont ils trouveront les liens dans la rubrique Ressources. 

Cette introduction méthodologique a pour but de mieux faire comprendre le sens de notre réflexion actuelle. Un certain nombre de théoriciens modernes, tel Marx, ont pensé qu’un changement du mode de production et d’organisation sociale permettait l’émergence d’une nouvelle humanité, sous la forme du socialisme d'abord puis du communisme. D’autres, comme Gramsci, avec son concept d’hégémonie culturelle, ou plus contemporains, comme les Créatifs Culturels ont montré l’importance des représentations culturelles et de leur évolution dans la création et l’affirmation de nouvelles formes de structures et de relations sociales. D’autres encore, comme Gandhi ont mis en exergue la nécessité fondamentale d’une transformation personnelle dont la conséquence est une évolution à la fois culturelle et sociale : "Sois le changement que tu veux voir dans ce monde". 

Chacune de ce trois approches vise à la transformation d'une des composantes de la structure globale : superstructure culturelle pour Gramsci, infrastructure économique pour Marx et intrastructure individuelle pour Gandhi.  Chacune a sa logique et sa  part de vérité mais seule leur synergie est à même de réaliser un véritable saut évolutif qui ne peut être que global, c'est à dire à la fois personnel (je), culturel (tu) et social (il). Il faut être assez inconscient (c'est à dire économiste ou idéologue, politicien ou technocrate) pour penser qu’une évolution sociale ou culturelle peut se produire effectivement si la conscience individuelle est soumise à un petit moi, tyrannique et narcissique, illusionné par ses névroses et obsédé par la maximisation de ses intérêts. Ce fut l’erreur et l’impensé des révolutionnaires d’hier comme ce sont ceux des technocrates d’aujourd’hui. Une évolution de la conscience  individuelle est absolument fondamentale pour inspirer et accompagner une transformation sociale comme une mutation culturelle. 

Un saut qualitatif vers un nouveau stade de développement ne peut advenir que par la synergie des dynamiques transformatrices à l’œuvre de manière simultanées dans la conscience, la culture et la société. C’est pourquoi ce sursaut doit être à la fois spirituel, synthétique et écosophique. Spirituel si on entend par là l'expérience d'une présence non-duelle et d'une perception multidimensionnelle dans le champ de la conscience (Je, le lien à soi) ; synthétique si l’on se réfère à une vision globale fondée sur l'intégration de l'intuition et de la raison dans le champ de la culture (Tu, le lien à l’autre) ; écosophique si on considère l’organisation de communautés conviviales, libérées de l'emprise abstraite de l'économie et intégrées concrètement, de manière sensible et pratique, à leur écosystème (Il, le lien au milieu de vie). 

Fétichisme de l’Ego 

S’enfermer et s’enferrer dans une approche disciplinaire et analytique empêche de faire le diagnostic d'un effondrement systémique qui concerne simultanément toutes les dimensions de la vie humaine. Et sans ce diagnostic à la fois global et radical, pas de pronostic fiable, ni de thérapeutique valable, ce qui a pour conséquence l'aggravation de l'effondrement en cours. Seule une critique intégrale à est même de décrire la dynamique régressive d’une spirale involutive. Sous l’emprise de cette force de mort et de séparation qu’est Thanatos, cette spirale infernale est à l’origine d'un effondrement à la fois psychique, spirituel, culturel, institutionnel et écologique dont nous pouvons voir quotidiennement les effets. Cette spirale involutive est l’anti-pôle régressif d’une spirale évolutive animée par cette force de vie qu’est Éros. (Effondrements)

Durant les années écoulées, nous avons longuement analysé deux des principaux obstacles empêchant l’humanité d’accéder à une nouvelle étape de son développement. Nous l’avons fait en forgeant la notion de "fétichisme de l’abstraction" - propre à la modernité triomphante - qui représente une impasse cognitive dans le champ de la culture. Comme nous l’avons fait dans le champ social en reprenant le concept de "fétichisme de la marchandise" crée par Marx et développé aujourd’hui notamment par le courant théorique de la critique de la valeur qui propose une déconstruction des grandes catégories d'un capitalisme prédateur du milieu humain et naturel. Au cœur de cette déconstruction qui va à l'encontre du marxisme dominant : une critique du travail comme base d'un capital qui vit et prospère par son  exploitation, à laquelle nous avons consacré plusieurs billets. (par ex:  Devoir de Vacance)

Dans les prochains billets, nous voudrions compléter ces analyses en pointant l’obstacle majeur qui détermine en grande partie les deux précédents, à savoir ce que nous nommons le "fétichisme de l’égo". Nous entendons par là l’identification névrotique de la conscience humaine à une personnalité transitoire et illusoire qui enferme l’individu dans une forme d’isolat narcissique, source d’angoisse et de profond mal être. En noyant les individus dans les eaux glacées du calcul égoïste, cette instance de séparation qu’est l’égo fait obstacle à la force libératrice de l’intuition spirituelle. 

Pour s’assurer de son emprise, l’égo nous enferme dans la croyance infantile d’une stabilité qui nous permettrait de maîtriser notre vie et notre environnement alors même que tout fluctue, tout change, tout se métamorphose, instant après instant. Accueillir l’impermanence, c’est s’ouvrir à la  fois à la dynamique évolutive de la vie/esprit et à la présence non-duelle qui en constitue le cœur, au-delà de toutes les représentations conceptuelles. En limitant la conscience humaine à une forme de saisie conceptuelle, l’égo est un obstacle à une expérience libératrice vécue depuis des millénaires par des méditants et des sages, et transmise dans toutes ces traditions qui ont développées au cours du temps une phénoménologie des états de conscience dont la complexité et la subtilité n’ont d’égale que la profondeur. 

Face à la désespérance et au nihilisme générés par le narcissisme dominant, une prise de conscience collective se manifeste aujourd'hui à travers l'intérêt pour la méditation, le yoga et de nombreuses autres pratiques à la fois corporelles et psycho-spirituelles fondées sur une approche globale de l'être humain et un retour aux sources de l'intériorité. Signe des temps : depuis quelques années on voit émerger des mouvements comme les "sorcières" écoféministes ou les "méditants-militants", évoqués dans ce blog, qui associent éveil spirituel, mutation culturelle et transformation sociale. Sous les rires gras du conformisme dominant et l'incompréhension de la savante ignorance, des minorités cognitives et spirituelles sont en train d'inventer un nouveau récit d'émancipation comme le firent les premiers républicains sous la monarchie et, comme l'imaginèrent, à chaque époque, pionniers et visionnaires.

Spirale infernale 

Spirales Evolutives et Involutives

Ce qui détruit le lien à soi c'est donc ce "fétichisme de l'égo" qui a des conséquences mortifères dans le champ de la culture comme dans celui de la société. Dans le champ culturel de l’intersubjectivité, l’hégémonie de la raison analytique et de la rationalité instrumentale a totalement occulté le rôle fondamental de la sensibilité et de l'intuition, de l'imaginaire et de l'ordre symbolique au cœur des relations sociales.  Cette hégémonie de l'abstraction fait obstacle à l’émergence d'une vision globale et synthétique, celle d'une raison sensible animée par l'intuition et guidée par l'inspiration. En imposant une science sans conscience et une technocratie sans imagination, cette emprise de l'abstraction aboutit de nos jours à l’essor d’une idéologie transhumaniste comme horizon de sens pour des sociétés post-humaines fondées sur le remplacement progressif des processus naturels par des processeurs artificiels. Ce qui détruit le lien aux autres en imposant une pensée instrumentale en lieu et place d'un imaginaire partagé c'est le "fétichisme de l'abstraction". 

Dans le champ social, cette emprise de l'abstraction au service de l'égo a pour conséquence l’hégémonie quantitative de la valeur marchande qui a progressivement vampirisé toutes les valeurs morales et qualitatives à partir desquels étaient élaborés les codes éthiques et l'ordre symbolique des communautés traditionnelles. C’est ainsi que, travesti sous les atours séducteurs d'une économie censée instaurer la prospérité, le capitalisme n'est rien d'autre qu'un processus de valorisation abstraite, déconnecté des véritables besoins humains et des solidarités organiques, qui se produit au détriment de la vie sensible et concrète des individus comme des communautés. Au cœur de la réflexion de Marx, le "fétichisme de la marchandise" est à l'origine d'un système automate, fondé sur l'exploitation des hommes et des écosystèmes, qui détruit des milieux de vie à la fois sociaux et naturels sans que rien ne puisse arrêter sa folie suicidaire.

La spirale infernale à l’origine de l’effondrement en cours est constituée par la synergie régressive de ces trois fétiches : l'Egomanie (emprise de l’égo), la Technolâtrie (abstraction technocratique) et la Marchandise (totalitarisme économique). Tels sont les éléments totalement interdépendants d’une dynamique régressive qui touche, de manière systémique, conscience, culture et société. Il faudra développer en détail les relations d'interdépendance entre ces trois formes de fétichismes pour mieux comprendre le processus d'effondrement généré par la spirale involutive. 

Prendre conscience de cette interdépendance nous amène à élaborer une stratégie novatrice pour une pensée politique innovante à l'origine d'un nouveau récit d'émancipation intégrale  : rien de sert de se cantonner de manière obsessionnel, comme le firent les théoriciens de la modernité, à l'analyse et à la transformation d'un des éléments de cette trinité fétichiste si on ne développe pas une vision d'ensemble qui vise, simultanément, à la transformation des deux autres. Il faut établir des ponts entre des perspectives qui s'ignoraient, voire qui, souvent, se combattaient et s'excluaient, comme par exemple l'approche développementale et psycho-spirituelle des évolutionnaires versus la critique socio-économique des progressistes. 

Le temps est venu d'une synthèse entre les approches existentielles, culturelles et socio-économiques qui ne peut s'effectuer qu'à un stade d'intégration et de complexité supérieur à l'abstraction analytique d'un paradigme à dépasser dans un monde intégré. C'est un tel projet qui anime ce blog et que l'on comprendra mieux en lisant par exemple : Vers une synthèse évolutionnaire et  Un projet éditorial. Une telle démarche de synthèse nécessite de dépasser son point de vue spécialisé, ses prétentions à l'exhaustivité et son sectarisme idéologique pour regarder chaque élément d'un ensemble dans une perspective plus large qui le met en relation avec les autres éléments, tous interdépendants, d'un même système en évolution.

Fétichismes


Dans la perspective que nous venons de développer, la spirale involutive apparaît dès lors comme une spirale fétichiste dont l'emprise soumet les individus à des dynamiques régressives et à des formes d'affolement collectif dont les plus spectaculaires sont l'inflation des délires complotistes, l'ensauvagement généralisé ou les épidémies de mal être et de dépression, notamment chez les jeunes générations. La puissance et l'interaction de ces phénomènes régressifs rend les individus incapables de réagir à un effondrement annoncé. 

Du portugais feitico (artificiel et par extension sortilège), lui-même dérivé du latin factitius (factice), fétiche est le nom donné aux objets du culte des populations d'Afrique durant la colonisation du continent. Lié à l'animisme et aux premiers stades du développement humain, le fétichisme renvoie à ce processus archaïque de la psyché humaine au cours duquel la conscience est identifiée de manière fusionnelle à son milieu de vie. Cette fusion primordiale de l'individu et de son milieu est à l'origine d'une confusion qui se manifeste sous la forme d'une pensée magique, incapable d'opérer la distinction  entre l'intériorité et l'extériorité.  Pour cette pensée magique, émettre une intention est suffisant pour qu'elle se réalise concrètement dans l'environnement. 

Le fétichisme repose sur quatre processus fondamentaux : l’identification et la projection propres à la pensée magique dont les conséquences sont l’aliénation et la soumission. Les stades archaïques du développement humain, celui de l’enfant ou du primitif, ont été étudiés à la fois par la psychologie développementale et par l'ethnologie. Ces stades archaïques - pré-individuels et pré-rationnels - sont ceux qui précèdent la construction d'une identité stable. La fusion et la confusion infantile avec le milieu de vie - tant humain que naturel - donnent naissance à des processus d’identification à travers lesquels une conscience encore immature projette ses propres facultés et qualités sur des objets (sensibles ou intelligibles) de son environnement. Une telle projection confère aux objets visés une aura fascinante, une forme d'autonomie et d'autorité transcendantes à laquelle se soumet l’individu comme le collectif tibal.

La puissance de fascination du fétiche est telle que celui qui vit sous son emprise oublie qu’il en est le créateur, pour en faire une instance étrange et étrangère qu'il peut révérer et auquel il confère parfois des intentions auxquelles il se doit d'obéir. Fondamentalement, le fétichisme consiste à absolutiser une forme particulière en lui attribuant une sorte de transcendance illusoire. Le fétichiste isole un élément propre au champ relatif et déterminée de l’expérience humaine pour lui conférer l’aura et l’autorité d’un absolu indéterminé. C’est ainsi qu’il adore des objets (sensibles ou intelligibles) dont il en vient à ignorer qu'il en est lui-même le producteur. 

Aliénation 

Ce phénomène d'identification projective est à l'origine d'une aliénation dans la mesure où le sujet se prive des éléments de sa subjectivité qu'il a projetés sur un objet extérieur. Cette projection idéale mutile l'être humain qui n'est plus à même de reconnaître, de faire l’expérience et de développer certaines de ses qualités propres. Ce processus d’aliénation a été bien été analysé au XIX ème siècle par le philosophe Ludwig Feuerbach à travers une critique de la religion ainsi résumée par Michel Onfray : 

« Nous nous agenouillons devant l’hypostase de nos propres impuissances… Tout ce que nous ne sommes pas, Dieu le sera. On crée Dieu non pas à notre image mais à notre image inversée. La séparation entre moi et moi se nomme l’aliénation chez Feuerbach et le spectacle chez Debord. Ce que je suis, je le mets à distance en le regardant comme un objet. On vide sa propre substance pour nourrir une fiction. La réalité de nous-même est hypostasiée dans une fiction et nous faisons de cette fiction quelque chose de plus vrai que notre propre réalité ». Une analyse feuerbachienne

C’est ainsi que, selon Feuerbach, " L’homme est appauvri de ce dont Dieu est enrichi." Dépouillé de sa vraie nature et de son intégrité, l’homme devient étranger à lui-même, c’est-à-dire au sens propre aliéné. Si pour Feuerbach, la critique de la religion a pour objet de restituer à l'homme son être perdu en Dieu, la tâche d’une critique intégrale est de restituer à l’homme une dynamique évolutive aliénée par les fétiches apparus suite à la "mort de Dieu" : l'Egomanie, la Technolâtrie et la Marchandise. Depuis Chesterton on sait que les gens qui arrêtent de croire en Dieu ne croient pas à rien mais à n'importe quoi, c'est à dire aux divers fétiches idéologiques construits pas la culture dominante comme autant de figures capables d'apaiser le vide existentiel en justifiant l'aliénation... et la soumission.

Soumission

Dans le domaine érotique, l’attitude fétichiste perçoit comme objet sexuel une partie du corps ou un objet qui n’ont pas en eux-mêmes de pouvoir sexuel. Là où le psychopathe prend ses désirs pour la réalité, le fétichiste leur confère une forme de transcendance sous la forme d'un fétiche qui le domine et dont il tire jouissance en s'y soumettant. Quand, pour une raison ou une autre, leur propre désir est contraint, certains cherchent à se soumettre passivement, docilement, totalement au désir d'un autre qui peut prendre la forme d'un fétiche. Ce plaisir dans la soumission, si tangible dans la servitude volontaire, est sans doute une des clés de l'attitude fétichiste que l'on retrouve dans de nombreux autres domaines. 

Le désir sexuel n'est qu'une expression psycho-biologique d'un Désir, à la fois existentiel et spirituel, bien plus profond qui s'apparente à la force de la vie/esprit et à la dynamique évolutive figurées par Éros. Ce n'est qu'en levant les contraintes aliénantes - personnelles, culturelles et sociales - parfois très lourdes, qui pèsent sur ce Désir existentiel et spirituel que l'on peut progressivement se libérer de cette tendance régressive en assumant et en affirmant cette force créatrice de la vie/esprit qui nous anime en profondeur. 

Le courant freudo-marxiste des années 60, représenté notamment par Fromm, Marcuse ou Reich, a exploré les origines libidinales de la soumission et de la servitude volontaire tout en occultant, voire en négativant la force libératrice d'un élan spirituel, identifié par eux à la religion et donc considéré dans le cadre de leur idéologie scientiste, vitaliste et pansexuelle, comme une "illusion" mortifère. Ce faisant, ils étaient eux-même complètement soumis aux fétiches de la modernité, à savoir  la Science réductionniste et, bien malgré eux, à celui d'un Capital dont le but était, au début d'une ère de consommation de masse, de lever tous les interdits, tous les freins libidinaux et culturels à une pulsion canalisée vers la consommation. 

Et, ce qui est plus grave, en occultant cette dimension spirituelle qui fut au cœur de toutes les civilisations, le freudo-marxisme reconduisait, en l'approfondissant sous la forme d'une pseudo-libération, l'aliénation de l'idéologie dominante. Les analyses de Michel Clouscard et de Jean-Claude Michéa sur la convergence entre les approches libertaires et libérales ont montré avec brio la solidarité organique entre libéralisme économique et libération pulsionnelle, devenue aujourd'hui un cliché des analyses politiques. Il faut donc reprendre les intuitions freudo-marxistes concernant la soumission et la servitude volontaire en leur ajoutant ce qui leur font défaut, à savoir l'essentiel : la reconnaissance d'un élan spirituel profondément libérateur. Dans ce contexte les enseignements traditionnels sur l'égo et l'emprise de la saisie conceptuelle dont il est l'expression sont fondamentaux. Ils constituent sans doute le levier d'Archimède d'un authentique saut évolutif.

Archaïsmes

Le freudo-marxisme est un exemple du fait que l'on peut retrouver cette tendance fétichiste dans de nombreux autres domaines, notamment celui de la pensée où un concept, une idéologie ou une épistémè particulière, en étant hypostasiés, sont considérés la substance même du réel. Dans le champ social, Marx définit  le fétichisme de la marchandise comme le processus à travers lequel la naturalisation des échanges marchands, fondés sur l'accumulation abstraite de la valeur, en vient à déterminer et à remplacer par le marché la substance vivante, à la fois concrète et symbolique, des relations sociales en convertissant notamment l'activité humaine en travail abstrait.

Dans le champ spirituel, le fétichisme se manifeste à travers une idolâtrie qui consiste à rabattre l’invisible sur le visible et le mystère sur le manifeste alors même que l’icône, son contraire, utilise la représentation formelle comme le médium d’une présence transcendante qui l’a inspiré. Tout fanatisme religieux est le produit de cette tendance fétichiste comme l'est le phénomène des fans largement exploité par "l'industrie culturelle" pour en tirer de confortables bénéfices. Hypostasier, absolutiser, idolâtrer : voilà quelques verbes qui s'apparentent au fétichisme et permettent de mieux saisir ce processus d’identification et de projection, d’aliénation et de soumission qui en est à l'origine.  

On pourrait ainsi multiplier à l'envie les exemples de cette tendance archaïque au fétichisme qui détermine la spirale involutive par  l'emprise puissante qu'elle exerce sur les individus comme sur les groupes humains. La réflexion sur ces archaïsmes est fondamentale pour comprendre la soumission quasi-hypnotique dont ils sont les vecteurs et la façon dont ils se manifestent aujourd'hui de manière régressive dans le champ de la conscience, de la culture et de la société. Une critique intégrale permet ainsi d'élaborer des stratégies pour se libérer de ces archaïsmes afin de participer de plus en plus intimement et intuitivement à la dynamique évolutive.

Verticalisation

Elena Ray

Tel est le rôle d’une vision intégrale : offrir l’opportunité d’une réflexion à la fois globale et dynamique dans un monde intégré en mutation perpétuelle. Il s'agit de penser d'une part la synergie des courants évolutifs et  d'autre part la synergie des courants régressifs tout en rendant compte de la polarisation existant entre les uns et les autres. Vaste programme ! Mais pour cela il faut être capable de se hisser à un niveau de synthèse et de créativité supérieur au conformisme abstrait régnant dans les sphères académiques et officielles. Ce qui signifie devoir affronter l’inertie et la résistance des pouvoirs et des savoirs en place. 

L’ignorance savante des idéologues officiels nous condamne à utiliser des représentations et des recettes obsolètes appartenant à un passé dépassé. Ce qui mène l’humanité, de manière chaotique, à un effondrement programmé si un nouveau récit d’émancipation n'exprime pas le principe d’une insurrection sociale, culturelle et spirituelle contre toutes les formes de fétichisme. On se libère du fétichisme de l’égo par l’éveil spirituel, du fétichisme de l’abstraction par la raison sensible, du fétichisme de la marchandise par l’expérience du commun. 

Pour s’opposer à cette spirale fétichiste et à sa dynamique régressive, il faut redonner à la vie, à la sensibilité et à la spiritualité une puissance créatrice et instituante, occultée et déniée par l'hégémonie de l'abstraction moderne. En ces temps d’effondrement, il devient urgent de développer une vision à la fois intégrale et radicale dont la verticalité et la profondeur canalisent le surgissement de cette énergie créatrice, à la fois insurrectionnelle et instituante.

Ceux qui n'auront pas retrouvés en eux la verticalité originelle de cet axe intérieur seront investis d'une énergie explosive propre à la spirale infernale. Car le vortex involutif est celui d'une compression de l'énergie qui conduit à la matérialisation de celle-ci avec pour conséquence l'obscurcissement de la conscience et pour corollaire l'emprise chaotique des pulsions. C'est ainsi qu'ils deviendront la proie facile de cet affolement généralisé dont nous pouvons constater régulièrement ces temps-ci les manifestations spectaculaires.

Ressources 

Dans Le Journal Intégral : Introductions à la vision intégrale - Vers une synthèse évolutionnaire - Un projet éditorial -

Dans les billets sur Le Fétichisme de l’abstraction et sur  Le Fétichisme de la marchandise vous trouverez de nombreux liens avec d'autres textes du Journal Intégral pour approfondir votre réflexion sur ces notions.

Critique de la Valeur  Une déconstruction fondamentale des grandes catégories du capitalisme.

 Effondrements : spirale évolutive versus spirale infernale

Sur les "sorcières" écoféministes : Femme, Magie et Politique - Le retour des sorcières - Magie et Imaginaire

Sur les "méditants-militants" : Une révolution spirituelle - Méditer et Militer - Méditer et Militer (2)  - Spectacle et TotalitéSagesse du confinementLes Créatifs Culturels -

Sur la critique du travail : Devoir de Vacance  - Tous les billets du libellé L'esprit de vacance

 Michel Onfray à propos de Guy Debord :  Une analyse feuerbachienne - Vidéo You Tube 2' / Réification et fétichisation - Vidéo You Tube 2'42"

mercredi 29 septembre 2021

La Désaisie

Il faut toujours dire ce que l'on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit. Paul Valéry

Voilà quatre mois que je n’ai pas posté de billet sur ce blog parce que, durant cette période estivale, j'aspirais à une vacance qui ne soit ni loisir, ni repos, ni divertissement mais Vacuité. Dans un billet intitulé Vacance et/ou Vacuité, posté l'été dernier, je proposais un certain nombre de liens pour mieux appréhender cette notion fondamentale de Vacuité, au cœur d’une spiritualité plurimillénaire. Durant ce temps, loin, bien loin de ce retour aux sources de l’esprit, l’ambiance générale était à la polémique où, sur fond de pandémie, d’angoisse et d’ignorance, chacun était sommé de choisir son camp, quitte à transformer l’autre en ennemi. Loin, bien loin de cette approche synthétique, novatrice et apaisée dont nous nous sommes faits l’écho dans un récent billet intitulé Vers une Santé Intégrale

Dans ce contexte de guerre sociale et culturelle où les mots perdent leur sens pour devenir des armes et où les idées perdent leur cohérence pour être réduites à des slogans, on enrôle la pensée en abandonnant la profondeur et la nuance, l’esprit de synthèse et la complexité. A vrai dire j’ai l’impression qu’une pensée exigeante et novatrice est inaudible dans le climat d’hystérie qui règne aujourd’hui sur les réseaux sociaux où, bien trop souvent, l’insulte, l'agressivité et l’anathème remplacent la rigueur et l'analyse, la vision et le débat. 

Dans cet océan de confusion, le silence devient alors une île et un refuge, une nécessité et une ressource qui ouvre la porte sur une perspective méditative fondée sur une "désaisie" qui consiste à lâcher la crispation du mental pour se détendre et s'ouvrir, notamment grâce à la méditation, à une présence d'esprit qui est non duelle, immédiate et naturelle. Et pour évoquer ce processus de "désaisie", rien de mieux qu’une fable qui, plus qu’à une analyse discursive, fait appel à l’intuition et à l’imaginaire. Comme chacun interprète une fable selon sa propre subjectivité, nous proposerons ensuite une interprétation originale, inspirée par notre réflexion au long cours sur ce blog.

L’Âne, le Tigre et le Lion 

Un tigre et un âne se croisent sur une prairie. 

L’âne dit au tigre : 

- L'herbe est bleue. 

Le tigre rétorque : 

- Non, l'herbe est verte. 

La dispute s'envenime et tous deux décident de la soumettre à l'arbitrage du lion, le "roi de la jungle". Bien avant d'atteindre la clairière où le lion se reposait, l’âne se met à crier : 

- Votre Altesse, n'est-ce pas que l'herbe est bleue ? 

Le lion lui répond : 

- Effectivement, l'herbe est bleue. 

L’âne se précipite et insiste : 

- Le tigre n'est pas d'accord avec moi, il me contredit et cela m'ennuie. S'il vous plaît, punissez-le ! 

Le lion déclare alors : 

- Le tigre sera puni de 5 ans de silence. 

L’âne se met à sauter joyeusement et continue son chemin, heureux et répétant : 

- L'herbe est bleue... l'herbe est bleue... 

Le tigre accepte sa punition, mais demande une explication au lion : 

- Votre Altesse, pourquoi m'avoir puni ? Après tout, l'herbe n'est-elle pas verte ? 

Le lion lui dit : 

- En effet, l'herbe est verte. 

Le tigre, surpris, lui demande : 

- Alors pourquoi me punissez-vous ??? 

Le lion lui explique : 

- Cela n'a rien à voir avec la question de savoir si l'herbe est bleue ou verte. Ta punition vient du fait qu'il n'est pas possible qu'une créature courageuse et intelligente comme toi ait pu perdre son temps à discuter avec un fou et un fanatique qui ne se soucie pas de la vérité ou de la réalité, mais seulement de la victoire de ses croyances et de ses illusions. 

Ne perds jamais de temps avec des arguments qui n'ont aucun sens... Il y a des gens qui, quelles que soient les preuves qu'on leur présente, ne sont pas en mesure de comprendre. Et d'autres, aveuglés par leur ego, leur haine et leur ressentiment, ne souhaiteront jamais qu'une seule chose : avoir raison même s'ils ont tort. 

Or quand l'ignorance crie, l'intelligence se tait. 

Ta paix et ta tranquillité n'ont pas de prix... 

(Auteur inconnu) 

Eros et Thanatos

Dynamiques Évolutives et Régressives*

Si cette fable d’un auteur inconnu circule beaucoup sur internet ces derniers temps c’est, me semble -t-il, qu’elle véhicule un message destiné à notre époque et que l'on peut lire à plusieurs niveaux. Nous proposerons pour notre part un interprétation qui s'inscrit dans le prolongement d'une réflexion synthétique développée au fil des années dans Le Journal Intégral.

Dans notre dernier billet intitulé Effondrements auquel les lecteurs pourront se référer, nous évoquions la tension évolutive qui existe entre, d’une part, une "spirale évolutive" qui tend vers un champ supérieur de synthèse et de complexité et, d’autre part, la "spirale infernale" de l’entropie qui tend vers la désorganisation et la destruction. En un mot : Éros, représentant les forces créatrices de la vie et de l’esprit, et Thanatos, représentant les forces entropiques du désordre et de la mort.  Ces deux faces, créatrices et destructrices, d'un même processus évolutif sont liées de manière inextricable parce qu'elles se répartissent les tâches :  à Thanatos la destruction des formes devenues inadaptées et à Éros l'émergence de forme novatrices dont la plus grande complexité correspond à l'évolution du milieu.

Il existe des carrefours temporels, comme celui où nous vivons, où cette tension entre les courants créateurs et destructeurs est d’autant plus importante que l’humanité aborde un nouveau stade de son développement qui nécessite un saut qualitatif. A l'émergence créatrice et évolutive de nouvelles formes de vie et de pensée correspond, comme exact anti-pôle, un courant régressif qui se manifeste à travers des phénomènes d''ensauvagement, une ambiance paranoïde et complotiste, des vagues de confusion intellectuelle et de dépression, dues à un profond vide existentiel, dont les conséquences psychiatriques sont alarmantes, notamment pour les jeunes générations. Une crise de civilisation déstabilise les institutions et les modes de pensée qui doivent se transformer alors même que des minorités créatrices et cognitives cheminent discrètement sur la voie escarpée d'un saut évolutif.

Comment, en ces temps troublés, entretenir une sérénité intérieure et une créativité inspirée qui permettent de se connecter à cette spirale évolutive sans se faire envahir par l’ambiance délétère générée par la dynamique d’une spirale régressive ? That is THE question. Il me semble que cette fable illustre assez bien l’attitude sereine à développer pour participer à la spirale évolutive sans se faire dévier par les multiples manifestations de confusion et de violence propres au déchaînement de Thanatos.

* Ni descriptif, ni explicatif, ce schéma permet simplement de visualiser les courants ascendants (Éros) et descendants (Thanatos) qui polarisent l'être humain entre transcendance spirituelle et ancrage matériel. Pour plus de précisions, voir le précédent billet intitulé Effondrements.

Une perspective méditative 

Cette fable rend compte, de manière symbolique, du calme, de la distance et de la maîtrise nécessaires pour ne pas se faire emporter par une forme d'affolement généralisé qui tend à nous absorber dans son vortex régressif. Plutôt que de répondre aux âneries proférées par ceux qui affirment violemment que l'herbe est bleue et que l'on ne parviendra jamais à convaincre, aveuglés qu'ils sont par leur illusions et leurs préjugés, il est essentiel de développer une attitude méditative qui est celle de la désaisie. Cette attitude de retrait actif et créatif privilégie la présence intérieure aux débordements du mental pris au « je » de l’égo.

Comme l’écrit Fabrice Midal au sujet de la méditation dans "Quel bouddhisme pour l'occident" : « Ce geste de simplement s’asseoir, sans projet délibéré, est en lui-même d’une radicalité qui explique le séisme qu’il a généré dans la vie de tant d’êtres – pour autant qu’ils aient trouvé un authentique instructeur et ne soit pas une simple gymnastique. La radicalité de ce projet est d’autant plus aigüe que notre temps est marqué par un écrasement, un effacement de toute confrontation directe à ce qui est. Le bombardement d’informations aussitôt dépassées qu’elles apparaissent, cette rotation incessante de nouveautés, détournent de soi

"L’attitude abstraite que Heidegger et Merleau-Ponty attribuent à la science et à la philosophie est en fait – le méditant le découvre à présent –, l’attitude quotidienne quand l’individu n’est pas attentif, explique Francisco Varela. Cette attitude abstraite est le scaphandre, le rembourrage d’habitudes et de préjugés, l’armure avec laquelle il se met habituellement à distance de ce qu’il vit". Par la pratique de la méditation assise se déploie une plus grande présence et attention qui sont propagées dans toutes les dimensions de l’existence ». 

Pleine Présence
 

Dans Le Grand Livre de la pleine présence, Denys Rincpoché évoque la voie libératrice de la désaisie qui, à travers la méditation, ouvre sur la pleine présence. Ce terme de pleine présence est une traduction de l’anglais "mindfulness" plus adéquate que "pleine conscience" car celle-ci renvoie en français à une réflexivité conceptuelle qu’il s’agit justement de dépasser par un présence attentive, ouverte et bienveillante :

 « A l’origine des crises écologiques, économiques, sociétales, humaines, se trouve une crise cognitive, une crise de la conscience qui a son origine dans la saisie cognitive qui la constitue. Le problème est que nous sommes exilés de notre nature, en un monde de représentation, rien que mental, dans une bulle de conscience mentale qui nous coupe de la nature, la nature que nous sommes. Notre hypertrophie mentale nous fait vivre dans un monde virtuel, clos. Cette hypertrophie du mental va largement de pair avec une hypertrophie de l’ego : plus il est de saisie cognitive, plus il est d’égo. Nous souffrons en quelques sorte d’une « égoïte aigüe» dont les manifestations sont notre individualisme et notre matérialisme égoïste..

L’égo est le sentiment ou l’impression d’être un moi-sujet autonome et indépendant. L’égo n’est pas une entité, une chose mais le résultat d’une opération de saisies cognitives qui génère cette impression d’un moi, d’un sujet expérimentateur qui vit un monde de choses expérimentées. L’égo se structure dans la conscience habituelle, son impression est à l’origine de nos tendances égoïstes… 

La désaisie est le lâcher prise dans lequel on abandonne, on lâche ses saisies et ses fixations. La désaisie opère une dépolarisation de la conscience duelle dans l’ouverture relaxée de la présence ouverte. La pratique et l’expérience de la désaisie constituent le cœur de la pratique de la pleine présence… La voie de la désaisie part de la conscience duelle, habituelle, pour nous conduire à l’expérience première, non-duelle, immédiate et naturelle. Ce cheminement de la conscience habituelle à l’expérience première résume toute la voie, de la dualité à la non-dualité. L’expérience première est nue, sans voile. Elle n’est pas fabriquée et subsiste en soi avant que le mental ne fabrique quoi que ce soit, avant que la conception ne la voile. » 

Dans la perspective développementale propre à une vision intégrale, la désaisie ne consiste pas à régresser vers un stade archaïque - pré-rationnel et pré-personnel - de fusion et de confusion dans un Tout indifférencié, au prétexte qu'il faudrait se libérer du mental.  Bien au contraire, la désaisie permet de dépasser l'abstraction conceptuelle, propre au mental et nécessaire à notre adaptation au milieu, pour faire de celle-ci un outil au service d'une présence qui la constitue et la transcende.

Voir ce que l'on voit

Méditer c’est en fait opérer une "déprise de conscience" qui permet de dépasser l’emprise réflexive du mental pour accueillir la pleine présence où s’origine la pensée. Cette perspective de la désaisie cognitive permet de proposer une interprétation originale de notre fable : ce qui semble bleu aux préjugés de l'ego se révèle être vert quand on se libère des projections mentales.

L’âne pourrait représenter l’égo qui, soumis à ses pulsions et fantasmes, fasciné par ses représentations, s’identifie à des âneries c’est-à-dire à des préjugés et croyances qu’il érige en vérité (l’herbe est bleue !...). Rivé à des certitudes qui ne sont, en fait que des projections mentales et des constructions sociales, cet égo fera tout pour conserver son emprise et défendre son territoire jusqu'à se perdre dans la tourmente d’une spirale régressive où règnent la haine et le ressentiment. 

Le tigre représente la présence d’esprit qui, libérée des préjugés et des illusions de l'égo, peut s’accorder à la plénitude d’une conscience non-duelle. Face aux âneries du mental, non seulement il dira ce qu'il voit (l'herbe est vraiment verte !...) mais, plus difficile, grâce à l'entraînement de l'esprit, il verra ce qu'il voit, selon la belle formule de Paul Valéry proposée en exergue. Voir ce que l'on voit : tel pourrait être la morale de cette fable et la définition même d'une sagesse immémoriale

Quant à la figure royale du lion, elle représente cette nature primordiale de l’esprit que chacun nomme à sa façon selon ses croyances et les traditions culturelles et spirituelles auxquelles il se réfère. Ainsi chacun de nous est polarisé entre un égo qui vit sous l’emprise de préjugés (personnels et/ou culturels) et une présence qui les transcende en s’accordant à une plénitude intérieure. Développer cette présence c’est prendre ses distances avec le champ passionnel et confusionnel de l’égo, soumis à l’influence de la spirale régressive, pour s’accorder à une inspiration créatrice qui participe à la spirale évolutive. Et le silence auquel le Lion "condamne" le Tigre pour le soustraire aux discours obsessionnels de l’Âne est la matrice même où peut éclore cette inspiration méditative. Dès lors que l'on peut saisir toute sa profondeur  cette fable révèle un enseignement important dans une époque troublée comme celle que nous vivons.

Voir ce que l'on voit c'est se libérer de l'emprise des représentations mentales et des constructions sociales pour voir les choses telles qu'elles sont à travers ce "retour aux choses mêmes" promu une phénoménologie qui met la description de l'expérience vécue au centre de sa méthode. Cette voie tracée par les phénoménologues retrouve celle des sagesses traditionnelles qui ont élaboré au cours des siècles une connaissance complexe et sophistiquée des phénomènes de conscience. 

Au regard des sciences contemplatives en train de se développer, ces enseignements traditionnels dessinent la voie d'une véritable phénoménologie libératrice. Nous aurons l'occasion de revenir plus en détail dans un prochain billet sur cette phénoménologie libératrice qui accompagne l'émergence d'une "Cosmodernité" succédant à la modernité. La où cette dernière était fondée sur le règne sans partage de l’abstraction rationnelle, la cosmodernité est fondée sur une raison sensible, concrètement enracinée dans l'expérience vécue.

L'Affolement

Les phénomènes d'ensauvagement, de confusion et de complotisme auxquels nous assistons ces temps-ci ne sont que les premières vagues d'un affolement généralisé qui va s'intensifier au fur et à à mesure qu'un effondrement global va s'amplifier, notamment à travers le dérèglement climatique, en se manifestant à travers les multiples dimensions - intérieures et extérieures, individuelles et collectives - où évolue l'être humain. 

Dans un prochain billet, nous analyserons plus en détail la mécanique de cet affolement qui se produit en quatre phases : l'effroi et le déni, le repli et la conjuration. L'effroi devant l'effondrement de tous les repères habituels suscite un déni du réel et de sa complexité ainsi qu'un repli à la fois narcissique sur le plan individuel et identitaire sur le plan collectif. Ce déni et ce repli s'accompagnent d'un processus de conjuration des peurs à travers l'émergence et la prolifération d'imaginaires paranoïdes et de récits complotistes. Dans une telle crise cathartique, on projette son anxiété profonde sur des bouc-émissaires à travers une floraison de récits plus ou moins délirants qui, en se diffusant par contagion mimétique, peuvent parfois prendre la forme d'une psychose collective. 

Ce processus de conjuration collective, qui relève de la pensée magique, s'accompagne d'un "fantasme d'élection" qui fait de celui qui y adhère le membre privilégié d'une communauté d'élus, seuls à même de comprendre des réalités secrètes, cachées à tous les autres, perçus comme des "moutons". C'est ainsi qu'un tel dispositif magique de conjuration permet de passer d'un statut de victime, hantée par la peur et l'incertitude, à un statut d'élu qui dénie cette angoisse et la compense par un sentiment de supériorité vis à vis de ces moutons asservis que sont le troupeau des personnes non averties. Et la boucle est ainsi bouclée... sur une violence symbolique, parfois physique, qui prend pour cible des bouc-émissaires chargés d'expier une angoisse que des limites individuelles et collectives empêchent d'accueillir, d'analyser et de transformer en créativité.

Prendre du recul en développant une attitude de désaisie permet  de percevoir avec précision ces processus de conjuration magique avec toutes les stratégies inconscientes et manipulatrices qui les sous-tendent. En ces temps troublés, se laisser bercer par le rythme aveuglant des habitudes, c'est prendre le risque de se faire emporter par des vagues de confusion, destructrices du sens et des liens sociaux, dont la pression est  telle qu'elles s'engouffrent dans les failles personnelles les plus secrètes. Untel, qui nous apparaissait jusque là comme une personne à peu près équilibrée, peut soudain basculer dans un autre continuum en devenant le vecteur passionné de délires complotistes. On a vu opérer cette contagion mimétique à de nombreuses reprises dans l'histoire humaine et récemment, par exemple, de manière spectaculaire, lors des dernières élections américaines. Un tel basculement a des conséquences profondes et dangereuses pour les individus comme pour les sociétés.

Stratégies

Si la clarté de la vision issue d'un retrait méditatif permet d'effectuer un diagnostic global sur la situation actuelle, elle permet aussi d'élaborer des stratégies pour affronter les diverses expressions de cet affolement général. Face à des vagues d’obscurantisme, de dépression et d'ensauvagement liés à la régression vers des stades archaïques du développement humain, mieux vaut avancer en silence sur la voie intérieure d’une spirale évolutive que de chercher à convaincre des individus soumis à un vortex mortifère qui les enferme dans leurs croyances et préjugés, leurs fantasmes d'élection et leurs délires complotistes. Comme autant de bunkers, ces constructions psycho-mentales protègent de l’angoisse et des incertitudes ceux qui n’ont pas les moyens de comprendre et encore moins d'accompagner l'évolution de leur environnement.

Face à l'effondrement et à l'affolement qui en est la conséquence, il ne s'agit pas de battre en retraite mais d’adopter une attitude de retrait actif et créatif pour mieux affronter le désordre ambiant en gardant la précision et l’inspiration qui, au cœur de la spirale évolutive, naissent d’une présence immédiate. Si on n’entretient pas le lien qualitatif avec cette présence intérieure, on risque de se perdre dans les jeux dialectiques de l’ego et du mental en succombant aux chants des sirènes qui, une fois leurs masques retirés, apparaîtront pour ce qu'elles sont : des vampires avides d'une énergie vitale et créatrice dont ils ont absolument besoin pour ne pas mourir définitivement.

Ceux qui sont perdus dans les rets de la spirale thanatologique voudront toujours attirer à eux, pour se nourrir de leur lumière et de leur énergie, ceux qui participent de manière discrète et créatrice à la spirale évolutive. Ces derniers, connectés à leur regard intérieur, ne chercheront jamais à occuper le devant d'une scène déjà rongée par les vers, ils ne voudront pas avoir raison à tout prix ou prononcer le dernier mot pour alimenter leur égo, conscients qu'ils sont des jeux qui se jouent derrière les apparences. Dans la profondeur d'un silence inspiré, ils seront les gardiens vigilants d'une résonance avec l’essentiel qui les anime et qui les guide. 

Compassion

Le retrait méditatif permet de percevoir les constructions mentales et émotionnelles de l'égo qui conduisent les individus à se faire aspirer par une spirale régressive. Mais le recul n'est pas la séparation, le retrait n'est pas le rejet : loin de conduire à la stigmatisation et au mépris, l'expérience méditative ouvre sur la compassion. Plus on se libère de l'emprise de l'égo et plus s'éveille en nous un sixième sens : celui d'une interdépendance universelle qui s'exprime notamment à travers un sentiment de fraternité humaine et de communion avec le vivant. La compassion devient une ressources essentielle en ces temps de crise où, en plus de l'individualisme et de la loi de la jungle propres au capitalisme prédateur, la haine et l'agressivité avivées par Thanatos tendent à séparer les individus et à les diviser en clans opposés.

Selon Denys Rinpoché : " La compassion est l'état en lequel on compatit, c'est à dire en lequel on participe à la souffrance d'autrui, animé par un profonde sentiment de bienveillance ou d'amour altruiste qui entraîne une réaction de solidarité active, voire engagée. La compassion est une amplification de l'empathie dans une motivation de bienveillance. Elle peut se décliner en trois niveaux : le premier consiste en la capacité de voir l'autre comme un "autre soi-même". La deuxième dans la capacité d'échanger "moi" et "l'autre", se mettant à la place de l'autre pour mieux comprendre la réalité de ses difficultés. La troisième est l'altruisme qui dépasse ses blocages égoïstes pour donner la priorité à l'autre et à l'altérité du bien commun. Compassion et altruisme peuvent être considérés comme synonymes.»

La compassion n'inspire pas forcément une action spectaculaire. Dans toutes les traditions spirituelles, des pratiques méditatives consistent à envoyer ce que l'on pourrait appeler trivialement des "ondes positives" ou des "bonnes vibrations" pour aider les individus à surmonter leur souffrance et à dépasser leurs limitations. Mais le développement de la compassion peut aussi ouvrir sur un engagement social, politique ou interpersonnel. Un engagement non prosélyte qui vise à aider concrètement des personnes en difficulté comme à proposer des pratiques pour éveiller la conscience et à transmettre des informations sur le développement humain et le sens de la vie. 

Sage et Guerrier

Si, loin de toute forme de prosélytisme, la compassion peut être à l'origine d'un soutien pour ceux qui sont soumis à l'emprise d'une dynamique régressive, elle ne consiste pas à les déresponsabiliser en les infantilisant et en les empêchant d'affronter les épreuves qui leur permettront de se développer. Chacun, d'une manière ou d'une autre, est appelé à faire face au conséquence d'un "karma" qui est le résultat de ses expériences passées. Empêcher quelqu'un de faire face à ses responsabilités c'est ne pas lui permettre de se libérer d'un "karma" ou d'un passé qui le détermine inconsciemment. En dépassant l'infantilisme et le nombrilisme ambiant, la compassion développe un sens des responsabilités qui dépasse notre personne pour embrasser l'humanité et le vivant.

Ce qui ne tue pas rend plus fort. Au fur et à mesure que montent en pression les vagues d'un affolement généralisé, on voit des individus inspirés par de nouvelles visions du monde se réunir et se regrouper pour participer ensemble à un saut évolutif devenu absolument vital. Ils se forment aux pratiques méditatives et développent leur sensibilité énergétique tout en inventant, au sein de minorités cognitives et créatives, de nouvelles formes de vie et de sensibilité, de conscience et d'organisation. Souvenons-nous de la célèbre formule de l'anthropologue Margaret Mead : " Ne doutez jamais qu'un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés puisse changer le monde. D'ailleurs rien d'autre n'y est jamais parvenu."

Participer à un saut évolutif nécessite d’être à la fois sage et guerrier, méditant et militant, c'est à dire en fait un tigre : une énergie au service d'un instinct connecté à son milieu de vie. "Intelligent et courageux" comme le dit la fable, ce tigre est à la fois un sage qui participe de manière intuitive à la dynamique créatrice d’Éros et un guerrier capable d'affronter, à partir de cet axe intérieur, les forces de confusion et de désorganisation propres à Thanatos. Comme l'illustrent les art martiaux traditionnels, la puissance du guerrier trouve sa source dans cette présence et cette attention qui lui permettent de focaliser son énergie pour utiliser à son profit la force de l’adversaire. Mais ceci est une autre histoire… transmise dans les cercles formés par les guerriers de sagesse qui ont fait leurs preuves en surmontant les épreuves et les obstacles dressés sur leurs chemins de vérité. 

Ressources 

Le Grand Livre de la pleine présence  - Denys Rinpoché. Albin Michel.

Crée par Denys Rinpoché, la Buddha University propose de nombreux enseignements en présentiel et en virtuel. On trouvera sur le site une somme d'informations passionnantes aussi bien sur la pleine conscience que sur le dharma (la voie universelle du Bouddha).

Shambhala, la voie sacrée du guerrier  Chogyam Trungpa. La voie du guerrier au carrefour de la méditation et de l'engagement. 

Le Centre Shambhala paris propose de nombreux ateliers en présentiel et en virtuel pour approfondir la voie du guerrier spirituel.

Quel Bouddhisme pour l'Occident ? Fabrice Midal. Éditions Points.  Un ouvrage d'un philosophe et enseignant de méditation dont la lecture m'est apparue fondamentale pour penser les relations entre pensée occidentale et spiritualité orientale.

Conférences de Tokyo. Martin Heidegger et la pensée bouddhiste. Fabrice Midal. Une réflexion passionnante sur les liens entre phénoménologie et méditation.

A l'épreuve de l'expérience. Pour une pratique phénoménologique. Francisco Varela, Nathalie Depraz et Pierre Vermersch. Ed. Zeta - Réflexions sur une approche méthodique de la conscience.

Plaidoyer pour l'altruisme Matthieu Ricard. Ed. Pocket. Une réflexion fondamentale pour penser ensemble l'éveil de la conscience, le développement des cultures et les transformations sociales.

Dans Le Journal Intégral : Vers une Santé Intégrale - EffondrementsMéditer et Militer (2 billets) - Vacance et/ou Vacuité - Abécédaire de la méditation (1) - Abécédaire de la méditation (2) une révolution silencieuse - La Cosmodernité - Une régression anthropologique  -