mardi 7 avril 2020

L'Economie ou la Vie


Remerciez-moi : je vous place au pied de la bifurcation qui structurait tacitement vos existences : l’économie ou la vie. Monologue du Virus 


Dans le précédent billet intitulé Un projet éditorial nous avons tenté de résumer la quête intellectuelle et spirituelle qui fut la nôtre durant les dix années du Journal Intégral. Une quête qui aboutit au constat suivant :  chacun d’entre nous peut subir la dynamique régressive d’une spirale infernale qui mène à un effondrement global dont la pandémie actuelle n’est qu’une des manifestations. Mais chacun peut aussi profiter de la situation présente pour se laisser inspirer par la dynamique créatrice d’une spirale évolutive qui nous mène vers un nouveau stade du développement humain où se dévoile une autre vision du monde. 

En son temps, dans un livre intitulé Nous qui désirons sans fin, le situationniste Raoul Vaneigem avait résumé ce carrefour évolutif de la manière suivante : " Nous sommes dans le monde et en nous-mêmes au croisement de deux civilisations. L'une achève de se ruiner en stérilisant l'univers sous son ombre glacée, l'autre découvre aux premières lueurs d'une vie qui renaît l'homme nouveau, sensible, vivant et créateur, frêle rameau d'une évolution où l'homme économique n'est plus désormais qu'une branche morte".  

Paru sur le site Lundi Matin, un texte intitulé Monologue du virus  fait écho à celui de Vaneigem. L’auteur (anonyme) voit dans la pandémie actuelle à la fois la manifestation d’un système aussi délirant que destructeur (qui conduit à l’effondrement) et la possibilité de dépasser ce système pour bifurquer vers une autre voie. Dans une perspective de libération individuelle et d'émancipation collective, le Coronavirus apparaît pour l'auteur comme un signe de temps dès lors que l'on tend l'oreille pour entendre et écouter son message : 

« Voyez donc en moi votre sauveur plutôt que votre fossoyeur... Je suis venu suspendre le fonctionnement dont vous étiez les otages… C’est une civilisation, et non vous, que je viens enterrer. Ceux qui veulent vivre devront se faire des habitudes nouvelles, et qui leur seront propres... C’est à vous de jouer. L’enjeu est historique... Soit vous employez le temps que je vous donne maintenant pour figurer le monde d’après à partir des leçons de l’effondrement en cours, soit celui-ci achèvera de se radicaliser. Le désastre cesse quand cesse l’économie. L’économie est le ravage. C’était une thèse avant le mois dernier. C’est maintenant un fait. » Avant de proposer ce texte, nous évoquerons le contexte dans lequel il se situe : celui de la sortie de l'économie.

Sortir de l'économie


Aujourd'hui, dans le contexte de la pandémie, chacun d'entre nous est placé devant un choix crucial : l'économie ou la vie. C'est ainsi que plusieurs personnalités conservatrices aux États-Unis suggèrent que la mort de milliers de personnes âgées est peut-être un mal nécessaire pour éviter une longue dépression économique. A l'instar de ce lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick : "Les grands-parents devraient être prêts mourir pour sauver l'économie pour leur petits-enfants".

Pour notre part, nous ne sentons pas vraiment motivés pour faire des sacrifices rituels au Veau d'Or, tout comme nous ne désirons pas  changer de modèle économique comme le demandent ces meilleurs alliés du système dominant que sont les réformistes. Ce que nous voulons c'est tout simplement "sortir de l'économie" dans la mesure où celle-ci est devenue un modèle hégémonique qui détruit systématiquement les milieux humains et naturels. Sortir de l'économie c'est retrouver un type de relations humaines qui ne passent pas par la médiation des catégories imposées par le capitalisme : la valeur, la marchandise, l'argent et le travail.

Et si, pour nous aider à penser cette sortie de l'économie, nous profitions de cette période de confinement pour étudier cette nouvelle théorie critique du capitalisme qu'est la critique de la valeur.  Une critique radicale et rigoureuse qualifiée de "catégorielle" car elle déconstruit ces catégories dominantes qui, loin d'être naturelles et transhistoriques, sont intrinsèquement liées à ce moment historique qui fut celui de l'avènement et de la domination du capitalisme. Comme ce moment historique a eu un début, il aura une fin qui se profile à travers une série de crises dont la crise sanitaire que nous vivons actuellement n'est qu'un des éléments.

Dans un entretien donné à l'Obs en décembre 2015, Jean-Claude Michéa évoque cette fin : « La phase finale du capitalisme - écrivait Rosa Luxembourg en 1913 - se traduira par une "période de catastrophes".  On ne saurait mieux définir la période dans laquelle nous entrons. Catastrophe morale et culturelle, parce qu'aucune communauté ne peut se maintenir durablement sur la base du "chacun pour soi" et de "l'intérêt bien compris". Catastrophe écologique, parce que l'idée d'une croissance matérielle infinie dans un monde fini est bien l'utopie la plus folle qu'un esprit humain ait jamais conçue (et cela sans parler des effets de cette croissance sur le climat et la santé). Catastrophe économique et financière parce que l'accumulation financiarisé du capital (ou si l'on préfère, la croissance) est en train de se heurter à ce que Marx appelait son "borne interne" ».

Il faut se libérer des approches parcellaires et disciplinaires qui empêchent de développer une vision globale : la crise sanitaire apparaît comme un élément particulier d'une crise bien plus large correspondant à l'effondrement progressif d'une civilisation ayant épuisée toutes ses potentialités historiques. Dans notre billet précédent, nous avons rapidement évoqué la théorie de la crise élaborée par la critique de la valeur et corroborée depuis plusieurs décennies par les faits. Les lecteurs intéressés peuvent s'y référer comme ils peuvent aussi s'intéresser à  Une Théorie de la catastrophe.

Critique du Travail


Sortir de l'économie c'est, à partir d'une critique radicale et intégrale, oser aborder les rivages d'une nouvelle civilisation en imaginant dès aujourd'hui le monde d'après. Mais le véritable problème c'est que l'on ne peut pas penser le monde d'après avec les catégories du monde d'avant. De même que l'on ne peut pas penser les catégories du monde d'après à partir de l'imaginaire et de la vision du monde, des comportements et des modes vie, propres au monde d'avant. Une de ces catégories dominantes les plus inscrites dans la psyché collective aujourd'hui est celle du travail, inculquée dès le plus jeune âge par toutes les institutions car elle constitue la base et la substance même du capital qui se nourrit et s'augmente de la plus-value générée par l'exploitation du travail vivant.

Selon Robert Kurtz : «Critiquer le capitalisme du point de vue du travail est une impossibilité logique, car on ne peut pas critiquer le capital du point de vue de sa propre substance. Une critique du capitalisme doit remettre en cause cette substance même et donc libérer l'humanité de sa soumission à la contrainte du travail abstrait

Dans cette perspective critique, une des meilleurs analyses a été faite par le groupe Krisis en 1999 dans son fameux Manifeste contre le Travail : « La renaissance d'une critique radicale du capitalisme suppose la rupture catégorielle avec le travail. Aussi, seule l'établissement d'un nouveau but d'émancipation sociale, au-delà du travail et de ses catégories fétiches dérivées, rendra possible une resolidarisation à un niveau supérieur et à l'échelle de la société... Si pour les hommes, l'instauration du travail est allé de pair avec une vaste expropriation de leur propre vie, alors la négation de la société du travail ne peut reposer que sur la réappropriation par les homme de leurs liens à un niveau plus élevé

Cette critique du travail ne remet pas en cause l'activité créatrice, intellectuelle et productive à travers laquelle l'homme se construit dans sa communauté. Elle remet en cause le système techno-capitaliste qui réduit cette activité à une marchandise dont la valeur dépend des logiques économiques propres à la valorisation du capital. Pour approfondir cette réflexion, nous renvoyons à la série de textes publiés dans ce blog sur la critique du travail et nous recommandons la lecture de l'excellent livre d'Alaster Hemmens intitulé Ne travaillez Jamais. La critique du travail en France de Charles Fourier à Guy Debord dont nous avons rendu compte dans deux billets (Cf. Ne travaillez jamais (2) ).

Le monde d'après


Sortir de l'économie c'est se libérer de l'emprise du travail qui est la substance même du capital comme le capitalisme est la substance même de l'effondrement en cours. Cette prise de conscience nécessite de faire œuvre de réflexion critique, de se documenter, de penser contre soi-même et ses préjugés profondément ancrés, de confirmer et de structurer ses intuitions par une rigueur conceptuelle. Cette prise de conscience peut être favorisée par la situation actuelle de confinement généralisé qui permet de prendre une "distance sociale" avec le travail même si celui-ci tend à se muer en télé-travail en allongeant la chaîne qui lie le travailleur à l'économie.

Selon les conditions matérielles, relationnelles et psychologiques dans lequel on vit le confinement, celui-ci peut être propice à un retour à l'essentiel et à une réflexion sur sa vie personnelle comme sur l'organisation sociale qui la conditionne. Ce cheminement passe par l'étude et l’exercice de la pensée, la méditation et l'imagination créatrice, comme elle passe aussi par une intelligence collective et des formes d'auto-organisation à partir des réseaux d'échange et d'élaboration, d’entraide et d'engagement commun. Tout ceci participe d'une forme de conversion collective observée par Coline Serreau dans une partie de la population : « Le monde qui marchait sur la tête est en train de remettre ses idées à l'endroit.».

Contagieuse comme un virus, mais aussi libératrice qu'il peut se révéler dangereux, la sortie de l'économie est à l'ordre du jour, comme un contre-poison dans l'air du temps. J'avais terminé l'écriture de ce billet en choisissant un titre - L'économie ou la vie - qui me plaisait par sa concision, quand, parcourant l'excellent site Lundi Matin, je tombe sur un article intitulé L'économie ou la vie où l'auteur (anonyme) exprime, à partir d'une subjectivité différente, la même alternative devant laquelle nous  place la pandémie :

« Nous voici donc à la croisée des chemins : soit nous sauvons l'économie, soit nous nous sauvons nous-mêmes;  soit nous sortons de l'économie, soit nous nous laissons enrôler dans "la grande armée de l'ombre" des sacrifiés d'avance... C'est l'économie ou la vie... C'est maintenant, depuis la prodigieuse suspension que nous expérimentons, que nous avons à figurer tout ce dont nous devons empêcher le retour et tout ce dont nous aurons besoin pour vivre au-delà de l'économie. »  A lire donc en complément et en supplément de ce billet-ci. Pour des raisons de forme et de fond, j'imagine que l'auteur (anonyme) de ce texte est aussi celui-ci qui a écrit le Monologue du Virus ci-dessous.

Face à l'urgence d'une alternative entre la vie et l'économie, l'impératif est donc de déserter l'économie avant que celle-ci ne finisse par transformer tous nos milieux de vie en désert. Il va sans dire que cette sortie de l'économie relève de tout sauf de l'économie. Elle ne peut advenir que par la synergie des approches individuelles (subjectivité), culturelles (intersubjectivité), comportementales (objectivité) et sociales (inter-objectivité des structures socio-politiques). C'est la spécificité d'une vision intégrale que de penser ces synergies, plus particulièrement dans ces moments de crises qui, tout au long de l'histoire humaine, ont permis de s'émanciper d'une vision du monde devenue mortifère pour en faire émerger une nouvelle, correspondant à un nouveau cycle du développement humain. C'est à travers ces épreuves de vérité que l'humanité chemine sur la voie de l'évolution individuelle et collective.

Dans cette lutte à mort entre l'économie et la vie, soyons dignes de l'engagement de tous ceux - soignants et professionnels - qui combattent la pandémie en première ligne pour préserver la vie. Par nos prises de conscience et nos créations, nos engagements et nos comportements, faisons donc en sorte que cette vie trouve dans le "monde d'après" les conditions qui lui permettent de se libérer des anciens modèles pour se développer autrement, dans un contexte différent et à travers une nouvelle vision du monde, afin qu'elle puisse exprimer toutes ses potentialités individuelles et collectives. En cette période très particulière, chacun d'entre nous peut devenir le témoin et l'acteur créatif de cette métamorphose à travers laquelle l'économie se mue en écosophie, cette sagesse commune.

Monologue du Virus


« Je suis venu mettre à l'arrêt la machine 
dont vous ne trouviez pas le frein d'urgence. »

Faites taire, chers humains, tous vos ridicules appels à la guerre. Baissez les regards de vengeance que vous portez sur moi. Éteignez le halo de terreur dont vous entourez mon nom. Nous autres, virus, depuis le fond bactériel du monde, sommes le véritable continuum de la vie sur Terre. Sans nous, vous n’auriez jamais vu le jour, non plus que la première cellule. 

Nous sommes vos ancêtres, au même titre que les pierres et les algues, et bien plus que les singes. Nous sommes partout où vous êtes et là où vous n’êtes pas aussi. Tant pis pour vous, si vous ne voyez dans l’univers que ce qui est à votre semblance ! Mais surtout, cessez de dire que c’est moi qui vous tue. Vous ne mourez pas de mon action sur vos tissus, mais de l’absence de soin de vos semblables. 

Si vous n’aviez pas été aussi rapaces entre vous que vous l’avez été avec tout ce qui vit sur cette planète, vous auriez encore assez de lits, d’infirmières et de respirateurs pour survivre aux dégâts que je pratique dans vos poumons. Si vous ne stockiez vos vieux dans des mouroirs et vos valides dans des clapiers de béton armé, vous n’en seriez pas là. Si vous n’aviez pas changé toute l’étendue hier encore luxuriante, chaotique, infiniment peuplée du monde ou plutôt des mondes en un vaste désert pour la monoculture du Même et du Plus, je n’aurais pu m’élancer à la conquête planétaire de vos gorges. 

Si vous n’étiez presque tous devenus, d’un bout à l’autre du dernier siècle, de redondantes copies d’une seule et intenable forme de vie, vous ne vous prépareriez pas à mourir comme des mouches abandonnées dans l’eau de votre civilisation sucrée. Si vous n’aviez rendu vos milieux si vides, si transparents, si abstraits, croyez bien que je ne me déplacerais pas à la vitesse d’un aéronef. Je ne viens qu’exécuter la sanction que vous avez depuis longtemps prononcée contre vous-mêmes. 

Pardonnez-moi, mais c’est vous, que je sache, qui avez inventé le nom d’"Anthropocène". Vous vous êtes adjugé tout l’honneur du désastre ; maintenant qu’il s’accomplit, il est trop tard pour y renoncer. Les plus honnêtes d’entre vous le savent bien : je n’ai d’autre complice que votre organisation sociale, votre folie de la « grande échelle » et de son économie, votre fanatisme du système. Seuls les systèmes sont "vulnérables". Le reste vit et meurt. Il n’y a de "vulnérabilité" que pour ce qui vise au contrôle, à son extension et à son perfectionnement. Regardez-moi bien : je ne suis que le revers de la Mort régnante

17 Décembre 2019. Un slogan prémonitoire !

Cessez donc de me blâmer, de m’accuser, de me traquer. De vous tétaniser contre moi. Tout cela est infantile. Je vous propose une conversion du regard : il y a une intelligence immanente à la vie. Nul besoin d’être un sujet pour disposer d’une mémoire ou d’une stratégie. Nul besoin d’être souverain pour décider. Bactéries et virus aussi peuvent faire la pluie et le beau temps

Voyez donc en moi votre sauveur plutôt que votre fossoyeur. Libre à vous de ne pas me croire, mais je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence. Je suis venu suspendre le fonctionnement dont vous étiez les otages. Je suis venu manifester l’aberration de la « normalité »

« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie à d’autres était une folie »… « Il n’y a pas de limite budgétaire, la santé n’a pas de prix » : voyez comme je fais fourcher la langue et l’esprit de vos gouvernants ! Voyez comme je vous les ramène à leur rang réel de misérables margoulins, et arrogants avec ça ! Voyez comme ils se dénoncent soudain non seulement comme superflus, mais comme nuisibles ! Vous n’êtes pour eux que les supports de la reproduction de leur système, soit moins encore que des esclaves. Même le plancton est mieux traité que vous. 

Gardez-vous bien, cependant, de les accabler de reproches, d’incriminer leurs insuffisances. Les accuser d’incurie, c’est encore leur prêter plus qu’ils ne méritent. Demandez-vous plutôt comment vous avez pu trouver si confortable de vous laisser gouverner. 

Vanter les mérites de l’option chinoise contre l’option britannique, de la solution impériale-légiste contre la méthode darwiniste-libérale, c’est ne rien comprendre à l’une comme à l’autre, à l’horreur de l’une comme à l’horreur de l’autre. Depuis Quesnay, les "libéraux" ont toujours lorgné avec envie sur l’empire chinois ; et ils continuent. Ceux-là sont frères siamois. Que l’un vous confine dans votre intérêt et l’autre dans celui de "la société", revient toujours à écraser la seule conduite non nihiliste : prendre soin de soi, de ceux que l’on aime et de ce que l’on aime dans ceux que l’on ne connaît pas

Ne laissez pas ceux qui vous ont menés au gouffre prétendre vous en sortir : ils ne feront que vous préparer un enfer plus perfectionné, une tombe plus profonde encore. Le jour où ils le pourront, ils feront patrouiller l’armée dans l’au-delà. 

Remerciez-moi plutôt. Sans moi, combien de temps encore aurait-on fait passer pour nécessaires toutes ces choses inquestionnables et dont on décrète soudain la suspension ? La mondialisation, les concours, le trafic aérien, les limites budgétaires, les élections, le spectacle des compétitions sportives, Disneyland, les salles de fitness, la plupart des commerces, l’assemblée nationale, l’encasernement scolaire, les rassemblements de masse, l’essentiel des emplois de bureau, toute cette sociabilité ivre qui n’est que le revers de la solitude angoissée des monades métropolitaines : tout cela était donc sans nécessité, une fois que se manifeste l’état de nécessité

Remerciez-moi de l’épreuve de vérité des semaines prochaines : vous allez enfin habiter votre propre vie, sans les mille échappatoires qui, bon an mal an, font tenir l’intenable. Sans vous en rendre compte, vous n’aviez jamais emménagé dans votre propre existence. Vous étiez parmi les cartons, et vous ne le saviez pas. Vous allez désormais vivre avec vos proches. Vous allez habiter chez vous. Vous allez cesser d’être en transit vers la mort. Vous haïrez peut-être votre mari. Vous gerberez peut-être vos enfants. Peut-être l’envie vous prendra-t-elle de faire sauter le décor de votre vie quotidienne. 

A dire vrai, vous n’étiez plus au monde, dans ces métropoles de la séparation. Votre monde n’était plus vivable en aucun de ses points qu’à la condition de fuir sans cesse. Il fallait s’étourdir de mouvement et de distractions tant la hideur avait gagné de présence. Et le fantomatique régnait entre les êtres. Tout était devenu tellement efficace que rien n’avait plus de sens. Remerciez-moi pour tout cela, et bienvenue sur terre ! 

Grâce à moi, pour un temps indéfini, vous ne travaillerez plus, vos enfants n’iront pas à l’école, et pourtant ce sera tout le contraire des vacances. Les vacances sont cet espace qu’il faut meubler à tout prix en attendant le retour prévu du travail. Mais là, ce qui s’ouvre devant vous, grâce à moi, ce n’est pas un espace délimité, c’est une immense béance. Je vous désœuvre

Rien ne vous dit que le non-monde d’avant reviendra. Toute cette absurdité rentable va peut-être cesser. A force de n’être pas payé, quoi de plus naturel que de ne plus payer son loyer ? Pourquoi verserait-il encore ses traites à la banque, celui qui ne peut de toute façon plus travailler ? N’est-il pas suicidaire, à la fin, de vivre là où l’on ne peut même pas cultiver un jardin ? Qui n’a plus d’argent ne va pas s’arrêter de manger pour autant, et qui a le fer a le pain. 


Remerciez-moi : je vous place au pied de la bifurcation qui structurait tacitement vos existences : l’économie ou la vie. C’est à vous de jouer. L’enjeu est historique. Soit les gouvernants vous imposent leur état d’exception, soit vous inventez le vôtre. Soit vous vous attachez aux vérités qui se font jour, soit vous mettez la tête sur le billot. Soit vous employez le temps que je vous donne maintenant pour figurer le monde d’après à partir des leçons de l’effondrement en cours, soit celui-ci achèvera de se radicaliser. 

Le désastre cesse quand cesse l’économie. L’économie est le ravage. C’était une thèse avant le mois dernier. C’est maintenant un fait. Nul ne peut ignorer ce qu’il faudra de police, de surveillance, de propagande, de logistique et de télétravail pour le refouler. 

Face à moi, ne cédez ni à la panique ni au déni. Ne cédez pas aux hystéries biopolitiques. Les semaines qui viennent vont être terribles, accablantes, cruelles. Les portes de la Mort seront grand’ouvertes. Je suis la plus ravageuse production du ravage de la production. Je viens rendre au néant les nihilistes. Jamais l’injustice de ce monde ne sera plus criante. C’est une civilisation, et non vous, que je viens enterrer. Ceux qui veulent vivre devront se faire des habitudes nouvelles, et qui leur seront propres. 

M’éviter sera l’occasion de cette réinvention, de ce nouvel art des distances. L’art de se saluer, en quoi certains étaient assez bigleux pour voir la forme même de l’institution, n’obéira bientôt plus à aucune étiquette. Il signera les êtres. Ne faites pas cela "pour les autres", pour "la population" ou pour "la société", faites cela pour les vôtres. 

Prenez soin de vos amis et de vos amours. Repensez avec eux, souverainement, une forme juste de la vie. Faites des clusters de vie bonne, étendez-les, et je ne pourrai rien contre vous. Ceci est un appel non au retour massif de la discipline, mais de l’attention. Non à la fin de toute insouciance, mais de toute négligence. Quelle autre façon me restait-il pour vous rappeler que le salut est dans chaque geste ? Que tout est dans l’infime. 

J’ai dû me rendre à l’évidence : l’humanité ne se pose que les questions qu’elle ne peut plus ne pas se poser. 

Ressources

Monologue du virus  - Anonyme. Lundi Matin 

Lettre aux amis du désert  - Marcello Tari. Lundi Matin

L'économie ou la vie - Anonyme. Lundi Matin

Covid : fin de partie?! - Anthropo-logique, le blog passionnant de Jean Dominique Michel, anthropologue de la santé et expert en santé publique, qui rend compte des stratégies médicales et scientifiques, industrielles et financières à l’œuvre et en coulisses dans la lutte contre la pandémie.

Nous entrons dans la période des catastrophes Jean-Claude Michéa. L'Obs


Crise sanitaire : la fin d'un monde  - Michel Maffesoli  Site L'Inactuelle

Coronavirus - Raoul Vaneigem. Lundi Matin

Ce que nous dit le Coronavirus – Edgar Morin . Libération

Dans Le Journal Intégral : Un projet éditorialQu'est-ce que le Capitalocène ?Sortir de l'économieSommaire (de 1 à 5)Critique de la valeurThéorie de la catastrophe  – Introductions à la Vision Intégrale  – Écosophie : une sagesse communeCivilisation, Décadence, Ecosophie  –

Concernant la critique du travail voir tous les textes de la série L'Esprit de Vacance et notamment : Devoir de Vacance Contre le travail - Travail fétiche - Ne Travaillez Jamais (1) (2) et (3)

Sur une critique catégorielle du capitalisme, voir les nombreux textes disponibles sur le site Critique de la valeur pour repenser une théorie critique du capitalisme.

mardi 17 mars 2020

Un Projet Editorial


Mais tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare. Spinoza 


Depuis le début de cette nouvelle décennie, nous avons proposé cinq billets consacrés au sommaire, année par année, des 355 billets postés dans Le Journal Intégral durant la décennie écoulée. Autant de petits cailloux qui balisent un trajet intellectuel, créatif et spirituel, effectué dix ans durant. Nous essaierons de résumer succinctement ce trajet avant d’évoquer et d’expliquer le projet éditorial que nous aimerions développer à travers Le Journal Intégral dans les temps qui viennent : celui d’une « Synthèse évolutionnaire » que nous avons commencé à préciser dans un billet écrit en Avril 2018. 

Dans le carrefour spatio-temporel où nous vivons, nous pouvons subir la dynamique régressive qui conduit à un effondrement global ou participer à une dynamique créatrice vers un nouveau stade du développement humain. Cette dernière nous fait cheminer sur la voie d'une synthèse évolutionnaire qui, dans une approche non-duelle, réunit deux visions du monde - l'une spirituelle et l'autre matérialiste. Ces deux visions du mondes peuvent apparaître contradictoires alors même qu’elles sont totalement complémentaires : d’un côté l’intégralisme américain (focalisé sur l’évolution de la conscience et de la culture) et de l’autre le progressisme européen (focalisé sur l'évolution des sociétés via une critique sociale radicale).  

Ce long billet dresse un bilan de notre réflexion et ouvre des perspectives sur son développement. Il nécessite une certaine concentration quand il fait parfois référence à des analyses et des concepts développés dans le Journal Intégral durant la décennie précédente. Impossible de rendre compte de l'émergence d'un nouveau paradigme avec les idées et les mots du modèle ancien. Pas de saut qualitatif sans un effort soutenu, rendu nécessaire pour participer à une dynamique évolutive et créatrice toujours étonnante, surprenante, déstabilisante, pouvant même être jugée subversive, scandaleuse ou incompréhensible à partir du paradigme dominant qu'elle est en train de dépasser. 

Ne pas se décourager donc si, à la première lecture et par leurs nouveautés, certaines notions échappent au lecteur, l'important étant de saisir l'esprit, le mouvement d'ensemble et la vision globale qui président à cette réflexion. La rubrique Ressources propose de nombreux liens qui permettent de préciser et d'approfondir un certain nombre de notions utilisées dans ce texte. 

Les temps de confinement que nous sommes amenés à vivre peuvent permettre une concentration de l'énergie/conscience et un retour à l'essentiel. Profitons-en pour nous connecter à cette dynamique évolutive qui nous éveille à une nouvelle vision du monde. Parce qu'il évite ces évidences simplistes qui ne sont que les illusions du conformisme, celui qui participe à un saut évolutif ne doit jamais oublier le conseil de Spinoza : "Mais tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare".

De la Contre-Culture...

A l’origine de ce blog, nous cherchions à rendre compte du saut évolutif devenu indispensable pour relever les défis d’une profonde crise de civilisation qui peut conduire à son effondrement. C’est ainsi que l’on a pu observer l’émergence de nouvelles manières de vivre, de sentir et de penser dont les minorités créatives et cognitives sont les principaux vecteurs. En proposant une chronique de cette émergence, nous avons rendu compte de certains signaux - faibles ou forts - à travers lesquels se prépare ou se manifeste ce saut évolutif. C’est dans cette perspective que nous désirions faire connaître au public français une approche intégrale qui permet de mieux saisir les enjeux d’un profond changement de paradigme d’ores et déjà à l’œuvre dans certains milieux d’avant-garde. 

Dans un billet intitulé Les Racines du Mouvement Intégral, nous avons proposé quelques éléments d'information sur la généalogie d'un mouvement culturel qui s’inscrit dans la lignée d’une spiritualité évolutionnaire visant depuis près de trois siècles à une synthèse entre théories de l'évolution et développement de la conscience. Cette spiritualité évolutionnaire a trouvé un terreau propice à son développement dans le mouvement américain de la "contre-culture" des années 60 à 80. Au-delà des stéréotypes médiatiques qui identifient cette "contre-culture" au phénomène hippie et au mouvement psychédélique, celle-ci exprime la quête d’un nouveau paradigme qui dépasse le modèle réductionniste et la pensée mécaniste, l'imaginaire individualiste et la logique capitaliste propre aux États-Unis et aux pays européens en train d'être colonisés culturellement et économiquement par ces derniers suite à la seconde guerre mondiale.


Animée par une quête éthique et spirituelle, épistémologique et politique, cette "contre-culture" vise à transcender une pensée abstraite, quantitative et fragmentée, pour retrouver de la cohérence et du sens à travers une vision globale qualifiée d'holistique (du grec holos, la totalité). A l'encontre de l'approche analytique qui fonde la mentalité moderne et qui consiste à fragmenter une totalité en éléments les plus simples possible, l'approche holistique part du principe qu'un ensemble est supérieur à la somme de ses parties. Tel est le principe d'émergence : un ensemble organisé produit des qualités nouvelles qui n'existent pas dans les parties prises isolément. Les qualités propres à cet ensemble déterminent tous les éléments qui procèdent de celui-ci.

Inspiré par cette vision holiste, le mouvement de la "contre-culture" a été à l’origine d'un renversement de perspective : c'est la perception des ensembles et l'histoire de leur développement qui permet de comprendre les éléments inhérents à ces ensembles et leur structuration. Au cours des décennies suivantes on a vu de nombreuses applications de cette vision holistique enrichir tous les domaines de la vie humaine, de la médecine à la psychologie, des sciences humaines à l'organisation des groupes humains, de la philosophie et à la spiritualité.

Cette évolution culturelle s'est opérée discrètement, au fil des générations, en suscitant l'émergence d'une population qualifiée en son temps de "créatifs culturels" à l'avant-garde d'une transformation progressive des mentalités et des représentations collectives. Il est à noter que le réductionnisme analytique propre à une tradition française foncièrement abstraite et dualiste a toujours fait obstacle aux approches holistes qui se sont développées bien d'avantage dans les pays de culture germanique ou anglo-saxonne.

... à une Révolution Culturelle

La contre-culture fut en fait le début d'une véritable révolution culturelle qui retrouve des éléments archaïques et traditionnels niés ou diabolisés par la modernité. Mais cette nouvelle forme d'holisme qui intègre et dépasse la modernité n'est pas celui des formes culturelles qui la précédaient. L'holisme archaïque des communautés primitives était l'expression d'une fusion pré-individuelle entre les membres d'une communauté organique, à la fois statique et indifférenciée. Lui a succédé une forme d'holisme traditionnel, pré-moderne, où la communauté organique est structuré hiérarchiquement selon une tri-fonctionnalité : la fonction du sacré et de la souveraineté, la fonction guerrière et celle de la production.


L'holisme cosmoderne est la résurgence d'une vision globale qui, suite au travail de fragmentation opéré par la modernité, intègre les données issues de la rationalité abstraite dans une perspective cohérente, à la fois dynamique et structurée. C'est ainsi qu'elle redonne à ces données un sens et une cohérence oubliés dans la fragmentation disciplinaire, l'objectivation instrumentale et le réductionnisme insensé qui furent les conséquences d'une abstraction hypostasiée par la modernité. (cf. Spectacle et Totalité).


Dans la perspective d'un holisme cosmoderne, il ne s'agit pas de nier la dynamique d'individuation qui anime chaque être humain. Il s'agit de dépasser l'individualisme - celui d'une monade abstraite réduite à sa fonction économique - par une forme d'"individuholisme" où la conscience individuelle, intégrée dans un milieu multidimensionnel, devient le vecteur créatif d'une totalité en évolution

La perception des ensembles propre au holisme nécessite de mobiliser les ressources de l'intuition si dénigrées par une mentalité moderne qui ne reconnait comme légitime qu'une rationalité abstraite réduite à sa fonction instrumentale. C’est dans le contexte de cette contre-culture holiste qu’a pu émerger une psychologie " transpersonnelle " qui renoue avec les grandes traditions spirituelles de l’humanité. Selon diverses méthodes, notamment des substances psycho-actives, cette psychologie transpersonnelle a exploré et documenté des états de conscience connues de ces traditions et irréductibles à une rationalité abstraite posée comme norme cognitive par une modernité profondément réductionniste.

L'approche intégrale

Comme la contre-culture fut la matrice de la psychologie transpersonnelle, celle-ci fut la matrice d’une approche intégrale qui a cartographié les divers stades de développement dans le domaine de la conscience, de la culture et de la société perçus de manière systémique comme les trois grands domaines du Je (subjectivité), du Tu (intersubjectivité) et du Il (objectivité). Dans de nombreux billets auxquels les lecteurs peuvent aujourd’hui se référer, nous avons présenté cette approche intégrale et les travaux de Ken Wilber qui en fut un des principaux artisans (cf. Introductions à une vision intégrale).

Au fil du temps, nous avons pu analyser les aspects positifs de l’approche intégrale comme nous avons pu développer une dimension critique à son sujet. Côté positif : une démarche holistique, une épistémologie inclusive et une cartographie détaillée du développement de la conscience et de la culture à travers le temps. Autant d’outils indispensables pour mieux comprendre et percevoir ce que pourrait être le saut évolutif vers un nouveau stade du développement humain. 


Côté négatif : l’incapacité pour l’intégralisme américain de proposer une cartographie des évolutions sociales qui soit vraiment congruentes avec les évolutions psycho-spirituelles et culturelles qu’il a mis en perspective. Toute prospective sociale repose sur une analyse critique des modèles dominants et leur dépassement dans un nouveau modèle socio-politique. Or, l'intégralisme américain est le plus souvent incapable de se libérer de l’économisme dominant, de l’imaginaire libéral comme de l’idéologie capitaliste inhérents la culture américaine et qui lui servent de fondation.

Le projet capitaliste et l’économisme qui en est la conséquence sont l’expression d’un "individualisme méthodologique" focalisé sur les rapports contractuels entre monades individuelles motivées par la maximisation de leurs intérêts égoïstes. L’"individualisme méthodologique" est ce paradigme d’une pseudo-science économique dont le réductionnisme mime les sciences physiques. Selon cet "individualisme méthodologique" les phénomènes collectifs peuvent (et doivent) être décrits et expliqués à partir des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles sans tenir compte des ensembles sociaux et culturels dont ils sont parties prenantes.

L'économie apparaît dès lors, par delà ses prétentions à la scientificité, comme une construction idéologique liée à des rapports sociaux et à des représentations culturelles correspondant à un moment donné de l'histoire humaine. Parce qu’il s’inscrit dans la perspective réductionniste qui fut celle de la modernité scientifique, cet économicisme est en contradiction avec l’holisme qui a inspiré la contre-culture et qui est à l’origine d’une vision intégrale. Parce qu'elle fait prévaloir le tout sur les parties, cette vision holiste s'inscrit dans une perspective socio-culturelle selon laquelle la société détermine en grande partie les individus qui la composent et les relations qui les unissent. Un déterminisme qui opère à travers les représentations culturelles et une organisation sociale propres à un moment historique du développement humain. 

Une Nouvelle Critique Sociale

Cette contradiction fondamentale entre individualisme et holisme empêche l’intégralisme américain de développer tout son potentiel évolutionnaire. Pire : les modèles du développement humain conçus par celui-ci ont été récupérés par les entreprises qui les utilisent comme outils de management et de marketing pour adapter leurs stratégies à l'évolution des mentalités. L'instrumentalisation d'une approche intégrale dans cette perspective marchande transforme en une nouvelle forme, plus subtile, d'aliénation ce qui devrait permettre une remise en question des pensées, des sensibilités et des organisations dominantes. Or au même moment en Europe, dans la lignée d’un "Marx ésotérique" - à contre-courant du marxisme officiel - et d’un Debord situationniste - penseur subversif de la société du spectacle et du travail  - s’affirmait une critique sociale à la fois globale et radicale qui forgeait les outils d'une véritable émancipation collective.

D’origine matérialiste, cette nouvelle critique sociale se veut, elle aussi, holiste dans la mesure où elle considère la société comme une totalité structurée par des rapports de productions. Cette critique sociale déconstruit une économie politique qui, à travers son individualisme méthodologique, reproduit la vision du monde des classes dominantes. Dans le paradigme économique, les sociétés modernes sont organisées autour d’une valeur marchande dont la croissance continue est la condition même de leur équilibre instable, rythmé par de nombreuses crises. Cette valeur marchande est devenue, selon la formule de Marx, un véritable "sujet automate" qui inspire les représentations et les comportements des individus comme elle organise leurs actions, leurs productions et leurs relations. (Critique de la valeur)


Dans les sociétés capitalistes, les rapports sociaux sont médiatisés par la valeur marchande à travers une forme de fétichisme parfaitement décrit par Marx. D'un point de vue historique, ce "fétichisme de la marchandise" a pris la place tenue auparavant par diverses formes de fétichismes magiques et religieux, en gardant le même pouvoir de fascination et d'identification. C'est ainsi que les sociétés contemporaines s’organisent autour de la "valeur d’échange" à travers un processus de quantification abstraite qui tend à nier toutes les expériences qualitatives, celle de la vie et de la sensibilité, comme elle détruit les solidarités concrètes entre les individus en les remplaçant par des rapports marchands.

A l'encontre du marxisme traditionnel, une des originalités de cette nouvelle critique sociale est la remise en question du travail (et de l'idéologie travailliste) qui apparaît comme une catégorie centrale du capitalisme dans la mesure où le travail est au cœur  de la création de valeur à travers l'extorsion de la plus-value. par les détenteurs du capital. Cette critique du travail s'est progressivement développée au cours des 19 ème et 20 ème siècle en trouvant son expression la plus aboutie dans la fameuse formule du situationniste Guy Debord : "Ne travaillez jamais".

On a qualifié de "catégorielle" cette critique radicale et globale de nos sociétés contemporaines parce qu’elle déconstruit avec rigueur et précision les grandes catégories du capitalisme : le travail, la valeur, la marchandise, l’argent. Une telle déconstruction permet de comprendre la mécanique devenue folle d’une marchandisation généralisée à l’ensemble de la planète qui détruit à les milieux sociaux et culturels comme elle saccage les écosystèmes à l'heure de cette nouvelle période géologique qualifiée de Capitalocène par certains.

Une Théorie de la Crise

Cette "critique de la valeur" a élaboré une théorie de la crise corroborée par les faits depuis quarante ans. Exposée dans certains billets du Journal Intégral, cette théorie rend compte à la fois d'une limite externe au système capitalisme qui s'exprime par l'effondrement écologique mais aussi par ce que Marx nommait une "butte interne". Au moment où, pour des raisons de productivité et de concurrence, le travail vivant - seul à même de créer de la valeur - est peu à peu remplacé par l'informatique et les machines, la spéculation financière est devenue l'unique moyen de faire perdurer, de manière artificielle, la valorisation du capital.

Comme le dit Jean Vioulac : " Marx définissait le capital fictif comme un ensemble de titres, de traites, de dettes qui fonctionnent comme valeur dans les échanges alors qu'ils ne représentent qu'une hypothèse de valorisation. Aujourd'hui, 99% des échanges mondiaux concernent ce que Marx nomme du capital fictif, pour 1% de marchandises réelles, et le capital fictif équivaut à 23 fois le PIB mondial. : c'est à dire qu'il excède toute capacité de valorisation". Selon Jean-Claude Michéa " Nous avons devant nous la plus grande bulle spéculative de l'histoire, qu'aucun progrès de "l'économie réelle" ne pourra plus, à terme, empêcher d'éclater. On se dirige donc à grand pas vers cette limites historique où, selon la formule célèbre de Rousseau : le genre humain périrait s'il ne changeait sa manière d'être". (Théorie d'une catastrophe)

Sans doute faut-il avoir à l'esprit ces analyses pour mieux comprendre le spectacle des paniques boursières auquel il nous est donné d'assister ces derniers temps. Pour faire face de manière positive à des crises inéluctable, il faut se désenvoûter du fétichisme de la marchandise et se libérer du fatalisme ambiant selon lequel  "il n’y a pas d’autres alternatives" au capitalisme. Ce qui permet d’envisager un saut qualitatif vers de nouvelles formes sociales correspondant à l’évolution synchrone des formes de subjectivisation individuelle et d’intersubjectivité culturelle cartographiées par le mouvement intégral. Ces nouvelles formes sociales sont expérimentées tant bien que mal au sein de réseaux, de collectifs et de communautés qui cherchent à tisser entre les individus des liens solidaires et concrets qui ne passent pas par la médiatisation de la marchandise, de l’argent et du travail. (De quoi la ZAd est-elle le nom ?)

Révolution/Révélation


Cette nouvelle critique sociale s'inscrit dans un courant à la fois progressiste et matérialiste qui s'est construit à partir des Lumières contre l'hégémonie culturelle de l'église catholique. Dans le billet intitulé "Vers une Synthèse évolutionnaire" nous avons développé, entre autre, une critique de cette idéologie progressiste qui, sous l'égide d'un rationalisme abstrait, a jeté le bébé (l'intuition holiste de la spiritualité) avec l'eau de bain (le dogme religieux et la pensée magique). Si le progressisme a donné naissance à une critique sociale radicale, celle-ci participe toujours d'une anthropologie réductionniste qui, le plus souvent, identifie la conscience à la rationalité et l'individu à son rôle social.

Faute de proposer une voie de libération intérieure, le progressisme promeut une émancipation sociale qui ignore trop souvent l'évolution des intersubjectivités culturelles et des modes de subjectivation qui sont pourtant des forces motrices dans tout processus d'émancipation. Cette idéologie progressiste oublie que, pour être authentique et éviter les dérives sanguinaires, toute révolution sociale doit être la manifestation d'une révélation intérieure, à la fois individuelle et collective. Cette révélation provient d'une conversion de la conscience individuelle et collective en direction d'un nouveau stade de son développement. C'est bien pourquoi les poètes visionnaires du Grand Jeu parlait de "Révolution/Révélation".

Si cette synergie entre révélation intérieure et révolution sociale est niée, l'idéal révolutionnaire mène à une violence totalitaire dont on a pu voir de nombreuses manifestations au 20ème siècle. Cette violence totalitaire est l'expression paroxystique d'un sectarisme propre au progressisme quand celui-ci, voulant faire table rase du passé,  refuse de prendre en compte les héritages de la tradition qui doivent être à la fois intégrer et dépasser dans un stade supérieur de développement selon le fameux Aufhebung hégélien. "Ainsi la vérité se déploie-t-elle selon un mouvement qui nie le phénomène par lequel elle s'est d'abord manifestée tout en conservant ce que ce phénomène a apporté au processus. Telle est l'Aufhebung" (Philosophie Magazine)

A cause de ce déni du passé et de la tradition, le progressisme crée une rupture dans la continuité d'une évolution historique et développementale. Aveuglés par leur idéologie de la table rase et de l'homme auto-construit, les progressistes ont souvent du mal à  comprendre que l'on puisse s'inscrire dans cette continuité historique et évolutionnaire. C'est pourquoi ils jugent ceux qui le font comme  d'indécrottables obscurantistes (à diaboliser et faire taire par la propagande médiatique dans les systèmes libéraux) ou au pire comme des ennemis (à éliminer par la police politique dans les systèmes totalitaires). 

La Confusion Progressiste

Schéma illustrant la confusion entre stades pré-rationnels et supra-rationnels

Le totalitarisme advient quand l'être humain est coupé de la totalité, perçue et vécue par l'individu  comme un milieu d'évolution multidimensionnel d'où il peut extraire les éléments et les informations nécessaires à son développement. Le réductionnisme anthropologique propre au progressisme rend très difficile l'accès aux expériences transcendantes, évoquées par toutes les grandes civilisations, qui dépassent la rationalité en faisant de celle-ci un outil au service de l'intuition créatrice.

Ces expériences transpersonnelles et supra-rationnelles diffèrent de la pensée magique et du dogmatisme religieux qui sont l'expression des premiers stades du développement humain, archaïques et mythiques, à la fois pré-personnels et pré-rationnels. Dans une perspective développementale, ces premiers stades sont dépassés par une vision du monde plus complexe, à la fois rationnelle et individuelle, qui s'exprime notamment à travers le progressisme. D'où le combat mené par les progressistes contre la pensée magique et le dogmatisme religieux pour affirmer les valeurs de la modernité : raison, individu, progrès.

Par contre, le progressisme devient lui-même un problème quand il fait obstacle à l'émergence d'un stade évolutif de plus grande complexité où l'intuition holiste, prenant une place centrale, fait advenir une "raison sensible". En évoquant ce problème, Ken Wilber définit ainsi la Confusion/Pré-Trans : la confusion entre les premiers stades du spectre de la conscience - pré-personnels et pré-rationnels - avec des stades supérieurs qui transcendent la rationalité à travers des formes de spiritualité transpersonnelles et supra-rationnelles. 

Le progressisme tend à identifier comme irrationnel tout ce qui ne cadre pas avec une rationalité à laquelle il s'identifie. C'est ainsi que, faute d'initiation spirituelle et en vertu d'un combat mené contre l'hégémonie religieuse, il tend à nier ou à dévaloriser les approches transpersonnelles en les réduisant à des dimensions pré-rationnelles. (Cf. La Confusion Pré/Trans). De manière très paradoxale, le progressisme devient dès lors un puissant obstacle au progrès humain dans la mesure où ce dernier réside en grande partie dans le développement de la conscience et de la culture vers de nouveaux stades évolutifs fondés sur la centralité d'une intuition holiste qui inspire, dirige et met à son service une "raison sensible".

Fétichisme de l'abstraction


Aucun saut évolutif véritable ne peut s'effectuer sans prendre en compte le développement de la conscience vers ces états transpersonnels qui libèrent l'être humain de l'emprise du mental et des illusions de cette conscience séparatrice qu'est l'égo. En élaborant une véritable anthropologie évolutionnaire qui prend en compte cette dimension transpersonnelle, l'intégralisme offre au progressisme une cartographie complète du développement humain. Une telle cartographie devrait permettre aux progressistes de déconstruire et de dépasser une pensée matérialiste qui, face à l'hégémonie culturelle de la religion, fut la matrice de leur critique sociale et de leur vision émancipatrice. Parce qu'elle a fait son temps, dans les deux sens du terme, cette idéologie matérialiste, qui fut au dix-neuvième siècle celle du scientisme, du mécanisme et du réductionnisme, est aujourd'hui totalement dépassée, tant par l'avancée des connaissances que par celle des mentalités.

Nous évoquions dans un billet ce fétichisme de l'abstraction propre au progressisme : " Comme les chasseurs-cueilleurs transformaient des objets en fétiches, dotés de pouvoir surnaturels et auxquels ils étaient soumis, nous conférons à ces entités idéales que sont nos représentations mentales le pouvoir de nous soumettre à leur logique abstraite, déconnectée de la vie sensible, de sa dynamique comme de sa complexité... Les progressistes restent enfermés dans les limites réductrices d'une pensée abstraite tout en déplorant ses effets avec une énergie d'autant plus passionnée qu'elle est sans issue. Ils devraient longtemps méditer, de manière collective, la célèbre phrase de Bossuet selon laquelle « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »."

Une des conséquences du fétichisme de l'abstraction est l'émergence d'un transhumanisme qui considère que le dépassement de notre condition humaine passe par le développement de la technologie et non par celui de la conscience. C'est ainsi que le progressisme conduit au fétichisme de l'abstraction comme ce dernier mène à la technolâtrie d'un transhumanisme fondée sur une science sans conscience (Intuition Naturelle et Intelligence Artificielle). Or comme l'écrit Nicolas Berdiaeff : " La force exigée avant tout de l'homme est la force spirituelle qui l'empêchera d'être asservi à la technique et d'être anéanti par elle".

Cette exigence spirituelle est totalement incomprise par une idéologie progressiste dont Annie Le Brun a parfaitement analysé l'impasse : "De toutes façons, voilà que rien n'est venu s'opposer à l'ordre des choses, depuis que ceux qui prétendent mener une critique sociale ne se rendent pas compte de l'anachronisme de leurs armes, continuant à confondre rationalité et radicalité, tout en cherchant leur sérieux à se démarquer du domaine sensible. Et cela jusqu'à ne pas voir que l'intériorisation grandissante de la technique favorise chaque jour ce mode d'asservissement tranquille, que dans les dernières années, une certaine modernité intellectuelle aura cautionné sinon provoqué par la haine de l'utopie." (Victor Hugo maintenant !)

Un Holisme non-duel



Premier paradoxe : d'un côté, l'intégralisme américain propose une vision holiste du développement humain qui intègre les dimensions spirituelles et de l'autre il s'inscrit dans une approche réductionniste des relations humaines (celle de l'individualisme méthodologique qui fonde l'économie). Second paradoxe : l'approche matérialiste du progressisme européen est à l'origine d'une vision holiste de la société (fondée sur les rapports de production) quand, dans le même temps,  il s'inscrit dans une approche réductionniste du développement humain.

Résumons. Côté intégralisme : holisme anthropologique et réductionnisme économique. Côté progressisme : réductionnisme anthropologique et holisme social. Le temps est venu de prendre conscience de ces paradoxes et de ces contradiction qui empêchent l'émergence d'une pensée véritablement évolutionnaire.  Celle-ci pourrait naître de la synthèse entre l'approche holiste du développement humain (propre aux intégralistes) et l'approche holiste de la société (propre aux progressistes) pour donner naissance à une forme d'holisme non-duel qui intègre spiritualité et matérialisme dans une vision globale correspondant au nouveau stade de développement abordé par l’humanité.

Cet holisme non-duel réfute bien évidemment ce que l'anthropologue Philippe Descola nomme le naturalisme, cette propension occidentale à séparer l'homme de son milieu d'évolution, comme elle sépare de manière abstraite nature et culture. Si le "naturalisme" n'est qu'une des manières, parmi bien d'autres, dont les communautés humaines ont vécues, au cours de l'évolution, les liens qui les unissent au vivant, il est aujourd'hui responsable d'une crise de civilisation qui se manifeste de manière spectaculaire par l'effondrement des écosystèmes. 

Cette critique épistémologique du "naturalisme" et du principe de séparation qui le fonde rejoint la perspective métaphysique d'une non-dualité qui fut au cœur de grandes traditions spirituelles. Il est à noter que, loin d'être une forme de régression à un stade archaïque d'indistinction, la non-dualité est à la fois un état de conscience et un stade de développement supérieurs qui intègrent et transcendent les illusions dualistes du mental. Dans cette approche non-duelle, esprit et matière apparaissent comme les deux pôles d'une même totalité en évolution, et les mondes physiques et métaphysiques comme deux expressions d'une même Unité primordiale. Parions que nos descendants, s'ils survivent, trouveront fort étrange cette séparation entre esprit et matière, culture et nature, qui eut lieu dans cette préhistoire de la cosmodernité où nous vivons actuellement.

A travers sa "critique catégorielle", le holisme matérialiste des progressistes permet de déconstruire les illusions de l'économie politique et ses fantasmes capitalistes comme le holisme spirituel du mouvement intégral permet de déconstruire les illusions d'une anthropologie réductionniste et ses fantasmes révolutionnaires. La  découverte de cette corrélation holistique entre l’intégralisme américain et le progressisme européen nous conduira donc à poursuivre dans les temps qui viennent une réflexion originale sur la nécessité d'une synthèse évolutionnaire.

Une Critique Intégrale

Modèle AQAL de Ken Wilber

Le dualisme cartésien annonce la modernité en créant les conditions épistémologique de son avènement. En participant au dépassement de ce dualisme occidental entre la subjectivité et son milieu de vie, une synthèse évolutionnaire déconstruit le naturalisme et met à jour le profond mouvement de transformation qui concerne simultanément et de manière systémique la conscience, la culture et la société. Dans cette vision synthétique, infrastructure (socio-économique) et suprastructure (culturelle et psycho-spirituelle) s’influencent mutuellement parce qu’elles participent d’une même totalité en évolution.

Il existe une dialectique entre développement humain et évolution sociale : le changement évolutif de l'organisation sociale favorise le développement humain dans le domaine culturel et psycho-spirituel comme le développement humain favorise l’évolution des sociétés vers des organisations collectives mieux intégrées. En dépassant un dualisme abstrait propre à la modernité, une telle approche globale et systémique permet une véritable "critique intégrale" des grands fétiches contemporains : fétichisme de la marchandise au niveau social, fétichisme de l’abstraction au niveau culturel, fétichisme de l’égo au niveau psycho-spirituel. 

Cette "critique intégrale" permet de mieux saisir les véritables enjeux d’un nécessaire "saut évolutif" vers un nouveau stade du développement humain, seule réponse réelle à l’effondrement global dont nous voyons se manifester des signes de plus en plus nombreux dans tous les domaines de la vie individuelle et collective. La critique du fétichisme de l'abstraction, avec le "naturalisme" qui en est la conséquence, conduit à l'émergence d'un holisme non-duel et cosmoderne évoqué ci-dessus. 

La critique du fétichisme de l'égo, avec l'individualisme mortifère qui en est la conséquence, conduit à l'émergence de "l'individuholisme", cette singularité créatrice - connectée à la totalité et inspirée par elle - qui se manifeste par ce que Marc Gafni nomme Le Moi Unique. Quant à la critique du fétichisme de la marchandise, elle permet de penser la transformation de l'économie politique en une écosophie qui relie une diversité de communautés humaines à la fois auto-gérées et interdépendantes dans un réseau de relations complexes entre les milieux sociaux et naturels. De manière très schématique on pourrait dire qu'à la trinité moderne - individu, raison, progrès - succède une trinité cosmoderne : "individuholisme", non-dualité, écosophie.

Kosmos



Nous vivons dans un carrefour spatio-temporel où chacun d’entre nous doit faire un choix : ou subir passivement la dynamique régressive et mortifère d’une spirale infernale qui conduit à l’effondrement, ou bien participer à la dynamique créatrice d’une spirale évolutionnaire évoquée par plusieurs auteurs comme une forme de mutation au moment même où l’humanité sort progressivement de son cocon terrien pour explorer le cosmos.

Habitants d’un village planétaire et voyageurs spatiaux, notre vision du monde doit s’élargir aux dimensions de ce cosmos. Ce carrefour spatio-temporel peut être à l'origine d'une des transformations les plus radicales de l’histoire humaine depuis l’invention de l’agriculture au néolithique : une véritable mutation de conscience devenue indispensable pour passer d’une conception terrienne – linéaire, mentale et instrumentale – à une intuition globale, à la fois multidimensionnelle et intégrative, qui nous met en résonance avec l’ordre secret et sacré d’un Kosmos en évolution. 

Loin de se limiter au cosmos physique, ce Kosmos représente l’ensemble des dimensions visibles et invisibles, physiques et métaphysiques, qui participent à l’harmonie universelle dont chaque être humain peut être à la fois le témoin et l’acteur. Pour devenir un vecteur de cette totalité en évolution, il faut développer ses ressources créatrices et spirituelles en se libérant des pesanteurs et des illusions mentales nées de l’inertie matérielle.

Comme toutes les évolutions humaines, une telle mutation s’opère d’abord sur quelques individus plus particulièrement éveillés qui créent des œuvres, des synthèses et des réseaux à travers lesquels s’expriment de nouvelles manières de vivre et de penser, de sentir et d’agir. Le philosophe John White décrit ainsi ces individus "mutants" qui annoncent l’homme de demain :

«A cause de leur conscience et de la connaissance qu’ils ont d’eux-mêmes, ils ne permettent pas que les formes imposées par les traditions et les institutions sociales fassent barrage à leur développement. Leur psychologie transformée repose sur l’expression de leurs sentiments et non sur la suppression de ceux-ci. Leur logique est multidimensionnelle, intégrée, simultanée et non plus linéaire, séquentielle, exclusive. Leur sens de l’identité est global et embrasse la collectivité. Leurs capacités psychiques sont utilisées à des fins bienveillantes et morales

Un saut qualitatif


Il est évident que le type de conscience, de sensibilité et d’organisation expérimentées par ces individus "mutants" transcendent le mental abstrait et le réductionnisme qui en est la conséquence pour retrouver des qualités d’intuition qui furent au cœur des grandes traditions. Un tel saut qualitatif permet le développement de la sensibilité comme des facultés créatrices, visionnaires et extra-sensorielles, qui sont celles d’un individu pleinement connecté à son potentiel évolutionnaire. 

Vécu par des réseaux d’avant-garde, ce saut qualitatif reste totalement incompréhensible à l’immense majorité des contemporains qui interprètent tout émergence novatrice à partir d’une vision du monde en grande partie dépassée par ceux qui expérimentent, au fil des jours, cette mutation dans leur vie, leur psyché et leur esprit. D'où les multiples procès d'intention requis contre ceux qui s'émancipent des conformismes majoritaires pour cheminer sur les voies périlleuses d'un futur à imaginer et à construire au-delà des évidences partagées par le plus grand nombre à un moment donné.

En nous libérant des limitations du dualisme, une synthèse évolutionnaire permet de se diriger vers cet univers multidimensionnel, intégré et synthétique, évoqué par John White. Cet univers est porteur de visions inédites, d'autre modes de conscience et de sensibilité, d'autres types de créativité et d'imaginaire, de nouveaux langages capables de traduire des perceptions d'une grande subtilité qui nous éveillent à la présence simultanée de multiples dimensions visibles et invisibles.

Si Dieu (et les virus) nous prêtent vie, si la vie nous en donne l’inspiration, notre projet éditorial pour les temps qui viennent consistera donc à décrire et à mettre en perspective certains éléments de ce processus de mutation en cours. (On vous voit hausser les épaules et on vous entend rire, messieurs les tenants du conformisme qui, plus que tout, détestent que l'on ose troubler le désordre ambiant, devenu par la force des habitudes la norme et l'évidence). Nous mènerons ce projet, comme ce fut le cas durant la  décennie précédente, à travers diverses formes d'écriture - la réflexion théorique, la poésie, l'aphorisme ou le conte - qui permettent, chacune à sa manière, de décrire les divers paysages d'un même voyage évolutif.

Ressources 

mardi 3 mars 2020

SOMMAIRE 5 (2017- 2018 - 2019)


Les révolutions éclatent quand elles sont déjà terminées. Talleyrand


Ce billet est la suite des quatre précédents et le dernier de la série consacrée au sommaire, année après année, des 355 billets parus dans le Journal Intégral durant la décennie passée. Après avoir évoqué la ligne éditoriale de ce blog, le premier de ces billets, intitulé SOMMAIRE 1, proposait le sommaire des 69 billets écrits en 2010. Le second billet, intitulé SOMMAIRE 2, proposait le sommaire des 75 billets écrits en 2011. Le troisième billet, intitulé SOMMAIRE 3, proposait le sommaire des 94 billets écrits en 2012 et 2013. Le quatrième billet, intitulé SOMMAIRE 4, proposait le sommaire des 78 billets écrits en 2014, 2015 et 2016. Quant au billet ci-dessous, il propose le sommaire des 39 billets écrits en 2017, 2018 et 2019.

2017

317 – 2017 : Transition ou Régression ? 08/01/17 

318 – Une Vision Intégrale du Végétarisme. 12/02/17 

319 – Coming out Spirituel. 23/02/17 

320 – Incitations (6) Décadence et Métamorphose. 09/03/17 

321 – Incitation (7). Servitude et Libération 30/03/17 

322 – La Force et le Nombre. 11/05/17 

323 – Ecosophie : une sagesse commune. 01/06/17 

324 – Civilisation. Décadence. Ecosophie. 22/06/17 

325 – L’Esprit de Vacance (7) Contre le Travail. 13/07/17 

326 – L’Esprit de Vacance (8) Travail fétiche. 03/08/17 

327 – L’Esprit de Vacance (9) Ne Travaillez Jamais. 1/09/17 

328 – Incitation (8) Le Déni ou le Défi. 21/09/17 

329 – Connaissance de la Totalité (1). 12/10/17 

330 – Connaissance de la Totalité (2) Un nouveau paradigme. 23/11/17 

331 – Pratique de Vie Intégrale (1) 21/12/17 

2018 

332 – Pratique de Vie Intégrale (2) La Grande Expérience. 18/01/18 

333 – De l’égo au Moi Unique (1) 08/02/18 

334 – De l’égo au Moi Unique (2) 22/02/18 

335 – De l’égo au Moi Unique (3) 08/03/18 

336 – L’Esprit aux multiples visages. 29/03/18 

337 – Vers une Synthèse Evolutionnaire. 19/04/18 

338 – De quoi la ZAD est-elle le nom ? 15/05/18 

339 – Le Fétichisme de la Marchandise. 07/06/18 

340 – Critique de la Valeur. 28/06/18 

341 – Une régression anthropologique (1) 26/07/18 

342 – Une régression anthropologique (2) 09/08/18 

343 – Qu’est-ce que le Capitalocène ? 06/09/18 

344 – L’Effondrement qui vient. 27/09/18 

345 – La Troisième Révolution. 18/10/18 

346 – Incitations (9) L’évolution créatrice. 08/11/18 

347 – Incitations (10) Le fétichisme de l’abstraction. 13/12/18 

2019 

348 – Une Insurrection des Consciences. 17/01/19 

349 – La Muse. 14/02/19 

350 – Intuition Naturelle et Intelligence Artificielle. 07/03/19 

351 – Transpersonnel versus Transhumanisme. 16/05/19 

352 – De quoi le Populisme est-il le Non ? 06//06/19 

353 – L’Esprit de Vacance (10) Ne travaillez jamais (2) 02/07/19 

354 – L’Esprit de Vacance (11) Ne travaillez jamais (3) 06/08/19 

355 – Spectacle et Totalité 12/09/19

mardi 18 février 2020

SOMMAIRE 4 (2014 - 2015 -2016)


Et ceux qui dansent furent considérés comme fous par ceux qui ne pouvaient entendre la musique. Nietzsche


Ce billet est la suite des trois précédents. Après avoir évoqué la ligne éditoriale du Journal Intégral dans la dernière décennie, le premier de ces billets, intitulé SOMMAIRE 1, proposait le sommaire des 69 billets écrits en 2010. Le second billet, intitulé SOMMAIRE 2, proposait le sommaire des 75 billets écrits en 2011. Le troisième billet, intitulé SOMMAIRE 3, proposait le sommaire des  94 billets écrits en 2012 et 2013. Quant au billet ci-dessous, il présente le sommaire des 78 billets écrits en 2014, 2015 et 2016.

2014

241 – Effondrement et Refondation (7) La Cosmodernité. 09/01/14 

242 –Radio Evolutionnaire : Écoutez le Futur. 21/01/14 

243 – 1789/2014. 07/02/14 244 – Ce Jour-là. 14/02/14 

245 – L’Approche Intégrale de Ken Wilber. 21/02/14 

246 – Une Théorie du Tout. 14/03/14 

247 – La Méditation Evolutionnaire. 21/03/14 

248 – La Méditation c’est l’intégralité. 01/04/14 

249 – Synchronisation intégrale. 11/04/14 

250 – Un mouvement intégral européen. 22/04/14 

251 – Les racines du mouvement intégral. 01/05/14 

252 – Le Pouvoir de l’engagement. 13/05/14 

253 – Table des Matières (14) Les Chemins de l’Ame. 20/05/14 

254 – Métamorphoses de l’Esprit Européen. 27/05/14 

255 – Une Révolution Noétique. 06/06/14 

256 – Si tu rencontres Rimbaud, tue-le ! 17/06/14 

257 – Intuition et Complexité. 27/06/14 

258 – Chaos, Mode d’emploi. 11/07/14 

259 – Bronzage intégral. 01/08/14 

260 – Troisième Forum International de l’Evolution de Conscience. 19/09/14 

261 – L’illusion de la science. 07/10/14 

262 – Les Mutants Noétiques. 21/10/14 

263 – Le Grand Récit de l’Evolution. 31/10/14 

264 – Abécédaire de la Méditation (1) 14/11/14 

265 – Abécédaire de la Méditation (2) Une Révolution silencieuse. 28/11/14 

266 – Matthieu Ricard. L’entraînement de l’Esprit. 12/12/14 

267 – Noël Evolutionnaire. 23/12/14 

2015

268 – Une Insurrection Spirituelle. 13/01/15 

269 – Quand Charlie médite. 27/01/15 

270 – Le Paradigme perdu 13/02/15 

271 – Émergence. 27/02/15 

272 – Table des Matières (15) Le fondamentalisme marchand. 13/03/15 

273 – Charlie et la Spirale (1) 27/03/15 

274 – Charlie et la Spirale (2) 03/04/15

275 – Une Spirale Dynamique aux couleurs de l’évolution. 17/04/15 

276 – La Spirale Dynamique à la première personne. 01/05/15 

277 – La Conscience : un système complexe en évolution. 14/05/15 

278 – Le rôle évolutionnaire des religions. 29/05/15 

279 – De la crise religieuse à la révolution intérieure. 12/06/15 

280 – Une (R)évolution intérieure. 26/06/15 

281 – L’Insurrection Poétique. 17/07/15 

282 – Devoir de Vacance. 04/08/15 

283 – Quatrième Forum International de l’Evolution de Conscience. 11/09/15 

284 – Le Philosophie comme Voie Initiatique. 22/09/15 

285 – Sortir de l’Economie (1) 02/10/15 

286– Sortir de l’Economie (2) 08/10/15 

287 – Le Syndrome de Copenhague (Bis). 20/10/15 

288 – Décroissance ou Barbarie. 30/10/15 

289– L’Ecologie Intérieure. 12/11/15 

290 – Minute de Silence. 24/11/15 

291 – L’Ecologie Intérieure ou la fin du combat contre soi. 04/12/15 

292 – Comment devenir faiseur de pluie ? 22/12/15 

2016

293 – État d’Urgence Spirituel. 05/01/16 

294 – Penser la Barbarie (1) 21/01/16 

295 – Penser la Barbarie (2) La Barbarie Techno-Scientiste. 04/02/16 

296 – Penser la Barbarie (3) Théorie d’une catastrophe. 18/02/16 

297 – Penser la Barbarie (4) L’Economie Totalitaire. 03/03/16 

298 – Introductions à la Vision Intégrale. 17/03/16 

299 – Les Visionnaires. 01/04/16 

300 – Les Pionniers sont l’évolution. 19/04/16 

301 – Où disperserons-nous les cendres du Vieux Monde ? 28/04/16 

302 – Éveil à une Révolution Totale (1) 12/05/16 

303 – Éveil à une Révolution Totale (2) 19/05/16 

304 – Le Noctambule. 02/06/16 

305 – Femmes, Magie et Politique. 16/06/16 

306 – Le Retour des Sorcières. 05/07/16 

307 – Magie et Imaginaire. 21/07/16 

308 – Cinquième Forum International de l’Evolution de Conscience. 08/09/16 

309 – La Spirale Dynamique (1) 22/09/16 

310 – La Spirale Dynamique (2) Évolution et Complexité. 04/10/16 

311 – La Spirale Dynamique (3) Un modèle évolutionnaire. 13/10/16 

312 – La Spirale Dynamique (4) Vers la seconde phase. 27/10/16 

313 – Psychologie Evolutionnaire. 10/11/16 

314 – La Twittérature d’Edgard Morin. 23/11/16 

315 – Libération animale. 08/12/16 

316 – Incitations (5) Les Droits de l’Âme. 27/12/16

mardi 4 février 2020

SOMMAIRE 3 (2012-2013)


Le feu meurt par la compagnie des cendres. Rumi 


Ce billet est la suite des deux précédents. Après avoir évoqué la ligne éditoriale du Journal Intégral dans la dernière décennie, le billet intitulé SOMMAIRE 1 proposait le sommaire des 69 billets écrits en 2010. Le billet intitulé SOMMAIRE 2 proposait quant à lui le sommaire des 75 billets écrits en 2011. Quand au billet ci-dessous, il propose le sommaire des 94 billets écrits en 2012 et 2013.

2012 

145 – Bonne Crise. 1/01/12 

146 – Bonne Crise (2) Mourir pour renaître. 7/01/12 

147 – Bonne Crise (3) De la Chenille au Papillon. 13/01/12 

148 – Bonne Crise (4) Apocalypse Now. 19/01/12 

149 – Un Signe des Temps (1) 25/01/12 

150 – Un Signe des Temps (2)  30/01/12 

151 – Université Intégrale (12) L’approche intégrale dans l’art et la création. 04/02/12 

152 – Université Intégrale (13) Une Synthèse de l’Esprit Humain. 09/02/12 

153 – Les Métamorphoses de la Poésie (1) 14/02/12 

154 – Les Métamorphoses de la Poésie (2) 15/02/12 

155 – L’Éveil selon René Daumal. 22/02/12 

156 –Qu’est-ce que l’Art Intégral ? 29/02/12 

157 – Les Enfants du Futur (1). 06/03/12 

158 – Les Enfants du Futur (2). 14/03/12 

159 – Les Enfants du Nouveau Monde. 20/03/12 

160 – La Voie de l’Intuition (1). 27/03/12 

161 – La Voie de l’Intuition (2) La Métanoïa. 03/04/12 

162 – La Voie de l’Intuition (3) La Voix de l’Evolution. 11/04/12 

163 – La Transition Culturelle. 22/04/12 

164 – Table des Matières (4) Evolutions. 05/05/12 

165 – Table des Matières (5) Evolutions (fin). 11/05/12 

166 – La Mémoire de l’Evolution. 18/05/12 

167 – Une crise évolutive (1) 26/05/12 

168 – Une crise évolutive (2) Sortir de l’économie. 02/06/12 

169 – Une crise évolutive (3) L’effondrement, et après ? 09/06/12 

170 – Une crise évolutive (4) Du matérialisme au post-matérialisme. 17/06/12 

171 – Le Guide de la Spiritualité. 24/06/12 

172 – La Voie de l’Intuition (4) Raison et Intuition. 08/07/12 

173 – Table des Matières (6) Post-matérialisme. 15/07/12 

174 – Table des Matières (7) Penser la nouvelle civilisation. 21/07/12 

175 – Table des Matières (8) L’Ère des Créateurs. 27/07/12 

176 – L’Esprit de Vacance (1) 02/08/12 

177 – L’Esprit de Vacance (2) L’Otium du peuple. 07/08/12 

178 – L’Esprit de Vacance (3) Changer d’ère. 18/08/12

179 – La Belle Verte et le Même Vert. 02/09/12 

180 – Forum International de l’Evolution de Conscience. 15/09/12 

181 – L’évolution de la conscience. 25/09/12 

182 – Vivre l’Evolution. 07/10/12 

183 – Peut-on changer ce monde ? 23/10/12 

184 – Université Intégrale (14) Éducation et Co-évolution. 01/11/12 

185 – Éduquer au XXIème siècle (1) 07/11/12 

186 – Éduquer au XXIème siècle (2) Petite Poucette. 13/11/12 

187 – Éduquer au XXIème siècle (3) Petite Poucette (fin). 19/11/12 

188 – L’éducation à l’ère des créateurs. 27/11/12 

189 – Education + Initiation : Développement Intégral. 07/12/12 

190 – Printemps de l’éducation. 17/11/12 

191– Une Ère nouvelle. 25/12/12 

2013

192 – Une politique intégrale pour un temps nouveau. 01/01/13 

193 –Experts et Visionnaires (1) La Docte Ignorance des Experts. 11/01/13 

194 – Experts et Visionnaires (2). Intégrer la complexité. 18/01/13 

195 – Experts et Visionnaires (3) La fin d’un monde. 25/01/13 

196 – Table des Matières (9) Développement intégral des hommes et des organisations. 01/02/13 

197 – Table des Matières (10) Une nouvelle culture politique. 08/02/13 

198 – Entre l’ancien et le nouveau monde (1) 15/02/13 

199 – Entre l’ancien et le nouveau monde (2) Déconstruire le Pseudo-réalisme. 22/02/13 

200 – Entre l’ancien et le nouveau monde (3) Un Homme de retard. 01/03/13 

201 – Entre l’ancien et le nouveau monde (4) Un Choc de civilisation. 12/03/13 

202 – Entre l’ancien et le nouveau monde (5) Une Insurrection Civique. 20/03/13 

203 – Entre l’ancien et le nouveau monde (6) Une Etonnante Synchronicité. 28/03/13 

204 – Entre l’ancien et le nouveau monde (7) Penser l’Histoire. 04/04/13 

205 – L’Eveil Evolutionnaire. 11/04/13 

206 – L’Eveil Evolutionnaire (2) (Préface de Deepak Chopra). 19/04/13 

207 – L’Éveil Evolutionnaire (3) Une Spiritualité Contemporaine. 26/04/13 

208 – Le Grand Sens. 07/05/13 

209 – La Crise évolutive vue par Satprem. 15/05/13 

210 – Université Intégrale (15). Le nouveau paradigme de la co-évolution. 22/05/13 

211 – Moustaki, l’enchanteur. 29/05/13 

212 – La Déclaration d’Unité. 05/06/13 

213 – Le Leadership évolutionnaire. 12/06/13 

214 – Vers un Changement de Culture. 19/06/13 

215 – Les Trois Yeux de la Connaissance. 27/06/13 

216 – Les Trois Yeux… (2) Une écologie de l’Esprit. 05/07/13 

217 – Les Trois Yeux… (3) La Confusion Pré/Trans. 12/07/13 

218 – Aphorismes. Sri Aurobindo chanté par Moustaki. 23/07/13 

219 – Table des Matières (11) Un Nouveau Stade de l’Esprit Humain. 30/07/13 

220 – L’Esprit de Vacance (4) L’Art de ne rien Faire. 06/08/13 

221 – L’Esprit de Vacance (5) Se libérer de l’horreur économique. 13/08/13 

222 – L’Esprit de Vacance (6) La Cigale et la Fourmi 02. 23/08/13 

223 – La Nouvelle Avant-Garde. 03/09/13 

224 – Université Intégrale (16) Le Futur de l’énergie planétaire. 13/09/13 

225 – Deuxième Forum International de l’Evolution de Conscience. 20/09/13 

226 – La Grande Transformation 03/09/13 

227 – Vers un mouvement évolutionnaire. 04/10/13 

228 – Table des Matières (12) Sri Aurobindo. 15/10/13 

229 – Une armée de prophètes. 22/10/13 

230 – Table des Matières (13) Un Paradigme post-capitaliste. 03/11/13 

231 – Incitations (3) Tout est son Contraire. 08/11/13 

232 – Incitations (4) Eros et Ego. 15/11/13 233 – Effondrement et Refondation (1). 22/11/13 

234 – Effondrement et Refondation (2) Réagir à l’effondrement. 29/11/13 

235 – Effondrement et Refondation (3) Les Transitionneurs. 06/12/13 

236 – Effondrement et Refondation (4) Les Convivialistes. 13/12/13 

237 – Effondrement et Refondation (5) Les Créatifs Culturels. 20/12/13 

238 – Effondrement et Refondation (6) Catastrophe ou Métamorphose 27/12/13