Effondrement ou saut évolutif ? Voilà dix ans que nous explorons cette alternative entre la dynamique régressive d’une spirale infernale et la dynamique créatrice d’une spirale évolutive. Ce blog est la chronique d’un saut qualitatif vers un nouveau stade du développement humain qui se manifeste dès aujourd’hui à travers l’émergence de nouvelles formes de vie et de sensibilité, de relations et d’organisations, de pensée et de spiritualité dont nous cherchons à rendre compte au fil des jours.
Le Mal est ce qui reste, quand on a tout oublié, pour faire l'expérience de l'Irréductible.
Le courage consiste parfois à se taire...
A ne se laisser aller ni à la tentation des mots qui cherchent désespérément à contenir l’émotion, ni à celle des idées qui voudraient rendre intelligible une violence proprement inimaginable.
A ne pas mettre entre soi et l’expérience du gouffre, le voile d’une explication qui - jamais - n’arrivera à saisir la spécificité du Mal : son caractère irréductible.
A ne pas mêler sa voix au chœur de l'impatient et de l'impulsif, afin de faire face à l'incompréhensible c'est à dire ce que l'intellect ne peut appréhender.
A se taire enfin pour écouter en nous le chant de l'indicible, seul à même de ressourcer notre regard en l'approfondissant.
Parce qu'en se heurtant à ses limites, la pensée ne peut saisir l'impensable, elle doit être transcendée dans le lâcher prise. Le courage se transmue alors en acceptation de ce qui est : rester là, vivant, alerte, conscient, unifié et faire tout simplement l’expérience de l’immonde.
Présence nue partageant la nudité de la perte et de la peur, de l’absence et de l’horreur.
Témoigner par cette présence du souffle premier de la vie.
Se contenter d’être là comme le rocher sculpté par le vent du doute et la vague de l'effroi.
Prendre refuge dans l’ineffable avec gratitude.
Pactiser avec le silence qui en sait plus que nous.
Considérer notre finitude comme la clé qui ouvre en soi les portes de l’infini.
Développer ce septième sens qu’est le sens de la limite.
Congédier les évidences et s’abandonner à chaque souffle pour devenir plus vivant.
S’abstraire du langage pour retourner à la source du verbe. Plonger dans la fragilité à la source de la vie. Conjuguer en soi la présence de l'Un et la puissance de l'Autre.
Faire l'expérience de l'abandon pour être en mesure d'accueillir l’abondance.
Sentir l’haleine de la mort s’approcher de vous et ne pas la désirer comme on cherche l'oubli.
Ne pas faire aux barbares l'honneur de les haïr : ils n'attendent que cela pour nous enfermer dans leur piège régressif. Ascèse de la non-violence qui mobilise toute notre humanité pour ne pas donner une réponse inhumaine à des actes inhumains.
"En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre en surface comme en profondeur." Ainsi parlait Gandhi
Ne pas attendre de résultats.
Ne rien attendre. Être seulement attentif.
Chercher l’inefficacité maximum pour se libérer de l'emprise technique comme du dogme de la Très Sainte Utilité.
Ne rien faire du Tout pour que Tout conspire à réaliser votre Intention créatrice.
Ne pas se divertir pour oublier mais se convertir au chant stellaire qui enracine le terrien au Kosmos. Il ne s'agit pas de faire son deuil - quelle bêtise !... - mais que le deuil fasse advenir en nous plus que nous-même.
Prendre la mesure de ce qui est et vivre à son rythme, celui d'une évolution qui transfigure l'origine en mémoire et la mémoire en vision.
Ne rien dire qui puisse attenter à la grâce de l’instant présent.
Redonner au mystère toute sa place, celle du souverain : miroir infini de notre finitude. Remettre à la sienne l’égo usurpateur qui - au lieu de prendre conscience - se prend pour lui-même : miroir fini de notre infinitude.
S’impliquer dans ce mystère et attirer à soi, comme un aimant, toutes les explications du monde qui chercheront à nous séduire par leur vérité illusoire avant de nous réduire à un savoir qui finit par déshonorer et profaner tout ce qu’il approche.
N'être plus rien pour renaître au Tout : telle est l'expérience radicale. Habiter la présence pour rendre grâce à la simplicité. S'aimer tel que l'on est et récolter ce que l'on sème.
Ne pas croire tout ce que l’on pense ni penser tout ce que l'on croit.
Retirer patiemment l’écorce acide de la douleur jusqu’à goûter cette douceur de l'absence qui est celle d'une présence intemporelle.
Cette transcendance inversée qu'est le Mal nous invite à une intensité qui doit être vécue pleinement pour révéler le secret vertical du lâcher prise.
Dans la souffrance des larmes et le fracas des armes, être à l’écoute et accompagner les formes novatrices que la destruction permet de faire émerger.
Une matrice douloureuse est en train d'accoucher d'un souffle nouveau...
Il ne sera ni entendu ni compris celui qui refuse de parler le langage abstrait du désert, le seul qui soit écouté en ce bas monde où sévissent les savants, les puissants et les fous.
L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion. Denys Rinpoche
Elena Ray
A l’occasion de la COP 21 qui aura lieu à Paris début décembre, nous proposons une série de billets sur la crise écologique et le moyen d’y faire face à travers une "écologie intégrale" conjuguant sobriété conviviale, mutation culturelle et développement psycho-spirituel. Dans notre dernier billet - Décroissance ou Barbarie - nous évoquions le "contre-sommet" qui aura lieu samedi pour remettre en questions ces grandes messes environnementales où le capitalisme revêt un masque pseudo-écologique pour faire perdurer une dynamique mortifère d'accumulation illimitée, fondée sur la destruction des ressources naturelles comme des liens sociaux et culturels. Il s'agit dès lors de déconstruire le paradigme dominant pour "sortir de l'économie" et "décoloniser les imaginaires" en se libérant de l'emprise du fondamentalisme marchand fondé sur le fétichisme de la marchandise.
Dans l'avant-dernier billet - Le Syndrome de Cophenhague - nous analysions le profond déni qui fonde ces rencontres internationales où l’on cherche à résoudre la crise écologique avec le type de pensée technocratique qui l’a générée sans remettre en question ni les modèles dominants, ni les modes de vie et d’organisation socio-économique à l'origine du saccage de la planète au profit des plus riches. A cette occasion nous citions les propos de Denys Rinpoche : " L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion... Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire."
C'est dans cet esprit que se sont tenus Dimanche 1er Novembre à Paris les "24 heures de méditation pour la Terre" où les représentants de nombreux courants spirituels et religieux, comme des artistes inspirés, ont célébré ensemble la profondeur spirituelle et le caractère sacré de notre relation à la Terre. Plus de 2.000 manifestations sur les cinq continents ont permis à toutes les traditions comme aux inspirations contemporaines de s'associer pour penser et célébrer avec gratitude notre maison commune. Ce grand moment de recueillement et de communion fut l'occasion d'assister à l'émergence d'une conscience collective animée par l'exigence d'une écologie intérieure.
Ce n'est pas un hasard si, dans ce même esprit d'intégration, l'’excellente revue "3ème millénaire" consacre son numéro d’automne à cette écologie intérieure sans laquelle toute démarche écologique est condamnée à la bonne conscience et à la mauvaise foi, à l’impuissance comme à l’hypocrisie. Dans ce numéro, Marc Halévy définit ainsi l’écologie intérieure : « En grec, l’Oïkos, c’est ce que l’on habite : sa maison, son milieu, son monde. L’écologie est donc l’étude de ce que l’on habite et des relations que l’on entretient avec lui… On peut parler d’écologie intérieure lorsque la réflexion porte sur ce « dedans » qu’habite, tant bien que mal, la conscience de chacun. ».
La lecture de ce numéro de "3ème Millénaire" est un contrepoison absolument indispensable à l’anesthésie des consciences obtenue sous hypnose médiatique à la veille de la COP21. Les auteurs proposent des contributions de très grande qualité qui permettent de saisir les nœuds internes – psychologiques, culturels, spirituels – qui sont au cœur de la crise écologique en envisageant les moyens de s'en libérer. Après avoir évoqué la dialectique entre effondrement et refondation, nous proposerons l’éditorial de ce numéro de 3ème Millénaire, intitulé Découvrir nos climats intérieurs, où la présentation des différents articles est l'occasion de mieux percevoir et comprendre ce qu'est l'écologie intérieure dans ses multiples dimensions.
Un spectacle surréaliste
« C’est un peu surréaliste d’observer ce qui se passe dans les réunions internationales sur le changement climatique. Y a –t-il une seule personne dans ces réunions qui ait vraiment et sincèrement envie de changer quoi que ce soit au système, ou de changer tout court ? S’il y avait une compréhension réelle de la situation, si ces gens étaient normaux, cela ne prendrait pas des années pour des accords de façade, repoussant les objectifs de décennie en décennie pour ne pas avoir à les tenir ! Nos dirigeants ne sont pas intéressés à faire quoi que ce soit, car ils font l’affaire de ceux qui profitent du système, à savoir les prédateurs économiques qui contrôlent vraiment ce qui se passe sur cette terre. Il ne faut donc rien attendre de nos dirigeants. Ni d’ailleurs de personne tant l’état de sommeil dans lequel vit l’humanité est profond. Son réveil est au prix d’un choc de souffrance. Et encore !...
... Qu’est-ce qui manque pour se réveiller ? Apparemment il manque ce qui s’en vient, c’est-à-dire des catastrophes planétaires sur le plan de la santé, financier, économique, social, militaire, etc. On dirait que c’est la seule chose qui manque. Je ne dis pas que c’est nécessaire d’en arriver là mais tant de problèmes se sont accumulés, avec un tel manque de volonté pour les résoudre avec intelligence… Nous élisons des personnes qui ne veulent pas voir qu’il existe un problème fondamental dans notre manière de vivre. Le problème est que les plus grands dormeurs sont nos chefs, aussi le réveil ne peut-il venir du haut de la pyramide. »
C’est en ces termes d’une glaçante lucidité que Jean Bouchart d’Orval décrit dans ce numéro de "3ème Millénaire" la situation actuelle de l’humanité face à une crise écologique menaçant notre civilisation d’effondrement et notre espèce de dégénérescence. Dans leur livre intitulé "Comment tout peut d'effondrer ?"Pablo Servigne et Raphaël Stevens arrivent aux mêmes conclusions en synthétisant l’ensemble des données et des alertes scientifiques toujours plus alarmantes :« Être catastrophiste ce n’est ni être pessimiste, ni optimiste, c’est être lucide ».
Le travail très bien documenté de ces deux auteurs s'inscrit dans la continuité de celui de Dennis Meadows (auteur du fameux rapport du Club de Rome en 1960 sur les limites de la croissance)) qui déclairait en 2012 : " Il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l'urgence de petits systèmes résilients". Dans un récent billet de blog du journal Le Monde et intitulé Faut-il prendre l'effondrement au sérieux ? Hubert Guillaud répond par la positive en faisant notamment référence à ces deux auteurs qui considèrent l'effondrement comme "une situation inextricable, irréversible et complexe pour laquelle il n'y a pas de solutions, mais juste des mesures à prendre pour s'y adapter." Face à cet effondrement, une stratégie de résilience consisterait notamment à reconstruire des pratiques collectives "que notre société matérialiste et individualiste a méthodiquement et consciencieusement détricotées". Reconstruire du commun c'est exprimer un imaginaire collectif et décolonisé dans lequel se reconnaissent des individus - jusque là dissociés par l'abstraction capitaliste - qui peuvent à nouveau faire société autour d'une nouvelle vision du monde.
L'Art d'habiter ce "dedans" qui est en moi
Face à cette perspective d’effondrement comme au déni des gouvernements, on peut se lamenter en se noyant dans la désespérance, on peut s’entraîner à la survie en milieu hostile ou en abri anti-atomique – pourquoi pas ! – mais on peut aussi réagir de manière active et créative en utilisant ce chaos pour poser les bases d’une refondation à la fois culturelle, spirituelle et sociale où l'écologie intérieure trouve tout naturellement sa place dans le cadre d'une "écologie intégrale". Il existe un lien organique entre le processus de destruction qui se manifeste à travers l’effondrement d’une civilisation et, d'autre part, le processus de création à travers lequel l'émergence de formes novatrices initie une refondation.
En son sens étymologique de révélation, l’Apocalypse n’est rien d’autre que ce processus de destruction créatrice qui articule la révélation du nouveau et la désintégration de l’ancien. Selon Satprem : « Nous avons parfois l’impression, dans l’histoire, que les périodes d’épreuve et de destruction précèdent la naissance d’un monde nouveau, mais c’est peut-être une erreur, peut-être est-ce parce que la semence nouvelle est déjà née que les forces de subversion (ou de déblayage) vont s’acharner. »
Dans une série de sept billets intitulée Effondrement et Refondation, nous analysions cette dialectique entre l’effondrement d’un modèle technocratique obsolète et l’émergence d’une "écologie intégrale" dans laquelle s'inscrit l'écologie intérieure évoquée par Marc Halévy dans ce numéro de 3ème Millénaire : « Ce vivant relié, connecté et interdépendant que j’appelle « moi » - provisoirement en attendant mieux - est une unité organique complexe, où tout est dans tout, où tout interagit avec tout, où tout est cause et effet de tout, où tout dépend de tout le reste. On appelle cela une unité holistique c’est-à-dire une unité compacte et autonome qui constitue un tout indissociable, réfractaire par essence à toute approche analytique. Pour le dire autrement, ce « moi » est un processus cohésif et cohérent qui évolue dans son monde, en interaction permanente avec lui, porté par une intention de vie et une logique poïétique qui lui sont propres…
L’écologie intérieure est l’art d’habiter ce « dedans » global qui est en moi. Elle commence par la reconstitution de l’unité foncière de ce « moi » que l’on a voulu par obsession analytique cartésienne, saucissonner… C’est vers cela que mène l’écologie intérieure : vers la clarification des structures du monde du « dedans » et leur mise en harmonie avec celles du monde du « dehors ». Pour le dire autrement : chacun porte en lui une vocation et des potentialités intérieures face à une situation et des opportunités extérieures. Mener une « bonne » vie consiste à activer les potentialités intérieures les plus adéquates en vue de réaliser au mieux sa vocation en fonction des opportunités extérieures qu’offre la situation vécue du moment. Se réaliser soi-même en vivant intensément le moment présent : voilà une autre manière de l’exprimer…
Toute la discipline de l’écologie intérieure vise à réduire cet égo dont la première caractéristique est de vouloir, avec force ruses et turpitudes, prendre toute la place, tant dans le monde extérieur et assujettir tout ce qu’il peut, que dans le monde intérieur où il s’affirme comme meneur de jeu et commandant en chef. Une saine discipline de vie consiste à remettre cet égo vaniteux et arrogant à sa juste place, celle d’un lieu de conscience où se rencontrent le monde extérieur et le monde intérieur. Il n’est qu’un lieu. Rien qu’un lieu. Une place pour la rencontre existentielle du « dedans » et du « dehors ». Une agora en somme. Et on le sait bien, plus ce forum est désencombré, plus les rencontres qui s’y promettent sont simples et fructueuses. Et l’ascèse dont on parle ici, consiste à faire taire l’égo et à l’astreindre à écouter plutôt qu’à pérorer. »
Preuve d'une convergence de vue qui unit les consciences inspirées, cette analyse de Marc Halévy rejoint celle que Denys Rinpoche, énoncée dans un autre contexte : « Nous projetons nos comportements dans le monde et aussi longtemps que notre fonctionnement interne est fondé sur l'égoïsme, l'avidité et ses passions, nous ne ferons que reproduire, dans notre environnement externe, les mêmes schémas vampiriques, captatifs et destructeurs, les mêmes schémas de violence, et d'agression.L'action sur le monde, sur l'environnement, et l'action sur soi, en son for intérieur sont inséparables. Développer l'harmonie intérieure, ce que l'on nomme quelquefois le chemin spirituel ou mieux, l'approche de la vie sacrée. »
Découvrir nos climats intérieurs. 3ème Millénaire
En décembre se tiendra à Paris une importante Conférence de l'ONU où la communauté internationale devrait adopter un nouveau traité pour la protection du climat... Il est incontestable que certains sont et seront convaincus qu'un changement de comportement collectif, national et international doit être apporté à nos vies intimement liées aux climats et aux sursauts planétaires. Les intérêts économiques et l'inertie générale aura cependant raison des apparentes bonnes volontés qui auront cossigné de nouveaux engagements. Car ces derniers, « très en dessous des nécessités écologiques », souligne Jean-Pierre Le Danff, demeurent « l'expression d'une bonne conscience environnementale ... bien plus qu'une réelle volonté d'agir à la hauteur des enjeux ».
Cette constatation s'appuie sur la connaissance de l'humain que les écopsychologues ont maintenant largement mis en évidence : le déni de réalité que Michel-Maxime Egger évoque ici en termes de « syndrome de Cassandre », ou encore la relation pathogène que Bernard Boisson expose en termes de « coupure homme/nature»... Pour Jean Bouchart d'Orval, le drame, c'est que « nous élisons des personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas voir qu'il existe un problème fondamental dans notre manière de vivre », et parmi les individus d'une population « très peu ont la lucidité de se réveiller, c'est-à-dire de voir qu'ils dorment».
La difficulté de s'éveiller tient aux « différents obstacles intérieurs » qui « rendent d'autant plus difficile une transformation de nos comportements qu'il existe en chacun de nous une résistance au changement» ajoute Michel-Maxime Egger. Car, constate aussi David Sire, « des mécanismes pervers se mettent en place dans notre vie sans que l'on n'y prenne garde ». C'est cette connaissance des climats intérieurs et des empêchements à les voir dans la tourmente qu'il nous faut mettre en œuvre pour accomplir l'évolution divine entrevue par Teilhard de Chardin.
La nécessaire et indispensable approche intérieure de l'écologie est alors évidente ; voie que chacun d'entre nous peut apprendre à découvrir ! Car « c'est surtout en fonction des dangers qui menacent de nous accabler, nous dit Joanna Macy, pionnière de l'écopsychologie, que nous débouchons sur une conscience de soi plus vaste, écologique ». « Puissions-nous rentrer en nous-mêmes, indique-t-elle, afin de dé-couvrir nos véritables racines, dans l'entrelacement biologique de cette exquise planète ».
Un changement de conscience
L'écologie nouvelle – l'écosophie – qui émerge, à travers les mouvements présents dans ce numéro, ne repose pas sur la recherche des coupables car, comme le rappelle Bernard Boisson « tout bon psychologue ajoutera que nous ne nous libérerons pas de nos problèmes collectifs en culpabilisant, mais en responsabilisant. Ce pourrait être là d'ailleurs, ajoute-t-il, que nous pourrions voir le rôle des écothérapies ...». L'écosophie ou l'écologie de l'être repose sur une observation méditative de nous-même, sans jugement, sans distinction, sans séparation...
Par cette approche, Jeff Foster nous fait remarquer que « la souffrance commence là quand on oublie notre véritable nature qui est la présence elle-même, cet espace ouvert et aimant que nous sommes, au sein duquel la respiration est permise, dans lequel toutes les pensées, les émotions et les ressentis ont le droit d'aller et venir». C'est aussi, nous dit David Sire : « Accepter même la peur qui surgit et plonger en elle. Finalement, c'est l'aimer ! Avoir de la tendresse pour tout ce qui se passe. La tendresse a quelque chose de l'ordre de la maturité, de la quiétude, de la douceur avec soi-même ».
Pour Armelle Six, « l'écologie commence par cette profonde reconnexion à soi. C'est d'abord et avant tout, être en relation avec soi dans une profonde harmonie ». L'écologie spirituelle, l'écologie intérieure, est, nous dit Yann Thibaud, « cette nouvelle culture » qui « mettra définitivement fin à la guerre contre soi, cette attitude masochiste issue des religions patriarcales désormais obsolètes, consistant à torturer son corps, à nier ses désirs et sa sexualité, à faire taire ses émotions, à s'interdire de penser librement et à singer niaisement des modèles stéréotypés de piété et de vertu ». Cette nouvelle culture naîtra avec « la méditation », ajoute-t-il, qui « n'est donc rien d'autre que la vie même, consciemment vécue ; et c'est cette qualité d'attention envers soi et le monde, qui rendra possible la venue spontanée d'épisodes d'expansion de conscience, qui constituent l'objet et la raison d'être de toute spiritualité authentique ».
Marc Halévy préconise ici la discipline de l'humilité qui consiste à « juste reconnaître que l'homme doit diminuer pour que la Nature et le Réel puissent augmenter. Juste savoir que l'ego doit se vider de ses leurres et de ses mensonges afin de laisser la place nette pour la rencontre du “dedans” et du “dehors” ». Car dans l'esprit des traditions mystiques et spirituelles, que la nouvelle culture ressuscite de l'oubli, « la “bonne” vie, précise Marc Halévy, consiste à harmoniser, en permanence, l'évolution du monde du “dedans” – son intériorité – et celle du monde du “dehors” – son extériorité».
Vers une impersonnelle globalité
Qu'est-ce que la globalité dont nous sommes partie prenante ?... Dominique Casterman nous fait remarquer que « sans la Conscience vécue de l'unité humaine, planétaire et cosmique, le moi personnel occupe psychologiquement toute la place. Dès lors, rien de surprenant que l'action humaine, isolée du contexte global, devient rapidement conflictuelle et souvent foncièrement égoïste quand ce n'est pas, pire encore, le fanatisme qui l'emporte ».
Bernard Boisson aborde la possibilité d'une « écopsychologie non-anthropocentrique » ouvrant « nos consciences à des sentiments de nature hors cadre de la psychologie courante », tel le « sentiment océanique qui a fait l'objet d'une vive correspondance entre Romain Rolland et Sigmund Freud ». C'est paradoxalement en tant qu'individu (indivisible) que nous pouvons découvrir la dimension impersonnelle de la conscience : le Soi. Pour le moine Gojo, cela « implique que nous partageons tous la même Conscience, qu'en essence, nous sommes tous un ».
Évidemment, aucun discours, aucune moralisation des faits, ne peut nous conduire à l'unité, au Soi ; ce que relève Joanna Macy, inspirée par l'écologie profonde (Deep Ecology) du philosophe Arne Naess : « Une chose que j'aime dans le Soi du monde est qu'il rend non pertinente l'exhortation morale. Le sermon est à la fois ennuyeux et inefficace ». Le problème est très ancré dans la nature humaine, l'ego. La personne que nous croyons et affirmons être, socialement, politiquement, économiquement,... aussi vulnérable et mortelle soit-elle, maintient et entretient le cauchemar collectif...
Jean Bouchart d'Orval souligne que tant qu'un individu « se prend pour un personnage, il ne remettra pas en question son monde, celui dans lequel il rêve ». L'illusion d'être une personne plutôt que d'Être ne permet aucun enracinement planétaire, aucune Conscience écologique véritable. Dans les termes d'Armelle Six : « lorsque nous croyons être une personne merveilleuse qui a réussi, grande, belle, socialement développée ou apte, peu importe, ou que nous soyons la pire chose qui soit sur cette terre, c'est la même chose ! » Joanna Macy montre que « la science du XXe siècle remet en question la notion d'un soi séparé du monde qu'il observe et sur lequel il agit », car « comme le disent les théoriciens des systèmes : il n'y a pas de catégorie du “je” en opposition à une catégorie du “tu” ou du “ça” ».
« L'écologie, déclare Armelle Six, c'est le bonheur et l'amour, dans l'arrêt de toutes les comparaisons qui ne mènent nulle part, parce que nous sommes déjà parfaits comme tel que nous sommes, parce que nous sommes l'extension de la Source ». La Conscience écologique est notre propre intériorité, notre vraie nature. Elle relie spirituellement, psychologiquement et physiquement l'humanité à ses racines planétaires – ce qu'a incontestablement vécu ce précurseur que fut Henry Thoreau. Par une approche méditative, la planète “extérieure” se découvre être la manifestation de la Vie et de l'Esprit. Dans l'approche méditative, la Terre, Gaïa, n'est plus un simple concept, c'est l'entité que nous habitons corps et âme.
Table des Matières de la revue 3e Millénaire consacrée à l'écologie intérieure
Marc Halévy : Qu’est-ce que l’écologie intérieure ? - Le moine Gojo : Le fondement de l’écologie intérieure - Bernard Boisson : « L’écopsychologie » : le défi à la vivre - Joanna Macy : Pour reverdir l’être - Michel Maxime Egger : Réchauffement climatique : vaincre la tentation du déni - Jean-Pierre Le Danff : L’émerveillement : l’ultime voie - Yann Thibaud : L’écologie intérieure ou la fin du combat contre soi - Armelle Six : Donner c’est recevoir - David Sire : Le mouvement de la vie - Jeff Foster : L’Acceptation - Dominique Casterman : Rien n’est séparé - Jean Bouchart d’Orval : Céder devant la réalité - Documents : Henri Thoreau : L’âme de la Terre - Teilhard de Chardin : Aux origines de Gaïa - Portfolio : Photographies de Elena Ray - Méditation avec Marianne Dubois - BD : Anna Guégan : Soleil noir. N. Céliolisa : Écolo-je
Plusieurs vidéos passionnantes où s'expriment certains auteurs des articles ci-dessus constituent les suppléments du N°117 consacré à l'écologie intérieure par la revue 3e Millénaire.
Écologie et Vie sacrée Entretien avec le Lama Denys Teundroup sur le site Demain l'Homme
Trilogies, entre le cosmique, l'humain et le divin. Site de Michel Maxime Egger. De nombreux articles intéressants sur l'écologie intérieure et l'écopsychologie.
Roseaux Dansants a pour but la diffusion du Travail qui Relie, méthode de Joanna Macy, en payx francophones.
Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. Kenneth Boulding
Dans notre précédent billet intitulé Le Syndrome de Copenhague nous évoquions la formidable hypocrisie qui préside à l’organisation de la conférence internationale sur le climat (COP 21) qui aura lieu à Paris en Décembre : on cherche à limiter le changement climatique sans remettre en question le modèle de pensée ainsi que le mode de vie et l’organisation socio-économique qui en sont à l’origine !
Partisan de cet oxymore qu’est le développement durable, les organisateurs de cette farce planétaire sponsorisée par les multinationales « amies du climat » marchent sur la tête : ils vident l'écologie de son caractère subversif en la considérant comme une nouvelle source de croissance alors même que la course folle à la croissance est incontestablement à l’origine du pillage des ressources de la planète. Résultat : en 23 ans de négociations, les émissions de CO2 ont augmenté de 63%. Il faut être fou (ou économiste) pour vouloir aboutir à un résultat différent en faisant toujours la même chose !...
Une telle entreprise d’enfumage est contestée par un nombre de plus en plus important d’individus et de groupes qui, face à un danger vital, veulent changer le système avant que le climat ne change de manière irréversible les conditions de vie sur la planète. Changer le système cela signifie à la fois convertir un mode de pensée technocratique en vision intégrale (à la fois systémique et dynamique) et transformer une société de marché, obsédée par la croissance, en une société "d'abondance frugale" fondée sur la convivialité.
Il n'y a pas de développement durable
Pour promouvoir ce changement en résistant à la manipulation des consciences, le journal La Décroissance organise le 14 Novembre à Venissieux, dans la banlieue de Lyon, un Contre-sommet mondial sur la décroissance avec la présence de nombreux intervenants comme Serge Latouche, Anselm Jappe, Dany Robert-Dufour, Aurélien Bernier, Agnès Sinaï, Cédric Biagini, François Jarrige, Denis Bayon, Yannis Youloundas etc... Que du beau monde !...
Journaliste à la Décroissance et directeur de la maison d'édition Le pas de côté, Pierre Thiesset évoque ce contre-sommet dans un entretien à Limite, "revue d'écologie intégrale" qui vient de paraître et dont nous reparlerons : " Lors de ce contre-sommet, les intervenants rappelleront donc le clivage fondamental qui oppose les partisans de la décroissance aux partisans de la croissance verte. Les premiers revendiquent la sortie du capitalisme; les seconds, qui seront partout lors de la COP21 considèrent le réchauffement climatique comme une opportunité pour relancer l'économie, déverser de nouvelles technologies, ouvrir de nouveaux marché, accélérer un développement industriel qu'ils croient éternels... Plus l'ONU parle de développement durable, plus l'atmosphère est saturée de carbone, plus notre milieu se détruit. Il est temps d'ouvrir les yeux : il n'y a pas de développement durable. Il n'y a pas de croissance verte.
Tous ceux qui veulent faire croire que l'expansion pourra se poursuivre indéfiniment et que le mode de vie des plus riches n'aura pas à être négocié, par la grâce des énergies renouvelables, sont des bonimenteurs : même l'armée française reconnaît que d'ici vingt ans, les métaux nécessaires à cette économie soi-disant "verte" viendront à manquer. Game Over... Mais il ne faut pas se bercer d'illusion. La "société" n'a pas l'intention de démanteler le système industriel total, dans lequel nous sommes tous enfermés. Aucune force politique actuelle, aucun mouvement social d'ampleur ne portent une critique aussi radicale que la décroissance. Qui propose de s'attaquer à la dynamique du capital, au fétichisme de la marchandise, à la puissance du système technicien ? Les partis préfèrent quémander du pouvoir d'achat.
La décroissance est largement minoritaire, comme l'ont toujours été les penseurs hérétiques qui ont blasphémé contre la religion du Progrès (par exemple Jacques Ellul, Ivan Illich, Bernard Charbonneau, Günther Anders, Lewis Munford, etc.). Nous nous efforçons de maintenir les braises de cette écologie politique non inféodée, de diffuser des idées qui se situent dans la filiation des grands précurseurs. Ne serait-ce que pour notre dignité d'homme qui refusent d'assister passivement au spectacle de l'effondrement et de se taire devant les menées du capitalisme vert. Voilà pourquoi nous organisons un contre-sommet."
Un Choix Crucial
Plus précisément concernées par l'évolution des conditions de vie dans les temps à venir, les nouvelles générations ne sont pas dupes. Dans un sondage d'Odoxa pour les Presses Universitaires de France (PUF), rendu public le 29 Septembre, près de trois jeunes sur quatre de 15 à 30 ans ne croient pas au succès de la COP21 quandun sur trois estime qu'il faut "changer totalement notre mode de vie et prôner la décroissance"comme vient de le faire, à sa manière pontificale, le pape François dans sa nouvel encyclique Laudato Si'. En Juillet/Août, La Décroissance proposait un numéro spécial (ci-contre) consacré à ce Contre-sommet avec les contributions de nombreux auteurs étrangers qui permettaient de faire un très intéressant tour du monde de la décroissance où la remise en cause de l’éco-capitalisme allait de pair avec la promotion d’une "austérité révolutionnaire".
Dans ce numéro le philosophe Jean-Claude Michéa, écrivait dans un article intitulé Décroissance ou Barbarie : "Ce sont bien deux conceptions irréconciliables du « changement » (ou du « progrès ») qui s’affrontent à présent dont l’une coïncide - depuis bientôt un demi-siècle – avec la marche en avant suicidaire du capitalisme, et l’autre avec le projet d’un monde égalitaire et convivial dont l’idéal de liberté s’enracine dans le sens des limites et la décence commune. Le choix crucial, en somme, entre décroissance ou barbarie".
Dans ce même numéro Serge Latouche, professeur émérite d'économie à l'université d'Orsay, écrivait quant à lui un article intitulé : « Pourquoi la décroissance implique de sortir de l’économie ?» où il expliquait que ce choix crucial entre décroissance et barbarie nécessitait de décoloniser notre imaginaire de l’emprise économique. C’est cet article que nous vous proposons ci-dessous en vous incitant très fortement à lire ce numéro (Juillet/Août 20105) en le commandant sur le site du journal. Et pendant que vous y êtes, abonnez-vous à La Décroissance pour cheminer chaque mois sur les voies de ce que Latouche nomme une "abondance frugale" tout en déconstruisant - dans la joie de vivre - l'économisme dominant.
Pourquoi la décroissance implique de sortir de l’économie ?
Serge Latouche
La décroissance est un projet révolutionnaire, en ce sens qu’elle propose une rupture radicale avec le système en place, à savoir la société de croissance. Il s’agit une fois sortis de l’illimitation de l’économie productiviste, de construire une société d’abondance frugale ou, pour le dire comme Tim Jackson (1), de prospérité sans croissance. La première forme de rupture impliquée par le projet décroissantiste consiste à décoloniser notre imaginaire, autrement dit à sortir de la religion de la croissance et à renoncer au culte de l’économie.
Évidemment, s’attaquer au dogme de la croissance économique constitue une atteinte au pouvoir des « nouveaux maîtres du monde » et, en ce sens, le projet touche les fondements de la société moderne et a des implications politiques. Toutefois, cela n’en fait pas, à strictement parler, un projet politique, en ce sens que d’une part, l’organisation de la politie, ou entité politique, qui mettrait en œuvre une politique de décroissance reste indéterminée tant dans sa forme que dans son organisation et dans son fonctionnement, et d’autre part, parce que ce projet n’intègre pas une stratégie de la « prise de pouvoir »
En outre, la société de non-croissance n’étant pas une alternative, mais une matrice d’alternatives, elle est fondamentalement plurielle, puisqu’elle rouvre l’espace à la diversité culturelle. D'où une préférence pour un pluriversalisme plutôt que pour un universalisme toujours suspect d'occidentalocentrisme. La marche vers la société d’abondance frugale est donc envisageable à priori avec les organisations politiques les plus diverses. En revanche, elle n’est pas compatible avec l’imaginaire économique.
Il n’y a pas de croissance alternative
L’analyse de ce que certains ont appelé "l’école" de l’Après-développement d’où sont sortis les "partisans" de la décroissance ou "objecteurs de croissance", se distingue des analyses et des positions des autres critiques de l’économie mondialisée contemporaines (mouvement altermondialiste, mouvement anti-utilitariste ou économie solidaire) et des propositions de changement individuel comme le mouvement de la simplicité volontaire, en ce qu’elle ne situe pas le cœur du problème dans le néo ou l’ultra-libéralisme ou dans ce que Karl Polanyi appelait l’économie formelle, c’est-à-dire l’univers du marché, mais dans une logique de croissance perçue comme l’essence de l’économicité.
En cela, le projet est radical. Il ne s’agit pas de substituer une « bonne économie » à une « mauvaise », une bonne croissance ou un bon développement à de mauvais, en les repeignant en vert, en social ou équitable, avec une dose plus ou moins forte de régulation étatique ou d’hybridation par la logique du don ou de la solidarité. Faire de la décroissance un autre paradigme de développement ou une variante de développement durable, comme le font certains commentateurs et sympathisants, en France ou à l’étranger constitue un contresens théorique.
Le projet de la décroissance en effet, n’est ni celui d’une autre croissance, ni celui d’un autre développement (soutenable, social, vert, rouge, etc.), mais bien la construction d’une autre société. Autrement dit, ce n’est pas d’emblée non plus un projet économique, fût-ce d’une autre économie, mais un projet sociétal qui implique bien de sortir de l’économie comme réalité et comme discours impérialistes. Il s’agit donc de rompre avec les pratiques économiques concrètes, mais surtout de sortir l’économie de nos têtes, autrement dit de déséconomiser les esprits. L’impérialisme de l’économicité se manifeste dans le pan-économisme dominant ou le processus d’économisation totale du monde que relève d’une autre façon la mathématisation et quantification du social.
Cette formule « sortir de l’économie » est généralement incomprise et pour beaucoup insupportable, car nos contemporains ont du mal à prendre conscience que l’économie est une religion. Quand nous disons que, pour parler de façon rigoureuse, nous devrions parler d’a-croissance comme on parle d’a-théisme c’est très exactement de cela qu’il s’agit. Devenir des athées de la croissance et de l’économie.
Un logiciel toxique
La croissance et le développement étant d’abord des croyances (comme le progrès et l’ensemble des catégories fondatrices de l’économie) avant d’être des pratiques destructrices de notre écosystème, la réalisation d’une société soutenable d' "abondance frugale" ou de "prospérité sans croissance" implique bien de décoloniser notre imaginaire pour changer vraiment le monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur.
Cette nécessité de renoncer à un logiciel toxique concerne l’ensemble des pays de la planète, même si, concrètement, cela se traduit de façon différente pour les pays du Nord et ceux du Sud et si, le paradigme économique étant une invention occidentale, il convient de commencer la cure de désintoxication dans le Nord, sans oublier l’immensité de sa dette écologique à l’égard du reste du monde.
Bien-sûr, comme toute société humaine, une société de décroissance devra organiser la production de sa vie, c’est-à-dire utiliser raisonnablement les ressources de son environnement et les consommer à travers de biens matériels et des services, mais un peu comme ces sociétés d’abondance de l’âge de pierre décrites par Marshall Shalins qui ne sont jamais entrées dans l’économique. "Dans les sociétés traditionnelles, écrit-il, structuralement, l'économie n'existe pas". Et l’anthropologue Louis Dumont ajoute : " Il n'y a rien qui ressemble à une économie dans la réalité extérieure jusqu'au moment où nous construisons un tel objet" (Homo aequalis).
L’organisation de la vie matérielle et spirituelle – la séparation entre les deux n’étant sans doute plus pertinente – ne se fera pas dans le corset de fer de la rareté, des besoins, du calcul économique et de l’homo œconomicus. Ces bases imaginaires de l’institution de l’économie doivent être remises en question. Comme l’avait bien vu Jean Baudrillard en son temps, « une des contradictions de la croissance est qu’elle produit en même temps des biens et des besoins, mais qu’elle ne les produit pas au même rythme » Il en résulte ce qu’il appelait "une paupérisation psychologique", un état d’insatisfaction généralisé, qui « définit la société de croissance comme le contraire d’une société d’abondance » L’abondance est mise en scène à travers le spectacle de l’extraordinaire gâchis de la société de consommation, mais la réalité vécue est celle de la frustration.
Quand l’abondance crée la pénurie
Les situationnistes allèrent jusqu’à remettre en question, et à juste titre, le bien-fondé des concepts de richesse et de pauvreté, de développement et de sous-développement. Contre les sociétés qui parlaient de « société d’abondance », ils rappelaient que « l’abondance, comme avenir humain, ne saurait être abondance d’objets mais abondance de situations (de la vie, de dimensions de la vie)» et que le bonheur ne naît pas de la possession des biens, mais qu’il « dépend d’une réalité globale qui n’implique pas moins que des personnages en situation : des personnes vivantes et le moment qui est leur éclairage et leur sens (leur marge de possible) ».
La soi-disant société d’abondance est surtout une société de pénurie et de rareté des choses essentielles : l’air pur, l’eau saine, les espaces verts, le logement, mais aussi le temps et bien sûr la convivialité… La frugalité retrouvée permet de reconstruire une authentique société d’abondance sur la base de ce qu’Ivan Illitch appelait la "subsistance moderne". C’est-à-dire « le mode de vie dans une économie post-industrielle au sein de laquelle les gens ont réussi à réduire leur dépendance à l’égard du marché, et y sont parvenus en protégeant – par des moyens politiques – une infrastructure dans laquelle techniques et outils servent, au premier chef, à créer des valeurs d’usage non quantifiées et non quantifiables par les fabricants professionnels de besoins. »
En d’autres termes, il s’agit de réenchâsser le domaine de l’économique dans le social par une aufhebung (abolition/dépassement), conséquence de la mutation anthropologique nécessaire. De là s’impose l’idée qu’une société sans croissance qui soit soutenable, équitable et prospère ne peut être que frugale. La frugalité ou la sobriété retrouvée permet la prospérité pour tous grâce à l’auto-suffisance locale, l’autonomie politique décentralisée, renforcée par un protectionnisme social, écologique et culturel.
La décolonisation de l’imaginaire économique impliquera d’autres ruptures bien concrètes. Il s’agira de fixer les règles qui encadrent et limitent le déchaînement et l’avidité des agents économiques (recherche du profit, du toujours plus) : protectionnisme écologique et social, législation du travail, limitation de la dimension des entreprises, etc. Et en premier lieu, mettre fin à la guerre économique par une déclaration de paix. L’objection de croissance est aussi une objection à l’embrigadement dans la guerre de tous contre tous par la compétition à tout prix, un refus de cette barbarie hobbesienne de l’homo homini lupus (véritable injure à la sociabilité du loup…)
Vers une société d’abondance frugale
Depuis August Bebel, on sait bien que le libre-échange et la concurrence "libre et non faussée" ne sont que "le renard libre dans le libre poulailler", soit le protectionnisme féroce des prédateurs. La mondialisation est ce jeu de massacre (mors tua vita mia) à l’échelle planétaire. Ainsi nous sommes aujourd’hui les poules des renards chinois comme les chinois sont les poules de nos renards.
Un pas supplémentaire serait la "démarchandisation" de ces trois marchandises fictives que sont le travail, la terre et la monnaie. On sait que Karl Polanyi voyait dans la transformation forcée en marchandises de ces trois piliers de la vie sociale, le moment fondateur du marché autorégulateur. Leur retrait du marché mondialisé marquerait le point de départ d’une réincorporation/réencastrement de l’économique dans le social. En même temps qu’une lutte contre l’esprit du capitalisme, il conviendra donc de favoriser les entreprises mixtes où l’esprit du don et la recherche de la justice tempèrent l’âpreté du marché.
Bien sûr, à partir de l’état présent pour atteindre l' "abondance frugale", la transition implique des régulations et des hybridations et, de ce fait, les propositions concrètes des altermondialistes, des tenants de l’économie solidaire peuvent recevoir, jusqu’à un certain point, l’appui des partisans de la décroissance. Le réalisme politique (l’éthique de la responsabilité) suppose des compromis pour l’action et si la conception de l’utopie concrète de la construction d’une société de décroissance est révolutionnaire, le programme de transition pour y arriver est nécessairement réformiste.
Beaucoup de propositions « alternatives » qui ne se revendiquent pas explicitement de la décroissance peuvent donc fort heureusement y trouver pleinement leur place à condition de ne pas renoncer à la rigueur théorique (l’éthique de la conviction de Max Weber) qui exclut les compromissions de la pensée.
(1) Tim Jackson, Prospérité sans croissance, De boeck/etopia, Bruxelles, 2010.
La propagande médiatique et gouvernementale est si intense qu’il faudrait être aveugle ou malentendant pour ne pas savoir que se tiendra à Paris en Décembre une conférence internationale sur le climat (COP21) dont le but est d’aboutir à un nouvel accord, applicable à tous les pays, pour maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C, limite au-delà de laquelle les changements climatiques pourraient avoir un effet dévastateur sur la planète et les être humains. En Décembre 2009, la Conférence de Copenhague (COP 15) fut le dernier grand rendez-vous de ce type et se solda par un échec : alors qu’un nouvel accord international devait succéder au protocole de Kyoto, on aboutit à un accord a minima, juridiquement non contraignant, sans proposer de dates-butoirs ni d'objectifs quantitatifs.
En Janvier 2010, alors que je commençais la rédaction du Journal Intégral, j’intitulais mon second billet Le Syndrome de Copenhague. J’y analysais cet échec comme le refus de remettre en question le modèle (économique, technocratique et culturel) dominant à l’origine du réchauffement climatique. Une réflexion résumée par une parole de Lama Denys Rinpoche : " L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion... Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire".
Les mêmes causes déterminant toujours les mêmes effets, il est évident que la COP 21 sera un théâtre de dupes qui se jouera devant la planète entière, même et surtout si on affiche au dernier acte un accord cosmétique destiné à rassurer les populations tout en évitant de remettre en question les modes de vie et de pensée ayant généré la crise écologique. Fondées sur le déni des véritables enjeux de civilisation qui sont ceux d'une transformation radicale des mentalités, des sensibilités et de l'organisation socio-économique, ces grandes messes environnementales sont des rituels collectifs de magie conjuratoire chargés d'éloigner symboliquement le danger réel d'un effondrement de notre civilisation pointé par des sources de plus en plus nombreuses et convergentes. Ce théâtre d'ombre a pour but de faire perdurer l'illusion d’un changement extérieur qui pourrait se produire de manière magique et comme "par miracle" sans une réelle transformation intérieure.
Quand l'Obs demande à Pierre Rabhi ce qu'il pense de la COP 21, celui-ci évoque : " Un rituel stupide qui laisse croire au bon peuple que les pouvoirs publics s'occupent de l'environnement. Peut-être que la COP 88 prendra enfin les mesures qui s'imposent..." Dans le contexte anesthésiant de la propagande médiatique créée autour de cet évènement, je vous propose donc de lire (ou relire) ce billet sur le syndrome de Copenhague où est affirmée la nécessité d’une approche intégrale de l’écologie qui trouve ces temps-çi des porte-paroles emblématiques comme le Pape François ou Nicolas Hulot. En reprenant dans son encyclique Laudato Si’ le concept d’écologie intégrale, le premier lui a donné récemment une visibilité planétaire. Dans "Osons" son dernier livre-manifeste, le second écrit : " Penser écologique c'est penser intégral".
Pour mieux comprendre le sens de cette pensée intégrale à laquelle ce blog est dédié depuis près de six ans, nous proposerons ensuite le premier billet du Journal Intégral où je définissais sa ligne éditoriale en reprenant la formule de Francis Blanche : "Face au monde qui bouge, mieux vaut penser le changement que changer le pansement". Penser le changement c'est considérer la crise écologique comme une des nombreuses manifestations d'une crise évolutive qui nécessite un saut qualitatif pour appréhender la complexité d'un monde où "tout est lié".
Le syndrome de Copenhague (06/06/10)
Victime du syndrome de Copenhague, la petite sirène est triste !... Le sommet sur le changement climatique a révélé un gouffre d'incompréhension entre des états aux intérêts divergents. A l'aune des espérances qu'il avait suscité, ce sommet accouche d'une souris rachitique. Faut-il s'en étonner ?
Faute d'une vision globale, le sujet essentiel n'a pas été esquissé mais esquivé. Ce sujet est celui des relations entre le réchauffement climatique et les modèles - sociaux, économiques et culturels - à l'origine de la crise écologique. Car nos représentations mentales sont des modèles qui créent les modalités comportementales et culturelles à travers lesquelles, en entrant en relation avec notre milieu, nous le transformons. Les crises auxquelles nous sommes confrontées expriment l'inadaptation des modèles qui déterminent nos modes de vie. Lord Byron écrivait : " Les épines que j'ai recueillies viennent de l'arbre que j'ai planté." Ce que la sagesse des nations traduit par un proverbe fort écologique : on récolte ce que l'on sème...
Absorbés par une sorte de transe technologique, nos contemporains ont oublié cette simple évidence, à savoir que notre environnement nous reflète. Il est le miroir de ce que nous sommes. Ce qui se passe autour de nous est aussi la manifestation de ce qui se passe en nous. Ce qui fait dire à Denys Rinpoche : " L'écologie extérieure sans écologie intérieure n'est qu'illusion... Intérieur et extérieur sont interdépendants. Sans un changement intérieur de mentalité et de relation, vouloir un changement à l'extérieur est illusoire". Comment le monde pourrait-il changer si nous ne changeons pas, d'abord et avant tout, nous-même ? Une évidence à l'origine de l'exhortation de Gandhi : "Soyez le changement que vous désirez voir dans le monde".
Un rituel de conjuration
L'échec du sommet de Copenhague pointe spectaculairement l'index sur le paradoxe suivant : pourquoi ces réflexions basiques sur l'interdépendance entre intériorité et environnement, accessibles à un enfant de dix ans, ne sont-elles pas au cœur de nos débats sur la crise écologique ? Sans doute trop simples et trop évidentes, elles remettent en question notre inertie, c'est à dire nos habitudes et nos intérêts, ainsi que notre conformisme, c'est à dire notre mimétisme et nos identifications. Oups !... Rien que cela !... Il est donc bien plus facile de se réfugier dans un déni généralisé qui ne fait, somme toute, que révéler notre peur panique du changement et notre nature profondément conservatrice.
Ce déni conduit à un profond clivage : nous cherchons de manière consciente à trouver des solutions en ayant la ferme intention - inconsciente - de ne rien changer de fondamental. Ce clivage est à l'origine de ces formidables oxymores que sont le "développement durable" ou le "capitalisme vert". Comme si l'on pouvait d'une part préserver et renouveler les ressources naturelles et d'autre part avoir une stratégie de croissance fondée sur l'exploitation de ces mêmes ressources !... Formidable schizophrénie qui fait dire à Kenneth Boulding : "Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou soit un économiste". L'oxymore libéral du développement durable est une magnifique illustration, quasi surréaliste, de cet aphorisme de Lampedusa selon lequel il faut que tout change pour que rien ne change.
Tels des médecins fascinés par les symptômes qu'ils cherchent à éradiquer - comme on cherche à casser le thermomètre qui indique la fièvre - les experts et décideurs traitent des problèmes écologiques en général, et du réchauffement climatique en particulier, avec le mode de pensée technocratique - spécialisé, objectif et fragmentaire - à l'origine même des désastres qu'ils veulent solutionner !... Dès lors les grands messes, style Sommet de Copenhague ou Grenelle de l'environnement apparaissent pour ce qu'elles sont en fait : des rituels collectifs de conjuration fondés sur le déni des véritables enjeux de civilisation qui sont ceux d'une évolution radicale des sensibilités et des mentalités.
Servitude volontaire
On connaissait le Syndrome de Stockholm qui désigne la propension des otages à sympathiser avec leurs ravisseurs. Stockholm n'est pas loin de Copenhague. On peut aujourd'hui parler du Syndrome de Copenhague pour désigner la propension des êtres humains à devenir les otages d'une servitude volontaire qui les rend complices des processus destructeurs de la biosphère. Grandes messes écologiques et discours ostentatoires sont autant de leurres qui visent à pointer l'accessoire pour ne pas surtout pas avoir à toucher l'essentiel.
Il s'agit d'ériger le déni généralisé en stratégies aussi spectaculaires que dilatoires. Que tout change donc, apparemment, pour que rien ne change à cette forme de servitude volontaire qui consiste à échanger sa liberté intérieure, ses intuitions créatrices et son bien-être contre la sécurité illusoire des habitudes mortifères de vivre et de penser. Seuls certains écologiques (qualifiés de radicaux parce qu'ils vont à la racine des problèmes), des organisations non gouvernementales ou des militants altermondialistes osent poser le vrai problème : celui de la remise en question de modèles inadaptés, devenus pathogènes.
Car le réchauffement climatique n'est qu'une des dimensions d'une crise écologique qui, elle-même, n'est qu'une dimension d'une crise globale dont les multiples expressions - économiques, énergétiques, culturelles, nucléaires, financières, géopolitiques, démographiques - posent un défi vertigineux : celui de la survie de l'espèce et, à travers elle, de la préservation d'un patrimoine évolutif de plusieurs millions d'années.
Vision systémique
Le déni de cette situation consiste à envisager tous ces problèmes séparément sans percevoir la dimension systémique qui les relie. Se focaliser sur les symptômes et chercher à les éradiquer à partir des modèles qui les ont générés, est encore le meilleur moyen que l'on a trouvé pour s'enfoncer plus avant dans la crise.
L'attitude évolutionnaire consiste, quant à elle, à percevoir chacune de ces crises dans la relation dynamique qu'elle entretient avec les autres à partir de l'ensemble systémique dont elles sont, chacune, l'expression. Cet ensemble est celui d'une crise globale qui exprime, de manière objective, l'inadaptation de notre pensée à l'évolution de notre puissance technologique.
Un tel diagnostic, et lui seul, permet d'envisager les stratégies évolutives et les modèles novateurs susceptibles de nous libérer de cette fragmentation aliénante de la pensée. Et ce n'est pas un hasard si, au moment où ces crises se font de plus en plus graves et nombreuses, apparaissent de nouvelles perspectives évolutives qui s'expriment notamment par l'émergence d'une culture intégrale et d'une intelligence collective capable de la diffuser à travers les réseaux sociaux et informatifs des technologies numériques.
"Face au monde qui bouge, mieux vaut penser le changement que changer le pansement" !... (4/1/2010)
Cet aphorisme de Francis Blanche exprime bien l'esprit de ce blog : proposer de nouveaux modèles pour penser le changement de civilisation que nous sommes en train de vivre, en dépassant les fausses solutions - issues de modèles à l'agonie - qui sont autant de pansements sur une jambe de bois. Car, comme le dit d’Albert Einstein : "Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l'a engendré."
Tous deux hommes d'esprit, l'humoriste et le chercheur partagent, de fait, le même regard subversif qui déplace les lignes et invente de nouveaux horizons en se riant des habitudes. Partagée par les gens d'esprit, cette nécessité d'une mutation de conscience a été expliquée par Edgard Morin en 1988, il y a plus de vingt ans, dans le magazine Nouvelles Clés :
" Il faut peut-être que la crise s'approfondisse, approcher plus près du désastre, pour provoquer les sursauts de la prise de conscience. Comment viennent les grandes solutions dans l'histoire de l'humanité ? Par la jonction d'un courant profond et inconscient qui traverse des milliers d'individus, et des idées hyper conscientes qui jaillissent de quelques esprits. C'est cette jonction qui fait les grands mouvements. Il faut espérer que quelque chose de cet ordre va se produire...
La seule chose que je crois, c'est que la révolution salutaire ne pourra pas venir uniquement de l'extérieur, c'est à dire par des réformes d'institutions, par des changements économiques et politiques. La mutation viendra aussi de l'intérieur, et sans doute à deux niveaux : d'abord par ce que j'appelle la réforme de la pensée, qui consiste à penser de manière plus complexe et plus riche, plus adéquate, moins mutilée; et deuxièmement par une réintériorisation de l'existence humaine qui cessera de s'agiter dans tous les sens uniquement en fonction des conquêtes extérieures, de plus en plus artificiellement stimulées et surexcitées.
Je mets donc comme condition à la sortie de l'agonie une réforme intérieure, dans les deux sens du terme : l'un beaucoup plus réflexif et intellectuel, l'autre beaucoup plus intériorisé, dans le sens de la vie de l'âme, pour employer ce mot entre guillemets, bien qu'il corresponde à une réalité profonde." (Entretien repris dans Nouvelles Clés n°58, Spécial : 20 ans d'entretiens visionnaires)
Le Journal Intégral cherchera à rendre compte des avancées et obstacles rencontrés par cette réforme intérieure qui est fondée à la fois sur l'élaboration d'un nouveau mode de pensée, intégral, et sur un retour aux sources vivifiantes de l'intériorité. Parce qu'elle retrouve l'esprit au cœur de l'humain, cette réforme de la pensée replace l'homme au cœur d'une société que l'économie avait colonisée.
Pour comprendre ce que pourrait être un saut évolutif vers un nouveau stade du développement humain, nous avons cheminé, dix ans durant, sur la voie d’une « Synthèse évolutionnaire » réunissant deux approches qui peuvent apparaître contradictoires alors même qu’elles sont complémentaires. D’un côté, héritière de la contre-culture américaine, une « vision intégrale » cartographie les divers stades du développement humain dans le domaine de la conscience et de la culture, ce qui lui permet de proposer une épistémologie inclusive qui prend en compte l’intuition et la spiritualité. De l’autre, héritière du progressisme européen, une critique sociale radicale déconstruit avec rigueur les grandes catégories du capitalisme pour « sortir de l’économie » à travers de nouvelles formes de relations et d’organisations sociales. Deux billets de présentation sont à lire pour ceux qui abordent ce blog : "Introductions à la Vision Intégrale" et "Un Projet Editorial".