mardi 25 janvier 2011

L'ère des créateurs (3) Un Prophète Hérétique

Raoul Vaneigem


Ce billet est le suite de L'ère des Créateurs (1) et (2)

« Nous sommes les enfants d’un monde dévasté, qui s’essaient à renaître dans un monde à créer. Apprendre à devenir humain est la seule radicalité... C'est se condamner à ne s'atteindre jamais que de rechercher son identité dans une religion, une idéologie, une nationalité, une race, une culture, une tradition, un mythe, une image. S'identifier à ce que l'on possède en soi de plus vivant, cela seul émancipe.» Raoul Vaneigem



La voix des prophètes

La voix des prophètes chante - ou hurle, selon les cas - dans le désert de l’indifférence, du mépris et de l’incompréhension jusqu’à ce que nous soyons capable d’en saisir l’écho, assourdi par nos habitudes de vivre, de sentir et de pensée. Et pourtant l’inspiration visionnaire des créateurs annonce toujours l’avènement des temps nouveaux avant qu’ils ne s’objectivent en évènements qui transforment le monde.

Car avant que d’apparaître dans le monde objectif, ces évènements sont en gestation dans ce que Henry Corbin – puis, à sa suite, son disciple, l’anthropologue Gilbert Durand et le disciple de celui-ci, le sociologue Michel Maffesoli – nomment le monde imaginal : celui d’un imaginaire intersubjectif, créateur des récits et des mythes à travers lesquels la conscience collective donne un sens à son expérience. Rien n’arrive qui ne parte de cette intersubjectivité à laquelle la subjectivité du visionnaire est intimement connectée par le mouvement organique – vital et créatif – de sa sensibilité.

Raoul Vaneigem est un prophète à sa façon – athée et libertaire – qui a su écrire avec talent et décrire avec précision, avant bien d’autres, les mécanismes pervers de l’aliénation propre à la société du spectacle et l’urgente nécessite de redonner au mouvement créateur de la vie une place centrale dans notre expérience du monde et notre organisation sociale. Il a analysé avec minutie et exprimé avec lyrisme l’impasse existentielle à laquelle nous mène une société de marché et l’emprise débilitante qu’elle opère sur les consciences.

Ce n’est sans doute pas pour rien d’ailleurs que Raoul Vaneigem est l’auteur de trois livres sur les hérésies : La résistance au christianisme, Les Hérésies et Le mouvement du libre esprit. Ce prophète de la vie est effectivement un hérétique dont la libre pensée bouscule les dogmes de cette religion moderne qu’est l’économie – réunie autour de la sainte trinité : profit, travail, consommation – comme le faisaient les hérétiques des temps passés vis-à-vis des dogmes du christianisme dominant.


Une ère radicalement nouvelle

Au fur et à mesure qu’ils se produisent avec la régularité d’un métronome, les évènements sont autant d’illustrations validant les analyses et les intuitions de cet hérétique. Dans un texte écrit dans les années 90 où il présente son Traité de Savoir Vivre en édition de poche, Vaneigem écrit ceci : « Le Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations marque l'émergence, au sein d'un monde en déclin, d'une ère radicalement nouvelle. Au cours accéléré qui emporte depuis peu les êtres et les choses, sa limpidité n'a pas laissé de s'accroître. Je tiens pour contraire à la volonté d'autonomie individuelle le sentiment, nécessairement désespéré, d'être en proie à une conjuration universelle de circonstances hostiles. Le négatif est l'alibi d'une résignation à n'être jamais soi, à ne saisir jamais sa propre richesse de vie.

J'ai préféré fonder sur les désirs une lucidité qui, éclairant à chaque instant le combat du vivant contre la mort, révoque le plus sûrement la logique de dépérissement de la marchandise. Le fléchissement d'un profit tiré de l'exploitation et de la destruction de la nature a déterminé, à la fin du XIXe siècle, le développement d'un néocapitalisme écologique et de nouveaux modes de production. La rentabilité du vivant ne mise plus sur son épuisement mais sur sa reconstruction.

La conscience de la vie à créer progresse parce que le sens des choses y contribue. Jamais les désirs, rendus à leur enfance, n'ont disposé en chacun d'une telle puissance de briser ce qui les inverse, les nie, les réifie en objets marchands. Il arrive aujourd'hui ce qu'aucune imagination n'avait osé soutenir : le processus d'alchimie individuelle n'aboutit à rien de moins qu'à la transmutation de l'histoire inhumaine en réalisation de l'humain
».


Nous qui désirons sans fin

Raoul Vaneigem poursuit la chronique de cette transmutation alchimique dans un ouvrage paru en 96 : « Conçu sous forme de brèves analyses et thèses, Nous qui désirons sans fin fait l'examen critique d'une société marchande en déclin et d'une société vivante appelée à la dépasser. Le capitalisme mondial n'est plus qu'un système parasitaire déterminant l'existence d'une bureaucratie où le politique est aux ordres d'une pratique usuraire. Toute l'organisation sociale est ainsi menacée jusque dans sa contestation qui, ne cherchant d'autre solution en dehors de l'économie d'exploitation, se dégrade avec elle.

Cependant, si nous ne voulons plus d'une civilisation qui a tourné toutes ses espérances vers la mort, nous ne voulons pas davantage d'une société où la vie est perçue à travers l'optique de la rentabilité. Comment empêcher les désirs de devenir leur contraire ? Comment les dépouiller du négatif dont les a revêtus une tradition séculaire ? Comment savoir ce que l'on veut et vouloir ce que l'on sait ? La réponse est en chacun dès l'instant où il lui importe avant tout de renaître à ce qu'il a en lui de plus vivant
. »

Nous proposons ci-dessous le premier – Imperturbable et incertain est celui qui vainc le hasard – et le dernier des textes – Enfants qui dissiperez le cauchemar du vieux monde – qui composent cet ouvrage. Plus d’une dizaine d’années avant la crise planétaire du capitalisme, Vaneigem y décrit avec une précision visionnaire la fin d’un monde ravagé par le totalitarisme financier et l’avènement d’une vie requalifiée.


Imperturbable et incertain est celui qui vainc le hasard

Nous sommes dans le monde et en nous-mêmes au croisement de deux civilisations. L’une achève de se ruiner en stérilisant l’univers sous son ombre glacée, l’autre découvre aux premières lueurs d’une vie qui renaît l’homme nouveau, sensible, vivant et créateur, frêle rameau d’une évolution où l’homme économique n’est plus désormais qu’une branche morte.

Jamais le désespoir d’avoir à survivre au lieu de vivre n’a atteint dans le temps et dans l’espace existentiel et planétaire une tension extrême. Jamais n’a été pressentie aussi universellement l’exigence de privilégier le vivant sur le totalitarisme de l’argent et de la bureaucratie financière.

Jamais enfin tant de populations et d’êtres particuliers n’ont été la proie d’un désarroi où s’entremêlent la plus apeurée des servitudes volontaires et la tranquille résolution de briser sous le déferlement de la jouissance et de la vie les impératifs marchands qui emmuraillent l’horizon.

Pour la première fois dans l’Histoire se fonde une véritable internationale du genre humain. Elle s’édifie à l’instigation de la femme, sous la force irrésistible de son affranchissement. Aucun décret ni statuts ne la régissent. Il lui suffit de cette volonté de vivre individuelle et collective qui du Chiapas à l’Oural invente une humanité dont le vieux monde usurpait le nom pour en nier la qualité.

Rien n’importe davantage que d’en prendre conscience, car elle est au coeur de notre quotidien.

Il peut paraître vain de rappeler en quelques pages les tenants et les aboutissants d’un état de corruption qui a gangrené en quelques années ce qui se dit, se pense et s’entreprend sous les prétextes les plus divers. Je n’ai rien souhaité que d’en tirer quelque lueur sur le débat auquel il m’a semblé que nul n’échappait : ou mourir de la rage résignée d’une société qui s’enlise dans l’ennui et l’inhumanité, ou prendre le plaisir de vivre et saisir à la gorge quiconque se met, au nom de l’économie, en travers de notre chemin.

Si, de ce que j’ai écrit, peu a été entendu, rien du moins n’en aura été récupéré par le monde où dominent la réalité de la mort et l’ombre d’une vie absente. En quelque incertitude, maladresse ou erreur où je me sois trouvé, je n’ai cessé de me reprendre au départ d’une existence chaque jour recommencée, à l’endroit même où s’opère une mutation que notre civilisation moribonde a toujours décrétée impossible.

J’apprends à vouloir tout et à n’attendre rien, guidé par la seule constance d’être humain et la conscience de ne l’être jamais assez.


Enfants qui dissiperez le cauchemar du vieux monde

J’ai vécu en des siècles obscurs, m’exaltant des lueurs frêles et lointaines qui filtraient comme une aube de l’ordinaire clarté de vos jours. Le sommeil de l’imagination engendrait les monstres de la raison. Une cruelle faculté d’abstraire jonglait avec les syllogismes et les chiffres en nous dissimulant les arènes planétaires où le calcul de l’intérêt glacial décrétait que fussent épargnés ou abattus hommes, enfants, bêtes et arbres. Le sang des spéculations boursières n’éclaboussait pas les agioteurs ; les grandes eaux budgétaires lavaient les abattoirs du marché mondial. Le pur esprit des affaires a toujours produit la brute ignoble, avec l’élégance de ne pas y toucher.

Cependant l’hiver rêve si ardemment du printemps qu’il s’en vient. Dans le décor que l’argent bâtissait pour le règne de la mort, vos silhouettes légères et incertaines attiraient au-dehors des cimetières ceux qui cessaient de s’y complaire.

J’ai été de ceux-là qui pressentaient vos paysages, les effleurant d’une approche sensible et voluptueuse, car ils ont la tendresse et la violence des corps qui se cherchent. En ce là-bas si tramé d’imminence, le familier vous est enfin connu.

Dans le secret d’aller aux autres et à vous-mêmes comme la pluie va à la terre, vous avez découvert sans l’éventer le mystère de la plante, de l’animal, de la pierre, de l’enfant d’où s’initient à naître les hommes et les femmes.

Vous parcourez en dansant ou en claudiquant les parcs naturels du savoir. Vous apprenez les enchantements d’Orphée. D’un infime accord jaillissent les émerveillements de l’aventure et cette même et distincte beauté du crapaud et de l’orchidée.

Au profond de la forêt des désirs, où chacun sillonne le labyrinthe qu’il s’invente pas à pas, nul dragon ne surgit que n’ait le pouvoir d’apaiser celui qui, par maladresse, crainte ou perversité, en a suscité le péril.

Il n’est rien au regard du plaisir qui ne soit la vie même. Le génie de l’humain vous a menés au coeur unanime du corps et de la terre, où gît la puissance qui ne meurt pas, la racine se régénérant de son sang et de sa sève.

Pourquoi vous soucier d’autre héritage que de l’unique instant qui vous fit naître et vous confère l’incomparable privilège d’être unique et cependant partout présent où toute vie renaît et multiplie ?

La science, en vous renouvelée, se dispense sans réserve ni réticence, au gré, de la curiosité dont s’enflamment, aux fêtes de l’inspiration, les saisons et les ages. Aimants et aimés, en quoi vous conviendrait-il de vous montrer tutélaires ou en quête de protection ? Il vous suffit d’errer par les champs magnétiques du vivant pour connaître l’art de l’aimantation qui attire et repousse les êtres et les choses au rythme du temps, et fait ondoyer avec la grâce du serpent le chemin lentement tracé dans l’entrelacs des autres et de vous-mêmes.

Pénétrés du plaisir d’exister, vous êtes vous et vous êtes à tous sans que rien ni personne ne vous puissent saisir et capturer. Les promesses que la vie vous fait, vous gagez de les tenir sans comptes à rendre à quiconque. Ce que vous tentez de vivre à la pointe du désir, nul autre que vous ne le peut entreprendre. Vous caracolez seuls, armés de la seule force qui dispense d’armes et d’armure, dédaignant les compagnons de la mort et le sarcasme des cadavres. Le rire du vivant consume les cercueils.

Il n’y a pas de récompense puisqu’il n’y a plus de châtiment. Il n’y a que la jouissance mieux déterminée à croître et à s’affiner qu’à se défendre et s’aguerrir contre ce qui l’entrave et la nie.

Heureux celui qui, au-delà de tout sentiment de réussite ou d’échec, sans présomption ni mépris de soi, déroule le fil labyrinthique de l’existence en s’avouant : ainsi ai-je désiré du fond du coeur que cela soit.

De telles choses ne sont possibles que sur la terre.

vendredi 21 janvier 2011

L'Ere des Créateurs (2) Une Généalogie Culturelle


La violence d'une société ne fait qu'exprimer la violence que chacun s'inflige à soi-même en renonçant à vivre. Raoul Vaneigem
Ce billet est la suite du précédent : L'ère des Créateurs (1)
Pour la Cyber Génération, le nom de Raoul Vaneigem n’évoque sans doute pas grand chose. Pour les anciens jeunes - un euphémisme délicat qui permet d’éviter le mot vieux, si déplaisant aux oreilles du jeunisme ambiant - ceux qui appartiennent à une génération ayant vécue son adolescence et sa jeunesse à la fin des années soixante et durant les années soixante dix, Raoul Vaneigem - tout comme Guy Debord - restent les figures emblématiques d’un mouvement situationniste ayant largement inspiré la révolte étudiante de Mai 68. Dans Le Monde, Nicolas Truong décrit ainsi L’internationale Situationniste :

« Dépasser l'art, subvertir la vie quotidienne, jouir sans entraves et vivre sans temps morts, faire de la révolution une fête, de la fête un jeu et de l'existence une construction de situation. Insulter les faux rebelles et malmener les vrais staliniens, pratiquer le scandale comme un art et dézinguer les gloires installées de la radicalité, détourner les standards de la culture populaire afin de libérer les prolétaires tout en misant sur les conseils ouvriers...

Pendant près de dix ans, les douze numéros de l'Internationale situationniste (1958-1969), rédigés par une poignée d'insurgés, allaient subvertir les anciennes avant-gardes, donner quelques outils utiles à la critique de la société de consommation... Le "spectacle", ce "rapport social entre des personnes, médiatisé par des images" qui éloigne ce qui était directement vécu dans une représentation, écrit Guy Debord dans La Société du spectacle (1967), sera l'un des maîtres mots du mouvement... »


Le monde est à refaire

Raoul Vaneigem, lui, est l’auteur du Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations où un style flamboyant, à la fois classique et lyrique, est au service d’une pensée critique, à la fois libertaire et révolutionnaire, émaillée de nombreuses références littéraires et philosophiques. Vaneigem déconstruit les mythes de la société du spectacle en appelant au soulèvement de la jeunesse contre le vieux monde.

Dès l’introduction du Traité, Vaneigem donne le ton d’une pensée radicale : « Ce qu’il y a de vécu dans ce livre, je n’ai pas l’intention de le rendre sensible à des lecteurs qui ne s’apprêtent en toute conscience à le revivre. J’attends qu’il se perde et se retrouve dans un mouvement général des esprits, comme je me flatte que les conditions présentes s’effaceront de la mémoire des hommes. Le monde est à refaire : tous les spécialistes de son reconditionnement ne l’empêcheront pas. De ceux-là, que je ne veux pas comprendre, mieux vaut n’être pas compris... »

A l’analyse marxiste de la lutte des classes, Vaneigem et les situationnistes ajoutent le parti pris de la subjectivité et de la vie : « Ceux qui parlent de révolution et de lutte de classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu'il y a de subversif dans l'amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre. »
En ce sens, il sont bien les porte voix d’un mouvement international qui, de Mexico à Prague, de Berkeley au Japon en passant par l’Allemagne et l’Italie, voit l'énergie de la jeunesse se dresser contre la sclérose d'un vieux monde issu de la guerre et promis à l'effondrement par l'avènement de la société de consommation : « La lutte du subjectif et de ce qui le corrompt élargit désormais les limites de la vieille lutte des classes. Elle la renouvelle et l’aiguise. Le parti pris de la vie est un parti pris politique. Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui ».
Le mouvement situationniste transfigure les revendications économiques et politiques qui furent celles du mouvement ouvrier en une contestation globale aux forts accents existentiels et culturels. Ce qui est contesté ce ne sont pas seulement des états de fait mais un état d’esprit : cette vision bourgeoise du monde qui sacrifie la vie concrète au monde abstrait de l’économie. Cette contestation repose sur l’affirmation d'une qualité subjective face à la toute puissance réductrice et mortifère d'une vision purement comptable et quantitative de l'existence.


L’homme émietté et l’homme unitaire

La jeunesse de cette époque s’insurge donc contre l’hégémonie d’une pensée technocratique et utilitariste qui ne laisse aucune place au mouvement créateur de la vie et de la subjectivité. Cette culture de domination est à l’origine d’un homme émietté auquel s’oppose l’homme unitaire qui affirme dans la révolte une totalité vivante et créatrice :

« L’homme de la survie, c’est l’homme émietté dans les mécanismes du pouvoir hiérarchisé, dans une combinaison d’interférences, dans un chaos de techniques oppressives qui n’attend pour s’ordonner que la patiente programmation des penseurs programmés. L’homme de la survie, c’est aussi l’homme unitaire, l’homme du refus global. Il ne se passe un instant sans que chacun de nous ne vive contradictoirement, et à tous les degrés de la réalité, le conflit de l’oppression et de la liberté ; sans qu’il ne soit bizarrement déformé et comme saisi en même temps selon deux perspectives antagonistes : la perspective du pouvoir et la perspective du dépassement. »

Le "spectacle" est l’autre nom de cette aliénation qui abstrait l’homme du mouvement vital et créateur qui l’anime. Au nom de cet appel de la vie qu’il ressent en lui comme l'expression concrète et poétique de sa subjectivité, l'homme unitaire, celui du refus global, conteste la société du spectacle, productrice de l'homme émietté. La pensée et l’action subversives expriment ce mouvement vital et créateur qui refuse d’étouffer sous les injonctions d'un pouvoir technocratique guidant les individus vers leur dissolution dans les rouages mortifères de la production et de la consommation.
"Pas une émeute, pas une révolution, qui ne révèle une recherche passionnée de la vie exubérante, d’une transparence dans les rapports humains et d’un mode collectif de transformation du monde... Les hommes de pensée ne manquent pas d’humour : ils déconnectent les éléments du circuit puis annoncent que le courant ne passera pas. Ils peuvent alors affirmer, sans filet, que la réalisation totale est un leurre, la transparence une chimère, l’harmonie sociale une lubie. Où la séparation règne, chacun est vraiment tenu à l’impossible. La manie cartésienne de morceler et de progresser par degrés garantit toujours l’inaccompli et le boiteux. Les armées de l’Ordre ne recrutent que des mutilés."
Pas de révolution qui ne soit aussi culturelle : l'homme émietté, celui du morcellement cartésien à l'origine de la pensée technocratique dominante, doit être dépassé par l'homme vivant qui exprime, à travers le mouvement vital de la création, sa participation subjective à une totalité collective et naturelle. Cette expression d'une sensibilité homéotélique qui relie la partie et le tout préfigure le développement d'une pensée intégrale.


L'évolution culturelle

Les analyses de Vaneigem trouveront de nombreux échos, au même moment, dans l'ouvrage d'Herbert Marcuse : L’Homme unidimensionnel, sous-titré Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, paru en France en 1964 puis réédité en 1968. La pensée de Vaneigem, comme celle Marcuse, s’inscrit dans cette dialectique entre l'aliénation de l’homme émietté et la libération de l’homme unitaire, c'est à dire entre l’homme unidimensionnel de la société industrielle avancée et l’homme multidimensionnel d’une civilisation à inventer collectivement.

Dans ces années-là, cette même dialectique anime la contre-culture américaine - et sa quête d’un nouveau paradigme - qui cherche à penser à nouveau frais un homme réunifié dans un monde réenchanté. Pour celui qui perçoit, au delà des apparences, les métamorphoses de l'évolution, il existe une profonde continuité généalogique entre le mouvement de Mai 68, la contre culture des années 60/70, la quête d'un nouveau paradigme dans les années 80, l'émergence des Créatifs Culturels dans les années 2000 et celle de la culture intégrale dans les années 2010.
Cette continuité généalogique est d'autant plus avérée que les situationnistes eux-mêmes s'inscrivent dans la filiation du surréalisme, du mouvement Dada ainsi que du socialisme et de la pensée libertaire du dix neuvième siècle : autant d'avant-gardes inspirées exprimant le refus vital, créatif et collectif d'une pensée dominante à la fois utilitariste, individualiste et technocratique. Comme l'écrit Guy Debord : "Les avant-gardes n'ont qu'un temps ; ce qui peut leur arriver de plus heureux, c'est, au plein sens du terme, d'avoir fait leur temps."
En exprimant d'une manière créative l'Esprit du temps, ces minorités évolutives ont effectivement fait leur temps en imprimant dans la conscience collective de nouvelles manières de vivre, de sentir et de penser. Ces avant-gardes sont autant de métamorphoses d'une même dynamique profonde qui a transformé peu à peu notre vision du monde. L'avènement d'une culture intégrale et son développement s'inscrit donc dans une généalogie culturelle dont nous avons exposé les prémices, notamment ici, ici et là.
En réaction à une culture de domination abstraite, devenue mortifère, l'évolution culturelle des deux derniers siècles, telle qu'elle s'exprime à travers les minorités créatrices, dessine peu à peu la figure d'une totalité concrète : celle d'une subjectivité impliquée dans les divers milieux naturels et sociaux, culturels et spirituels où elle évolue. Une telle évolution se diffuse à l'ensemble de la société quand le renouvellement naturel des générations provoque la ruine de la pensée dominante et des institutions qui la représente alors même qu'un courant créateur instaure peu à peu une autre vision du monde plus complexe et plus complète.


La création de soi

Dans tout son itinéraire d’auteur, Vaneigem n’aura de cesse d’identifier les conditions personnelles, sociales et culturelles permettant l’expression du mouvement vital et créateur de la subjectivité et son émancipation vis à vis des contraintes exercées par les divers pouvoirs économiques et politiques, culturels et religieux. Dans L’Ere des créateurs, paru en 2002, Vaneigem perçoit les conditions d’un bouleversement des mentalités, des mœurs et de la société qui rend possible l’avènement d’un autre monde. Phil Fax présente ainsi cet ouvrage dans la Nouvelle Revue Moderne :

" L’Ere des créateurs porte le débat au cœur de la relation entre l'individu et la société. « Y a-t-il un homme qui ne se soit résolu, à un moment ou à un autre, à construire sa vie selon ses aspirations, en dépit des contrariés que lui opposait l'ordre millénaire des choses ? » se demande Raoul Vaneigem, avant de constater que la plupart se résignent et finissent par se ranger dans un ordre fondé sur le renoncement. Malgré les contradictions qui le minent, cet ordre reste porteur de sa reproduction, car « la violence d'une société ne fait qu'exprimer la violence que chacun s'inflige à soi-même en renonçant à vivre ».

Cette analyse fonde chez Vaneigem le refus de la violence, mais l'amène aussi à souligner qu'il n'est guère satisfaisant de renvoyer chacun à lui-même et à sa responsabilité dans ses propres maux. Son choix de se placer «
au cœur des désirs, au centre d'une volonté de vivre, seule capable d'identifier l'existence à un passionnant labyrinthe » le conduit à énoncer que la création de soi devient « l'alpha et l'oméga d'une aventure humaine à laquelle je participe en gageant mon bonheur sur le bonheur des autres. Etre heureux s'énonce au singulier et se conjugue au pluriel ».


Une insurrection poétique

La création de soi, cependant, ne va pas de soi : des millénaires d’existences soumises au travail, d’oppression des femmes, de pensée religieuse, ont jeté sur elle un interdit qui est signifié dès l’enfance. On peut relire l’histoire des relations de la société avec ses individus les plus créatifs au regard de cet interdit. «
Ô Montaigne, Shakespeare, Diderot, Stendhal, Hölderlin, James, Tchekhov, Kafka, Joyce, Lowry, du moins ai-je deviné, jusque dans vos vicissitudes, la raison de l’affection que je vous porte », s’écrie Vaneigem…

Nous pourrions sans peine compléter avec lui la liste des écrivains et des artistes qui nous touchent profondément parce que les conflits dont rendent compte leur vie et leur œuvre sont aussi les nôtres. A l’opposé du mythe de « l’artiste maudit » qu’il récuse, Vaneigem appelle à une création épurée de ce qui la change en marchandise et en travail, une création tournée vers le désir de s’affiner en se recréant, car «
toute création renvoie à la création de soi».

La faculté de «
redécouvrir nos potentialités pour les exercer » n’est pas réservée à quelques élus marqués par la grâce. « Nous sommes tous des créateurs mais l’interdiction de créer, de construire notre vie quotidienne – qui nous a été signifiée depuis tant de siècles – nous incite à négliger, renier, mépriser une pratique à laquelle nous nous adonnons spontanément ».

On reconnaîtra dans son appel un air vivifiant dont le souffle ranime les braises des grandes insurrections poétiques : «
La création de l’homme par l’homme est la seule violence capable de briser l’inertie, la passivité, le fatalisme, la servitude volontaire dont nous continuons d’armer les tyrannies qui nous oppriment. Telle est la poésie qui sera faite par tous et par chacun. »"


Mème Vert

Au-delà de la dimension purement esthétique de l’œuvre de Vaneigem, du souffle parfois renversant de son style, ceux qui sont familiers des modèles de l’évolution culturelle, notamment celui de la Dynamique Spirale, perçoivent cette œuvre emblématique du courant contestataire de Mai 68 comme l’affirmation des valeurs du Mème Vert – empathique, pluraliste – fondé sur la prévalence de l’expérience subjective et du ressenti, sur le relativisme et la coopération, sur la haine des hiérarchie et des compétions. Un Mème Vert qui permet le dépassement des valeurs du Mème Orange – rationnel/individualiste – fondé sur les valeurs de la réussite individuelle, de l’efficacité et de la compétition.

L’Ere des créateurs annonce bien sûr le prochain stade évolutif – intégral – mais le déni de l'expérience spirituelle au profit d’une vision purement immanente et vitaliste de l’existence humaine empêche Vaneigem d’accéder à ce niveau. Fondée sur la prévalence du désir et de la subjectivité, ce vitalisme immanent représente bien une certaine intelligentsia française dont Deleuze et ses fameuses machines désirantes furent un temps les figures emblématiques.
Cette génération intellectuelle née avant-guerre et qui fut à son zénith créateur durant les années 60/70 est encore prisonnière d’une tradition culturelle qui fait l’amalgame entre religion et spiritualité, entre l’obéissance à un dogme clérical pré-moderne et l’éveil à une conscience transpersonnelle et transrationnelle. Ce qui la rend bien incapable de saisir dans le mouvement vital du désir et de la création une expression énergétique et immanente d'un Esprit transcendant.

Cette absence de perspective évolutive fait que tout un courant néo-libéral a récupéré cette pensée libertaire et ce relativisme subjectif pour les transformer en « idéologie pulsionnelle » instrumentalisée, de fait, au service du Marché. L’alliance des idéologies libérales et libertaires a réduit l’affirmation d’une puissance subjective à celle d’un narcissisme profondément nihiliste, sorte de « tout à l’ego » putride focalisé sur la satisfaction des pulsions individuelles et celles des fantasmes de toute puissance inhérents. Idéologie néo-libérale intrinsèquement perverse dont on voit les ravages sur les plans économiques, politiques et sociaux dans la mesure où elle réduit l'autre au rôle d'instrument au service d'une satisfaction égoïste, à la fois pulsionnelle et compulsive.


Une spiritualité intégrale

Toutefois, emprunté par la sensibilité d'une nouvelle génération, un autre chemin se dessine, qui permet de passer du Mème Vert relativiste au Mème Jaune intégral en reconnaissant dans le mouvement vital du désir et de la création, l'expression énergétique et immanente d’un Esprit transcendant dont on peut faire l’expérience par une initiation à la fois esthétique et sensible, intellectuelle et symbolique.

Partout, dans le monde occidental, s'affirme un courant culturel profondément novateur fondé sur une réforme de la pensée et sur la profondeur régénératrice d'une expérience spirituelle qui n'a rien à voir avec le dogme clérical et pré-moderne de la religion. En France, une nouvelle génération de penseurs et d’écrivains – je pense notamment à Denis Marquet et à son ouvrage Elément de philosophie angélique sur lequel nous reviendrons – osent braver les dogmes rancis d’un formalisme franchouillard pour affirmer le lien intime et énergétique entre l'Esprit transcendant et le mouvement évolutif de la vie immanente.
A propos du dernier livre d’Annie Le Brun, Nicolas Truong dans Le Monde parle de : « L'urgence de défendre une raison sensible par l'entremise d'une conscience poétique qui rend grâce au merveilleux sans tomber dans les ornières du religieux. » Peut-on mieux dire ? L’ère des créateurs n’est-elle pas simplement celle d'une vie poétique fondée sur l’expérience intime d’un monde réenchanté ?

L’Ere des Créateurs renvoie à l'émergence d’une spiritualité intégrale et poétique, profondément non duelle. N’oublions pas, comme l’écrit Jean Yves Leloup qu'« Etre spirituel, c’est être inspiré ». L’Ere des créateurs est celle d’une inspiration intégrale qui, dans toute forme, perçoit l’expression « symbolique » de cette force évolutive, à la fois vitale et créatrice, que l’on nomme l’Esprit.

lundi 17 janvier 2011

L'Ere des Créateurs (1)

"Nous sommes dans le monde et en nous-mêmes au croisement de deux civilisations. L’une achève de se ruiner en stérilisant l’univers sous son ombre glacée, l’autre découvre aux premières lueurs d’une vie qui renaît l’homme nouveau, sensible, vivant et créateur, frêle rameau d’une évolution où l’homme économique n’est plus désormais qu’une branche morte." Raoul Vaneigem
Penseur libertaire et figure emblématique de l’Internationale Situationniste, Raoul Vaneigem, est auteur d’un ouvrage qui a profondément inspiré la révolte étudiante de Mai 68 : Le Traité de Savoir Vivre à l’usage des jeunes générations, publié en 1967. En 2002, il publie l’Ere des créateurs dont nous proposons ci-dessous les dernières pages qui constituent une forme de manifeste exprimant la mutation que nous vivons : un bouleversement des mentalités, des mœurs et de la société, porteur de nouvelles valeurs et d'une autre vision du monde.


Raoul Vaneigem. L’Ere des Créateurs

Etrange lucidité que celle qui autopsie le vieux monde et ignore la naissance d’un monde nouveau.
Dans les années 1960, alors que l’efflorescence de l’économie promettait l’état de bien-être pour tous, dénoncer les ravages de la marchandise exposait au sarcasme des sceptiques.

Comment voulez-vous objectaient les bons esprits du temps, que des gens accédant au bonheur garanti par la voiture, la télévision, le logement à loyer modéré et les biens de consommation, songent un seul instant à se révolter ?

Aujourd’hui qu’est venu la mode d’anathématiser l’horreur économique, le même aveuglement empêche de prendre conscience d’une mutation en cours sous nos yeux.

De nouvelles valeurs s’affirment, elles achèvent de ruiner les anciennes, elles mettent en évidence l’amour de la vie, l’imagination créatrice, le progrès humain, la générosité, la solidarité collective fondée sur la conscience individuelle.

Elles ne se fondent pas sur cette bonne volonté qui a toujours annoncé les pires déconvenues. Elles ne peuvent se satisfaire d’une détermination éthique qui, si utile qu’elle puisse être, fait la part trop belle à l’abstraction, à l’intellectualité, à de modernes moutures du vieil impératif catégorique. Elles sont portées par les signes avant-coureurs d’un bouleversement des mentalités, des mœurs, des sociétés et de l’économie nécessaire à leurs besoins.

Quels sont les signes qu’il nous faut recueillir non comme une donnée immédiate, propices à de sottes béatitudes, mais comme les éléments disparates d’une création à entreprendre ?

1 – L’apparition d’un nouveau mode de production, fondé sur les énergies naturelles renouvelables, sollicitant l’exercice de la création et ouvrant la porte à la notion la moins compatible avec l’économie d’exploitation : la gratuité.

2 – Le développement d’une conscience citoyenne et l’amorce de son dépassement dans un projet où le bonheur de chacun soit le garant du bonheur de tous.

Le combat pour la vie implique le passage de la résistance civile et de la désobéissance passive à la création collective de nouvelles relations sociales. Il n’a que faire des règlements de compte entre les gangs affairistes qui mettent le monde en coupe réglée, mais il est en revanche le seul parti capable de chasser les belligérants en confortant le territoire du vivant.
Nous voulons émanciper l’humain de toutes les formes d’économies fondées sur l’exploitation de la nature et de l’homme par l’homme, le dégager de la gangue lucrative qui l’étouffe.

3- L’importance sans cesse croissante accordée, dans le projet d’humanisation de l’homme, à l’école, à l’enfant et à l’action des femmes. Aucun régime ne saurait être toléré où les femmes sont opprimées, car cela signifie que les hommes qui les oppriment ne sont rien par eux-mêmes et se résignent à verser dans le plus veule clientélisme des intérêts mafieux.
L’avenir de l’Afghanistan, du Pakistan, de l’Iran, de l’Algérie, des pays encore sous la coupe d’une religion* qui perpétue l’absolue prédominance du mâle appartient aux femmes unies par delà les distinctions de nations et de cultures, non celles qui concurrencent le pouvoir viril, comme les Thatcher ou les Benazir Buttho, mais celles qui en finiront avec la brute mâle, militaire et patriarcale.

4 – La recréation du corps, le dépassement de l’hédonisme consumériste et la redécouverte du corps comme lieu de jouissance créatrice. La seule façon de se prémunir contre la haine endémique qui n’attend qu’un prétexte pour déferler, en quelque région du monde que ce soit, c’est d’éveiller partout la conscience d’un bonheur à construire, en privilégiant, en affinant et en harmonisant les plaisirs quotidiens.

5 – Le seul progrès qui nous intéresse désormais est celui de l’humain et de sa faculté spécifique : la créativité. Il n’y a que la puissance imaginative du parti pris de la vie qui puisse révoquer ce parti mondialiste de la mort lucrative, dont le nihilisme arrogant exhibe aux yeux des résignés son triomphe dérisoire.
* (Ndlr : Tout à sa défense légitime de l’émancipation des femmes, Raoul Vaneigem opère ici l’amalgame entre la dimension spirituelle de l’Islam et les formes intégristes et obscurantistes de l’Islamisme qui l’instrumentalisent... Il a existé hier, comme il existe aujourd’hui, un Islam qui défend l’émancipation et le droit des femmes.)

dimanche 9 janvier 2011

Edgar Morin : "Les nuits sont enceintes"


Dans un article du Monde paru dans l’édition du 09/01/11 et dont le titre est tiré du proverbe turc : « Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra », Edgar Morin fait le bilan de l’année écoulée et dresse les perspectives qui s’ouvrent en ce début d’année.

Père de la pensée complexe, Edgar Morin est un penseur visionnaire dont l’œuvre est essentielle pour tous ceux qui s’intéressent au changement de paradigme à l’origine d’une vision intégrale. C’est la raison pour nous laquelle nous nous référons régulièrement à sa pensée et que nous le citons régulièrement dans Le Journal Intégral, notamment ici, là , là... et bien ailleurs !...

Sociologue et philosophe, Edgar Morin né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. II a publié en 2010 "Pour et contre Marx", "Ma gauche", "Comment vivre en temps de crise ?" (avec Patrick Viveret).


Le sens de l’histoire

Dans cet article, Edgar Morin applique sa méthode complexe au décryptage des évènements que nous sommes en train de vivre sans que nous en comprenions bien le sens c'est-à-dire la direction globale et la signification particulière. Il met ainsi en perspective le court terme de l’actualité immédiate, celle de l’année passé, avec le long terme de l’évolution anthropologique.

On connaît cette phrase de Karl Marx selon laquelle ce sont les hommes qui écrivent l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils écrivent. C’est le propre des visionnaires que de voir, à travers la multiplicité et la diversité des évènements - parfois leurs confusions - autant d’indices et de signes qui expriment les dynamiques profondes et l’architectonique générale qui président au mouvement global de l’histoire, et à travers elle, à celui de l’évolution humaine.

Edgar Morin est un de ces rares visionnaires dont le regard à la fois inspiré et lucide permet de donner un sens profond et une cohérence significative aux évènements que nous vivons, sans lesquels il n'est point d'action juste et efficace. S’il fut souvent méprisé par les tenants de l’institution universitaire, c’est que sa pensée complexe ne pouvait rentrer dans les cases d’un savoir spécialisé à quoi se réduit bien souvent actuellement la pensée académique.
Celle-ci est devenue en effet une pensée disciplinaire et fragmentaire qui ne fait somme toute qu’exprimer une culture abstraite de domination de l'homme sur la nature et d'exploitation de l'homme par l'homme. Mais on le sait depuis Diderot : « C'est le sort de presque tous les hommes de génie ; ils ne sont pas à portée de leur siècle ; ils écrivent pour la génération suivante ».


Décomposition et recomposition

Ce n’est donc pas un hasard si la pensée de Morin a rencontré des résistances tant le tableau qu’il dresse de l’époque est décapant : « Partout, les forces de dislocation et de décomposition progressent. Toutefois, les décompositions sont nécessaires aux nouvelles compositions, et un peu partout celles-ci surgissent à la base des sociétés. Partout, les forces de résistance, de régénération, d'invention, de création se multiplient, mais dispersées, sans liaison, sans organisation, sans centres, sans tête. Par contre, ce qui est administrativement organisé, hiérarchisé, centralisé est sclérosé, aveugle, souvent répressif. »

Ce diagnostic est, bien sûr, le nôtre. Celui que nous n’avons cessé d’exprimer et d’illustrer toute l’année dernière dans nos divers billets : à la profonde décomposition ambiante marquée par les diverses crises que nous traversons, correspond l’émergence de formes novatrices de pensée et de sensibilité, de vie et de société. Ces formes innovantes sont des solutions qui expriment la dynamique de l’évolution et qui s’expérimentent à travers l’éclosion d’initiatives créatrices et l’interconnexion entre réseaux novateurs.

Selon Morin : « La marche vers les désastres va s'accentuer dans la décennie qui vient... La course a commencé entre le désespérant probable et l'improbable porteur d'espoir. Ils sont du reste inséparables : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Friedrich Hölderlin)... Mais le probable n'est pas certain et souvent c'est l'inattendu qui advient... L'année 2010 a fait surgir en Internet de nouvelles possibilités de résistance et de régénération. »


Régénération

Quinze jours avant la parution de cet article, nous avions justement titré Une régénération culturelle notre billet du 22 Décembre sur l’Université Intégrale, illustré par une photo d’Edgar Morin prise lors d’une conférence qu'il y a donné. Belle synchronicité. C’est justement au début de l’année 2010, pour fêter la nouvelle décennie, que nous avons initié Le Journal Intégral sans autres ambitions que de participer, à notre façon, à ce courant de profonde régénération culturelle propre à la vision intégrale.

Un nouveau monde est en train de se construire sur les ruines de l’ancien. Une communauté de sensibilité et de pensée unit ceux qui se sentent inspirés par la même dynamique évolutive. N'oublions pas l'exhortation hugolienne selon laquelle rien ne peut arrêter une idée dont le temps est venue. Les temps qui viennent sont porteurs d'un nouvel "Esprit du temps" qui s'incarne à travers des hommes et des femmes réunis en réseaux novateurs.
Des réseaux qui sont le noyau d'une régénération culturelle gagnant progressivement l'ensemble de la société, par ondes successives, notamment grâce au mouvement des nouvelles générations. Une régénération qui rencontre de nombreuses résistances dues aux habitudes de pensée, aux institutions, gardiennes de ces habitudes, et aux clercs, gardiens de ces institutions !...

Une communauté intégrale
Fasse que, durant les prochains mois et les années suivantes, une véritable « communauté intégrale » se développe et s’incarne de plus en plus dans l’espace francophone, en résonance avec un mouvement planétaire et multiforme dont on peut suivre l’évolution presque en temps réel grâce à Internet. L’émergence et le développement de cette communauté intégrale dans l'espace francophone se fera grâce l’apport d’initiatives et de visions, de réflexions et de débats, de mise en relations des idées et des hommes au sein d’une intelligence collective alimentée par chacun.
Une telle intelligence collective est d’autant plus nécessaire que règne ce qu’Edgar Morin nomme un « aveuglement généralisé » du à « la carence de la pensée partout enseignée, qui sépare et compartimente les savoirs sans pouvoir les réunir pour affronter les problèmes globaux et fondamentaux.»

En cette nouvelle année, nous ferons en sorte que Le Journal Intégral continue d’aller à contre-courant de la décomposition ambiante, à la rencontre de celles et de ceux qui, ici et ailleurs, inventent de nouvelles voies fondées - non plus sur la fragmentation des savoirs - mais sur une intégration des connaissances, de l’art et de la spiritualité. Une intégration qui nécessite le développement d’une intelligence sensible et inspirée, capable de marier la rigueur conceptuelle de la pensée et la profondeur créatrice de l’intuition, sans rejeter ni l’une, ni l’autre.



Edgar Morin. "Les nuits sont enceintes"
En 2010, la planète a continué sa course folle propulsée par le moteur aux trois visages mondialisation-occidentalisation-développement qu'alimentent science, technique, profit sans contrôle ni régulation.

L'unification techno-économique du globe se poursuit, sous l'égide d'un capitalisme financier effréné, mais elle continue à susciter en réaction des "refermetures" ethniques, nationales, religieuses, qui entraînent dislocations et conflits. Libertés et tolérances régressent, fanatismes et manichéismes progressent. La pauvreté se convertit non seulement en aisance de classe moyenne pour une partie des populations du globe, mais surtout en immenses misères reléguées en énormes bidonvilles.

L'occidentalisation du monde s'est accompagnée du déclin désormais visible de l'Occident. Trois énormes nations ont monté en puissance ; en 2010, la plus ancienne, la plus peuplée, la plus économiquement croissante, la plus exportatrice intimide les Etats d'Occident, d'Orient, du Sud au point de susciter leur crainte d'assister à la remise d'un prix Nobel à un dissident chinois emprisonné. En 2010 également, pour une première fois, trois pays du Sud se sont concertés à l'encontre de toute influence occidentale : Turquie, Brésil et Iran ont créé ce sans précédent. La course à la croissance inhibée en Occident par la crise économique se poursuit en accéléré en Asie et au Brésil.

La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos et aux nationalismes abstraits dans le sens où ils s'abstraient du destin collectif de l'humanité. Le développement n'est pas seulement une formule standard d'occidentalisation qui ignore les singularités, solidarités, savoirs et arts de vivre des civilisations traditionnelles, mais son déchaînement techno-économique provoque une dégradation de la biosphère qui menace en retour l'humanité.

L'Occident en crise s'exporte comme solution, laquelle apporte, à terme, sa propre crise. Malheureusement, la crise du développement, la crise de la mondialisation, la crise de l'occidentalisation sont invisibles aux politiques. Ceux-ci ont mis la politique à la remorque des économistes, et continuent à voir dans la croissance la solution à tous les problèmes sociaux. La plupart des Etats obéissent aux injonctions du Fonds monétaire international (FMI), qui a d'abord partout prôné la rigueur au détriment des populations ; quelques-uns s'essaient aux incertitudes de la relance

Mais partout le pouvoir de décision est celui des marchés, c'est-à-dire de la spéculation, c'est-à-dire du capitalisme financier. Presque partout les banques, dont les spéculations ont contribué à la crise, sont sauvées et conservées. Le marché a pris la forme et la force aveugle du destin auquel on ne peut qu'obéir. La carence de la pensée partout enseignée, qui sépare et compartimente les savoirs sans pouvoir les réunir pour affronter les problèmes globaux et fondamentaux, se fait sentir plus qu'ailleurs en politique. D'où un aveuglement généralisé d'autant plus que l'on croit pouvoir disposer des avantages d'une "société de la connaissance".

Le test décisif de l'état de régression de la planète en 2010 est l'échec de la personne la plus consciente de la complexité planétaire, la plus consciente de tous les périls que court l'humanité : Barack Obama. Sa première et modeste initiative pour amorcer une issue au problème israélo-palestinien, la demande du gel de la colonisation en Cisjordanie, s'est vu rejeter par le gouvernement Nétanyahou. La pression aux Etats-Unis des forces conservatrices, des évangélistes et d'une partie de la communauté juive paralyse tout moyen de pression sur Israël, ne serait-ce que la suspension de l'aide technique et économique.

La dégradation de la situation en Afghanistan l'empêche de trouver une solution pacifique au conflit, alors qu'il est patent qu'il n'y a pas de solution militaire. L'Irak s'est effectivement démocratisé, mais en même temps s'est à demi décomposé et subit l'effet de forces centrifuges. Obama résiste encore aux énormes pressions conjuguées d'Israël et des chefs d'Etat arabes du Moyen-Orient pour intervenir militairement en Iran. Mais la situation est devenue désespérée pour le peuple palestinien.

Tandis qu'Etats-Unis et Russie établissent en 2010 un accord pour la réduction des armes nucléaires, le souhait de dénucléarisation généralisée, unique voie de salut planétaire, perd toute consistance dans l'arrogance nucléaire de la Corée du Nord et l'élaboration probable de l'arme nucléaire en Iran. Si tout continue l'arme nucléaire sera miniaturisée, généralisée et privatisée.

Tout favorise les montées aux extrêmes y compris en Europe. L'Europe n'est pas seulement inachevée, mais ce qui semblait irréversible, comme la monnaie unique, est menacé. L'Europe, dont on pouvait espérer une renaissance de créativité, se montre stérile, passive, poussive, incapable de la moindre initiative pour le conflit israélo-palestinien comme pour le salut de la planète.
Pire : des partis xénophobes et racistes qui prônent la désintégration de l'Union européenne sont en activité. Ils demeurent minoritaires, comme le fut pendant dix ans le parti nazi en Allemagne que nul dans le pays le plus cultivé d'Europe, dans le pays à la plus forte social-démocratie et au plus fort Parti communiste, n'avait imaginé qu'il puisse accéder légalement au pouvoir.

La marche vers les désastres va s'accentuer dans la décennie qui vient. A l'aveuglement de l'homo sapiens, dont la rationalité manque de complexité, se joint l'aveuglement de l'homo demens possédé par ses fureurs et ses haines.

La mort de la pieuvre totalitaire a été suivie par le formidable déchaînement de celle du fanatisme religieux et celle du capitalisme financier. Partout, les forces de dislocation et de décomposition progressent. Toutefois, les décompositions sont nécessaires aux nouvelles compositions, et un peu partout celles-ci surgissent à la base des sociétés. Partout, les forces de résistance, de régénération, d'invention, de création se multiplient, mais dispersées, sans liaison, sans organisation, sans centres, sans tête. Par contre, ce qui est administrativement organisé, hiérarchisé, centralisé est sclérosé, aveugle, souvent répressif.

L'année 2010 a fait surgir en Internet de nouvelles possibilités de résistance et de régénération. Certes, on avait vu au cours des années précédentes que le rôle d'Internet devenait de plus en plus puissant et diversifié. On avait vu qu'il devenait une force de documentation et d'information sans égale ; on avait vu qu'il amplifiait son rôle privilégié pour toutes les communications, y compris celles effectuées pour les spéculations du capitalisme financier et les communications cryptées intermafieuses ou interterroristes.

C'est en 2010 que s'est accrue sa force de démocratisation culturelle qui permet le téléchargement gratuit des musiques, romans, poésies, ce qui a conduit des Etats, dont le nôtre, à vouloir supprimer la gratuité du téléchargement, pour protéger, non seulement les droits d'auteur, mais aussi les bénéfices commerciaux des exploitants des droits d'auteur.

C'est également en 2010 que s'est manifestée une grande force de résistance informatrice et démocratisante, comme en Chine, et durant la tragique répression qui a accompagné l'élection truquée du président en Iran. Enfin, la déferlante WikiLeaks, force libertaire ou libertarienne capable de briser les secrets d'Etat de la plus grande puissance mondiale, a déclenché une guerre planétaire d'un type nouveau, guerre entre, d'une part, la liberté informationnelle sans entraves et, d'autre part, non seulement les Etats-Unis, dont les secrets ont été violés, mais un grand nombre d'Etats qui ont pourchassé les sites informants, et enfin les banques qui ont bloqué les comptes de WikiLeaks. Dans cette guerre, WikiLeaks a trouvé des alliés multiples chez certains médias de l'écrit ou de l'écran, et chez d'innombrables internautes du monde entier.

Ce qui est remarquable est que les Etats ne se préoccupent nullement de maîtriser ou au moins contrôler "le marché", c'est-à-dire la spéculation et le capitalisme financier, mais par contre s'efforcent de juguler les forces démocratisantes et libertaires qui font la vertu d'Internet. La course a commencé entre le désespérant probable et l'improbable porteur d'espoir. Ils sont du reste inséparables : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Friedrich Hölderlin), et l'espérance se nourrit de ce qui conduit à la désespérance.

Il y eut même, en 1940-1941, le salut à partir du désastre ; des têtes de génie sont apparues dans les désastres des nations. Churchill et de Gaulle en 1940, Staline qui, paranoïaque jusqu'aux désastres de l'Armée rouge et de l'arrivée de troupes allemandes aux portes de Moscou, devint en automne 1941 le chef lucide qui nomma Joukov pour la première contre-offensive qui libéra Moscou.

C'est avec l'énergie du désespoir que les peuples de Grande-Bretagne et d'Union soviétique trouvèrent l'énergie de l'espoir. Quelles têtes pourraient surgir dans les désastres planétaires pour le salut de l'humanité ? Obama avait tout pour être une de ces têtes, mais répétons-le : les forces régressives aux Etats-Unis et dans le monde furent trop puissantes et brisèrent sa volonté en 2010.

Mais le probable n'est pas certain et souvent c'est l'inattendu qui advient. Nous pouvons appliquer à l'année 2011 le proverbe turc : "Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra."

samedi 8 janvier 2011

Citations Inspirées (2)


Une citation inspirée est un cristal de vérité qui révèle et résume en quelques mots une intuition fondamentale inscrite au plus profond de nous. Ces phrases clés ouvrent les portes de l’essentiel en nous faisant entrevoir les lois et les principes qui régissent la vie, l’homme et l’esprit.
Par-delà leurs auteurs, les cultures et les époques, ces citations se répondent les unes, les autres, comme autant de notes accordées harmoniquement à une sagesse immémoriale, inhérente à l’humanité. Ce billet est la suite de la première série de Citations Inspirées.

L’Ane et le Bouddha

Ce jour-là, le roi était en visite chez le maître zen Muhak, du temple Kanju-ji.

Il parla ainsi : "Mon ami, nous nous connaissons depuis de longues années ; nous sommes seuls, j’ai renvoyé mes serviteurs. Échangeons quelques plaisanteries. Il y a trop longtemps que je n’ai ri !"

- À vous l’honneur, Sire, dites-moi quelque chose de divertissant.

- Mon cher Muhak, tout maître zen que tu sois, tu ne vaux pas mieux qu’un âne, un âne bâté ! Ah, ah, ah ! . . . À ton tour, fait le roi, dis-moi quelque chose de cocasse !

- Sire, tel que vous êtes en ce moment, vous ressemblez à Sakyamuni au pied de l’arbre de l’Éveil !

- Ce n’est pas amusant du tout, dit le roi. Je te compare à un âne bâté, et tu m’assimiles au grand Bouddha lui-même !

- Mais sire, dit Muhak, c’est le propre d’un âne de ne voir partout que des ânes, et celui du Bouddha de ne voir en tout être que sa nature de Bouddha. . .

Henri Brunel. Le moustique. 70 histoires zen pour rire et sourire. Ed Librio.


Anaïs Nin

Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes.


Deepak Chopra

"Maître, je souhaite devenir immensément riche afin de guérir le monde des maux qui l'accablent. Quel est donc le secret de l'abondance ?" demanda le jeune homme.

- Dans le cœur de chaque être humain, répondit le maître, résident deux déesses : celle de la Connaissance et celle de la Richesse. Chacun de nous est amoureux de ces deux êtres suprêmes. Mais tu dois accorder davantage d'attention à la déesse de la Connaissance et l'aimer sans relâche. Alors la déesse de la Richesse, jalouse, te poursuivra et s'attachera à tes pas.


Miss. Tic

Ce qui m’éloigne de moi, me sépare des autres.


Pierre Dac

Le chaînon manquant entre le singe et l’homme, c’est nous !


Raoul Vaneigem

Comment empêcherons-nous la multinationale des morts vivants de nous détruire si nous ne créons pas la vie qui les détruit comme la lumière du jour dissout les spectres de la nuit ?

Dans un monde qui se détruit, la création est la seule façon de ne pas se détruire avec lui.


Dalaï Lama

Si vous avez l'impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique ... et vous verrez lequel des deux empêche l'autre de dormir.


Michel Onfray

Un philosophe n'est pas un créateur de concepts, encore moins un professeur d'université, ni même un jargonaute, mais un être qui propose une vision du monde et vit à la hauteur de cette vision qu'il propose.


Aldous Huxley

Notre voyage spirituel ne consiste pas à atteindre une destination pour obtenir quelque chose que nous ne possédions pas ou devenir une personne que nous n’étions pas.

Il consiste à dissiper notre propre ignorance vis-à-vis de nous-même et de notre existence, et à assimiler progressivement cette compréhension qui marque le début de l’éveil spirituel.

La découverte de Dieu est ainsi un retour sur soi.


Saint Jean de la Croix

Il n'y a qu'une transcendance, c'est de devenir ce que l'on est.


Jacques Vigne

La psychothérapie guérit le mental, la voie spirituelle guérit du mental.


Romain Rolland

Je ne puis dire combien mon époque était déicide. Et comme mon âme était spontanément religieuse, c’est moi-même sans le savoir que l’on tuait.


Chesterton

Le problème quand les hommes cessent de croire à Dieu, ce n’est pas qu’ils ne croient plus en rien, mais c’est qu’ils commencent à croire en n’importe quoi.


Raoul Vaneigem

Rien de plus étranger à la vie que cette structure binaire du oui ou du non, du bien ou du mal, de l’esprit ou du corps, qui ne fait jamais que répercuter, dans l’histoire individuelle et collective, la séparation d’avec soi et le dualisme où l’homme dialogue avec l’inhumain comme seul interlocuteur valable.

jeudi 6 janvier 2011

Université Intégrale (3) Quel futur ?

Photo ci-dessus : Ervin Laszlo et Michel Saloff-Coste à l'Université Intégale

Sur le blog de l’Université Intégrale, Michel Saloff-Coste, son fondateur, propose un texte intitulé Bilan et réflexion sur le futur de l'Université Intégrale écrit en mars 2010. Après avoir fait référence au bilan des trois derrnière années, que nous avons publié dans notre dernier billet, il dresse quelques perspectives concernant le futur de l’Université Intégrale. En analysant le contexte social et culturel en France, il pointe ce qui fait la spécificité de l’Université Intégrale : « ...la remise en cause des modes de pensée mécanistes et la nécessaire émergence d’une nouvelle culture systémique et intégrale et donc d’une nouvelle civilisation basée sur nouvelle approche de la science, de l’art et de la spiritualité. »

De nombreux visionnaires comme Edgar Morin, Ervin Laszlo ou Thierry Gaudin, ont annoncé l’émergence nécessaire de cette « nouvelle civilisation » qui rencontre des résistances d’autant plus fortes qu’elle implique une transformation des modèles de pensée et des modes de sensibilité : passage d’une pensée mécaniste et positiviste, scientiste et matérialiste, à une vision systémique et intégrale, dynamique et évolutive. Michel Saloff Coste parle à ce propos d’une véritable « guerre épistémologique, sous-jacente à beaucoup de débats qui traversent tout le XXème siècle ».

Un des enjeux de cette guerre épistémologique est, selon l’auteur, la création d’un « développement durable intégral » qui allierait de manière systémique économie, social et écologie. L’Université Intégrale est une émanation du Club de Budapest qui a une légitimité historique en ce domaine car il a non seulement fait depuis 30 ans le diagnostic de la crise que nous traversons mais il a surtout " replacé cette analyse dans un contexte systémique et intégral."


Bilan et réflexion sur le futur de l'Université Intégrale. Michel Saloff-Coste
« ... La question essentielle qui se pose aujourd’hui est l’orientation générale de l’Université Intégrale ces prochaines années. C’est une question que j’ai été amené à aborder avec beaucoup d’entre vous lors de multiples occasions, et sous des angles différents. J’aimerais ici structurer l’ensemble du travail effectué dans ce domaine afin de pouvoir clarifier le débat et que nous puissions l’enrichir en intelligence collective. Le document de synthèse sur les deux années passées se terminait par une ouverture sur le futur qui était une première tentative de clarifier un certain nombre de points déjà débattus :

« Le futur de l’Université Intégrale est aujourd’hui en débat. Différentes suites se dessinent, et leur réalisation dépendra des motivations des uns et des autres et des moyens que nous pourrons réunir pour le développement des projets.

Une piste en cours d’exploration consiste à développer des ateliers et des séminaires de mise en pratique permettant la réappropriation de l’approche intégrale dans la vie au quotidien.
. »

Ces cinq pistes ne sont pas exclusives les unes des autres. Elles sont, bien au contraire, complémentaires mais chacune d’elles est très ambitieuse et demande la constitution d’une équipe plus particulièrement intéressée à l’approfondir. Il serait intéressant de connaître les affinités des uns et des autres et le degré d’engagement possible de chacun.


Un ensemble de thématiques
Par ailleurs, un ensemble de thématiques apparaissent plus ou moins incontournables, et appellent un approfondissement. J’en ai fait une liste qui peut servir de base à nos réflexions et qu’il faudrait ordonner :

1) Santé et bien-être intégral - 2) Echange, économie et monnaies - 3) Entreprises et organisations intégrales - 4) Conseil et coaching intégral - 5) Science, art et spiritualité intégrale - 6) Peuples premiers et vision intégrale - 7) Le Kosmos dans une vision intégrale et les possibles vies extra-terrestres et supra-humaines - 8) Les technologies intégrales - 9) Les jeux intégraux - 10) Urbanisme, architecture et décoration intégrale - 11) Le cinéma intégral - 12) Le roman intégral - 13) La famille intégrale - 14) La relation à l’autre, le couple, la sexualité intégrale - 15) La mode et l’habillement intégral - 16) La politique intégrale - 17) Le yoga, la méditation et le développement personnel intégral - 18) Histoire, évolution et systèmes de valeurs d’un point de vue intégral
Cette liste est non exhaustive et il est intéressant de la compléter même s’il est évident qu’il va nous falloir des années pour traiter tous ces sujets. Par ailleurs, un certain nombre des journées inaugurales sont par nature susceptibles d’être reconduites tous les ans ou tous les deux ans : la première journée sur l’approche intégrale en général peut donner lieu chaque année à une journée d’introduction pour les néophytes par exemple. Cela est vrai aussi pour la thématique « Comment intégrer l’approche intégrale ? ». Les quatre autres thématiques, l’éducation, la crise, le développement durable, et les civilisations du futur, pourraient donner lieu à des actualisations périodiques, par exemple tous les deux ans.

Il serait aussi intéressant de consacrer des journées entières à l’approfondissement d’un auteur, d’un concept ou par exemple d’un lieu qui a marqué particulièrement le développement de l’approche intégrale.

L’approche intégrale étant par définition transdisciplinaire, les thématiques à traiter foisonnent. Il est d’autant plus nécessaire, compte tenu de nos ressources et notre temps limité, de définir un axe de recherche central qui nous permette, au-delà du zapping culturel (nécessaire pour explorer les différentes facettes de la problématique intégrale), de nous concentrer sur quelques sujets où nous serions susceptibles d’apporter des éclairages nouveaux.


Le développement durable intégral
Une proposition serait d’approfondir la problématique plus particulière du « développement durable intégral ». Plusieurs considérations nous font converger vers cette idée particulière. Historiquement, le diagnostic effectué par le Club de Rome et répété et approfondi à plusieurs reprises dans les différents livres d’Ervin Laszlo amène de manière impérative la problématique du développement durable. Les enjeux de développement durable sont devenus en quelques années des sujets incontournables largement partagés par la société civile.

Répéter sans cesse le diagnostic de la catastrophe annoncée n’est pas d’une grande valeur ajoutée. Par contre, le « développement durable » tel qu’il est aujourd’hui envisagé, par les entreprises, les politiques, et la plupart des ONGs, est une vision relativement superficielle, et participe bien souvent d’une tentative de greenwashing alimentant une nouvelle pensée unique, unidimensionnelle et factice.
Approfondir la thématique du développement durable intégral nous permettrait d’attirer l’attention sur ce qui est peut-être la véritable valeur ajoutée du Club de Budapest et de l’Université Intégrale : la remise en cause des modes de pensée mécanistes et la nécessaire émergence d’une nouvelle culture systémique et intégrale et donc d’une nouvelle civilisation basée sur nouvelle approche de la science, de l’art et de la spiritualité.


Les forces en présence
Cela m’amène à partager avec vous quelques réflexions sur l’actualité de ces deux dernières années. Il faut bien mesurer les forces en présence. Une grande majorité de citoyens, y compris au plus haut niveau de décisions, restent enfermés dans le déni de la crise systémique, économique, sociale et écologique à laquelle nous sommes confrontés. Ils sont convaincus que le système actuel pourra se perpétrer moyennant quelques adaptations à la marge. Le rapport Stern notamment est une tentative remarquable pour adapter le système existant au défi actuel.

Une minorité, au contraire, est aujourd’hui pleinement convaincue de la nécessité d’une transformation en profondeur et d’un changement de paradigme. Edgar Morin, Joseph Stiglitz, Ervin Laszlo, Thierry Gaudin, sont de bons exemples de personnalités qui font ce diagnostic. Cependant, il faut bien constater qu’ils sont en général difficilement compris par la majorité et, d’une certaine manière, rejetés et marginalisés.

Beaucoup d’énergie est investie dans ce débat qui met en scène toutes les formes de résistance au changement et les combats sous-jacents plus profonds qui sont essentiellement épistémologiques : passage d’un mode de pensée mécaniste et scientiste à un mode de pensée systémique et intégral. Cette guerre épistémologique est sous-jacente à beaucoup de débats qui traversent tout le XXème siècle. Nous sommes déjà en 2010, et si la crise a jeté de l’huile sur le feu de ce débat, les clivages restent plus que jamais présents.


La « nouvelle civilisation »
Dans ce contexte, il est intéressant d’analyser les différentes propositions politiques en termes de développement durable : la droite reste attachée à la relance par l’économie, la gauche à la relance keynésienne par le social, et Europe Ecologie met l’emphase sur différentes mesures spécifiquement écologiques.
Tous sont enfermés dans une vision mécaniste et partielle du problème, et n’arrivent justement pas à penser un véritable développement durable qui allierait de manière systémique économie, social et écologie. Dans une grande mesure, cela est dû à leur enracinement historique et monolithique dans une vision unidimensionnelle et archaïque pour la droite de l’économie, pour la gauche du social, et pour les écologistes de l’écologie.

Europe-Ecologie, à travers les discours qu’ils ont tenus à l’arche de la Défense le samedi 13 février 2010 est le parti qui sans aucun doute analyse le plus en profondeur la crise actuelle. Voir dans ce domaine l’analyse économique et sociale de l’ancien président de la Banque Mondiale et Prix Nobel, Joseph Stiglitz. Mes analyses convergent avec son analyse. Cependant, même s’il y a un appel incantatoire à la construction d’une nouvelle civilisation sur de nouvelles bases, cette nouvelle civilisation et ces nouvelles bases restent encore mal dessinées et apparaissent peu dans les propositions d’Europe-Ecologie en tant que parti politique.

Tant qu’une vision claire, opérationnelle et pragmatique de la « nouvelle civilisation » appelée de tous leurs vœux par Edgar Morin, Ervin Laszlo et Thierry Gaudin n’est pas explicitée, il me semble que nous continuerons à perdre beaucoup d’énergie dans des combats d’arrière-garde qui, finalement, précipitent dans le désespoir la plus grande partie de l’humanité qui a, surtout, le sentiment que son avenir s’obscurcit, toujours un peu plus.


Une légitimité historique
Construire une vision détaillée de la civilisation du futur et de ce qu’est un développement durable véritablement intégral me semble être la mission tout à fait particulière à laquelle nous devons nous atteler. Le Club de Budapest au niveau mondial a une légitimité historique dans ce domaine car il est la seule ONG au niveau international à avoir depuis 30 ans, non seulement fait le diagnostic de manière remarquable de la crise que nous traversons, mais surtout d’avoir replacé cette analyse dans un contexte systémique et intégral, ce qui est tout à fait particulier et unique.

La psychologie a montré (Elisabeth Kübler-Ross) que face à n’importe quelle annonce qui nous bouleverse, nous traversons tous quatre phases : 1) Le déni, 2) L’acceptation, 3) L’exploration, 4) La reconstruction. Beaucoup d’énergie est toujours perdue dans la phase intermédiaire entre déni et acceptation. Le combat intérieur est parfois tellement fort qu’il consume toute l’énergie vitale et rend impossible la renaissance. C’est le danger de cette phase intermédiaire.

La force d’une vision positive et constructive est ce qui permet aux individus et aux groupes de traverser plus facilement cette transition. Il me semble essentiel aujourd’hui de construire des briques susceptibles de redonner l’espoir à l’humanité. »
Une deuxième piste consiste à approfondir les thématiques de recherche fondamentale pour apporter des éclairages nouveaux sur certains aspects théoriques.

Une troisième piste vise à tisser des liens avec les autres centres de recherche et d’enseignement utilisant l’approche intégrale dans le monde.

Une quatrième piste pose la question de l’accessibilité et de la diffusion de l’approche intégrale à un plus grand nombre.
Une cinquième piste consiste en un travail de comparaison (benchmarking) des meilleures pratiques au niveau international de l’approche intégrale et systémique appliquée au développement durable

lundi 3 janvier 2011

Université Intégrale (2) Trois ans de réflexions novatrices

Dans notre dernier billet nous présentions l’Université Intégrale ainsi que le contexte socio-culturel dans lequel s’inscrit une telle initiative novatrice. Dans celui-ci, nous voudrions présenter les divers thèmes traités durant les journées d’études qui se sont déroulées depuis la création de l’Université Intégrale, avec les liens qui permettent de se connecter aux vidéos correspondantes pour tous ceux qui aimeraient suivre ces activités sans toujours avoir le temps ou la possibilité de se déplacer.

Car l’Université Intégrale, c’est aussi une banque de données vidéos destinée à tous ceux qui désirent visionner sur la toile nombre de conférences qui ont eu lieu depuis le début de ses activités. C’est, enfin, un réseau de personnes intéressées par le développement d’une perspective intégrale et qui peuvent communiquer soit à travers un réseau social dédié, soit à travers Facebook.

Carine Dartiguepeyrou et Michel Saloff Coste ont réalisé avec l'aide de Michel Nguyen The un bilan rétrospectif des deux premières années de l’Université Intégrale. Ce document de deux pages en français a servi de base à un article rédigé par Michel Nguyen The en français pour le blog de l’Université Intégrale et en anglais pour la revue Integral Leadership Review qui s’est fait l’écho de ces activités.

Ces articles permettent de mesurer l’ampleur des sujets explorés en deux ans ainsi que le caractère novateur des thématiques abordés et de la pédagogie mise en œuvre. Au bilan rétrospectif de ces deux premières années, en 2008 et 2009, réalisé par les animateurs de l’Université Intégrale, nous avons nous-même ajoutés pour être complet le programme des quatre journées ayant eu lieu en 2010. Ceci afin d'avoir une vision exhaustive des réflexions novatrices engagées au sein de l'Université Intégrale depuis trois ans.


28 Février 2008. Qu’est-ce que l’approche intégrale ?
"Lors de cette journée, nous avons explicité ce que nous entendons par l'approche intégrale. Pour cela nous avons fait référence et nous avons utilisé les trois grands types d'entrées utilisés dans tout travail encyclopédique. Nous avons premièrement attiré l'attention sur des concepts et des notions qui nous paraissent structurer l'approche intégrale. Deuxièmement, nous avons nommé un certain nombre d'auteurs reconnus pour avoir apporté des éléments essentiels à l'approche intégrale. Troisièmement nous avons constitué une liste de lieux emblématiques où l'approche intégrale depuis un siècle s'est développée d'une manière singulière.

Pendant cette première journée nous avons affirmé notre volonté de construire l'Université Intégrale à Paris sur les bases d'une logique internationale, ouverte à tous les courants de l'approche systémique et intégrale dans leur diversité épistémologique."

Intervenants : Eric Allodi, Etienne Avronsart, Carine Dartiguepeyrou, Bruno Marion, Marion Peterson, Eric de Rochefort, Michel Saloff Coste, Brian Van Der Horst.

16 Octobre 2008. Comment intégrer la pensée intégrale ?
"Durant cette deuxième journée, nous avons focalisé notre attention sur la question centrale de la cohérence entre la pensée et l'action. La journée était construite autour de témoignages de personnalités singulières qui ont expliqué comment ils ont découvert l'approche intégrale, comment ils l'ont appliquée et comment ils l'ont développée à travers des actions et créations significatives."

Intervenants : Eric Allodi, Thierry Gaudin, Ervin Laszlo, Chris Peytier, Michel Saloff-Coste, Brian Van Der Horst, Robin Wood.

13 Janvier 2009. Comment repenser notre façon de penser ?
"La troisième journée a eu comme thème l'éducation. Quelles sont les caractéristiques d'un « Bon, Beau, Vrai » enseignement intégral ? Ouverture et compréhension des autres cultures par l'intérieur. Respect de la singularité de chacun et de son altérité. Education physique et mentale, mais aussi éducation du cœur et de l'esprit à travers le sport, la science, l'art, la philosophie et la spiritualité. Capacité critique à « méta analyser » la démarche analytique que l'on met en œuvre. "

Intervenants : Etienne Avronsart, Diane Baran, Robert Branche, Justine Caulliez, Delphine Charvolin, Henri Conze, Carine Dartiguepeyrou, Marc Fleuriet, Bénédicte Fumey, Marine Goodmorning, Alain Gourhant, Caroline Guidetti, Sophie Laleman, Martine Laval, Solen Penchèvre, Chris Peytier, Cécile Priou, Michel Saloff Coste, André Staropoli, Antonella Verdiani.


10 Mars 2009. Comment répondre de manière positive, durable et intégrale à la crise systémique contemporaine ?
"La quatrième journée a eu comme thème la crise. Quelles sont les grandes caractéristiques de la crise systémique contemporaine dans ses dimensions, économiques sociales et écologiques ? En quoi cette crise est différente des précédentes et quel diagnostic en faire ? Les réponses apportées aujourd'hui dans le monde et en France sont-elles pertinentes, adaptées et suffisantes ? " On trouvera ici le programme complet de la journée.

Intervenants : Jean-Eric Aubert, Etienne Avronsart, Carine Dartiguepeyrou, Thierry Gaudin, Sophie Laleman, Bruno Marion, Edgar Morin, Michel Saloff Coste, Gérard Schoun, Patrick Viveret, Robin Wood.

23 Juin 2009. Sociétés durables et écologie intégrale : comment passer de la vision à l'action ?
"La cinquième journée eu comme thème le développement durable. Aujourd'hui, l'heure n'est plus uniquement aux bilans. Les premières initiatives telles que Limits to Growth de Meadows (1973), le Manifeste du Club de Budapest pour une conscience planétaire (1980) et plus récemment la Déclaration de l'état d'urgence d'Ervin Laszlo (2009) nous donnent un aperçu international et synthétique des faits et diagnostics que l'on peut faire en matière de durabilité sur l'ensemble de la planète.

La question est à présent de sortir de nos contradictions pour déployer une réforme de nos modes de pensée et de vie. C'est bien avec cette ambition que nous avons placé cette cinquième journée de l'Université Intégrale : replacer l'homme au cœur du vivant et dégager des pistes de congruence entre la vision et l'action pour accélérer la transformation de nos sociétés vers la durabilité.

Nous avons cherché en particulier à répondre aux questions suivantes : Pourquoi le développement durable, tel que défini par les instances internationales (environnemental, social et économique), nous confronte-t-il à nos contradictions ? Comment arbitrer les priorités entre écologie, économie et société ? Quelles sont les pistes de gouvernance pour mettre en œuvre la durabilité ? Comment le vivant peut-il inspirer notre vision du monde ? Comment repenser et organiser notre agriculture ? Quels sont les éléments clés d'une vision durable ? Comment agir de manière écologique et intégrale au quotidien ? Qu'est-ce que l'écologie intégrale ? " On trouvera ici le programme détaillé de la journée.

Intervenants : Etienne Avronsart, Amandine Barthélémy, Tapas Bhatt, Gauthier Chapelle, Carine Dartiguepeyrou, Philippe Desbrosses, Bénédicte Fumey, Caroline Gervais, Yolaine La Bigne, Karim Lapp, Elisabeth Laville, Michel Saloff Coste.

Samedi 24 Octobre 2009. Civilisations du futur et futur des civilisations ?
"Nous sommes dans une période de transformation économique, sociale et écologique. Il devient important de développer des solutions pour survivre à court terme sans négliger de construire un futur durable et d'investir sur le long terme. Comment civiliser le futur ? A quoi ressembleraient les possibles civilisations du futur ? Quelles sont les nouvelles approches en matière économique, sociale et écologique qui permettent d'illustrer les civilisations du futur ? Comment civiliser le futur pour le rendre enthousiasmant et redonner à l'humanité confiance dans son destin ? A quoi ressemblerait, une civilisation qui réponde aux enjeux actuels par des solutions innovantes ? Des initiatives nouvelles, parfois relevant de nouveaux paradigmes, se manifestent un peu partout à travers de multiples initiatives et expérimentations : comment les expliciter et les catalyser ? On trouvera ici le programme détaillé de cette journée."

Intervenants : Etienne Avronsart, Anne de Bétancourt, Carine Dartiguepeyrou, Jean-Baptiste de Foucault, Bénédicte Fumey, Thierry Gaudin, Sophie Laleman, Jacques Lesourne, Bruno Marion, Michel Saloff Coste, Jean Staune.

Samedi 23 Janvier 2010. Ecovie, Ecoville, Ecovillage.
"Comment développer en ville et à la campagne un art de vivre écologique ? Comment imaginer une nouvelle socialité inclusive et reliée qui soit porteuse de sens ? Comment associer développement personnel et transformation sociale ? Comment agir à toutes les échelles territoriales de la plus grande à la plus petite proximité?
Cette journée nous donnera des clés pour impulser le changement de manière active : créative, concrète et enthousiaste ! Les différentes interventions et nos échanges seront l'occasion de réfléchir et d'expérimenter ensemble la façon dont nous pouvons utiliser la pensée intégrale aux niveaux individuel et collectif pour une transformation intérieure et extérieure de nos cadres de références. On trouvera ici le programme détaillé de cette journée."

Intervenant : Carine Dartiguepeyrou, Michel Saloff-Coste, Bruno Marion, Esther Dubois, Bénédicte Fumey, Etienne Avronsart, Pierre Dommergue et Marie Francoise Guyonaud, Anne de Béthencourt, Philippe Desbrosses, Robert Lion, Pascale d'Erm, Jean-Yves Fromonot, Véronique Bouthegourd, Brian Van Der Horst.

Mardi 20 avril 2010. Asie et Occident : vers une culture intégrale ?
"Au travers de la comparaison, de la confrontation et de l’intégration des points communs et des différences entre les cultures asiatiques et occidentales, nous étudierons ensemble comment la rencontre de l’Asie et de l’Occident nous permet de décrypter et comprendre les grandes mutations en cours ? Que nous enseignent les cultures spirituelles et philosophiques asiatiques et occidentales ? Comment intégrer l’ensemble de ces connaissances dans nos vies quotidiennes ? Asie, Occident : l’harmonie de la civilisation du futur ? " On trouvera ici le programme détaillé de cette journée.

Intervenants : Michel Saloff Coste, Bruno Marion, Etienne Avronsart, Coriam, Pierre Pyronnet, Denis Marquet, Charlotte de Silguy, Jean Larroquette, Danya Quing, Jean Staune, Floriana Pagliano

Mercredi 16 juin 2010. Prospective d'un monde en mutation
" Une journée exceptionnelle organisée par le Club de Budapest et l'Université intégrale à l'occasion de la sortie du livre collectif Prospective d'un monde en mutation (sous la direction de Carine Dartiguepeyrou) auquel ont notamment contribué Ervin Laszlo, Edgar Morin et Matthieu Ricard.

Comment expliquer les grands changements planétaires que nous vivons ? De quelle nature est cette transformation et comment impacte-t-elle nos systèmes politiques, économiques et sociaux ? Comment construire un développement durable au-delà du débat sur la croissance et la décroissance ? S'agit-il d'un « virage » ou d'une « métamorphose » qui nous conduit vers une nouvelle civilisation ?

L'enjeu de nos sociétés est de parvenir à dégager des stratégies créatives qui allient vision et action pour construire un avenir meilleur, plus proche des hommes et du vivant. Cette journée se concentrera sur les éléments de diagnostic et les solutions." On trouvera ici le programme détaillé de cette journée.
Intervenants : Jean-Baptiste de Foucauld, Thierry Gaudin, Ervin Laszlo, Tristan Leconte, Bruno Marion, Michel Saloff Coste, Jean Staune, Antonella Verdiani

Le 17 novembre 2010. Une approche intégrale de la santé.Il semble que les vidéos de cette journée ne soient pas encore en ligne.

"Dès 1986, avec la Charte d’Ottawa, la santé de la population devient une responsabilité collective. Il paraît fondamental, en ces temps de mutation sociétale, que notre approche de la santé évolue. La considérer de façon intégrale est une invitation, comme dirait Einstein, à « formuler un nouveau mode de pensée, nécessaire à l’humanité, pour survivre et atteindre un plan de conscience plus élevé. »

Nous souhaitons évoquer l’être vivant dans une approche intégrale, à travers ses composantes physiques, psychiques, mentales et spirituelles, en constantes interactions. La dimension écologique sera abordée, avec l’influence de notre environnement sur notre bien-être global. Comment, par une meilleure connaissance des effets sur l’organisme, de l’alimentation, la qualité de l’air et de l’eau, les rythmes et modes de vie, pouvons-nous créer les bases d’une bonne santé ? L’art et la créativité, qui nous mettent en mouvement, auront une place de choix dans cette journée de rencontre et de partage.

Nous aborderons aussi les nouvelles approches thérapeutiques, pour la Santé de demain, avec un autre regard sur la maladie, sur nos potentiels, nos qualités intérieures, sur la relation au patient et sur la nécessité de repenser un système de soin plus global et plus responsabilisant." On trouvera ici le programme détaillé de cette journée.


Prochaines Journées en 2011
19 février 2011 : L’Entreprise et l’économie intégrales
6 juin 2011 : La Société et la politique intégrales
Ces événements ont lieu au Forum 104, 104 rue de Vaugirard, 75006 Paris. Des détails seront mis en ligne prochainement sur le site du Club de Budapest France.